L’ex-soldate israélienne défend ses photos postées sur Facebook


L’ancienne militaire israélienne qui a mis sur internet des photos d’elle souriant devant des prisonniers palestiniens menottés et les yeux bandés a déclaré mardi ne pas comprendre ce qu’on lui reprochait.
Ces images, rassemblées dans un album intitulé « Armée – La meilleure période de ma vie » et postées sur son profil Facebook, ont été commentées dans de nombreux médias internationaux.

Elles ont été condamnées par la hiérarchie de Tsahal après leur publication dans des journaux israéliens.
« Je ne vois toujours pas où est le mal », a déclaré Eden Abergil dans une interview à la radio de l’armée israélienne.
Elle a assuré que les photos, qu’elle a depuis retirées de son profil, ne constituaient pas une prise de position et ne montraient pas de mépris envers les Palestiniens.

« Ma seule intention était de montrer mon expérience du service militaire », a-t-elle dit.

Pour le Centre de presse de l’Autorité palestinienne, ces photos illustrent « la mentalité de l’occupant, fier d’humilier les Palestiniens ».
Abergil a achevé ses 24 mois de service militaire obligatoire il y a environ un an.

Elle a précisé que les photos avaient été prises en 2008 dans la base où elle était affectée et où des Palestiniens ayant tenté de sortir de la bande de Gaza pour entrer en Israël étaient fréquemment détenus pour interrogatoire.

Désormais civile, Abergil n’a plus de comptes à rendre à l’armée mais un porte-parole militaire a jugé son acte « honteux ».
Priée de dire si elle pensait que la diffusion de ces photos avait nui à l’image d’Israël, elle a répondu: « Nous serons toujours attaqués, quoi que nous fassions, nous serons toujours attaqués. »

Ori Lewis, Gregory Schwartz pour le service français

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Critique de la déraison pure


Daniel Salvatore Schiffer

Il y a un peu plus de trois mois, l’ouvrage de Daniel Salvatore Schiffer, Critique de la déraison pure, programmé aux éditions Mille et une nuits, fut refusé par Olivier Nora, nouveau PDG des éditions Fayard mais également grand manitou chez Grasset, éditeur de Bernard-Henri Lévy. L’affaire fit un certain bruit (voir ce blog le 12 février 2010 : « Le livre « empêché » de Daniel Salvatore Schiffer ») et Critique de la déraison pure [*] paraît finalement ces jours-ci chez François Bourin.

À toute chose malheur est bon car ce livre, sous-titré La faillite intellectuelle des « nouveaux philosophes » et de leurs épigones, nous parvient après une relative mévente (malgré une importante campagne promotionnelle) des livres de Bernard-Henri Lévy publiés en février dernier et une certaine désaffection médiatique provoquée en partie par sa bourde hénaurme sur Jean-Baptiste Botul…

J’en veux pour preuve par exemple le dernier numéro du Nouvel Observateur, titré Le pouvoir intellectuel (en fait une franche publicité pour les trente ans de la revue Le Débat chez Gallimard) mais qui revient également sur le dernier livre de Michel Onfray et parle d’une « guerre BHL/Onfray ». « Bernard-Henri Lévy aurait-il trouvé son maître en marketing ? » se demandent méchamment (« Et Onfray détrôna BHL ») à trois David Caviglioli, Grégoire Leménager et Fabrice Pliskin, avant de diagnostiquer et de nous asséner un constat terrible : « Avec son pavé anti-Freud de 600 pages, Michel Onfray s’impose comme le premier intellectuel médiatique de France. » Ah bon ? Passons sur ces mauvaises raisons qui ressemblent fort à un croche-patte ou au coup de pied de l’âne !

En fait, le gros souci avec la « nouvelle philosophie » – et Daniel Salvatore Schiffer en semble bien conscient qui cible essentiellement ses critiques sur les ouvrages philosophiques de Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann –, c’est qu’il s’est agi essentiellement d’un excellent montage médiatique autour des livres (La Cuisinière et le mangeur d’hommes, La Barbarie à visage humain et Les Maîtres penseurs) où ces deux auteurs, anciens maoïstes, découvraient le Goulag et en théorisaient le déclin du communisme…

Cependant, leurs positions philosophiques sont difficiles à distinguer de leurs engagements politiques publics divers et variés qui ont fait d’ailleurs que la « nouvelle philosophie » a très vite éclaté en tant que groupe artificiel pour ne laisser la place qu’aux manifestations individuelles de ses protagonistes, parfois proches sur des sujets brûlants d’actualité.

Il reste ainsi toujours difficile de faire la part des choses sur les positionnements successifs concernant le conflit israélo-palestinien, les guerres de l’ex-Yougoslavie, les suites du 11-septembre, etc., et leurs ouvrages philosophiques respectifs.

Dans Critique de la déraison pure, Daniel Salvatore Schiffer, après bien d’autres, s’y essaye et développe essentiellement (je résume) ses désaccords avec Bernard-Henri Lévy sur l’inconsistance de ses analyses philosophiques sur Nietzsche et Camus ou Jean-Paul Sartre et Emmanuel Levinas, sur le rôle des intellectuels et de l’engagement, sur les erreurs de ses enquêtes sur la Bosnie ou l’Afghanistan et le journaliste Daniel Pearl, sur ses postures ineptes jusqu’à la bourde botulienne…

Le débat est important en ce qu’il recoupe des préoccupations éthiques que l’on pourrait croire non conjoncturelles et universelles – mais qui malheureusement se révèlent le plus souvent marquées du sceau des idéologies !

Michel Sender.

[*] Critique de la déraison pure (La faillite intellectuelle des « nouveaux philosophes » et de leurs épigones) de Daniel Salvatore Schiffer, éditions François Bourin, Paris, mai 2010 ; 368 pages, 22 €. www.bourin-editeur.fr

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Top Secret America : Le voisinage des Services Secrets


William M. ARKIN, Dana PRIEST

La communauté du renseignement poursuit ses activités dans les banlieues de la nation. Si son travail est invisible, son impact se fait réellement ressentir.

ReOpen911 : La National Security Agency (NSA) est l’organisme spécialiste par excellence de la cryptologie – le chiffrement et le déchiffrement des données. Son impressionnant réseau de stations d’écoute et de satellites intercepte et analyse les communications (les émissions radio, la TV, les satellites, le téléphone, les réseaux sans fils, la messagerie électronique) du monde entier au prétexte de prévenir toutes sortes d’agressions. Elle s’est dotée de systèmes informatiques de reconnaissance vocale et d’ordinateurs comme le « CRAY » dernière génération. Ces machines des plus puissantes au monde, seraient donc capables de déchiffrer les moindres données.

Bien que le complexe de Fort Mead, l’un des sites de la NSA, occupe déjà l’équivalent de la superficie du Pentagone, il rogne un peu plus chaque année sur les terres agricoles. 38 000 employés y travaillent régulièrement. 10 000 autres devraient venir renforcer l’effectif d’ici 15 ans. Dans quel but ? Pallier à la hausse du chômage ? Curieusement, les habitants de la région ne semblent rien voir de tout cela, comme si ce monde à part, cette superpuissance autoproclamée dans leur voisinage immédiat n’existait pas. Pourtant une gêne ambiante, sourde, pèse sur les habitants.

Le Washington Post, dans cet article tiré de son dossier Top Secret America que nous avons récemment abordé, nous invite à faire le tour du propriétaire de la NSA et ses environs à Fort Meade, Maryland.

L’entrepôt de brique n’est pas que cela. Franchissez la porte et là, caché un peu plus loin, on découvre un détail sur le personnel de la sécurité : une flotte de véhicules utilitaires sportifs noirs, blindés pour résister aux tirs et aux explosions.

Sur le terre-plein central le long de la rue principale, les panneaux ne sont pas des publicités pour des maisons à vendre ; ils invitent les employés ayant l’accréditation top-secret sécurité à un salon d’embauche au Café Joe, qui est tout sauf un lieu normal de restauration.

Le nouvel immeuble de bureaux couleur bronze est réellement une sorte d’hôtel où les entreprises peuvent louer des chambres protégées des écoutes.

Même la plaque d’égout entre deux bâtiments de faible hauteur n’est pas que cela. Entourée de béton cylindrique, il s’agit du point d’accès à un câble du gouvernement. « TS / SCI », chuchote un fonctionnaire, soit les abréviations pour « top secret » et « information sensible compartimentée » – ce qui signifie que peu de gens ont le droit de connaitre les informations qui transitent par le câble.

Tous ces lieux existent hors de Washington, ce qui équivaut à une géographie alternative des États-Unis, celle que dessinent la concentration des organisations gouvernementales top-secret et les entreprises qui travaillent pour elles. Ce faisceau de Fort Meade est le plus important parmi la douzaine de groupes (de ce genre) à travers les États-Unis, les centres nerveux du Top Secret America aux 854.000 employés.

D’autres (groupes) se situent à Dulles-Chantilly, Denver-Aurora et Tampa. Ils correspondent tous à la version des villes traditionnelles sous antenne militaire : ils dépendent financièrement du budget fédéral et sont culturellement définis par leur tâche exceptionnelle.

La différence, bien sûr, c’est que l’armée ne relève pas de la culture du secret. Dans les groupes du Top Secret America, une carte à puce numérique liée au cordon tour de cou de la société, est souvent le seul indice du lieu de travail. Le travail n’est pas discuté. Pas plus que les interventions. Les débats sur le rôle de l’Intelligence dans la protection du pays se produit uniquement lorsque quelque chose se passe mal et que le gouvernement enquête, ou lorsqu’une information classifiée est divulguée sans autorisation et qu’elle se transforme en nouvelles.

L’existence de ces groupements est si peu connue, que la plupart des gens n’en prennent pas conscience lorsqu’ils approchent de l’épicentre de Fort Meade ; même lorsque le GPS sur le tableau de bord de leur voiture se met soudain à donner des instructions erronées, piégeant les conducteurs dans une série de demi-tours, parce que le gouvernement trouble les signaux dans les proches environs.

Lorsque cela se produit, c’est que le point zéro – La National Security Agency- est proche. Mais, difficile de dire où. Les arbres, les murs et le paysage vallonné occultent la présence de la NSA de la plus part des points de vue ; les barrières en béton, les postes de garde fortifiés et les panneaux d’avertissement arrêtent ceux qui n’ont pas l’autorisation d’entrer sur les terres de la plus grande agence de renseignement des États-Unis.

Dans notre arrière-cour / Galerie photos
De nombreux Américains ne se rendent pas compte que le travail top-secret pourrait s’exercer dans leur voisinage.

Par delà les obstacles se trouvent de gigantesques immeubles imposants, rangées après rangées. Derrière les vitres opaques résistant aux explosions, 30 000 personnes environ, lisent écoutent et analysent pour la plupart le flot continuel de conversations interceptées, vingt quatre heures par jour, sept jours par semaine.

De la route, il est impossible de définir l’étendue de la NSA, même si ses bâtiments occupent une surface de 6,3 millions de pieds carrés – environ la taille du Pentagone – et si elles sont entourés de 453.247 m2 de places de stationnement. Aussi massive qu’elle puisse paraître, des documents indiquent que la NSA est destinée à s’étendre avec l’intégration de 10.000 employés de plus au cours des 15 prochaines années et 2 milliards de dollars pour financer la première phase d’expansion, soit une augmentation globale d’envergure qui portera l’espace immobilier du groupement de Fort Meade à près de 14 millions de pieds carrés.

Le siège de la NSA se trouve sur la base militaire de Fort Meade qui accueille 80 locataires du gouvernement, dont plusieurs grandes organisations du renseignement.

Chaque année, celles -ci injectent 10 milliards de dollars dans les salaires et les contrats dans l’économie de la région – un chiffre qui permet d’expliquer le reste de Fort Meade, qui s’étend sur plus de 16.000 m dans toutes les directions.

Les entreprises qui prospèrent hors de l’agence et à proximité des autres organismes du renseignement se situent juste au-delà du périmètre de la NSA.

Dans certaines parties du groupe, elles occupent des quartiers entiers. Dans d’autres, elles forment des parcs d’affaires sur plus d’un kilomètre. Un chemin privé, contrôlé par des panneaux d’interdiction aux « avertissements » en jaune, les relie au campus de la NSA.

L’un des plus grands parcs est le National Business Park – de larges tours de verres angulaires se répartissent, dissimulés, par blocks sur 1 153 354 m2. Les occupants de ces bâtiments sont des sous-traitants. Ailleurs, là où ils sont mieux connus du public, ils minimisent volontairement leur présence. Mais dans le National Business Parc, un lieu où seuls d’autres entrepreneurs auraient une raison de se rendre, les enseignes de leurs bureaux sont énormes. Elles brillent dans la nuit de rouge vif, de jaune et de bleu : Booz Allen Hamilton, L-3 Communications, CSC, Northrop Grumman, General Dynamics, SAIC. Le groupe de Fort Meade représente plus de 250 entreprises – soit 13 % de toutes les entreprises Top Secret America. Certaines ont plusieurs bureaux, : Northrop Grumman en possède 9, SAIC en a 11. Les entreprises effectuent un travail top-secret dans les 681 sites du groupe Fort Meade.

Sur les sites, les employés doivent se soumettre à des règles strictes, envahissantes. Ils passent régulièrement par le détecteur de mensonge, signent des formulaires de non-divulgation, remplissent de longs rapports après un voyage à l’étranger. Ils sont entrainés pour gérer les voisins fouineurs et les amis curieux. Certains sont formés pour endosser de fausses identités.

S’ils boivent trop, empruntent trop d’argent ou sympathisent avec des citoyens de certains pays, ils peuvent perdre leur accréditation secret, celle-ci étant le passeport pour un emploi à vie à la NSA tout comme dans les organismes de renseignement apparentés.

Par chance, ils excellent en mathématique : pour être capable de faire ce qu’elle fait, la NSA s’appuie sur le plus grand nombre de mathématiciens au monde. Elle a besoin de linguistes et d’experts en technologie, ainsi que de cryptologues, surnommés « Crippies. » Beaucoup se savent être des ISTJ, les initiales pour « introversion, sentiment, pensée, jugement », un ensemble de traits de la personnalité repéré par le test de personnalité Myers-Briggs qui prévaut dans le groupe de Fort Meade.

La bonne blague : « Comment décririez-vous un extraverti à la NSA ? C’est le seul à regarder les chaussures des autres. »

« Elles font partie des personnes les plus brillantes au monde », a déclaré Ken Ulman, cadre au département de Howard, l’un des six départements de la sphère d’influence géographique de la NSA. « Elles exigent de bonnes écoles et une qualité de vie élevée. »

Les écoles, en effet, sont parmi les meilleures, et certaines vont adopter un cursus cet automne qui enseignera à des élèves âgés de 10 ans le style de vie nécessaire à l’obtention d’une accréditation secret et le genre de comportement qui pourrait le disqualifier.

Près d’une école, des bus scolaires jaunes sont alignés le long d’un bâtiment où le personnel des alliés, la « Surveillance des Cinq » – les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – partagent les informations top-secret concernant le monde entier.

Les bus déposent les enfants dans les quartiers les plus riches du pays ; l’aisance est un autre attribut du Top Secret America. Selon les données du service de recensement, 6 des 10 plus riches comtés des États-Unis se trouvent dans ces groupes.

Le comté de Loudoun, classé le plus riche du pays, contribue à fournir de la main-d’œuvre pour le National Reconnaissance Office à proximité qui gère les satellites espions. Le comté de Fairfax, en deuxième position- accueille la NRO, la CIA et le Bureau du directeur du renseignement national (DNI). Le Comté d’Arlington, classé au neuvième rang, accueille le Pentagone et les agences de renseignement majeures. Le Comté de Montgomery, classé 10e, est le foyer de l’Agence Nationale du Renseignement Geospatial- (NGIA). Et le comté de Howard, classé troisième, est le foyer de 8.000 employés de la NSA.

« S’il s’agissait d’une usine Chrysler, on parlerait Chrysler sur les pistes de bowling, Chrysler aux réunions du Conseil, Chrysler, Chrysler, Chrysler » dit Kent Menser, employé au ministère de la défense qui soutient le comté de Howard pour une adaptatation à la croissance aux environs de Fort Meade. « Les gens qui ne font pas partie de l’effectif de la NSA n’apprécient pas totalement son impact sur leur vie. »

* * * *

L’impact de la NSA et autres organisations secrètes de ce groupe ne sont pas seulement financiers. Ils régulent même la fluidité du trafic un certain jour, lorsqu’ une camionnette blanche sort d’un parking pour se fondre dans la circulation à midi.

Cette camionnette blanche est suivie de cinq autres identiques.

Dans chacune d’elles, deux agents du gouvernement qui suivent des cours à l’Académie de Formation du Contre-Espionnage, tentent de ne pas se perdre sur les routes locales lors de leur « surveillance discrète » – il s’agit ici de suivre un formateur qui joue le rôle de l’espion. Le véritable travail de ces agents issus de l’Armée, des Douanes et autres agences gouvernementales, consiste à identifier les espions et terroristes étrangers qui visent leurs organisations, à localiser les espions et recueillir des preuves pour prendre des mesures à leur encontre.

Mais aujourd’hui, ce sont des stagiaires reliés les uns aux autres par des radios et des plans de rues spécialement conçus à leur intention. Chaque année, environ 4000 agents fédéraux et militaires participent à des cours de contre-espionnage dans l’agglomération de Fort Meade ; en tant qu’agents, ils se déplacent sans éveiller l’attention des habitants qui vaquent à leurs occupations.

L’agent qui voyage sur le siège passager dans l’une des camionnettes blanches tient les cartes sur ses genoux tandis qu’il déplace frénétiquement des pastilles jaunes pour tenter de suivre les positions des autres camionnettes et celle du suspect, surnommé « le lapin ».

D’autres agents accélèrent et font la course à 90km/h pour tenter de suivre le lapin tout en se prévenant les uns les autres de la présence de la police locale : elle ne sait pas que ces camionnettes qui slaloment dans la circulation sont conduites par des agents fédéraux.

Soudain, le lapin n’est plus qu’à un pâté de maisons devant la camionnette la plus proche. Il grille le feu à l’orange puis disparaît tandis que les agents se retrouvent coincés au feu rouge.

Feu vert.

Un agent hurle alors en vain devant le pare-brise « Allez ! » à la voiture qui traîne devant. « Dégage ! Dégage ! Dégage ! »

« On l’a perdu, » râle sa partenaire tandis qu’ils s’efforcent de le rattraper.

Finalement, les agents terminent leur filature à pied devant la librairie Borders à Columbia où le lapin est réapparu. Six hommes en polos et pantalons aux dégradés kakis inspectent les rayons de magazines et déambulent dans les allées.

Leur instructeur est embarrassé. « La partie la plus difficile, c’est l’attitude », confie-t-il, tout en observant les agents entrain de suivre le lapin dans le magasin rempli de femmes en baskets et d’enfants en tongs. « Certains n’arrivent pas à se détendre suffisamment pour adopter le bon comportement… Ils devraient avoir l’air de flâner, mais ils restent là, à observer par-dessus un livre, sans bouger. »

Ailleurs dans le quartier, Jerome James, l’un des résidents, parle du bâtiment qui a surgi juste à la limite de son jardin. « Avant, il n’y avait que des terres agricoles, puis un jour ils ont commencé à creuser, » dit il. « Je ne sais pas ce qu’il s’y passe, mais cela ne me dérange pas. Je n’y pense pas. »

Le bâtiment protégé par des barrières et des grillages, est plus grand qu’un terrain de football. Aucune enseigne ou panneau pour l’identifier. Il y a bien une adresse, mais Google Maps ne la reconnaît pas. Si vous la saisissez, une autre adresse apparait systématiquement : « 6700 ».

Pas de nom de rue.

Juste « 6700 ».

Bill Brown, à gauche, et Jerome James s’occupent de la propriété de James dans une banlieue de Maryland, qui jouxte un bâtiment sécurisé. (Photo by Bonnie Jo Mount / The Washington Post) | Galerie Photos

Justin Walsh est dans l’un de ces bâtiments ; chaque jour, il passe des heures juché sur une échelle pour inspecter les faux plafonds d’une des plus grandes organisations du Top Secret America. Walsh est spécialiste en sécurité industrielle au sein du Département de la Défense. Chaque groupe a son propre Walsh, que ce soit à Fort Meade, ou dans le dédale souterrain des bâtiments de Crystal City à Arlington, près du Pentagone, ou dans les parcs d’affaires high-tech près du Centre National de Renseignement Spacial à Dayton, Ohio.

Quand il n’est pas sur une échelle, Walsh trifouille la photocopieuse pour s’assurer qu’elle ne puisse reproduire les secrets stockés dans sa mémoire. Ou bien il teste le démagnétiseur, un aimant géant qui efface les données des disques durs classifiés. Ou alors, il dissèque le système d’alarme, sa fibre optique et le codage utilisé pour envoyer des signaux à la salle de contrôle.

Dans l’Amérique Top Secret, tout est réglementé par le gouvernement : l’épaisseur de l’acier des barrières, la qualité des sacs en papier pour le transport des documents classifiés, l’épaisseur des murs et la hauteur des faux planchers insonorisés.

Autour de Washington, 4000 bureaux de sociétés privées gèrent l’information classifiée, soit 25% de plus que l’an dernier, selon le superviseur de Walsh, et l’équipe de Walsh a en permanence 220 bâtiments à contrôler dans son programme d’inspection. Le moindre bâtiment doit faire l’objet de contrôles ; tout nouveau bâtiment doit être inspecté de fond en comble avant que la NSA n’autorise ses occupants à ne serait-ce qu’établir une connexion téléphonique avec l’agence.

Il y aura bientôt un nouveau bâtiment de quatre étages à Fort Meade, près d’un quartier tranquille et sécurisé de pavillons haut de gamme. Son constructeur affirme qu’il peut résister à un attentat à la voiture piégée. Dennis Lane affirme que ses ingénieurs ont mis plus de boulons dans chaque poutrelle d’acier de la charpente que ne l’exige la norme pour garantir que la structure ne s’effondrera pas en cas d’imprévu.

Lane, vice-président de la société de construction Ryan Commercial, est devenu lui-même une sorte de fouineur lorsqu’il s’agit de travailler pour la NSA. A 55 ans, il a vécu et travaillé toute sa vie dans l’ombre de la NSA et s’est adapté à sa présence croissante au sein de sa communauté. Il recueille des informations commerciales par le biais de son propre réseau d’informateurs, des cadres dirigeants comme lui qui espèrent faire une bonne affaire sur le dos d’une organisation dont la plupart des voisins n’ont jamais entendu parler.

Il repère le moment où la NSA ou d’autres organisations secrètes du gouvernement louent un bâtiment, embauchent d’avantage de sous-traitants ou font appel aux entreprises locales. Il suit les projets de construction, les délocalisations, les changements au sein des sociétés privées. Il sait que les planificateurs locaux estiment que 10.000 emplois seront créés par la NSA , tout comme 52.000 autres par le biais d’agences de renseignement qui s’installeront à Fort Meade.

Lane était déjà au courant de toutes les rumeurs avant l’annonce officielle disant que le prochain commandement militaire géant, US Cyber Command, serait dirigé par le général quatre étoiles actuellement à la tête de la NSA. « Ce cyber-machin sera énorme, » dit-il. « Un cyber commandement pourrait intégrer tout l’immobilier actuellement disponible sur la zone ».

Lane le sait, car il a été témoin de la croissance post-11/9 de la NSA. A présent elle absorbe chaque jour 1,7 milliards de communications : courriers électroniques, forums, messageries, adresses IP, numéros de téléphone, appels téléphoniques et conversations sur téléphones mobiles.

A sa manière, Jeani Burns en a été témoin aussi.

Burns, une femme d’affaires à Fort Meade, prend un verre un soir après le travail. Elle fait un geste en direction de quelques hommes qui se tiennent près du comptoir.

« Je peux les repérer, » dit-elle. Le costume. La coupe de cheveux. Le comportement. « Ils ont ce regard, comme s’ils avaient peur que quelqu’un vienne leur poser une question à leur sujet. »

Des agents secrets viennent ici aussi, chuchote-t-elle, pour les surveiller, « pour s’assurer que personne ne parle trop. »

Burns est bien placée pour le savoir – elle vit avec un de ces hommes secrets depuis 20 ans. Avant, il travaillait pour la NSA. A présent, il est l’un de leurs sous-traitants. Il a fait la guerre. Elle ne sait pas où. Il fait quelque chose d’important. Elle ne sait pas quoi.

Elle raconte qu’elle est tombée amoureuse de lui il y a 20 ans et, que depuis, elle a passé sa vie à s’adapter. Lorsqu’ils sortent avec des amis, dit-elle, elle les appelle avant pour les prévenir : « Ne lui posez pas de questions. » Parfois les gens le comprennent, mais lorsque ce n’est pas le cas, « c’est dur à dire, mais nous ne sortons plus avec eux. »

Elle le décrit comme un « observateur. C’est moi la suspecte, » dit-elle. « Cela me gêne qu’il ne m’emmène jamais en voyage, ne pense jamais à quelque chose d’excitant à faire… J’ai l’impression d’être trompée. »

Mais elle dit aussi : « Je le respecte vraiment pour ce qu’il a fait. Il a consacré sa vie pour maintenir notre mode de vie, et il n’en retire aucune reconnaissance du public ».

Pendant ce temps, à l’extérieur du bar, le bourdonnement est continu. La nuit, aux confins du Parc d’Affaires National, des fenêtres de bureaux sont encore éclairées ci et là. Les 140 chambres de l’hôtel Marriott Courtyard sont toutes louées, comme d’habitude, à des clients tel cet homme à la réception qui dit seulement qu’il « travaille pour l’armée ».

A l’intérieur de la NSA, il y a un va-et-vient permanent de mathématiciens, de linguistes, de techniciens et de cryptologues. Ceux qui partent descendent par l’ascenseur au rez-de-chaussée. Chacun porte une petite boite en plastique avec un code-barres. Elle contient une clé de porte qui résonne à chaque pas. Pour ceux qui travaillent ici, ce son signale le changement d’équipe.

Tandis que les employés qui prennent leur poste passent le tourniquet, ceux qui partent glissent leur badge d’identification dans une fente. Une trappe s’ouvre. Ils déposent leur boite contenant la clé puis sortent en passant par un tourniquet. Ils quittent le parking et roulent lentement vers les barrières et portails qui protègent la NSA, où ils croisent une longue file de voitures qui roulent en sens inverse. Il est presque minuit à Fort Meade, la capitale du Top Secret America, un lieu qui ne dort jamais et qui s’étend un peu plus chaque jour.

SOURCE : http://projects.washingtonpost.com/…

Traduit par V.D. et apetimedia pour ReOpenNews et le Grand Soir.

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