Proche-Orient : Davantage de marchandises entrent dans la bande de Gaza
LOOS,BAUDOUIN
Lundi 16 août 2010
Baudouin Loos, Le Soir
La décision du gouvernement israélien du 20 juin dernier assouplissant le blocus économique drastique imposé à la bande de Gaza depuis la prise de contrôle du petit territoire par le mouvement islamiste Hamas en juin 2007 a-t-elle rendu la vie quotidienne des Gazaouis plus supportable ? La question mérite une réponse nuancée (1).
La scène se passe le 17 juillet à Gaza. Ce jour-là, des milliers de personnes se pressent pour l’inauguration du premier « mall » (galerie commerçante) de la ville. Le bâtiment, sur deux étages, abrite des dizaines de magasins, une grande surface, un fast-food et deux… salles de prière, une pour les hommes, l’autre pour les femmes, le tout agrémenté d’air conditionné. Les marchandises, plutôt bon marché, abondent, elles proviennent à 90 % d’Israël, selon les directeurs du « mall ».
Le blocus ne serait-il plus qu’un mauvais souvenir ? Son assouplissement mentionné plus haut – et décidé par un Israël sous forte pression après le drame des neuf tués lors de l’assaut contre la flottille turque pour Gaza le 31 mai – commence en tout cas à porter ses premiers fruits. Au lieu d’une courte liste de moins de cent produits autorisés à entrer dans la bande de Gaza, les Israéliens laissent dorénavant passer un peu de tout, sauf les marchandises qui peuvent être utilisées pour fabriquer des armes ou des bâtiments fortifiés (les matériaux de construction restent donc bannis sauf exceptions).
C’est la fin de la politique israélienne élaborée de manière scientifique pour répondre à un triple critère : « Pas de développement, pas de prospérité et pas de crise humanitaire », cela dans le but de miner le Hamas en attisant le mécontentement populaire contre lui. De toute façon, le plan n’avait pas fonctionné.
L’épisode du « mall » atteste d’ailleurs de ce que le Hamas veille à soigner sa cote : beaucoup de Gazaouis soupçonnent le mouvement islamiste d’avoir appuyé le projet commercial, qui a du reste été inauguré en grande pompe en présence d’un cacique du Hamas, Abou Oussama al-Kurd, qui a le titre de ministre du Travail. Ledit Hamas a aussi favorisé l’ouverture, ces derniers mois, de parcs de loisirs, de piscines et d’un restaurant de luxe. Une sorte de pied de nez des islamistes à l’embargo, en somme.
Pas de reconstruction
Mais l’approvisionnement de la bande de Gaza reste encore loin des niveaux d’avant juin 2007 : selon l’ONG israélienne de défense des droits humains Gisha, le nombre de camions de marchandise qui entrent à Gaza est à 40 % de ce qu’il était avant le siège renforcé (il était à 25 % avant l’assouplissement de juin).
Les importations de contrebande en provenance du Sinaï égyptien ne sont donc pas encore taries : ces centaines de tunnels creusés à la frontière méridionale du territoire, à Rafah, continuent à fonctionner et toutes sortes de marchandises y transitent. Mais les prix de ces biens sont plus chers que les produits israéliens. Et le Hamas collecte une taxe sur ces importations.
Les difficultés de la vie quotidienne demeurent en tout état de cause pesantes. Sami Abdel-Shafi, consultant économique indépendant cité par The Independent le 26 juillet, l’explique : « Quelles que soient les marchandises qui apparaissent à Gaza, la vie des gens continuera à être court-circuitée aussi longtemps qu’ils ne pourront pas circuler librement et qu’ils ne pourront reconstruire une économie qui fabriquait des produits d’exportation et employait des centaines de milliers de personnes réduites à mendier l’aide internationale. »
Car Israël, qui avait pulvérisé des centaines d’usines et d’ateliers lors de son offensive entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, ne permet toujours pas à la reconstruction de prendre son essor, outre que les exportations de marchandises manufacturées restent prohibées. Les matériaux indispensables comme le ciment restent interdits à l’importation, à la fois pour les projets économiques ou pour les 40.000 habitations à bâtir ou à rebâtir. Seules exceptions : des projets contrôlés par des organisations internationales.
« Il y a du ciment à Gaza, nous dit la députée européenne socialiste Véronique De Keyser qui y était encore à la fin de mai. Mais pour 90 % des Gazaouis qui vivent d’allocations de misère dans une extrême pauvreté, son prix est inabordable, comme tous les prix du marché noir. »
L’agriculture locale, naguère exportatrice de fraises et de fleurs coupées, subit également et à de rares exceptions près le contrecoup des événements : des champs ont été dévastés et Israël a fait le vide sur une ceinture large de 500 à 2.000 mètres à l’intérieur du territoire ; les soldats israéliens n’hésitent pas à tirer à balles réelles sur toute personne pénétrant dans cette zone dite de sécurité. Engrais et fertilisants, par ailleurs, demeurent interdits d’importation. Les pêcheurs, eux, ne travaillent quasiment plus car la marine de guerre israélienne les empêche de dépasser une limite de 3 milles des côtes.
Eau non potable
Les infrastructures pâtissent aussi de la situation politique : selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé, 90 % de l’eau n’est pas potable – avec des conséquences dramatiques sur la santé –, les stations d’épuration sont souvent défectueuses et manquent de pièces de rechange, tout comme les égouts, qui rejettent à la mer 60 millions de mètres cubes d’eaux usées non traitées par mois.
Dans un territoire où 40 % au moins des travailleurs sont au chômage et où 80 % des gens dépendent de l’aide extérieure, la population survit dans ce que le Premier ministre britannique, David Cameron, a qualifié le 27 juillet de « prison à ciel ouvert ». Car les Egyptiens ne permettent que le passage au compte-gouttes de catégories précises de voyageurs (malades, étudiants) et la frontière israélienne est close pour quasi tout le monde.
On le voit, l’assouplissement du blocus économique constitue un certain progrès pour les Gazaouis, mais il reste loin – très loin – de résoudre leurs problèmes.
(1) Les sources utilisées pour rédiger cet article sont les communiqués officiels, les reportages de la presse occidentale et arabe, les rapports et déclarations des Nations unies, les estimations des ONG palestiniennes, israéliennes et internationales.
Contexte
Le problème
La bande de Gaza, sous contrôle des islamistes du Hamas depuis 2007, est soumise à un embargo strict de la part d’Israël (et aussi de l’Egypte). Après les neuf tués de la flottille humanitaire turque du 31 mai, Israël a dû assouplir le blocus en raison de l’opprobre international.
L’enjeu
Le million et demi de Palestiniens de Gaza paie pour avoir « mal voté » en 2006, quand le Hamas remporta les élections. Ni l’Autorité palestinienne d’Abbas à Ramallah, ni Israël, ni l’Egypte ne veulent voir l’expérience islamiste réussir.
A suivre
L’assouplissement limité du blocus ne permettra pas à Gaza de se remettre : les matériaux pour la reconstruction restent le plus souvent prohibés, les exportations sont impossibles et les personnes ne peuvent entrer/sortir librement du territoire. (B.L.)
A ce jour, les appels aux dons pour la population sinistrée du Pakistan rencontrent moins d’écho qu’espéré. Pourquoi ?
En tout cas pas parce qu’elle risque d’être détournée par les talibans, comme on a pu l’entendre… Ça, c’est de la pure propagande ! Si l’aide risque d’être détournée par quelqu’un, c’est par les autorités civiles, par le gouvernement. Il y a eu le précédent du tremblement de terre de 2005 où la corruption était réelle de la part d’autorités locales.
Mais surtout, comme l’a dit l’autre jour de manière très « soft » un représentant de Médecins sans frontières, il n’y a pas de proximité culturelle entre les Européens et le Pakistan. Soyons clairs : les Pakistanais ont le tort d’être musulmans ! Ce n’est pas comme Haïti. Cela joue un rôle. D’autant qu’il ne s’agit pas de « n’importe quels musulmans », puisque les médias nous donnent toujours l’image d’un pays fait uniquement de dangereux extrémistes… Ce n’est qu’une minorité de la population, mais c’est l’image qu’on en a. Alors évidemment, on n’a pas envie de les aider.
On a également insisté sur le fait qu’il existait des organisations caritatives islamistes qui aident les réfugiés…
C’est quelque chose d’extrêmement marginal, elles interviennent de manière très limitée. Du reste, les gens sont dans la survie : ils ont besoin d’eau potable et de nourriture. Il leur est parfaitement égal d’où elles viennent. Ils ne vont pas demander à la personne qui les leur donne si elle a un agenda derrière la tête. Et puis personne ne songerait à dire que le Secours catholique, par Caritas, très présent au Pakistan, tente en fait de convertir les gens…
Les Américains, qui ont une mauvaise image au Pakistan, se sont dit : « Allons-y, c’est le moment d’essayer de redorer notre blason. » Ils médiatisent au maximum toute l’aide qu’ils apportent aux gens, et personne ne les critique. Je ne suis pas sûre que les gens vont devenir pro-américains pour ça… Ils s’étaient montrés très présents lors du tremblement de terre et les gens sont devenus encore plus anti-américains après.
Bref, le Pakistan souffre d’un « déficit d’image »…
C’est effectivement un problème d’image. Et c’est un cercle vicieux. On ne les aide pas en insistant sur ces organisations caritatives liées à des groupes extrémistes ou en donnant la parole à certains jeunes gens qui jouent aux machos devant les micros occidentaux… Ce sont des mots, c’est du bla-bla, cela ne va pas au-delà.
Le manque de sollicitude d’une partie de la communauté internationale ne risque-t-il pas de jeter les populations locales dans les bras de ceux qui ont fait de l’« anti-occidentalisme » leur fonds de commerce ?
Mais non ! Ces organisations sont impopulaires. Il ne faut pas oublier que le Pakistan connaît des attentats dans l’ensemble du pays, qui font énormément de victimes et que l’armée mène une guerre civile depuis 2003 dans le nord-ouest. Tant que les attentats restaient circonscrits à l’ouest de l’Indus, il y a des gens qui ne soutenaient pas les opérations militaires. Mais à partir du moment où ils ont attaqué le Penjab, les gens ont commencé à soutenir l’armée. Là, c’est l’armée qui va sortir grandie de cette catastrophe, parce qu’elle était sur place dès le début, de manière organisée et efficace, avec quelque 50.000 hommes, des hélicoptères, des C 130, des bateaux et tout ce qu’il fallait pour évacuer les gens…
Des dons tardifs, mais progressifs
Les ONG belges se mobilisent pour le Pakistan. Et l’appel aux dons, lancé début août, porte lentement ses fruits. Un élan de générosité tardif ? « Beaucoup de donateurs étaient en vacances quand les fortes inondations ont débuté, relève Erik Todts, porte-parole du Consortium belge pour les situations d’urgence (1). Par ailleurs, il ne s’agit pas d’une catastrophe immédiate, comme ce fut le cas du tsunami (décembre 2004) ou du séisme survenu en Haïti (janvier 2010). Il a fallu un certain temps pour mesurer la gravité de la crise. »
« Jusqu’à vendredi, confirme Fabienne Damsin, responsable de la communication à la Croix-Rouge de Belgique, les dons arrivaient lentement. Quelques milliers d’euros, sans plus. Depuis plusieurs jours, l’intérêt des médias pour cette situation d’urgence va en grandissant et le grand public a davantage conscience de l’ampleur du drame qui se joue là-bas. »
Plus de 1.600 morts, 20 millions de Pakistanais affectés, 70.000 hectares de cultures dévastées, une aide à la reconstruction estimée à 2,5 milliards de dollars… Les chiffres sont désormais connus. Et les médias s’emparent, peu à peu de l’événement. « Petit à petit, se réjouit Erik Todts, des envoyés spéciaux et des correspondants sont dépêchés sur place. Ce qui va permettre au public de mieux comprendre les enjeux et d’évaluer les vrais besoins. »
Le Pakistan, pays musulman, « mal-aimé » des donateurs occidentaux ? « Non, je ne le crois pas, réagit Raphaël Piret, attaché de presse de MSF Belgique. Nous avons lancé un premier appel aux dons début août. Ce jeudi débutera une grande campagne nationale. Et les donateurs réagissent très bien. Le profil du pays touché n’entre pas en ligne de compte, à mon avis. »
Présent au Pakistan bien avant la catastrophe, MSF Belgique s’est fixé comme objectif un budget de 7 millions d’euros. Sur place, une centaine d’expatriés et 1.200 employés pakistanais sont actifs dans les provinces du Khyber Pakhtunkhwa, du Baloutchistan, du Sind, ainsi qu’au Pendjab. Fourniture d’eau potable, consultations, aide d’urgence, leur tâche est immense.
A la Croix-Rouge Belgique, même détermination : « Le Croissant rouge mobilise 120.000 volontaires. Et, comme le veut la procédure, elle a fait appel à la Fédération internationale, qui a fait notamment appel à nous, explique Fabienne Damsin. Une équipe “Benelux“ composée d’experts en appui logistique est sur place. Ce mercredi, une autre équipe va également partir. » De son côté, Caritas International a débloqué une première aide d’urgence de 50.000 euros et lancé également un appel aux dons.
Mise à disposition d’eau potable, nourriture, soins médicaux, prise en charge spécifique des enfants et des mères allaitantes, abris… « Les besoins sont énormes », insiste-t-on au Consortium 12-12. Lequel n’exclut pas la création d’un compte unique, comme pour le tsunami et en Haïti. « On décidera jeudi. Mais il faut être sûr que ça puisse servir la cause », insiste Erik Todts. Une cause qui, lentement mais sûrement, génère un début d’élan de solidarité…
L’ancienne militaire israélienne qui a mis sur internet des photos d’elle souriant devant des prisonniers palestiniens menottés et les yeux bandés a déclaré mardi ne pas comprendre ce qu’on lui reprochait.
Ces images, rassemblées dans un album intitulé « Armée – La meilleure période de ma vie » et postées sur son profil Facebook, ont été commentées dans de nombreux médias internationaux.
Elles ont été condamnées par la hiérarchie de Tsahal après leur publication dans des journaux israéliens.
« Je ne vois toujours pas où est le mal », a déclaré Eden Abergil dans une interview à la radio de l’armée israélienne.
Elle a assuré que les photos, qu’elle a depuis retirées de son profil, ne constituaient pas une prise de position et ne montraient pas de mépris envers les Palestiniens.
« Ma seule intention était de montrer mon expérience du service militaire », a-t-elle dit.
Pour le Centre de presse de l’Autorité palestinienne, ces photos illustrent « la mentalité de l’occupant, fier d’humilier les Palestiniens ».
Abergil a achevé ses 24 mois de service militaire obligatoire il y a environ un an.
Elle a précisé que les photos avaient été prises en 2008 dans la base où elle était affectée et où des Palestiniens ayant tenté de sortir de la bande de Gaza pour entrer en Israël étaient fréquemment détenus pour interrogatoire.
Désormais civile, Abergil n’a plus de comptes à rendre à l’armée mais un porte-parole militaire a jugé son acte « honteux ».
Priée de dire si elle pensait que la diffusion de ces photos avait nui à l’image d’Israël, elle a répondu: « Nous serons toujours attaqués, quoi que nous fassions, nous serons toujours attaqués. »
Ori Lewis, Gregory Schwartz pour le service français
Il y a un peu plus de trois mois, l’ouvrage de Daniel Salvatore Schiffer, Critique de la déraison pure, programmé aux éditions Mille et une nuits, fut refusé par Olivier Nora, nouveau PDG des éditions Fayard mais également grand manitou chez Grasset, éditeur de Bernard-Henri Lévy. L’affaire fit un certain bruit (voir ce blog le 12 février 2010 : « Le livre « empêché » de Daniel Salvatore Schiffer ») et Critique de la déraison pure [*] paraît finalement ces jours-ci chez François Bourin.
À toute chose malheur est bon car ce livre, sous-titré La faillite intellectuelle des « nouveaux philosophes » et de leurs épigones, nous parvient après une relative mévente (malgré une importante campagne promotionnelle) des livres de Bernard-Henri Lévy publiés en février dernier et une certaine désaffection médiatique provoquée en partie par sa bourde hénaurme sur Jean-Baptiste Botul…
J’en veux pour preuve par exemple le dernier numéro du Nouvel Observateur, titré Le pouvoir intellectuel (en fait une franche publicité pour les trente ans de la revue Le Débat chez Gallimard) mais qui revient également sur le dernier livre de Michel Onfray et parle d’une « guerre BHL/Onfray ». « Bernard-Henri Lévy aurait-il trouvé son maître en marketing ? » se demandent méchamment (« Et Onfray détrôna BHL ») à trois David Caviglioli, Grégoire Leménager et Fabrice Pliskin, avant de diagnostiquer et de nous asséner un constat terrible : « Avec son pavé anti-Freud de 600 pages, Michel Onfray s’impose comme le premier intellectuel médiatique de France. » Ah bon ? Passons sur ces mauvaises raisons qui ressemblent fort à un croche-patte ou au coup de pied de l’âne !
En fait, le gros souci avec la « nouvelle philosophie » – et Daniel Salvatore Schiffer en semble bien conscient qui cible essentiellement ses critiques sur les ouvrages philosophiques de Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann –, c’est qu’il s’est agi essentiellement d’un excellent montage médiatique autour des livres (La Cuisinière et le mangeur d’hommes, La Barbarie à visage humain et Les Maîtres penseurs) où ces deux auteurs, anciens maoïstes, découvraient le Goulag et en théorisaient le déclin du communisme…
Cependant, leurs positions philosophiques sont difficiles à distinguer de leurs engagements politiques publics divers et variés qui ont fait d’ailleurs que la « nouvelle philosophie » a très vite éclaté en tant que groupe artificiel pour ne laisser la place qu’aux manifestations individuelles de ses protagonistes, parfois proches sur des sujets brûlants d’actualité.
Il reste ainsi toujours difficile de faire la part des choses sur les positionnements successifs concernant le conflit israélo-palestinien, les guerres de l’ex-Yougoslavie, les suites du 11-septembre, etc., et leurs ouvrages philosophiques respectifs.
Dans Critique de la déraison pure, Daniel Salvatore Schiffer, après bien d’autres, s’y essaye et développe essentiellement (je résume) ses désaccords avec Bernard-Henri Lévy sur l’inconsistance de ses analyses philosophiques sur Nietzsche et Camus ou Jean-Paul Sartre et Emmanuel Levinas, sur le rôle des intellectuels et de l’engagement, sur les erreurs de ses enquêtes sur la Bosnie ou l’Afghanistan et le journaliste Daniel Pearl, sur ses postures ineptes jusqu’à la bourde botulienne…
Le débat est important en ce qu’il recoupe des préoccupations éthiques que l’on pourrait croire non conjoncturelles et universelles – mais qui malheureusement se révèlent le plus souvent marquées du sceau des idéologies !
Michel Sender.
[*] Critique de la déraison pure (La faillite intellectuelle des « nouveaux philosophes » et de leurs épigones) de Daniel Salvatore Schiffer, éditions François Bourin, Paris, mai 2010 ; 368 pages, 22 €. www.bourin-editeur.fr
La communauté du renseignement poursuit ses activités dans les banlieues de la nation. Si son travail est invisible, son impact se fait réellement ressentir.
ReOpen911 : La National Security Agency (NSA) est l’organisme spécialiste par excellence de la cryptologie – le chiffrement et le déchiffrement des données. Son impressionnant réseau de stations d’écoute et de satellites intercepte et analyse les communications (les émissions radio, la TV, les satellites, le téléphone, les réseaux sans fils, la messagerie électronique) du monde entier au prétexte de prévenir toutes sortes d’agressions. Elle s’est dotée de systèmes informatiques de reconnaissance vocale et d’ordinateurs comme le « CRAY » dernière génération. Ces machines des plus puissantes au monde, seraient donc capables de déchiffrer les moindres données.
Bien que le complexe de Fort Mead, l’un des sites de la NSA, occupe déjà l’équivalent de la superficie du Pentagone, il rogne un peu plus chaque année sur les terres agricoles. 38 000 employés y travaillent régulièrement. 10 000 autres devraient venir renforcer l’effectif d’ici 15 ans. Dans quel but ? Pallier à la hausse du chômage ? Curieusement, les habitants de la région ne semblent rien voir de tout cela, comme si ce monde à part, cette superpuissance autoproclamée dans leur voisinage immédiat n’existait pas. Pourtant une gêne ambiante, sourde, pèse sur les habitants.
Le Washington Post, dans cet article tiré de son dossier Top Secret America que nous avons récemment abordé, nous invite à faire le tour du propriétaire de la NSA et ses environs à Fort Meade, Maryland.
L’entrepôt de brique n’est pas que cela. Franchissez la porte et là, caché un peu plus loin, on découvre un détail sur le personnel de la sécurité : une flotte de véhicules utilitaires sportifs noirs, blindés pour résister aux tirs et aux explosions.
Sur le terre-plein central le long de la rue principale, les panneaux ne sont pas des publicités pour des maisons à vendre ; ils invitent les employés ayant l’accréditation top-secret sécurité à un salon d’embauche au Café Joe, qui est tout sauf un lieu normal de restauration.
Le nouvel immeuble de bureaux couleur bronze est réellement une sorte d’hôtel où les entreprises peuvent louer des chambres protégées des écoutes.
Même la plaque d’égout entre deux bâtiments de faible hauteur n’est pas que cela. Entourée de béton cylindrique, il s’agit du point d’accès à un câble du gouvernement. « TS / SCI », chuchote un fonctionnaire, soit les abréviations pour « top secret » et « information sensible compartimentée » – ce qui signifie que peu de gens ont le droit de connaitre les informations qui transitent par le câble.
Tous ces lieux existent hors de Washington, ce qui équivaut à une géographie alternative des États-Unis, celle que dessinent la concentration des organisations gouvernementales top-secret et les entreprises qui travaillent pour elles. Ce faisceau de Fort Meade est le plus important parmi la douzaine de groupes (de ce genre) à travers les États-Unis, les centres nerveux du Top Secret America aux 854.000 employés.
D’autres (groupes) se situent à Dulles-Chantilly, Denver-Aurora et Tampa. Ils correspondent tous à la version des villes traditionnelles sous antenne militaire : ils dépendent financièrement du budget fédéral et sont culturellement définis par leur tâche exceptionnelle.
La différence, bien sûr, c’est que l’armée ne relève pas de la culture du secret. Dans les groupes du Top Secret America, une carte à puce numérique liée au cordon tour de cou de la société, est souvent le seul indice du lieu de travail. Le travail n’est pas discuté. Pas plus que les interventions. Les débats sur le rôle de l’Intelligence dans la protection du pays se produit uniquement lorsque quelque chose se passe mal et que le gouvernement enquête, ou lorsqu’une information classifiée est divulguée sans autorisation et qu’elle se transforme en nouvelles.
L’existence de ces groupements est si peu connue, que la plupart des gens n’en prennent pas conscience lorsqu’ils approchent de l’épicentre de Fort Meade ; même lorsque le GPS sur le tableau de bord de leur voiture se met soudain à donner des instructions erronées, piégeant les conducteurs dans une série de demi-tours, parce que le gouvernement trouble les signaux dans les proches environs.
Lorsque cela se produit, c’est que le point zéro – La National Security Agency- est proche. Mais, difficile de dire où. Les arbres, les murs et le paysage vallonné occultent la présence de la NSA de la plus part des points de vue ; les barrières en béton, les postes de garde fortifiés et les panneaux d’avertissement arrêtent ceux qui n’ont pas l’autorisation d’entrer sur les terres de la plus grande agence de renseignement des États-Unis.
Dans notre arrière-cour / Galerie photos
De nombreux Américains ne se rendent pas compte que le travail top-secret pourrait s’exercer dans leur voisinage.
Par delà les obstacles se trouvent de gigantesques immeubles imposants, rangées après rangées. Derrière les vitres opaques résistant aux explosions, 30 000 personnes environ, lisent écoutent et analysent pour la plupart le flot continuel de conversations interceptées, vingt quatre heures par jour, sept jours par semaine.
De la route, il est impossible de définir l’étendue de la NSA, même si ses bâtiments occupent une surface de 6,3 millions de pieds carrés – environ la taille du Pentagone – et si elles sont entourés de 453.247 m2 de places de stationnement. Aussi massive qu’elle puisse paraître, des documents indiquent que la NSA est destinée à s’étendre avec l’intégration de 10.000 employés de plus au cours des 15 prochaines années et 2 milliards de dollars pour financer la première phase d’expansion, soit une augmentation globale d’envergure qui portera l’espace immobilier du groupement de Fort Meade à près de 14 millions de pieds carrés.
Le siège de la NSA se trouve sur la base militaire de Fort Meade qui accueille 80 locataires du gouvernement, dont plusieurs grandes organisations du renseignement.
Chaque année, celles -ci injectent 10 milliards de dollars dans les salaires et les contrats dans l’économie de la région – un chiffre qui permet d’expliquer le reste de Fort Meade, qui s’étend sur plus de 16.000 m dans toutes les directions.
Les entreprises qui prospèrent hors de l’agence et à proximité des autres organismes du renseignement se situent juste au-delà du périmètre de la NSA.
Dans certaines parties du groupe, elles occupent des quartiers entiers. Dans d’autres, elles forment des parcs d’affaires sur plus d’un kilomètre. Un chemin privé, contrôlé par des panneaux d’interdiction aux « avertissements » en jaune, les relie au campus de la NSA.
L’un des plus grands parcs est le National Business Park – de larges tours de verres angulaires se répartissent, dissimulés, par blocks sur 1 153 354 m2. Les occupants de ces bâtiments sont des sous-traitants. Ailleurs, là où ils sont mieux connus du public, ils minimisent volontairement leur présence. Mais dans le National Business Parc, un lieu où seuls d’autres entrepreneurs auraient une raison de se rendre, les enseignes de leurs bureaux sont énormes. Elles brillent dans la nuit de rouge vif, de jaune et de bleu : Booz Allen Hamilton, L-3 Communications, CSC, Northrop Grumman, General Dynamics, SAIC. Le groupe de Fort Meade représente plus de 250 entreprises – soit 13 % de toutes les entreprises Top Secret America. Certaines ont plusieurs bureaux, : Northrop Grumman en possède 9, SAIC en a 11. Les entreprises effectuent un travail top-secret dans les 681 sites du groupe Fort Meade.
Sur les sites, les employés doivent se soumettre à des règles strictes, envahissantes. Ils passent régulièrement par le détecteur de mensonge, signent des formulaires de non-divulgation, remplissent de longs rapports après un voyage à l’étranger. Ils sont entrainés pour gérer les voisins fouineurs et les amis curieux. Certains sont formés pour endosser de fausses identités.
S’ils boivent trop, empruntent trop d’argent ou sympathisent avec des citoyens de certains pays, ils peuvent perdre leur accréditation secret, celle-ci étant le passeport pour un emploi à vie à la NSA tout comme dans les organismes de renseignement apparentés.
Par chance, ils excellent en mathématique : pour être capable de faire ce qu’elle fait, la NSA s’appuie sur le plus grand nombre de mathématiciens au monde. Elle a besoin de linguistes et d’experts en technologie, ainsi que de cryptologues, surnommés « Crippies. » Beaucoup se savent être des ISTJ, les initiales pour « introversion, sentiment, pensée, jugement », un ensemble de traits de la personnalité repéré par le test de personnalité Myers-Briggs qui prévaut dans le groupe de Fort Meade.
La bonne blague : « Comment décririez-vous un extraverti à la NSA ? C’est le seul à regarder les chaussures des autres. »
« Elles font partie des personnes les plus brillantes au monde », a déclaré Ken Ulman, cadre au département de Howard, l’un des six départements de la sphère d’influence géographique de la NSA. « Elles exigent de bonnes écoles et une qualité de vie élevée. »
Les écoles, en effet, sont parmi les meilleures, et certaines vont adopter un cursus cet automne qui enseignera à des élèves âgés de 10 ans le style de vie nécessaire à l’obtention d’une accréditation secret et le genre de comportement qui pourrait le disqualifier.
Près d’une école, des bus scolaires jaunes sont alignés le long d’un bâtiment où le personnel des alliés, la « Surveillance des Cinq » – les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – partagent les informations top-secret concernant le monde entier.
Les bus déposent les enfants dans les quartiers les plus riches du pays ; l’aisance est un autre attribut du Top Secret America. Selon les données du service de recensement, 6 des 10 plus riches comtés des États-Unis se trouvent dans ces groupes.
Le comté de Loudoun, classé le plus riche du pays, contribue à fournir de la main-d’œuvre pour le National Reconnaissance Office à proximité qui gère les satellites espions. Le comté de Fairfax, en deuxième position- accueille la NRO, la CIA et le Bureau du directeur du renseignement national (DNI). Le Comté d’Arlington, classé au neuvième rang, accueille le Pentagone et les agences de renseignement majeures. Le Comté de Montgomery, classé 10e, est le foyer de l’Agence Nationale du Renseignement Geospatial- (NGIA). Et le comté de Howard, classé troisième, est le foyer de 8.000 employés de la NSA.
« S’il s’agissait d’une usine Chrysler, on parlerait Chrysler sur les pistes de bowling, Chrysler aux réunions du Conseil, Chrysler, Chrysler, Chrysler » dit Kent Menser, employé au ministère de la défense qui soutient le comté de Howard pour une adaptatation à la croissance aux environs de Fort Meade. « Les gens qui ne font pas partie de l’effectif de la NSA n’apprécient pas totalement son impact sur leur vie. »
* * * *
L’impact de la NSA et autres organisations secrètes de ce groupe ne sont pas seulement financiers. Ils régulent même la fluidité du trafic un certain jour, lorsqu’ une camionnette blanche sort d’un parking pour se fondre dans la circulation à midi.
Cette camionnette blanche est suivie de cinq autres identiques.
Dans chacune d’elles, deux agents du gouvernement qui suivent des cours à l’Académie de Formation du Contre-Espionnage, tentent de ne pas se perdre sur les routes locales lors de leur « surveillance discrète » – il s’agit ici de suivre un formateur qui joue le rôle de l’espion. Le véritable travail de ces agents issus de l’Armée, des Douanes et autres agences gouvernementales, consiste à identifier les espions et terroristes étrangers qui visent leurs organisations, à localiser les espions et recueillir des preuves pour prendre des mesures à leur encontre.
Mais aujourd’hui, ce sont des stagiaires reliés les uns aux autres par des radios et des plans de rues spécialement conçus à leur intention. Chaque année, environ 4000 agents fédéraux et militaires participent à des cours de contre-espionnage dans l’agglomération de Fort Meade ; en tant qu’agents, ils se déplacent sans éveiller l’attention des habitants qui vaquent à leurs occupations.
L’agent qui voyage sur le siège passager dans l’une des camionnettes blanches tient les cartes sur ses genoux tandis qu’il déplace frénétiquement des pastilles jaunes pour tenter de suivre les positions des autres camionnettes et celle du suspect, surnommé « le lapin ».
D’autres agents accélèrent et font la course à 90km/h pour tenter de suivre le lapin tout en se prévenant les uns les autres de la présence de la police locale : elle ne sait pas que ces camionnettes qui slaloment dans la circulation sont conduites par des agents fédéraux.
Soudain, le lapin n’est plus qu’à un pâté de maisons devant la camionnette la plus proche. Il grille le feu à l’orange puis disparaît tandis que les agents se retrouvent coincés au feu rouge.
Feu vert.
Un agent hurle alors en vain devant le pare-brise « Allez ! » à la voiture qui traîne devant. « Dégage ! Dégage ! Dégage ! »
« On l’a perdu, » râle sa partenaire tandis qu’ils s’efforcent de le rattraper.
Finalement, les agents terminent leur filature à pied devant la librairie Borders à Columbia où le lapin est réapparu. Six hommes en polos et pantalons aux dégradés kakis inspectent les rayons de magazines et déambulent dans les allées.
Leur instructeur est embarrassé. « La partie la plus difficile, c’est l’attitude », confie-t-il, tout en observant les agents entrain de suivre le lapin dans le magasin rempli de femmes en baskets et d’enfants en tongs. « Certains n’arrivent pas à se détendre suffisamment pour adopter le bon comportement… Ils devraient avoir l’air de flâner, mais ils restent là, à observer par-dessus un livre, sans bouger. »
Ailleurs dans le quartier, Jerome James, l’un des résidents, parle du bâtiment qui a surgi juste à la limite de son jardin. « Avant, il n’y avait que des terres agricoles, puis un jour ils ont commencé à creuser, » dit il. « Je ne sais pas ce qu’il s’y passe, mais cela ne me dérange pas. Je n’y pense pas. »
Le bâtiment protégé par des barrières et des grillages, est plus grand qu’un terrain de football. Aucune enseigne ou panneau pour l’identifier. Il y a bien une adresse, mais Google Maps ne la reconnaît pas. Si vous la saisissez, une autre adresse apparait systématiquement : « 6700 ».
Pas de nom de rue.
Juste « 6700 ».
Bill Brown, à gauche, et Jerome James s’occupent de la propriété de James dans une banlieue de Maryland, qui jouxte un bâtiment sécurisé. (Photo by Bonnie Jo Mount / The Washington Post) | Galerie Photos
Justin Walsh est dans l’un de ces bâtiments ; chaque jour, il passe des heures juché sur une échelle pour inspecter les faux plafonds d’une des plus grandes organisations du Top Secret America. Walsh est spécialiste en sécurité industrielle au sein du Département de la Défense. Chaque groupe a son propre Walsh, que ce soit à Fort Meade, ou dans le dédale souterrain des bâtiments de Crystal City à Arlington, près du Pentagone, ou dans les parcs d’affaires high-tech près du Centre National de Renseignement Spacial à Dayton, Ohio.
Quand il n’est pas sur une échelle, Walsh trifouille la photocopieuse pour s’assurer qu’elle ne puisse reproduire les secrets stockés dans sa mémoire. Ou bien il teste le démagnétiseur, un aimant géant qui efface les données des disques durs classifiés. Ou alors, il dissèque le système d’alarme, sa fibre optique et le codage utilisé pour envoyer des signaux à la salle de contrôle.
Dans l’Amérique Top Secret, tout est réglementé par le gouvernement : l’épaisseur de l’acier des barrières, la qualité des sacs en papier pour le transport des documents classifiés, l’épaisseur des murs et la hauteur des faux planchers insonorisés.
Autour de Washington, 4000 bureaux de sociétés privées gèrent l’information classifiée, soit 25% de plus que l’an dernier, selon le superviseur de Walsh, et l’équipe de Walsh a en permanence 220 bâtiments à contrôler dans son programme d’inspection. Le moindre bâtiment doit faire l’objet de contrôles ; tout nouveau bâtiment doit être inspecté de fond en comble avant que la NSA n’autorise ses occupants à ne serait-ce qu’établir une connexion téléphonique avec l’agence.
Il y aura bientôt un nouveau bâtiment de quatre étages à Fort Meade, près d’un quartier tranquille et sécurisé de pavillons haut de gamme. Son constructeur affirme qu’il peut résister à un attentat à la voiture piégée. Dennis Lane affirme que ses ingénieurs ont mis plus de boulons dans chaque poutrelle d’acier de la charpente que ne l’exige la norme pour garantir que la structure ne s’effondrera pas en cas d’imprévu.
Lane, vice-président de la société de construction Ryan Commercial, est devenu lui-même une sorte de fouineur lorsqu’il s’agit de travailler pour la NSA. A 55 ans, il a vécu et travaillé toute sa vie dans l’ombre de la NSA et s’est adapté à sa présence croissante au sein de sa communauté. Il recueille des informations commerciales par le biais de son propre réseau d’informateurs, des cadres dirigeants comme lui qui espèrent faire une bonne affaire sur le dos d’une organisation dont la plupart des voisins n’ont jamais entendu parler.
Il repère le moment où la NSA ou d’autres organisations secrètes du gouvernement louent un bâtiment, embauchent d’avantage de sous-traitants ou font appel aux entreprises locales. Il suit les projets de construction, les délocalisations, les changements au sein des sociétés privées. Il sait que les planificateurs locaux estiment que 10.000 emplois seront créés par la NSA , tout comme 52.000 autres par le biais d’agences de renseignement qui s’installeront à Fort Meade.
Lane était déjà au courant de toutes les rumeurs avant l’annonce officielle disant que le prochain commandement militaire géant, US Cyber Command, serait dirigé par le général quatre étoiles actuellement à la tête de la NSA. « Ce cyber-machin sera énorme, » dit-il. « Un cyber commandement pourrait intégrer tout l’immobilier actuellement disponible sur la zone ».
Lane le sait, car il a été témoin de la croissance post-11/9 de la NSA. A présent elle absorbe chaque jour 1,7 milliards de communications : courriers électroniques, forums, messageries, adresses IP, numéros de téléphone, appels téléphoniques et conversations sur téléphones mobiles.
A sa manière, Jeani Burns en a été témoin aussi.
Burns, une femme d’affaires à Fort Meade, prend un verre un soir après le travail. Elle fait un geste en direction de quelques hommes qui se tiennent près du comptoir.
« Je peux les repérer, » dit-elle. Le costume. La coupe de cheveux. Le comportement. « Ils ont ce regard, comme s’ils avaient peur que quelqu’un vienne leur poser une question à leur sujet. »
Des agents secrets viennent ici aussi, chuchote-t-elle, pour les surveiller, « pour s’assurer que personne ne parle trop. »
Burns est bien placée pour le savoir – elle vit avec un de ces hommes secrets depuis 20 ans. Avant, il travaillait pour la NSA. A présent, il est l’un de leurs sous-traitants. Il a fait la guerre. Elle ne sait pas où. Il fait quelque chose d’important. Elle ne sait pas quoi.
Elle raconte qu’elle est tombée amoureuse de lui il y a 20 ans et, que depuis, elle a passé sa vie à s’adapter. Lorsqu’ils sortent avec des amis, dit-elle, elle les appelle avant pour les prévenir : « Ne lui posez pas de questions. » Parfois les gens le comprennent, mais lorsque ce n’est pas le cas, « c’est dur à dire, mais nous ne sortons plus avec eux. »
Elle le décrit comme un « observateur. C’est moi la suspecte, » dit-elle. « Cela me gêne qu’il ne m’emmène jamais en voyage, ne pense jamais à quelque chose d’excitant à faire… J’ai l’impression d’être trompée. »
Mais elle dit aussi : « Je le respecte vraiment pour ce qu’il a fait. Il a consacré sa vie pour maintenir notre mode de vie, et il n’en retire aucune reconnaissance du public ».
Pendant ce temps, à l’extérieur du bar, le bourdonnement est continu. La nuit, aux confins du Parc d’Affaires National, des fenêtres de bureaux sont encore éclairées ci et là. Les 140 chambres de l’hôtel Marriott Courtyard sont toutes louées, comme d’habitude, à des clients tel cet homme à la réception qui dit seulement qu’il « travaille pour l’armée ».
A l’intérieur de la NSA, il y a un va-et-vient permanent de mathématiciens, de linguistes, de techniciens et de cryptologues. Ceux qui partent descendent par l’ascenseur au rez-de-chaussée. Chacun porte une petite boite en plastique avec un code-barres. Elle contient une clé de porte qui résonne à chaque pas. Pour ceux qui travaillent ici, ce son signale le changement d’équipe.
Tandis que les employés qui prennent leur poste passent le tourniquet, ceux qui partent glissent leur badge d’identification dans une fente. Une trappe s’ouvre. Ils déposent leur boite contenant la clé puis sortent en passant par un tourniquet. Ils quittent le parking et roulent lentement vers les barrières et portails qui protègent la NSA, où ils croisent une longue file de voitures qui roulent en sens inverse. Il est presque minuit à Fort Meade, la capitale du Top Secret America, un lieu qui ne dort jamais et qui s’étend un peu plus chaque jour.
04/08/10 – Le réseau Caritas organise autour de la Caritas Pakistan pour venir en aide aux victimes des inondations les plus catastrophiques que le pays ait connues depuis 1929. Dans le nord-ouest du pays, 1.500 personnes ont perdu la vie et plus de 3 millions ont été touchées par les flots destructeurs. Caritas International contribue à l’effort d’aide international et lance un appel aux dons pour soutenir la première phase d’urgence. L’acheminement de l’aide reste particulièrement problématique dans des régions où les eaux coupent les populations du reste du monde.
Les pluies incessantes qui se sont abattues sur le Pakistan durant les 10 derniers jours de juillet sont la cause des inondations qui touchent principalement le nord-ouest du pays. Les bilans provisoires font état d’un minimum de 1.500 décès et de 3,2 millions de victimes. Des chiffres vraisemblablement amenés à être revus à la hausse avec le recul des eaux et la progression des missions de secours.
Six jours durant, les masses d’eau ont tout ravagé sur leur passage, des habitations aux infrastructures sanitaires, de transport et de santé. Les commerces, stocks de nourritures et zones agricoles ont également été dévastés. C’est un pays exsangue qui compte ses morts et doit organiser l’aide, tandis que tout porte à croire qu’avec l’arrivée de la mousson et l’annonce de nouvelles pluies la population ne va pas être épargnée.
Parer au plus urgent
« La situation ne cesse d’empirer, » confie Eric Dayal chargé des opérations d’urgence de la Caritas Pakistan. « Tandis que nous faisons en sorte de poursuivre l’évaluation des dégâts et l’acheminement d’une première aide, nous devons composer avec la montées des eaux. Certaines de nos équipes doivent se rendre à pied dans les régions les plus touchées. La rupture des lignes électriques et téléphoniques compliquent considérablement la communication. »
Caritas Internationalis, le premier réseau de solidarité internationale, a d’ores et déjà planifié une aide de 1,2 millions d’euros pour la première phase d’urgence. Ceci permettra de répondre aux premiers besoins et d’évaluer l’effort à fournir dans les prochains mois pour la reconstruction. Caritas International se joint à cet élan de solidarité et débloque à ce stade 50.000 euros en soutien aux activités de la Caritas Pakistan et des autres Caritas déjà présentes sur le terrain. Un premier effort que Caritas tient à prolonger grâce à vos dons.
Caritas se mobilise
3.000 blessés sont actuellement pris en charge dans les centres de santé de Caritas. 1.500 familles de Peshawar bénéficient de l’aide de Caritas : eau, nourriture, ustensiles de cuisine, kits de soins et d’hygiène. 1.350 ménages de Karkhan et Kohlu reçoivent également des moustiquaires, des tablettes de purification et des kits d’hygiène. Sans une réaction rapide sur le plan sanitaire, c’est le choléra et les maladies liées à consommation d’eau impure qui menacent les survivants.
La provision en nourriture et en eau fraîche s’annonce particulièrement délicate. Selon un porte-parole du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies, une aide alimentaire s’impose pour plus de 1,8 millions de Pakistanais. À l’heure où le premier bilan de la catastrophe se précise, Caritas prépare le lancement d’un programme d’urgence de 3 mois dans les zones les plus touchées.
Important! Tous vos dons sont les bienvenus. Les sommes versées avec la mention “Inondations Pakistan”, sur le compte 000-000041-41 (IBAN BE88 0000 0000 4141 / BIC BPOTBEB1), seront directement affectées à l’aide aux victimes pakistanaises.
Faut-il rappeler l’absolue désolation de 20 ans d’embargo, trois guerres et des millions de victimes d’un Irak totalement détruit et en proie à des attentats quotidiens depuis l’illégale intervention américano-britannique en 2003 ?… écrit Daniel Vanhove.
Attentat à Bagdad, mardi 10 août 2010 - Un homme pleure la mort de son frère - Photo : Mohammed/AP
… rappeler aussi les bombardements continus sur l’Afghanistan qui après 10 ans de résistance contre l’invasion par URSS en est bientôt à 10 ans de résistance contre l’invasion par les USA et l’OTAN ; rappeler encore l’interminable calvaire de la Palestine sous la botte israélienne, et cela depuis plus de 62 ans d’une partition brutale et injuste suivie d’une occupation humiliante et meurtrière ; ainsi que les bavures régulières que s’autorisent les « forces de la coalition » au Pakistan, tuant régulièrement tant d’innocents dans un décompte probablement minimaliste ; et les incessantes provocations de l’armée sioniste aux frontières du Liban, après leurs nombreuses et sanglantes interventions armées dans ce pays occupé pendant 20 ans ; les pressions constantes exercées sur la Syrie accusée à tort dans l’assassinat du 1er ministre libanais R. Hariri, amputée d’une partie de son territoire dans le Golan, et toujours dans l’œil du cyclone ?…
Faut-il rappeler les incalculables victimes civiles de tous ces conflits dans une région déchirée, démantelée, dépecée par les appétits néocoloniaux d’une poignée de puissances occidentales, les qualifiant de manière méprisante de « dommages collatéraux » ?…
Faut-il donc rappeler tous ces crimes, ces meurtres, ces assassinats, ces innombrables blessés et handicapés, ces familles décimées et inconsolables à vie, cette immense désolation que nos pays dits « civilisés » perpétuent en notre nom (!), la plupart du temps sous de faux prétextes… pour espérer que nous n’oubliions pas !?
13/08/2010 Trente organisations non gouvernementales italiennes ont décidé de rejoindre la deuxième flottille de la liberté pour briser le blocus de Gaza qui devrait entamer son deuxième voyage avant la fin de l’an.
Selon le chef de l’Association palestinienne en Italie et membre de la campagne européenne, Mohammad Hanoune, des dizaines de personnalités italiennes feront également partie du voyage, dont des journalistes.
Un comité a été formé pour assurer le lien entre la campagne et le public italien. Il devrait préparer des rencontres avec des politiciens italiens dans le but de leur expliquer ses actions et les exhorter à agir pour mettre fin au blocus israélo-égyptien imposé contre la Bande de Gaza depuis trois ans déjà.
Malgré l’attaque israélienne meurtrière perpétrée depuis deux mois contre la première flottille de la liberté, coûtant la vie à 9 pacifistes turcs, le nombre de ceux qui ont exprimé leur volonté de rejoindre la deuxième flottille dépasse désormais les 10 milles personnes auxquels devraient s’ajouter les représentants de trente cinq institutions médiatiques européennes. Sachant qu’il est question d’une flottille comprenant une soixantaine de bateaux.
Les organisateurs voudraient assurer une plus grande couverture médiatique de cette deuxième flottille pour dévoiler au monde entier les agressions que l’entité sioniste se permet contre des activistes pacifistes venus des quatre coins du monde .
Parce que la politique étrangère turque n’est plus dans l’alignement inconditionnel sur celles des Etats-Unis et de l’Union européenne, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, son gouvernement et son parti l’AKP sont la cible d’une virulente campagne médiatique diabolisante.
Ceux qui l’orchestrent à coups d’analyses et de commentaires alarmistes visent à convaincre que sous la houlette d’Erdogan et de l’AKP, la Turquie est en train de tourner irrémédiablement le dos à l’Occident et de basculer par solidarité islamiste dans le camp de ses ennemis les plus extrémistes.
Le soutien qu’Ankara manifeste à l’égard de la cause palestinienne est transformé en acte de solidarité avec le Hamas islamiste. Son refus d’intégrer le front anti-iranien dans le dossier du nucléaire est présenté comme procédant de l’affinité qu’Erdogan et l’AKP ressentent avec le régime des mollahs.
Mais la preuve la plus tangible qui, aux yeux des censeurs de la nouvelle politique étrangère turque, accrédite son virage anti-occidental est l’attitude franchement hostile à Israël adoptée par Ankara depuis l’agression par celui-ci de la bande de Ghaza, puis suite à l’arraisonnement tragique de la flottille pour la paix par la marine sioniste ayant fait neuf morts de citoyens turcs.
Usant de l’amalgame, la propagande anti-Erdogan et AKP impute la métamorphose qu’a subie la politique étrangère turque tout à la fois aux convictions islamistes dont ils seraient imprégnés, au populisme dans lequel ils baigneraient, et, pour faire bonne mesure, à leur irrépressible nostalgie de l’Empire ottoman qui fut en son temps le porte-drapeau des mondes arabe et musulman.
Selon cette propagande, la métamorphose, qui serait en train de se traduire en «rejet par Ankara d’Israël et de l’Amérique et par son ralliement au Hamas palestinien et à Téhéran», est indice que la Turquie aurait choisi de devenir «un pays du Moyen-Orient» comme les autres, aveuglé par la passion.
Dans le procès qui est ainsi fait au gouvernement de l’AKP, il n’est pourtant nullement évoqué la responsabilité des Etats occidentaux et d’Israël dans les révisions que celui-ci a opérées dans la politique étrangère turque. N’est-ce pas l’Union européenne par exemple, qui, en humiliant Ankara au sujet de sa candidature à l’adhésion européenne, l’a contraint à opter pour l’alternative d’affirmer sa personnalité islamique et sa proximité avec le monde arabo-musulman ? Israël n’a-t-il pas avivé le sentiment de solidarité islamique du peuple turc en agressant, avec l’atrocité que l’on sait, la population ghazaouie et provoqué sa fierté nationale en attaquant le bateau turc faisant partie de la flottille de la paix ?
Erdogan n’est pas le «fou de Dieu» dont la propagande israélo-occidentale s’échine à camper l’image. C’est un homme d’Etat qui ne veut plus que son pays soit uniquement préposé à la défense des intérêts occidentaux. Rôle qu’il a assumé pendant des décennies, pour n’en retirer que de maigres et circonstanciels dividendes. C’est un tout autre rôle qu’il veut que la Turquie joue dorénavant. Celui d’un pays et d’un Etat qui ont des intérêts internationaux et régionaux dont ils sont seuls juges.