Voyage en Israël, tous frais payés


Un exemple de la nonchalance du lobby pro-israélien à Bruxelles…

Au cours des dernières années, le lobby pro-israélien a utilisé d’énormes moyens financiers pour s’implanter auprès des institutions européennes à Bruxelles. Ainsi dans un dépliant brillant-neuf, qui ressemble à s’y méprendre à un document officiel de l’UE, l’EFI -European Friends of Israel offre aux parlementaires européens un voyage de 3 à 4 jours dans le « Grand Israël » début février 2011. Voyage gratuit. Ils seront notamment promenés sur le Golan occupé et reçus dans trois colonies juives en Cisjordanie. Le programme du voyage est en contradiction flagrante avec les positions de l’Union européenne sur l’illégalité des colonies.

Détails et dépliant sur le site www.paixjuste.lu

Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient
55 Avenue de la Liberté
L-1931 LUXEMBOURG
Phone : +352/691819306
mail to : paixjuste@yahoo.com
website : www.paixjuste.lu

La Tunisie, Ben Ali et moi


BAUDOUIN LOOS

mardi 18 janvier 2011, 10:42
LA TUNISIE LIBÉRÉE célèbre le départ de son tyran. Heurs et bonheurs de dix-neuf ans de couverture du dossier. Un récit très personnel.

La Tunisie, Ben Ali et moi
La Tunisie de « Big Brother » Ben Ali, ici aux élections d’octobre 2009 dans la capitale Du temps où l’ordre du tyran régnait © FETHI BELAID/AFP

Une fois n’est pas coutume : qu’il me soit permis de partager ici les heurs et bonheurs que dix-neuf ans de couverture du dossier tunisien ont pu me faire vivre comme journaliste du Soir. Quand, à 18 h 38 vendredi dernier, une dépêche urgente de l’Agence France Presse annonça que le président Ben Ali avait quitté son pays, une forte émotion m’a envahi et je dus presque réprimer une larme. Voici pourquoi.

Feu Pierre Lefèvre, alors chef du service Monde, avait eu l’idée, en 1992, de m’envoyer à Tunis suivre le congrès du RCD (le Rassemblement constitutionnel démocratique), le parti déjà omnipotent en Tunisie. J’allais d’ailleurs vite comprendre que les partis (ou les pays) qui veillent à ajouter le qualificatif « démocratique » dans leur nom souffrent en réalité d’un gros problème de ce côté.

Des invités de tout le monde arabe étaient attendus à ce congrès qui me permit en effet de nouer de nombreux contacts intéressants. Mais une anecdote me mit au parfum des us et coutumes locales. Je fus en effet contacté par Moncef Marzouki, alors président d’une Ligue tunisienne des droits de l’homme déjà harcelée par le pouvoir. Il m’avait rejoint dans le hall de notre hôtel avenue Bourguiba, mais insista à ma grande surprise pour monter rapidement dans notre chambre. Là, il mit le poste de télévision en marche avec le son bien fort. « Vous comprenez, “ils” ont des oreilles partout ! » L’interview, par ailleurs très instructive, se passa dans ces conditions curieuses…

L’ambassadeur mécontent Par la suite, des amis tunisiens m’apprirent que la teneur de mes articles écrits de Bruxelles déplaisait beaucoup à Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur. Ce dernier me convia finalement à un entretien au cours duquel il tenta de me convaincre des bienfaits du régime du président Zine el-Abidine Ben Ali. C’était trop tard : mes indignations en matière de droits de l’homme avaient pris le dessus. Un reportage aux élections de 1994 confirma mon impression. Et déplut d’importance au dit ambassadeur.

C’est ensuite que l’une de mes connaissances tunisiennes, un habitué de l’ambassade, me fit savoir que j’étais officieusement persona non grata en Tunisie. Six années sans reportages allaient suivre. Un « espion » dont je disposais au sein du conseil des ambassadeurs arabes à Bruxelles me raconta alors en 1998 que la Tunisie (et l’Algérie) avait demandé que figurât à l’ordre du jour d’une des réunions mensuelles des ambassadeurs arabes dans un hôtel bruxellois de luxe cette question : « Que faire avec ce Baudouin » (l’usage arabe impose de nommer les gens par leur prénom). Par chance, il n’y eut apparemment pas unanimité sur le sort à me réserver grâce, je crois, à la fougueuse défense de mon « espion ».

Quant à retourner en Tunisie, je dus attendre mon tour. Qui vint en septembre 2000, à l’occasion du retour chez lui du journaliste Taoufik Ben Brik, qui avait passé quelques mois estivaux à Paris après une célèbre grève de la faim menée pour obtenir son passeport. Ben Brik, un drôle de coco à la plume inspirée trempée dans le picrate, avait réuni des députés européens et quelques amis journalistes pour lui faire une garde d’honneur de nature à dissuader le régime de l’embastiller dès son retour. Le scénario allait bien fonctionner : à l’arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, une foule en liesse nous avait accueillis et Ben Brik put organiser de sympathiques agapes nocturnes bien arrosées.

Mais les articles du Soir continuaient à déplaire en haut lieu. Chaque ambassadeur tunisien affecté à Bruxelles s’en plaignait amèrement, puisque, chose bizarre mais avérée, il était tenu pour personnellement responsable de tout papier négatif paru sur le régime ! On dit même que l’un des ambassadeurs tunisiens dans la capitale belge fut limogé à la suite d’un de mes articles, mais cela n’a pu être vérifié…

L’acrimonie du régime tunisien à mon égard se confirma en tout cas peu de temps plus tard. Un diplomate belge rencontré quelques années plus tôt à Jérusalem me confia en effet qu’à l’occasion d’une visite à Bruxelles du ministre tunisien des Affaires étrangères, en 2002, Louis Michel, alors son alter ego belge, s’entendit demander s’il pouvait « faire taire ce journaliste-là, ce Baudouin, qui nuit à l’image de la Tunisie » ! Selon ma source, des plus fiables, « Big Loulou » vit rouge et fit comprendre d’un ton peu amène à son interlocuteur qu’on ne mangeait pas de ce pain-là en Europe…

J’eus d’ailleurs plusieurs fois l’occasion d’interviewer à Tunis des ministres importants : ceux des Affaires étrangères, de l’Information, de la Justice, des Droits de l’homme (si, si !). Le point commun de tous ces hommes n’étonnera personne : tous, avec un identique zèle pathétique, maniaient une langue de bois ahurissante, même quand ils constataient avec dépit que leurs efforts rhétoriques ne semblaient pas percer mon scepticisme ombrageux.

Les yeux vides de Lassaad Les violations des droits de l’homme dûment répertoriées par des ONG, tunisiennes ou internationales ? « Des inventions de militants mal intentionnés, des ennemis de la Tunisie ! », répondaient-ils d’un air agacé. Mes propres investigations sur place, pourtant, apportaient toujours plus de preuves quant à la validité des rapports terrifiants des organisations compétentes.

Ces investigations furent pour moi l’occasion de croiser des destins émouvants. Je resterai longtemps hanté par le long corps décharné, le visage émacié et les yeux vides de Lassaad, un islamiste torturé pendant des mois et d’une manière abominable qui l’avait laissé handicapé. Son témoignage poignant, infiniment triste, était de ceux qui vous font douter de la nature humaine.

Par le même biais, je pus rencontrer des êtres d’exception. Comme Radhia Nasraoui. Ce merveilleux petit bout de femme, avocate admirable défendant sans relâche les plus démunis, les islamistes par exemple, alors que les barbouzes locales ne perdaient pas une occasion de la maltraiter, l’insulter, de saccager son cabinet, de détruire ses dossiers, de cerner son immeuble.

Le pied de nez de Radhia Radhia cumulait les torts, il est vrai – et quel plaisir ai-je à rédiger ces lignes à l’imparfait ! : son mari, Hamma Hammami, se trouve être le chef d’un parti d’extrême gauche, le Parti communiste ouvrier tunisien, qui menait une opposition radicale au régime de Ben Ali. Au point de prendre le maquis pour plusieurs années. C’est alors que le couple adressa un extraordinaire pied de nez à la flicaille qui le harcelait en réussissant à concevoir un enfant alors que tout l’appareil sécuritaire était mobilisé à la recherche de Hamma !

D’autres profils me viennent à l’esprit, même si je ne puis nommer chacun. Kamel Jendoubi est de ceux qui ont marqué ma vie. Voilà un homme, exilé en France, qui n’a eu de cesse de faire savoir la vérité sur la Tunisie, notamment par le très actif Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme qu’il préside.

Le régime le détestait, preuve de son efficacité. En 2005, lorsque son père décéda, Tunis refusa de lui octroyer un passeport pour qu’il pût rendre un dernier hommage à son géniteur. Malade, Kamel dont je suis si fier d’être l’ami, partait ces jours-ci pour Tunis avec sa famille. Il humera enfin l’air – libre ! – de son pays…

D’autres noms se bousculent dans ma tête. Comme Taïeb Moalla, ce jeune journaliste rencontré à Tunis en 2000 qui devint brièvement le correspondant du Soir avant d’aller vivre à Québec non sans pourtant rester l’homme le mieux informé au monde sur le « who s’who » en Tunisie. Taïeb m’a rendu d’innombrables services, et avec une vivacité qui m’a toujours bluffé.

Son compère Mohamed Bouriga, alias « Omar Khayyam » (un pseudo, pris auprès d’un écrivain-savant persan né mille ans plus tôt) vit aussi au Canada. Lui, sur son blog, cultive avec finesse l’art de distiller des textes exquis de fiction qui mettent en scène Ben Ali dans des postures burlesques.

L’infatigable activisme de mon ami Khemaïs Chammari m’aura également beaucoup profité, lui qui assiégeait littéralement les instances européennes avec ses rapports toujours pareillement convaincants. Le sérieux de ses analyses passionnées m’aura bien aidé pendant toutes ces années.

Sihem leur cloue le bec Sihem Bensedrine, de son côté, conservera une place à part dans mes souvenirs. Comment cette consœur aussi menue que déterminée réussissait-elle de sa voix fluette à clouer le bec aux zélateurs grossiers du régime lors de conférences bruxelloises ou autres où ils venaient avec la ferme intention d’imposer le désordre ? Cela restera toujours un mystère. Mais la ténacité tout en finesse de cette grande dame discrètement soutenue par Omar Mistiri, son mari, restera une constante de ces deux dernières décennies.

Vous parlerais-je aussi des caractères plus faibles que j’ai croisés ? Ce Mezri Haddad, brillant intellectuel qui, également exilé à Paris, m’avait donné des interviews éloquentes où il dénonçait « la trahison des intellectuels et la flagornerie des courtisans » et cela pendant plusieurs années avant de soudainement se faire le chantre du régime et même d’en devenir l’ambassadeur (à l’Unicef). Il a opportunément claqué la porte ce vendredi, quelques heures avant la fuite de son maître…

Plus triste encore est le cas d’Ahmed Manaï, un homme torturé puis exilé à Paris où les sbires du régime réussirent à la retrouver pour le rosser et l’envoyer à l’hôpital. Son livre Un supplice tunisien comportait des lignes presque insupportables. Eh bien ! cet homme a aussi rallié le régime, dans la plus absolue discrétion, sans doute parce qu’il voulait mourir dans son pays…

Quant aux ambassadeurs belges à Tunis, auxquels je rendais toujours visite, j’eus l’occasion d’en croiser de toute sorte. Un Guido Courtois, en 1994, facilita avec Anne-Marie Lizin une interview exclusive de Yasser Arafat. J’oublierai charitablement d’autres ambassadeurs belges pour m’arrêter au dernier, Thomas Antoine, qui avait tout compris sur le régime et me le disait. Un type bien.

Lors de mon dernier reportage, en octobre 2009, à l’occasion des ultimes « élections » que le régime allait organiser, je me rendis d’abord à l’ATCE (Agence tunisienne de communication extérieure, notamment chargée de surveiller la presse étrangère) pour y obtenir mon accréditation. L’hôtesse à l’accueil signala prestement ma présence à Mme Bochra Malki, une charmante quinquagénaire qui s’occupe des journalistes « difficiles » dans mon genre. Elle descendit quatre à quatre pour m’accueillir les bras ouverts et le sourire aux lèvres avec cette exclamation : « Ah, quel plaisir d’accueillir à Tunis la légende Baudouin Loos ! ». Très bon pour l’ego, ce genre de réflexion, même si le côté dérisoire de la scène ne m’échappait pas.

Et d’ailleurs la dame m’expliqua qu’elle me lisait toujours attentivement (ce qui ne pouvait pas être le cas de la plupart des Tunisiens puisque Le Soir y était interdit, que cela soit en version papier ou en ligne), qu’elle appréciait même mes articles à quelques nuances près… « Je peux vous citer ? », ma question facétieuse l’avait rendue rouge écarlate.

Malgré cette « admiration » dont je faisais l’objet, malgré les discrètes filatures dont on me gratifia si souvent, je n’eus cependant jamais les honneurs d’une expulsion en bonne et due forme, contrairement à mon excellente consœur du Monde, Florence Beaugé. Celle-ci fut renvoyée en France au même moment, en octobre 2009. Je vécus très mal cette injustice car Florence et moi avions le même carnet d’adresses, et une plume pareillement critique, pourtant jamais n’eus-je la chance de vivre une belle expulsion. Ne l’avais-je donc point méritée ?

source

L’Ecole normale supérieure annule un débat avec Stéphane Hessel sur le Proche-Orient


Stéphane Hessel, en janvier, à Paris.

Stéphane Hessel, en janvier, à Paris.AP/Francois Mori

Un débat sur le Proche-Orient, prévu mardi 18 janvier à l’Ecole normale supérieure (ENS), a été annulé par la direction de l’école. Au menu : une conférence de Stéphane Hessel sur la répression de la campagne de boycott des produits israéliens (« Boycott, désinvestissement, sanctions », aussi appelée BDS). L’auteur d’Indignez-vous ! devait faire tribune commune avec Leïla Shahid, représentante de la Palestine à Bruxelles, les pacifistes israéliens Michel Warschawski et Nurit Peled ou encore la députée socialiste Elisabeth Guigou. Le secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature, Benoist Hurel, devait également participer à la conférence.

L’annonce de ce débat a provoqué le malaise du Conseil représentatif des associations juives de France (CRIF) et de plusieurs associations juives. « Il s’agissait de défendre le collectif BDS et ses membres, autrement dit les partisans du boycott anti-israélien, ce qui est illégal », a assuré Richard Prasquier, le président du CRIF, à l’AFP. Sur le site Internet du CRIF, M. Prasquier avait dénoncé « un crime contre l’esprit », commis par « quelques élèves de l’école convertis au terrorisme intellectuel ». M. Prasquier s’est félicité de l’annulation de la conférence et a salué le rôle joué par Valérie Pécresse « ainsi que le rectorat de l’Université de Paris que nous avons contactés en urgence [et qui] ont réagi sans ambiguïté ».

La direction de l’ENS assure, dans un communiqué, que « la réservation [de la salle] n’avait pas été faite en mentionnant la nature exacte de la réunion [réunion publique]« . Une version contestée par les organisateurs du débat. Selon une source interne à l’ENS, la direction connaissait les noms de certains des invités, dont Stéphane Hessel et Leila Shahid, et s’était félicitée d’accueillir un tel débat, avant que la polémique n’éclate. Avant d’opérer un revirement, la semaine dernière, sous la pression du rectorat et du ministère.

Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, qui a déjà porté plainte contre M. Hessel, avait également demandé l’interdiction de ce colloque. L’ancien résistant est connu pour ses prises de position pro-palestiniennes. Toute une partie de l’ouvrage Indignez-vous ! est d’ailleurs consacrée à Gaza et à la Cisjordanie et à un appel à l’« insurrection pacifique ». (Lire sur le blog Guerre ou Paix, des extraits des propos de Hessel sur la question palestinienne). « Dans cette conférence, il ne s’agissait pas de soutenir le boycott mais de débattre de la liberté d’expression, en particulier autour de la question israélo-palestinienne », s’est défendu l’un des organisateurs, Florian Alix, en soulignant que les invités n’étaient « pas nécessairement partisans du boycott ».

RASSEMBLEMENT DE PROTESTATION

La campagne pour le boycott des produits israéliens, lancée par la société civile palestinienne, entend faire pression sur Israël à la manière des initiatives qui ont combattu l’apartheid en Afrique du Sud. Le gouvernement estime que cette campagne est « illégale ». En octobre, une sénatrice écologiste et un militant du NPA, poursuivis pour avoir appelé au boycott d’Israël, ont été relaxés par la justice. Deux militants ont été récemment condamnés à des amendes de 1 000 euros, à Bordeaux puis à Créteil.

Mais d’autres procès pourraient avoir lieu en 2011. Environ 80 personnes sont poursuivies en France pour avoir appelé à boycotter des produits israéliens. Les partisans du boycott font circuler un appel de « soutien à Stéphane Hessel et autres victimes de la répression », qui a recueilli les signatures d’Oliver Besancenot, Noël Mamère, Pierre Joxe, Eva Joly ou le député UMP Etienne Pinte.

Les organisateurs de cette conférence dénoncent un acte de censure et appellent à un rassemblement, mardi en fin de journée, près du Panthéon, « pour défendre la liberté d’expression ». Stéphane Hessel et plusieurs des intervenants devraient s’exprimer lors de ce rassemblement. Plusieurs étudiants de l’ENS ont également écrit à la direction de l’école pour demander des explications sur cette annulation.

Le groupe PCF-Parti de gauche au conseil de Paris et un groupe d’étudiants normaliens « indignés d’une ENS indigne«  ont également protesté. Plusieurs intellectuels se sont émus de cette annulation. Dans une tribune sur Rue89, l’historienne Esther Benbassa, « opposée à cette campagne de boycott telle qu’elle est menée », estime que « le CRIF bafoue la liberté d’expression ». Dans un texte commun, Alain Badiou, Jacques Rancière, Etienne Balibar et plusieurs chercheurs dénoncent un acte de censure.

Pour en savoir plus :

— Sur Le Monde.fr, une série de tribunes pour et contre le boycott des produits israéliens.

LEMONDE.FR | 17.01.11 | 19h54  •  Mis à jour le 17.01.11 | 20h07

L’après-Ben Ali raconté par les internautes du Monde.fr


LEMONDE.FR | 17.01.11 | 18h59  •  Mis à jour le 17.01.11 | 20h46

Dans le centre de Tunis, lundi 17 janvier.

Dans le centre de Tunis, lundi 17 janvier.AFP/FRED DUFOUR

Vers 18 h 30, vendredi 14 janvier, la Tunisie apprenait la chute du régime Ben Ali : après vingt-trois ans d’un règne sans partage, le président quittait en urgence le pays. Les internautes du Monde.fr racontent les trois premiers jours de l’après-Ben Ali, trois jours pendant lesquels la fierté et l’espoir ont peu à peu laissé la place à l’incertitude, à la peur des pillages et des exactions commises par les milices restées fidèles au président déchu, aux difficultés d’approvisionnement. Et à nouveau à l’espoir.

SAMEDI

Mon premier jour de liberté, par Elyes M.

Ce matin je suis sorti faire tout le tour de Tunis à pied, du centre-ville jusqu’à la ville de l’Ariana, dans une Tunisie ensoleillée et libre. Il n’y avait plus les immenses photos du dictateur assassin qui remplissaient toutes les rues et les avenues depuis plus de 23 ans. Les simples gens dans la rue qui, jusqu’à hier, n’osaient même pas parler de politique, parlaient tous aujourd’hui des opposants de gauche dont on n’osait même pas prononcer le nom avant. Ils discutaient de politique normalement, en toute sérénité, comme s’ils parlaient de footballeurs dont ils jugeaient le rendement. C’était vraiment mon premier jour de liberté, moi qui n’avais que quatre ans lorsque Ben Ali a fait son coup d’Etat en 1987…

Des moments historiques, par Nejia M., 43 ans

Ce sont des moments historiques que nous vivons en ce moment en Tunisie. Les Tunisiens se sont débarrassés de la dictature en un mois. Nous sommes fiers d’être Tunisiens, nous n’avons eu besoin de personne. Ni de M. Sarkozy ni de M. Obama ! La situation ce matin dans le centre de Tunis est calme, les gens se ruent vers les denrées alimentaires par peur des pénuries. Mais ce n’est pas grave, même si on meurt de faim, on est libre libre libre… Quelques bandes de voyous qui appartiennent à l’ancien régime sèment le trouble dans certains quartiers, mais tout le monde est conscient et on va tout faire pour les arrêter et pour reconstruire notre pays.

Une révolution politique plus que sociale, par Sarra B., 35 ans, Tunis

Ce matin, nous sommes allés en banlieue Nord de Tunis pour constater que les maisons de la famille honnie, les Trabelsi, ont été brûlées, pillées et dévastées. Riches et pauvres étaient sur place pour prendre des photos et jubiler sur les maisons encore en feu. Les médias occidentaux parlent de crise sociale, moi je vous le dis : ce qui a uni les Tunisiens hier, c’est une profonde haine envers une famille de mafieux qui a pendant plus de 20 ans, exproprié, extorqué, exilé, emprisonné et humilié la population.

Ni « e-revolution » ni « révolution du jasmin », par Samia M.

D’aucuns qualifient déjà la chute du régime de Ben Ali de premier exemple de « e-Revolution » et tentent de la baptiser du nom de « révolution du jasmin« . Y croire serait penser qu’il suffit d’un ordinateur et d’une connexion à Internet pour faire chuter un dictateur. Y croire serait oublier de manière tout à fait indécente les morts tombés à Sidi Bouzid, Kasserine, Regueb, Douz et ailleurs. Y croire serait faire fi du combat de longue haleine mené par une poignée d’hommes et de femmes dignes et courageux qui bravent depuis des années cette dictature dont les tentacules sont largement ancrés dans la société tunisienne. Y croire serait oublier les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons de Ben Ali. Y croire serait oublier le soulèvement du bassin minier de Gafsa, fin 2008, où les syndicalistes appelaient déjà à une répartition plus équitable des quelques richesses de la Tunisie. Y croire serait oublier l’action des syndicalistes et des véritables partis politiques d’opposition qui malgré leurs moyens dérisoires, n’ont jamais faibli. Non, la « révolution » ne s’est pas faite sur Twitter, ni sur Facebook. Non la « révolution » ne s’est pas faite en un mois. Non, tous les Tunisiens n’ont pas connu la douceur de vivre au « pays du jasmin ».

Les Tunisiens sont débarrassés de leur honte d’eux-mêmes, par Laurent H., 45 ans

Les Tunisiens sont tellement fiers et heureux ce matin. Malgré la désolation des destructions un peu partout et les frayeurs de la nuit, il y a un tel sentiment de fraternité et de dignité nationale retrouvée. Les Tunisiens sont débarrassés de leur honte d’eux-mêmes. Ce matin, les visages sont marqués par le peu de sommeil, entre auto-surveillance de son quartier, de sa maison, et appels aux amis et à la famille pour prendre des nouvelles. La nuit a été marquée, à Tunis, par le bruit des patrouilles militaires, accompagnées des hélicoptères, lesquels ont directement tiré sur certaines bandes de pillards. Personne ne doute que ce sont les forces spéciales de Ben Ali qui se défoulent, obéissant aux derniers ordres donnés avant de partir. Ici, dans mon quartier, toutes les boutiques qui n’avaient pas de solides rideaux de fer ont leur vitrines défoncées et, le plus souvent, ont été dévalisées et saccagées. Les « chiens de Ben Ali » ont grand ouvert les prisons, libérant les prisonniers les plus dangereux. C’est une bonne nouvelle, cela fait de la place pour qu’ils y aillent.

C’est nous la force de la Tunisie, par Ihsène B., 30 ans, banlieue de Tunis

Ce qui m’a vraiment rendue heureuse, c’est que notre courage et notre honnêteté se sont exprimés d’abord par la chute de Ben Ali. Puis, lorsque les plus corrompus ont commencé par se manifester hier et encore aujourd’hui avec leurs pillages et leur fuite, ce sont encore les mêmes valeureux qui descendent dans la rue défendre leur maison et leur pays. Vers 8 heures, hier soir, les coups de feu ont commencé à déferler, mon mari est descendu rejoindre les hommes de la cité pour parer aux assauts des pilleurs. Tout le monde savait que les anciennes milices du pouvoir, qui nous ont tant terrorisés auparavant, allaient réagir. Avec les coups de feu ont commencé les pleurs de mes deux enfants (2 et 5 ans). Terrible moment pour une maman de 30 ans, tiraillée entre la peur de perdre son mari et la nécessité de faire semblant que tout va bien devant ces enfants en leur expliquant que c’étaient des feux d’artifice. C’est vrai que ces jours sont difficiles, mais ils le sont moins pour moi que 23 ans à avoir peur de ces mêmes milices qui auparavant nous dénonçaient car on refusait d’aller voter, qui pirataient mon compte Facebook… Moins difficile que les 5 années passées dans une entreprise étatique à bosser comme une dingue en tant qu’ingénieur pour finalement démissionner, ainsi que mon mari, à la suite des harcèlements de la part de notre PDG (n’ayant même pas eu le bac mais proche du pouvoir). Je me lève et je vais de l’avant, c’est nous la force de la Tunisie. Oui, mon fils, on va gagner contre les méchants.

Pelles, bâtons, couteaux de cuisine, par Mohsen G., 25 ans, étudiant

J’habite à Hammam-Lif, une petite ville dans la banlieue Nord de Tunis. Moi et mes frères avons passé un vendredi soir horrible tellement la peur nous guettait en apprenant que les pillards descendaient dans les rues de la ville pour cambrioler les maisons et détruire les biens des gens. Des numéros d’appels d’urgence ont été mis à notre disposition pour prévenir l’armée en cas de besoin, sauf que ces numéros étaient occupés toute la nuit vu le nombre d’appels à l’aide. Pour pouvoir protéger nos biens nous avons dû monter une garde avec les hommes du quartier. Chacun prenait ce qui lui passait sous la main : pelles, bâtons, couteaux de cuisine… On entendait des cris de partout, des coups de feu qui étaient tout près de nous mais on n’arrivait pas à voir ce qui se passait réellement, ce qui avait tendance à nous inquiéter encore plus et nous laissait sur les nerfs toute la nuit sans pouvoir ni manger ni dormir. Nous vivons dans un pays pacifiste, nous ne sommes pas prêts à vivre une situation plus grave que celle-ci, tout ce que nous demandons c’est d’avoir le plus tôt possible un président qui soit à la hauteur de ce pays et qui saura lui attribuer des droits dignes de son peuple. Que la paix soit rétablie.

Française et fière des Tunisiens, par Magaly H., 38 ans

Je suis Française, je vis à Tunis depuis 16 ans et je dois dire que je suis très fière de ce peuple qui s’est débrouillé seul. Je ne compte pas partir de ce pays, ma vie est ici et je ferai de mon mieux pour les aider à reconstruire. Les informations nous parviennent grâce à nos amis tunisiens via les réseaux sociaux. Et pour finir, si Sarkozy a fait une chose de bien dans sa vie c’est d’interdire le territoire à Ben Ali.

Dans la ville natale de Ben Ali, un point de vue différent, par Richard F., 42 ans, Hammam Sousse

Je réside depuis le début des événements dans le quartier populaire du village d’Hammam Sousse, qui est la ville natale du président Ben Ali. Le point de vue que j’ai pu avoir sur les événements est par conséquent un peu particulier. Nous sommes longtemps restés étrangers aux échos du soulèvement, et ce pour plusieurs raisons : la principale étant le fait d’avoir intégré la peur de la répression et du contrôle des consciences. On ne parle pas, ici, de politique dans la rue. De plus, Ben Ali est ici l’enfant du pays, l’opinion le concernant est plus nuancée qu’ailleurs. (…) « Cela ne se serait jamais vu sous le président »… Ma boulangère, une jeune fille de 16 ou 17 ans, est presque en larmes : elle ne comprend pas comment leur président a pu les abandonner.

L’humiliation de Ben Ali est celle de tout un peuple, par Insaf, 26 ans, Tunis, architecte

Je suis triste et indignée, de voir la jouissance du monde devant la chute et l’humiliation du président Zine El-Abidine Ben Ali – président et non dictateur, comme le monde entier est en train de le décrire aujourd’hui. Je ne nie pas les erreurs d’un homme, mais je n’oublie pas ce que le président a donné et édifié. Il est Tunisien, et son humiliation est une humiliation pour toute une nation. Je suis triste. Je veux aussi exprimer mon amour pour toujours à Ben Ali. J’ai vécu 26 ans en Tunisie, une terre de paix et de fête où, en tant que femme, j’ai joui d’une liberté d’action et de parole, de rentrer chez moi à 4 heures du matin seule. En tant que citoyenne tunisienne, je dis aujourd’hui que je ne suis pas fière, que je suis blessée.

DANS LA NUIT DE SAMEDI À DIMANCHE

Un film de guerre, par Randa T., 33 ans

C’est le chaos total ! Ce qui se passe est tellement surréaliste qu’on a l’impression de jouer dans un film de guerre – une guerre civile plus exactement ! On n’entend que le bruit des hélicopteres et des tirs… Dans toutes les villes, des maisons ont été attaquées et des biens dérobés et saccagés, des femmes violées ! Nous vivons dans la peur, attendant à chaque instant notre tour, après avoir entendu le récit de voisins ou d’amis. La plupart des familles se sont regroupées dans une seule maison en emportant que quelques biens précieux… Des comités de protection des quartiers sont assurés par les civils eux-mêmes puisque l’armée est débordée. Les hommes assurant la garde a l’extérieur – malgré le couvre-feu – munis de bâtons, de couteaux et autres, et femmes et enfants à l’intérieur ne pouvant même pas dormir d’angoisse ! Des prisonniers se sont évadés de toutes les prisons du pays tandis que d’autres y sont morts brûlés lors des heurts avec les milices. Personnellement, j’ai sérieusement peur que les islamistes comme Rached El-Ghannouchi profitent de ces circonstances tragiques, bien qu’historiques, et tentent d’accéder au pouvoir.

Plus de lait pour mon petit neveu, par Béatrice B., 43 ans

A l’heure où j’écris, c’est la panique totale dans les quartiers de la Manouba, en banlieue de Tunis. Il y a des hommes armés qui tirent au hasard dans les rues et sur les gens. L’armée est dépassée, elle demande aux gens de s’organiser par milices pour défendre les groupes d’habitations. Il y a des tirs de mitraillette. Tout le monde est apeuré. En plus, il n’y a presque plus rien à manger. La petite épicerie que tiennent mes beaux-parents a été dévalisée. Surtout, il n’y a plus de lait pour mon petit neveu d’un an. Nous appelons toutes les heures, on entend les tirs au téléphone. Ceux qui mettent la panique sont des policiers affiliés à Ben Ali. Les gens ne comprennent plus rien.

Guerre civile, par Abdelkader L.

Les événements commencent à ressembler à une vraie guerre civile. Les pillages de bandes armées sèment la terreur dans le pays. Plus personne n’est en sécurité malgré l’état d’urgence et la surveillance de l’armée, qui manque cruellement de moyens. De plus, des milices de l’ancien pouvoir font tout pour déstabiliser le pays par des actes de sabotage et de vol et des règlements de compte. Des élections doivent se tenir très prochainement, mais est-ce possible dans un tel climat ? Tous les magasins sont fermés et on commence à manquer de tout. Je crains que l’espoir des Tunisiens de voir enfin naître une démocratie ne soit qu’un rêve et que la Tunisie se retrouve dans une voie sans issue. Je souhaite me tromper, que Dieu protège notre patrie.

Le Tunisien ne ploiera pas, par Rym T., 34 ans, Ariana

En ce moment-même, l’hélicoptère de l’armée est en train de survoler nos têtes et nos hommes sont debout dans nos rues pour assurer la sécurité de leurs biens et des êtres qui leur sont chers. Tous nos hommes, sans exception d’âge, d’origine ou de classe sociale. Du nord au sud du pays. Tous unis pour défendre et reconstruire notre nouvelle Tunisie. Les milices de l’ancien pouvoir ont semé la terreur dans tout le pays : pillages, destructions, incendies. La Tunisie ressemble à un champs de bataille, mais des citoyens libres et fiers se sont unis à l’armée et aux membres intègres de la police nationale pour prouver encore une fois à ces chiens enragés que le Tunisien est décidé à écrire l’histoire avec son sang. Le Tunisien ne baissera pas les bras, nous passerons encore des nuits blanches ; les jeunes femmes devant la télé ou l’ordinateur à l’affut de l’information ou pour donner l’alerte par le biais des chaînes télévisées locales ou des réseaux sociaux, et les hommes dans la rue pour accueillir comme il se doit les traîtres à la patrie. Le Tunisien ne ploiera pas, il a su étouffer sa terreur du dictateur, il saura étouffer la peur des pilleurs, pour construire enfin un avenir meilleur.

DIMANCHE

Victoire ou cauchemar, par Zeineb C.

Malgré la victoire du peuple face à notre ancien dictateur, un climat d’insécurité et de peur règne ici. La Tunisie n’a pas pu fermer l’œil de la nuit, chaque minute passée est une minute de gagnée sur la terreur. Même si la plupart des gens sont cloîtrés chez eux de peur d’être tués, les jeunes du quartier aident l’armée du mieux qu’ils le peuvent contre ces innombrables milices et évadés de prison chargés par Ben Ali de piller et de tuer les civils dans leurs maisons… C’est un mélange d’émotion de voir la jeunesse tunisienne aux portes des quartiers, mais aussi la peur qu’on leur tire dessus… On ne peut savourer la liberté, à chaque instant des hélicoptères passent, des cris sortent par-ci par-là, ou bien des tirs de mitraillettes retentissent à tout bout de champ. On peut même sentir le brûlé où que l’on se situe. Mon Dieu, c’est un vrai calvaire, ou plutôt dirais-je un cauchemar duquel 12 millions de Tunisiens voudraient se réveiller.

Facebook, par Cherifa B., 35 ans, Carthage

La situation est très tendue. Des bandes armées, qui s’attaquent aux supermarchés, banques et maisons pour créer chaos et peur, nous ont confisqué la joie d’avoir conquis notre liberté. De nombreuses photos et vidéos ainsi que de nombreux témoignages de nos amis confirment qu’il s’agit de milices de l’ancien régime et de policiers qui se servent et brûlent tout sur leur passage. La nuit a été très stressante : cloîtrés à la maison par le couvre-feu qui dure de 17 h à 7 h, nous communiquions entre nous via Facebook ou téléphone pour savoir ce qui se passait dans les quartiers des uns et des autres ou pire, à chercher des infos sur ceux qui ne donnaient pas signe de vie depuis la manifestation. Le stress était d’autant plus fort qu’il y a eu beaucoup de coups de feu, de bruits d’hélicoptères et que nous n’avions aucune idée de ce qui se passait. Nous avons finalement compris que l’armée protégeait les citoyens et les bâtiments. Mais l’armée ne peut pas être partout et nous recevions des appels paniqués d’amis qui n’arrivaient pas à joindre les militaires alors que des bandes saccageaient leur voisinage. Espérons qu’on pourra bientôt fêter notre victoire comme il se doit.

Que fait l’ambassade de France ?, par Angelina P. 35 ans, Tunis

Je suis une expatriée française à la Marsa, en banlieue de Tunis. La nuit a encore été difficile ici… L’armée a tiré contre des policiers qui s’en prenaient aux passants en plein après-midi et des pilleurs ont tenté une incursion dans le quartier. J’ai deux enfants en bas âge et le ravitaillement devient difficile. Notre chance est que les Tunisiens sont vraiment solidaires et s’inquiètent pour leurs familles et maisons. (…) Et que dire de l’attitude de l’ambassade de France ! Aucune information… les chefs d’îlots censés nous prévenir en cas de rapatriement, ne se sont jamais fait connaître. Les associations d’expatriés sont plus présentes que l’ambassade, alors que ce n’est pas leur vocation. Une honte…

Que fait-on si des Français sont tués ici ?, par Pierre K., 52 ans

Je vis ici à la Marsa et travaille à Tunis depuis dix mois avec ma famille de deux enfants. La situation est tendue et depuis mercredi dernier les autorités françaises du consulat et de l’ambassade brillent par leur silence ! On croit vivre un vrai film de science-fiction, alors que je suis inscrit et immatriculé au consulat : pas un mail, pas un SMS, pas un coup de fil, pas un numéro pour connaître la situation et les mesures prises concernant notre protection. Je me suis alors renseigné et m’aperçois avec effroi que c’est le cas de la majorité des 20 000 Français vivant ici. Alors que fait-on monsieur Sarkozy ? Si des Français sont tués ici ? Vous leur remettrez la médaille de je ne sais pas quoi avec un discours des plus minables et pitoyables pour adoucir votre image ? Et vous irez pleurer sur leurs tombes accompagné de votre ministre qui proposait d’exporter le savoir-faire de la police française pour aider à la mise en place de la démocratie ici ? Ça suffit cette hypocrisie !

Les prisonniers se sont enfuis, par Manel J., 30 ans

Je me trouve en ce moment à Nabeul. Je viens de faire un tour dans la région en voiture : c’est le chaos ! Des immeubles brûlés, des policiers partout, toujours aussi désagréables, et des militaires aussi. En ce moment, tout le monde à peur des pillages et des vols. Hier, on entendait des tirs toute la nuit et des sirènes de voiture. On a peur que quelqu’un vienne nous agresser la nuit. Et pour couronner le tout, des prisonniers se sont enfuis ce matin des prisons de Monastir, Mahdia et Bizerte. On a vu certains prisonniers arriver déjà ici et accueillis chaleureusement par leurs familles : des tueurs, des voleurs, violeurs… On sait maintenant tous et de source sûre que tous ces vols et braquages sont organisés par des policiers et les partisans du RCD. Des policiers frappent aux portes des gens (parfois en uniforme), les font sortir et les tabassent avant de tout voler et casser ! Les policiers sont des criminels ici, il n’y a que l’armée pour nous protéger.

La faim, par Eymen S.

Personne n’en parle mais des gens n’ont pas mangé depuis deux jours, il n’y a plus d’approvisionnement. Ceux qui n’avaient pas de réserves suffisantes tentent au mieux de rationner la nourriture qui est aujourd’hui un gros problème, notamment dans la capitale.

Des fermes incendiées, par Zahria B., 21 ans, Teboursouk (gouvernorat de Beja)

Si l’armée est présente dans la capitale et les principales villes de Tunisie pour calmer la situation et arrêter les pillards, ce n’est pas le cas dans des régions plus rurales, comme le gouvernorat de Beja. Une bande de pillards (une centaine d’hommes, armées de bâtons, barres de fer) se sont attaqués aux fermes environnantes. Une ferme a été complètement incendiée avec l’ensemble de son bétail à l’intérieur (brebis, vaches). Dans une seconde ferme, le fourrage a été brûlé, et alors que son gardien a essayé de défendre son troupeau, il a été battu à mort. Plus de 700 têtes ont été volées. Ces pillards sont composés en majorité d’hommes vivant dans la région, souvent reconnus par les fermiers, qui profitent de la désorganisation totale (plus de police, de mairie…) pour s’emparer des quelques richesses du pays. Plus que la destruction d’une ferme, ces pillages sont dangereux car ils vont amener à une situation d’approvisionnement de crise dans le pays. Et un pays qui meure de faim, est un pays qui n’est pas apte à élire la meilleure personne pour devenir président, mais la première personne qui pourra les défendre et leur donner à manger. Espérons que l’armée rétablira très rapidement la sécurité sur l’ensemble du pays. L’assistance de la France (envoi de l’armée) pour aider à rétablir la sécurité du pays est souhaitée par bon nombre de Tunisiens. Et non pas comme le suggerait Michèle Alliot-Marie, pour contrôler les manifestants tunisiens.

Les Tunisiens de France ne se rendent pas compte, par Meriam N., 32 ans, Tunis

Depuis la fuite de Ben Ali, les Tunisiens vivent dans l’insécurité, et ce malgré les militaires que nous apercevons ici et là ; les voleurs, pilleurs, issus pour la plupart d’entre eux de quartiers très pauvres, sont à l’affût des biens de la population. Les Tunisiens sont cloîtrés dans leurs maisons, avec un sentiment de peur, de crainte et d’angoisse. Les Tunisiens de France montrent leur grande joie à l’annonce du régime Ben Ali écrasé, mais ne s’imaginent pas à quelle situation économique et sociale nous allons faire face : la crise alimentaire, financière et sociale commence d’ailleurs à se faire ressentir.

Ils peuvent être dix mille, nous sommes dix millions, par Malika A;, 24 ans, juriste

Nous sommes très inquiets pour la sécurité de tous car des exactions continuent d’être commises. Ce n’est ni plus ni moins que du terrorisme, une politique de la terre brûlée que pratiquent les hommes de Ben Ali. Cependant, nous sommes confiants, ils peuvent être dix mille, nous sommes dix millions. Les gens de tous âges et de tous milieux sortent en journée pour nettoyer les rues et ceux-là mêmes forment des comités de quartier le soir pour protéger nos concitoyens. L’armée fait un travail remarquable. Jamais je n’ai vu tant de solidarité, tant d’unité, tant de patriotisme. Nous sommes plus motivés que jamais, ce qu’ils détruisent, nous allons le reconstruire, pour pouvoir nous concentrer sur les élections à venir. L’économie pâtira peut-être un moment de la situation, mais elle redémarrera en trombe dès que la situation se sera calmée, sans les blocages, les découragements et les innombrables détournements occasionnés par les Trabelsi et leur bande. Nous œuvrons main dans la main pour préserver notre liberté retrouvée, nous n’avons plus peur, le pire est forcément derrière nous.

Les passe-droits, c’est fini, par Nabil G., 48 ans

Ce matin, il y avait quelques centaines de personnes qui faisaient la queue devant la boulangerie du quartier. Il y avait environ une heure d’attente dans une ambiance bon enfant. Les voisins du quartier ont spontanément organisé un service d’ordre afin de décourager les éventuels resquilleurs. A une dame qui voulait quand même tenter sa chance, mon voisin a répondu, « Madame, il va falloir vous habituer à faire la queue comme tout le monde, sinon on n’a vraiment rien compris ». Il a ensuite rajouté : « Je ne vous en veux pas du tout, car j’ai moi-même essayé d’avoir du pain directement chez mes copains à l’intérieur, ce matin, mais quand le type du service d’ordre m’a interpellé, j’ai eu honte de moi ». Que voulez-vous, c’était tellement banal… Le passe-droit était devenu la règle. Je suis intimement persuadé qu’après le changement politique, il y aura un changement social, et des valeurs que je croyais définitivement perdues comme la solidarité, la responsabilité, le sens du devoir et le sens civique ressurgiront comme par miracle. On pourra enfin être fier d’être Tunisien.

Liberté, par Mongia B., 46 ans, Tunis

Je suis Tunisienne et fière de l’être. Nous vivons des moments historiques que nous avons gravés à jamais dans l’histoire. Je ne peux décrire ce sentiment qui m’anime : un bonheur nouveau, d’un goût différent, désormais je peux parler politique librement avec tout le monde, je peux critiquer, aller sur des sites Internet jusque-là fermés. Maintenant, au moment où j’écris ces mots, des tirs, des hélicoptères sillonnent la Marsa. Je tremble, ma famille aussi, c’est qu’on n’a jamais vécu cela ! Mais bizarrement, notre peur est mélangée de fierté, on a l’impression d’avoir créé quelque chose d’unique, d’énorme : la liberté. Enfin, je souhaite que le calme et la stabilité reviennent pour qu’on puisse savourer ce que nous avons acquis après tant d’année de silence. Vive la Tunisie !

Retourner au travail, par Sami H.

La Tunisie retrouve le calme après la révolte du jasmin qui a réussi a éliminer un des plus féroces dictateurs de notre époque. Il reste encore quelques fidèles du régime sortant qui essaient encore de perturber la vie normale, mais le peuple tunisien est capable de les emmener au diable vert. Nous remercions Dieu, le seul qui nous ait aidés à en finir avec ce régime. Nous retournerons demain inch’allah à nos postes pour reconstruire notre pays.

LUNDI

Résistance passive, par Sabah B.

Le mot d’ordre aujourd’hui est de reprendre le travail. En parcourant les rues de Tunis, ce matin, je voyais des gens reprendre un semblant de vie normale, des éboueurs en train de nettoyer les rues, des pharmacies, des boulangeries qui rouvraient. Une forme de résistance passive s’organise pour vaincre la peur. Aujourd’hui on doit franchir une seconde étape non moins cruciale après celle de la chute de l’ancien régime, reprendre nos activités normales et braver tous ceux qui veulent nous terroriser.

L’espoir, par Chafika C., 55 ans

Incontestablement, le 14 janvier 2011, le peuple tunisien a tourné une des pages les plus terribles de son histoire. Une page de terreur, de népotisme, de non-droit. Depuis 48 heures, les gens sont visiblement plus heureux, fiers de leur identité de Tunisien. Ce peuple qui a repris confiance en lui se montre plus solidaire, plus responsable, avec un sens du civisme inhabituel, jusque-là voilé par une chappe de peur et de frustration.

La liberté l’a transformé. Oui les milices de Ben Ali sévissent encore ça et là, mais ce scénario ne semble pas avoir eu les résultats escomptés. La terreur et chaos ne sont pas au rendez-vous. Ben Ali ne reviendra plus que pour être jugé. (…) La situation devrait à l’évidence évoluer positivement à condition que le président (homme ou femme) soit suffisamment fédérateur (toutes les forces vives, tous les partis politiques) avec un nouveau gouvernement excluant toute personne ayant participé de près ou de loin avec l’ancien. Une telle détermination, une telle cohésion et un tel regain de confiance ne peuvent que rassurer sur le proche avenir. Je l’espère de tout cœur.

Le silence de la France, par S., 34 ans

Je suis heureuse de voir ce jour votre page qui s’ouvre enfin et au lieu du « 404 not found » éternel, un petit espace où nous pouvons enfin nous adresser au « Monde » (vous et le monde entier)… Je suis fière de mon peuple et encore incrédule de ce qui s’est passé ce dernier mois. En décembre, nous n’aurions jamais cru imaginable la chute de Ben Ali. Tous espérons aujourd’hui du fond du cœur un retour rapide au calme et l’installation, enfin, d’une démocratie. Nous souhaitons continuer et garder précieusement ce que nous a légué notre président Bourguiba en restant le pays ouvert, accueillant et agréable à vivre que nous avons toujours connu. (…) Je compte sur l’intelligence du peuple tunisien pour construire enfin un pays où le mot peur sera remplacé par celui de confiance. Que la Tunisie libre soit à la hauteur de ses espoirs. (…) Un peu triste quand même du silence de la France pendant que notre peuple se faisait tuer.

Fraternité, par Fares K., 15 ans

Ces dernières années, les Tunisiens ont perdu leur patriotisme. Mais on a assisté ces jours-ci à une révolution qui n’est guère une révolution politique mais une révolution humaine. Tous ensemble, on a combattu contre le tyran du pays, tous ensemble nous sommes en train de combattre ses milices qui sèment le trouble et tous ensemble nous bâtirons une Tunisie meilleure. Il y a un mois, je connaissais pas la majorité de mes voisins, aujourd’hui ce sont mes frères et sœurs car nous avons lutté ensemble.

En Suisse aussi : lancement de la campagne nationale du « boycott des produits israéliens »


Le samedi 5 février

14h-17h

à Berne (à proximité de la gare de long de la Heiliggeistkirche)

La campagne BDS Suisse a décidé de focaliser ses efforts sur les deux grands distributeurs suisses Migros et Coop. Par toutes sortes de pressions, il leur est demandé de cesser de vendre des produits israéliens. Ceci jusqu’à ce qu’Israël respecte le droit international et reconnaisse les droits légitimes des palestiniens. Ces deux chaînes sont ainsi prises au mot, puis que l’une et l’autre prétendent être animées par un souci éthique dans le choix des produits venus. Lors de la distribution de tracts de boycott devant les supermarchés, beaucoup de consommateurs et consommatrices affirment boycotter les produits depuis des années. Lors de cette campagne nationale, nous espérons fédérer cette contestation individuelle et la rendre plus visible. Mais surtout nous voulons insister sur le fait que la politique menée par l’Etat d’Israël est une politique d’apartheid. En cela les gouvernements et les compagnies qui travaillent avec Israël deviennent eux-mêmes complices de cette politique.

Le 5 février 2011 les militants BDS de différentes villes de la Suisse viendront à Berne pour lancer la campagne. Différentes actions sont prévues au centre ville et une conférence de presse aura lieu en fin d’après-midi.

BDS Genève compte bien être présent et nous aimerions être nombreux ! Pour cela nous allons organiser des moyens de transports etc. Si vous voulez participer à cette après-midi, vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante: bdsgeneve@gmail.com

Par ailleurs nous voulons créer un groupe d’action pour animer la campagne à Genève. Dans un premier temps nous allons lancer «  une boîte aux idées » pour récolter des suggestions, idées etc., pour différentes animations. Ensuite il s’agira de mettre sur pied ces animations pour que les gens puissent participer facilement.

Grâce au travail du BDS Suisse, nous avons toute un matériel à disposition : poster, autocollants, flyers, textes avec arguments vis-à vis de Migros et Coop. Sur le site www. bds-info.ch, vous pouvez consulter le matériel y compris « not Shop » qui fournira des informations plus spécifiques sur les produits.

Si vous aimeriez faire partie du groupe d’actions, si vous avez des idées d’animation, si vous êtes d’accord de participer de temps en temps à ces animations, inscrivez-vous !

BDS GE

bdsgeneve@gmail.com.

«GAZA-STROPHE, LE JOUR D’APRÈS»


EXCEPTIONNELLEMENT

le jeudi 27 janvier à 21 heures 30,

au cinéma l’Arenberg,

Attac-Bruxelles et

l’Association Belgo-Palestinienne

vous invitent

à l’avant-première de

«GAZA-STROPHE,

LE JOUR D’APRÈS»

de Samir ABDHALLA et Khéridine MABROUK

Un film incroyable sur la guerre menée,

22 jours durant, contre la population palestinienne…

Une formidable enquête établissant

la responsabilité incontestable d’Israël

pour crimes commis contre l’Humanité.

Un reportage-choc qui vient d’obtenir, coup sur coup,

le Prix international du documentaire méditérranéen

et le Grand Prix «France TV»

et

Dès 20 heures 30 précises,

LE GRAND DÉBAT:

« LA VÉRITÉ EN FACE…? »

avec, notamment,

Samir ABDALLAH

le réalisateur du film

Fatima EL MOURABITI

qui a participé à la flottille Free Gaza

dont l’arraisonnement, le 31 mai,

a causé la mort de 9 personnes,

et Henri WAJNBLUM

de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique

Ces jeunes Algériens qui s’immolent par désespoir


Opinion – El Watan
Mokrane Ait Ouarabi

Photo: El Watan

Lundi 17 janvier 2011

Les actes de désespoir se multiplient ces derniers jours à travers différentes régions du pays. Hier, à Mostaganem, un homme de 34 ans, chômeur, a tenté de mettre fin à ses jours devant la direction de la sûreté de wilaya.

A la recherche d’un emploi, sans succès, ce trentenaire a voulu se donner la mort de manière spéctaculaire en s’immolant par le feu. Samedi, trois Algériens vivant dans des régions différentes ont tenté le même acte suicidaire pour protester contre leurs conditions sociales intenables.

Certes, ces actes ne sont pas nouveaux dans notre pays où la population est totalement livrée à elle-même, sans repères ni perspectives. La nouveauté est le fait que ces actes de désespoir se sont produits en l’espace de 48 heures seulement et en des endroits différents. Le premier est un homme de 41 ans qui a tenté de s’immoler, mercredi dernier, dans l’enceinte de la daïra de Bordj Menaïel, à Boumerdès, à 70 km d’Alger, où il travaillait comme agent de sécurité. Père de six enfants, ce quadragénaire n’a trouvé que cet acte suicidaire pour protester contre son exclusion de la liste des bénéficiaires de logements sociaux de sa localité, Cap Djinet. Le deuxième est un jeune de 26 ans, originaire de Jijel, qui n’arrive plus à faire face à ses problèmes sociaux et le troisième, un jeune de 27 ans de la commune de Boukhdra, à 35 km au nord de Tébessa, à l’est du pays.

La rue algérienne n’a pas hésité à faire le parallèle entre ces actes et celui du jeune Tunisien de Sidi Bouzid, à l’origine la vague de violences qui a fait tomber le régime autoritaire de Ben Ali. La révolte des Tunisiens est la première du genre dans le monde arabe. L’effet de contagion est à craindre, surtout que les ingrédients que l’on trouve en Tunisie sont aussi présents en Algérie. Les inégalités sont de plus en plus importantes. A l’asservissement du peuple s’ajoutent la corruption généralisée et la misère. Des centaines de milliards de dollars ont été dépensés dans des programmes de développement, sans que cela ne se répercute positivement sur la vie quotidienne des Algériens, dont le pouvoir d’achat ne cesse d’être érodé par l’inflation grandissante. Les signes de la misère sociale sont visibles partout dans notre pays.

Le désespoir bat son plein. Au verrouillage politique s’ajoute l’injustice sociale qui s’est répandue à travers l’ensemble du territoire et qui s’est aggravée durant la première décade du XXIe siècle. Le retour relatif de la paix n’a pas ramené le progrès longtemps souhaité. Les politiques de colmatage et de replâtrage n’ont fait que creuser l’écart entre le pouvoir et la société. La rue algérienne gronde. Il suffit d’une étincelle pour allumer un brasier…30;30;

« Peut-être on partira, mais on brûlera Tunis »


LEMONDE | 17.01.11 | 11h13  •  Mis à jour le 17.01.11 | 11h20

Une photo de l'ancien président Ben Ali brûlée à Marseille, samedi 15

Une photo de l’ancien président Ben Ali brûlée à Marseille, samedi 15REUTERS/JEAN-PAUL PELISSIER

Tunis, envoyée spéciale – Cet homme n’est ni grand ni petit. On ne peut pas le décrire. Il n’a pas de nom. Il faut lui en inventer un : Zyed. Il se terre dans une maison du quartier Bardo, à Tunis, qu’il fait surveiller depuis la rue par de jeunes parents, les nerfs à fleur de peau. « Je change d’endroit toutes les heures », dit-il en refoulant des larmes.

Conseiller de Zine El-Abidine Ben Ali au palais de Carthage, il avait pris contact de sa propre initiative quelques jours avant la chute de l’ex-président parce que, disait-il, il ne voulait pas « être complice des massacres ». Pour le rencontrer, ce dimanche 16 janvier, il faut suivre des émissaires à travers un dédale de rues.

Zyed tente aujourd’hui de fuir la Tunisie, mais son passeport français, qu’il exhibe trop brièvement, est faux. Son récit, souvent interrompu par le bruit de tirs tout proches qui le font violemment sursauter, met en scène les intrigues d’un clan familial sclérosé et une fin de règne agonisante bien avant le début, le 17 décembre 2010, des émeutes en Tunisie. « Il régnait une atmosphère délétère au palais, souligne-t-il. En septembre, il y a eu un accrochage très sérieux entre le président et sa femme, et, à partir de là, la présence de son frère Belhassen et de son fils Imed est devenue de plus en plus forte. »

L’ancien conseiller avance aussi le nom de Slim Chiboub, marié à Dorsaf Ben Ali, la fille de l’ancien président, mais écarte celui d’un autre gendre, très en vue, Sakhr El-Materi, décrit comme « un requin qui n’a pas de dents ».

« QU’IL CRÈVE »

En octobre, ce clan aurait mis au point, selon lui, un scénario « diabolique » consistant à laisser « le président en poste jusqu’en janvier 2013, puis sa démission aurait été annoncée pour raison médicale, suivie d’un appel pour des élections ». Les partis « amis » auraient été instrumentalisés pour créer une polémique en présentant de faux candidats. Des manifestations organisées un peu partout par le RCD, le parti du pouvoir, se seraient conclues par une « manif monstre d’un million de personnes à Tunis pour réclamer la candidature de Leïla ».

Mais, le 17 décembre, le suicide de Mohamed Bouazizi, immolé par le feu, change tout. « Ben Ali était totalement indifférent, il a dit quelque chose comme : ‘Qu’il crève’. A ce moment, Abdelwahab Abdallah est devenu le véritable régent, et Abdelaziz Ben Dhia le filtre sans qui rien ne passait. » Ali Sériati, le chef de la garde présidentielle, fait partie du dispositif.

L’ancien conseiller décrit des acteurs de plus en plus fébriles au fur et à mesure que le mouvement de révolte prend de l’ampleur dans le pays. Le 29 décembre, au lendemain du premier discours du président, il assiste à une réunion de crise. « Abdallah a dit : ‘Il faut que tout ça soit manipulé par un groupe affilié à Al-Qaida au Maghreb islamique. Pour nos amis français, c’est la seule solution.’ Ce à quoi a répondu Ben Ali, très cynique: ‘AQMI en Tunisie, c’est la mort du tourisme, on va se suicider’. »

DES APPELS D’ERIC RAOULT

Aux Américains, un même argument devait être présenté : Kasserine, la ville où les manifestations ont été les plus durement réprimées, était un « foyer islamiste ». « Il y a eu un air de fête après les déclarations de Michèle Alliot-Marie lorsqu’elle a proposé d’aider à former des policiers tunisiens, poursuit Zyed. Et Eric Raoult appelait tout le temps pour dire qu’il ne fallait pas ouvrir la brèche aux islamistes ; Abdallah l’avait surnommé la ‘passerelle’. »

Contacté, M. Raoult reconnaît avoir « appelé souvent », mais, assure-t-il, « des amis comme Charfeddine Guellouz ou Habiba Massabi [députée RCD], pas la présidence, ce n’est pas de mon niveau ».

La situation, cependant, s’aggrave en Tunisie. Le conseiller, qui révèle que l’ancien chef de l’Etat s’était réfugié dans sa propriété d’Hammamet avant de quitter le pays et avait préenregistré son dernier discours, rapporte cette dernière réunion : « Sériati a prévenu que les militaires, ces ‘fils de bâtards’, a-t-il dit, fraternisaient avec la population. Il a ajouté: ‘Peut-être on partira, mais on brûlera Tunis : j’ai 800 bonhommes prêts à se sacrifier. Dans deux semaines, les mêmes qui manifestent vont nous supplier de reprendre les choses en main.' » Zyed, alors, est parti de son côté.

Isabelle Mandraud

source

Le 12 février, tous à Bierset


Votre association  souhaite t-elle figurer dans la liste des signataires? contacter secretariat.abpliege@gmail.com .
D’autre versions contenant plus de signatures suivront.
Merci d’ajouter cette manifestation dans votre agenda.

Samedi 12 février 2011 aura lieu  à l’aéroport de Bierset (Liège), une action de demande de boycott des produits israéliens.
Cette action aura lieu  devant le siège de la Société Israélienne CAL (Cargo Air Lines) et le centre de logistique LACHS dans la zone aéroportuaire de Liège-Bierset.

A l’occasion de la Saint-Valentin , des tonnes de fleurs coupées sont en effet exportées par la société israélienne AGREXCO  vers l’aéroport de Liège où elles arrivent par avions et partent ensuite vers toute l’Europe en camions et notamment vers la Hollande.

Nous appelons  au boycott de AGREXCO  en tant que compagnie tirant profit de la colonisation et de l’apartheid imposé aux Palestiniens en rappelant que les produits d’AGREXCO, et notamment ceux de sa marque-phare CARMEL (des dattes, des fleurs, du maïs …) proviennent en partie des colonies illégalement installées sur les terres palestiniennes mais se retrouvent ensuite dans de nombreux points de vente avec un étiquetage qui cache aux consommateurs leur  véritable origine, le vol des terres et de l’eau de Palestine.

Nous vous attendons nombreux !
Pour rappel video de la manifestation de l’année dernière :

Cordialement.

http://www.abpliege.be/

ISRAEL OCCUPE LA PALESTINE ,
JE SANCTIONNE

Une arme de délivrance massive pour rassembler le Peuple !


INTERNET
D. Benchenouf

Dimanche 16 janvier 2011

Je crois que le seul appel qui sera suivi des Algériens sera celui brandira l’étendard de la révolte.
Le peuple algérien sait qu’une association de malfaiteurs, au sens plein et pénal de la définition, a fait main basse sur le pays.
Sous le régime d’un pouvoir personnel sous Boumediene, la corruption et la déprédation n’était pas systémiques, mais accessoires et relativement mineures, juste pour s’acheter la fidélité « révolutionnaire » de la Nomenclatura. En ces temps bénis de la Révolutionite, El Moudjahid et les autres médias « nationaux » étaient seuls pour chanter les louanges du Grand artisan du Sursaut Révolutionnaire. Le Peuple, n’avait que le téléphone arabe pour freiner un tant soit peu les logorrhées à la gloire de la Révolution .

Sous Chadli, à son insu d’une certaine manière, sous la houlette du génie du mal qu’a été le Général Belkheir, la corruption et le pillage s’installèrent progressivement jusqu’à devenir les principales caractéristiques du régime.
On annonça au bon peuple, après l’avoir fauché à la mitrailleuse lourde, qu’il venait de mériter, enfin, une presse « indépendante », la plus libre du monde arabe. En fait un truc plus efficace qu’El Moudjahid, puisqu’il donnait l’illusion d’une vraie liberté d’expression. Le peuple pallia à cette escroquerie intégrale en inventant les plus belles blagues politiques du monde.

Après l’interruption du processus électoral en 1992, et l’intrusion brutale, et exclusive, des généraux au coeur du pouvoir, le régime perdit le moindre résidu réellement étatique de sa nature, pour n’en garder que des oripeaux de pure façade.
Il agissait désormais en association de malfaiteurs, en ce sens que le but ultime de tous ses membres, en était l’enrichissement personnel, ou celui d’un clan, sur les ressources du pays. Quitte à massacrer « 3 millions d’algériens », pour reprendre les propres termes d’un de leurs généraux.
Ce fut, désormais, le pillage, voire le saccage, voire le bradage à des puissances étrangères de pans entiers des ressources nationales, en échange de rémunérations ou de privilèges de toutes sortes.
La meilleure preuve de ce que j’écris, est que c’est pendant cette décennie rouge, durant laquelle ils réussirent à faire croire à l’opinion publique internationale, qu’ils étaient les sauveurs de la république, et les remparts de l’occident contre le péril islamiste, qu’ils purent acquérir, ainsi que leurs clientèles, dont les têtes d’affiche étaient des « éradicateurs », des fortunes colossales.

Ils massacraient d’une main, pendant qu’ils subtilisaient de l’autre. Et ainsi, du jour au lendemain, pour ainsi dire, le régime et ses clients, y compris parmi les « démocrates », y compris parmi les « islamistes », y compris parmi les « communistes », autant de prétendues mouvances, vidées de toute substance doctrinaire ou idéologique, s’enrichirent à des niveaux incroyables, à tel point que nous passerions pour des personnes excessives si nous en disions les montants réels. Mais nous prenons le risque de le dire: Ils se sont enrichis en centaines et en milliards de dollars. Le régime adjoignit à sa presse la plus libre du monde arabe ses relais médiatiques, et même philosophiques d’outremer. Le massacre purent donc s’accomplir à huis clos, sous l’oeil bienveillant, et parfois brillant de cupidité, souvent comblée, des « amis » politiciens français ».

Mais s’il n’est plus possible de continuer à massacrer les populations, puisque de toute façon l’utilité ne s’en fait plus ressentir. C’est juste que le pillage doit passer à la vitesse supersonique, puisqu’ils viennent de mettre sur rail une locomotive quinquennale qui va convoyer des des dizaines de milliards de dollars vers leurs comptes de là-bas. Et à cause de cela, ils sont dans une immense détresse, parce qu’une arme de type nouveau est désormais à la disposition de tous les peuples. INTERNET.
Un moyen pour pallier à n’importe quelle manipulation dans les heures qui suivent sa mise en marche.

Et ces voleurs insatiables, ces manipulateurs par nature, ces nuisibles, ces parasites, qui sont rusés tout en étant stupides, ne savent plus comment faire pour continuer à réaliser leurs petites et grandes affaires, surtout qu’ils viennent de subir le choc de leur vie, après le soulèvement du peuple tunisien contre leur cher ami et compère Benali. Ils sont aux abois parce qu’ils savent que c’est INTERNET qui a aidé à vaincre le régime policier le plus dur du monde.

Ils pourraient pourtant tirer des enseignements de ce qui vient de se passer en Tunisie, et passer la main.
Ils pourraient même faire plus que cela s’ils étaient doués de la plus petite parcelle de bon sens, en aidant ce peuple qu’ils ont saigné, à reconstruire ce qu’ils lui ont détruit, à commencer par sa propre dignité. Mais ce serait trop leur demander.
Peut-on demander à la fouine assoiffée de sang, qui a réussi de pénétrer dans le poulailler, de cesser le carnage inutile des poules, de tous ces volatiles qu’elle tue pour le besoin irrépressible de tuer ? Non, parce que les instincts sanguinaires de la fouine la poussent toujours à tuer toutes les poules du poulailler. Jusqu’à ce que les piaillements des pauvres volatiles attirent le fermier qui d’un coup de bâton bien asséné, met fin à la vie du prédateur.
Malgré cette fin stupide, les autres fouines n’en tirent pas la leçon, et continuent à précipiter leur misérable fin, en massacrant sans retenue les pauvres gallinacés.
C’est la même et sempiternelle intrigue que reproduisent les tyrans et les parrains mafieux. A un point où cela en devient suicidaire.

Ils ne savent pas s’arrêter à temps, jusqu’au jour où ils sont perdus par leurs propres excès. Et c’est ainsi pour tous les systèmes oppresseurs qui n’ont pas su brider leurs penchants naturels à l’abus.
Zine El Abidine Benali connaissait pourtant l’exemple édifiant du Shah d’Iran, de Saddam Hussein, de Mobutu, de Bokassa, et de tant et tant d’autres despotes qui avaient fini lamentablement.
Mais son instinct de fouine était plus fort que son bon sens paysan. S’il avait dit à son peuple un an plus tôt, ce qu’il lui a dit dans son dernier discours, il serait peut-être devenu un héros, malgré les indicibles atrocités qu’il avait commises. Ou de moins, lui et les siens n’auraient pas fini comme ils ont fini, et ils ne craindraient pas, à l’heure qu’il est, de finir devant des tribunaux érigés par ceux qu’ils ont broyés.

Aussi, tous ces appels au peuple algérien qui circulent aujourd’hui, à gauche et à droite, émis par les uns et par les autres, y compris par des relais du régime dont on sait qu’ils le font pour occuper un espace qu’il faut combler à tout prix, tous ces appels ne seront pas entendus par le peuple algérien.

Ils ne seront pas entendus parce que les uns ne disposent d’aucun ancrage populaire, et que les autres sont disqualifiés pour certaines de leurs positions qui ont coûté très cher en vies humaines. Mais aussi parce que leurs connivences avec des milieux douteux, d’argent ou de casquettes dorées, ont éventé leurs vraies natures. De petites natures, vite comblées par un bon paquet de dollars et de privilèges futiles autant qu’ils sont indignes.

Et donc, au milieu de ce caquetage d’appels, de communiqués et de braiements qui se prennent pour des rugissements, les manipulations misérables du DRS continuent d’être autrement plus efficaces, en ce sens qu’elles visent, encore une fois, à semer la zizanie entre les Algériens.Bien sûr!

Il semble, en effet, que le terrorisme pédagogique ait laissé la place à une autre forme nouvelle de manipulation populaire.

Autant le massacre des populations civiles a-t-il été largement éprouvé, à un certain moment, pour dresser le peuple algérien contre les islamistes, autant le nombre extraordinairement important de femmes en nikab, et d’homme en tenues islamistes presque fluorescentes, tant ils veulent attirer l’attention sur eux, se fait-il, en ce moment même, une formidable propagande pour la famille Bouteflika, le DRS, les Généraux et les forces d’argent.

Une dame de ma famille, qui honnit ce régime, et qui est pourtant une musulmane pratiquante, sans pour autant adopter les attributs vestimentaires qui sont devenus obligatoires, « de facto », en attendant qu’ils deviennent « de jure », m’a appelé pour me dire que ces personnes avec ces vêtements particuliers se font de plus en plus apparentes à Alger.

Et elle a ajouté, à mon grand étonnement, que dans ces conditions, elle prefererait rester sous la domination de la famille Bouteflika et des Généraux, que dans un régime « kaboulisé ».

Sur le coup, je lui ai répondu qu’elle avait tort, qu’il fallait laisser les gens s’accoutrer comme bon leur semble, tant qu’ils ne se mêlent pas de votre propre façon de vous vêtir. Nous entrâmes alors dans une discussion algéroise sur le sexe des escargots, où elle m’apprit justement, que depuis quelques jours, de jeunes hommes barbus, et mêmes d’autres qui avaient trois poils au menton, l’agressaient verbalement chaque jour, parce qu’elle ne portait pas le hidjab. Des balles, traçantes de malveillance, sifflaient à ses oreilles tous les jours, au point où elle ne pouvait plus se permettre de circuler à pied dans certaines rues d’Alger, plus « kaboulisées » que d’autres.

Plus tard, après avoir raccroché, une idée s’imposa à mon esprit. Une idée pour laquelle je serais certainement traité de « conspirationniste », encore une fois. Mais force sera de reconnaître qu’elle concorde avec le mode d’emploi des « stratèges » du DRS. C’est tellement évident que ça en crève l’écran de mes spéculations.

Ces nikabs et ces tenues outrancières qui circulent de plus en plus, et ces agressions contre les femmes habillées à l’occidentale, sont une action psychologique du DRS, du même cru que le terrorisme pédagogique, avec les massacres en moins. C’est un peu comme les fetwas de mort écrites dans les CTRI, où les lettres de menace aux étudiantes et enseignantes qui ne portaient pas le voile, envoyées des mêmes centres. Ou même, pour reprendre les révélations d’un transfuge du DRS, l’assassinat de jeunes filles qui étaient vêtues à l’occidentale.

Encore une fois, les services psychologiques du DRS ont trouvé la panacée. Ou plutôt, ils ont cru l’avoir trouvée:
Faire en sorte que non seulement la population se coupe davantage des islamistes, et de tous les vrais opposants au régime, ce qui serait de bonne guerre à la limite, mais l’amener, par la peur, en agitant l’épouvantail taliban, à leur préférer ce régime, avec toutes ces turpitudes, et sa violence.

Et curieusement, en ces moments cruciaux, après la Révolution tunisienne, c’est au moment où des menaces de talibanisation vestimentaires se font jour, que des appels en tout genre, y compris venant des incontournables « démocrates » sont ultra-médiatisées.

Et comme de bien entendu, après le refus opposé par le « Gouvernement » à des demandes de « manifestations », nous devons nous attendre, après quelques héroïques escarmouches, à leur autorisation, par le même « Gouvernement ». Après un combat héroïque, et hyper-médiatisé, bien sûr, entre ces mêmes forces qui s’opposent, encore une fois, à la « talibanisation » du pays.

Donc, rien n’est fortuit, rien ne survient naturellement.
Si Bouteflika ne parle pas, ce n’est pas parce que comme le pensent nombreux de nos compatriotes, parce qu’il est coupé de la réalité, mais parce qu’il sait que ceux qui sont devenus ses alliés et ceux de sa famille, un peu comme les « forces de sécurité » tunisiennes l’étaient avec Benali et sa famille, il sait qu’ils veillent au grain, et qu’ils n’ont jamais été aussi laborieux qu’ils le sont en ce moment.

Ce qui semble être un silence incompréhensible de l’Etat et de tous ses relais officiels, n’est, en réalité, que le signe d’un affairement frénétique, de la mise en place d’une grosse manipulation psychologique, pour brouiller l’entendement des observateurs, et fourvoyer, encore une fois, la conscience, ou plutôt la prise de conscience, des Algériens dans une fausse piste, et même dans un réflexe panique de survie, d’une population qui va s’accrocher de toute sa force, à ses seuls sauveurs, contre l’épouvantail taliban. Les sauveurs, on sait qui ils sont, bien sûr…

Mais tant va la cruche à l’eau….
Le DRS, Bouteflika, les « Demi-crates », et toutes leurs smalas, et tous leurs chiyatines, montrent bien qu’ils n’ont rien compris à la nouvelle situation. Normal, avec leur petits yeux de fouine. Ils ne voient pas plus loin que le montant de leurs biens mal acquis, et du prochain poulet à égorger.

Ils se trompent, parce que les Algériens sont passés par une période de feu et de sang, qui les a forcis, comme on trempe l’acier. Ils ne se laisseront plus avoir par qui ce soit!
Ni par des barbus qui promettent le paradis en échange d’un bulletin de vote, ni par des succédanés de démocrates qui ne vous concèdent de démocratie que si vous leur donnez votre bulletin de vote. A eux et à personne d’autre.

Le peuple algérien, à l’instar de son voisin et frère tunisien, est à la veille de faire sa Révolution, et de reconquérir son indépendance.

C’est pour cela, qu’en silence, doucement, sans tambour ni trompette, il se prépare, il attend son heure, pour se dresser comme un seul homme, et se préparer à fonder un Etat de Droit, où chacun sera libre de ses idées, et de sa façon de se vêtir, sans que quiconque puisse le lui contester.
Et il bâtira une nation de justice et de droit, ou nul ne sera plus jamais opprimé. Et ou nul, quel qu’il soit, et quelles que soient le pouvoir que le peuple lui aura délégué, ne pourra outrepasser ses attributions.

Cette fois-ci, n’en déplaise à Kadhafi, et à nos fouines en tout genre, le peuple algérien dispose d’une arme contre laquelle les despotes ne peuvent rien. Elle s’appelle INTERNET.
Et c’est grâce à elle que nous réagissons en temps réel contre leurs grossières magouilles. La preuve…

source

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑