Manifestation à Tahrir pour le NON au referendum de demain


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Vive polémique au sein de la société égyptienne sur les amendements constitutionnels

Les Egyptiens sont appelés à se rendre samedi aux urnes pour se prononcer par référendum sur des amendements constitutionnels qui ont suscité un débat houleux entre les composantes de la sphère politique.

Aussi bien dans les émissions télévisées, la presse écrite que dans la rue, ont surgi des divergences entre partisans et opposants à ce référendum, dont la date a été fixée par le Conseil suprême des forces armées qui dirige le pays depuis la chute de l’ancien président Hosni Moubarak.

Bien qu’étant d’accord pour participer au référendum, opposants et partisans de ces amendements sont partagés quant au bien fondé des amendements.

Pour les opposants à ce référendum, ils relèvent que malgré les changements de certains articles, il reste toujours des lacunes. Dans ce sens, ils soulignent que l’amendement ne limite pas les pouvoirs du président de la République, « ce qui va mener à une nouvelle dictature ».

Parmi les égyptiens ayant récusé les amendements et annoncé leur intention de se porter candidats à la présidentielle, figurent le secrétaire général de la Ligue Arabe Amr Moussa et l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohammed El Baradei.

Pour Amr Moussa, ces amendements « ne répondent pas aux aspirations du peuple égyptien à une nouvelle ère instaurant les bases de la démocratie ».

Il a relevé que le rejet des changements constitutionnels, qui « est la bonne décision à prendre par les électeurs samedi prochain, est de nature à permettre de réaliser des acquis politiques importants ».

Il a par ailleurs affirmé qu’un vote positif lors de cette consultation populaire permettrait, en maintenant l’essentiel de l’ancienne Constitution, au chef de l’Etat de garder les vastes pouvoirs dont profitait l’ancien président et donc courir le risque de retrouver un régime analogue.

« Préserver l’ancienne Constitution donnerait au futur président de vastes pouvoirs, ce à quoi le peuple s’oppose dans sa quête de démocratie, de liberté et de refus de revenir à l’ancien ordre des choses », poursuit-il.

De son côté, l’opposant le plus en vue, Mohamed El Baradei, a estimé que le vote en faveur des amendements conduira à des élections dans le cadre d’une Constitution « despotique et dénaturée ».

Il a précisé que la préservation de la constitution de « Moubarak » était une « humiliation » pour la révolution, appelant à la formation d’une commission chargée de l’élaboration de la nouvelle Constitution.

La « coalition des jeunes de la révolution » a appelé, quant à elle, à voter « non » au référendum, soulignant l’impératif de la proclamation d’une Constitution provisoire comprenant les revendications de la révolution et définissant les prérogatives du gouvernement de transition.

Il s’agit également, selon la coalition, de constituer un conseil présidentiel civil composé de trois membres qui gérera avec le gouvernement de transition les affaires du pays, préparera les élections législatives et présidentielle et formera une assemblée constituante pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution.

L’abrogation du conseil consultatif, l’amendement des lois complétant la Constitution telle la loi sur les partis et l’exercice des droits politiques figurent également parmi ces propositions.

En contrepartie, les Frères musulmans et le parti national démocratique ont appelé à approuver les amendements constitutionnels, soulignant qu’ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour que le référendum soit positif.

Ils ont estimé que le rejet de ces amendements est de nature à prolonger davantage la période de transition et mènera à une confrontation entre le peuple et l’armée en donnant l’opportunité à la contre-révolution.

Tout en reconnaissant l’insuffisance de ces amendements pour répondre aux exigences de la révolution, ils ont affirmé que le pays « passe par une étape décisive qui requiert une sortie de crise au moyen de ces amendements afin de passer de l’étape de transition à celle de la stabilité ».

D’après la commission en charge de l’amendement de cette Constitution, la durée du mandat présidentiel est limitée à quatre ans renouvelables une seule fois.

Ces amendements sont destinés à garantir plus d’ouverture démocratique dans le pays, d’après la commission, qui recommande aussi la limitation du recours aux lois d’urgence -en vigueur en Egypte depuis 30 ans- à une période de six mois avec feu vert d’un Parlement élu.

La prorogation de cette période de six mois devra être soumise à un référendum populaire, selon la commission, qui propose aussi l’assouplissement des conditions requises pour être candidat, afin de permettre aux indépendants et aux petits mouvements d’opposition de se présenter.

Pour être éligible, un candidat devra recueillir 30.000 parrainages de diverses provinces égyptiennes, ou la recommandation de 30 membres du Parlement, ou bien être issu d’un parti titulaire d’au moins un siège au Parlement.

La commission a également proposé que le processus électoral soit désormais surveillé par le pouvoir judiciaire.

Ces propositions « représentent une Constitution temporaire, après laquelle une nouvelle Constitution du pays pourra être rédigée ».

Quelque 45 millions d’Egyptiens âgés de 18 ans et plus sont appelés ainsi à se rendre aux urnes pour accepter ou rejeter les amendements proposés.

MAP