La Syrie touchée à son tour par le vent de révolte arabe


lundi 21 mars 2011, par La Rédaction

Quatre jours de manifestations contre la corruption et le système de parti unique ont montré que la Syrie, l’un des pays les plus fermement tenus de la région, n’était pas à l’abri du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe.
Quatre personnes ont trouvé la mort durant ces troubles, dans le sud du pays, où les protestataires ont mis le feu à des bâtiments publics, défiant ouvertement le régime de Bachar el Assad, qui ne tolère habituellement aucune voix dissidente.
Les troubles les plus sérieux se sont cantonnés jusqu’à présent à la ville de Déraa, en lisière de la frontière avec la Jordanie, où l’on a entendu le slogan « Dieu, la Syrie, la Liberté ».
Mais les analystes n’excluent pas que l’agitation s’étende dans le pays tant la population semble désenchantée du régime et enthousiasmée par le vent de liberté qui souffle dans les pays voisins.
« C’est un Etat semi-totalitaire. La corruption est partout », souligne Hazem Saghieh, chroniqueur au quotidien arabophone international Al Hayat. « Tous les ingrédients sont réunis pour s’attendre à un changement radical. »
Tout trouble en Syrie est susceptible d’avoir des répercussions au-delà des frontières du pays, le régime de Damas étant un allié proche de la République islamique d’Iran, un acteur majeur du jeu politique libanais et un parrain des groupes islamistes palestiniens et libanais.
Le parti Baas, au pouvoir depuis bientôt un demi-siècle, gouverne en vertu de l’état d’urgence et interdit toute opposition.
Parmi les autres griefs contre le régime figure la domination de la secte chiite minoritaire des alaouites, dont fait partie le clan Assad, sur la majorité sunnite.
Assad assure que la diplomatie syrienne, qui mêle intransigeance vis-à-vis d’Israël et soutien au Hamas et au Hezbollah, ses ennemis palestinien et libanais, est en phase avec le sentiment de la rue arabe.
Mais cette « exception syrienne » ne protège pas le régime du mécontentement d’une population qui aspire à plus de droits, à plus d’emplois et à une hausse de son niveau de vie.
Lorsque les Frères musulmans syriens se sont révoltés contre le régime en 1982 à Hama, le président Hafez al Assad, père de l’actuel président, n’avait pas hésité à écraser ce soulèvement dans le sang, faisant des milliers de morts.
Pareille répression, dont le monde n’a appris l’ampleur que des semaines plus tard, semble improbable aujourd’hui à l’ère des téléphones portables et d’internet.
« Les Syriens ont montré dans le passé qu’ils étaient capables de moduler leur répression », souligne Habib Malik, enseignant d’histoire à l’université américaine de Beyrouth.
« Je pense qu’ils se rendent compte que ce qui s’est produit à Hama n’est plus possible dans le monde actuel », assure Malik, qui pense Assad en mesure de « tuer dans l’oeuf » toute révolte, même si le défi qu’il affronte paraît sérieux.
Comme d’autres Etats arabes confrontés à la contestation, la Syrie a cherché à la faire taire en rétablissant les subventions aux denrées de base et en augmentant les salaires.
Selon un diplomate en poste à Damas, Assad, arrivé au pouvoir en 2000 à la mort de son père, n’a pas tenu ses promesses de réformer le système politique et a cru à tort qu’une libéralisation économique limitée suffirait à le perpétuer.
« Bachar avait le temps de prendre des mesures préventives et d’engager des réformes authentiques. Au lieu de ça, le régime a commis de grosses erreurs », dit-il.
En dehors des troubles à Déraa, de petites manifestations ont eu lieu après les prières du vendredi dans la ville d’Homs et à Banias, sur la côte. A la grande mosquée de Omeyades de Damas, des fidèles ont brièvement scandé des slogans réclamant plus de liberté.
Mais l’échelle des manifestations de Déraa, auxquelles ont participé des milliers de personnes, montrent que la vraie menace pour Assad vient moins de groupes d’opposition disséminés et affaiblis que de la base de la population.
Selon Hazem Saghieh, si les rebelles libyens, désormais aidés par l’intervention occidentale, devaient marquer des points face au colonel Mouammar Kadhafi, les protestataires syriens pourraient se sentir enhardis.
Mais il voit mal la situation en Syrie prendre la même tournure qu’en Tunisie ou en Egypte, où les présidents Zine Ben Ali et Hosni Moubarak se sont résignés à quitter le pouvoir sous la pression de la rue.
« Je ne pense pas que le régime baasiste de Syrie partira en douceur », dit-il.

(Lundi, 21 mars 2011 – Avec les agences de presse)