Le Hamas affiche un nouveau pragmatisme


Des étudiants palestiniens agitent les drapeaux du Hamas et du Fatah, le 8 mai, à l'université Al-Azhar, à Gaza.

Des étudiants palestiniens agitent les drapeaux du Hamas et du Fatah, le 8 mai, à l’université Al-Azhar, à Gaza.AFP/MAHMUD HAMS

L’accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, scellé mercredi 4 mai au Caire, ne s’est pas encore traduit sur le terrain. Les dirigeants des deux mouvements rivaux, à couteaux tirés depuis la prise de pouvoir des islamistes dans la bande de Gaza en juin 2007, sont toujours en train de négocier dans la capitale égyptienne les modalités d’application du document. Celui-ci prévoit la formation d’un gouvernement de consensus, préalable à des élections générales d’ici un an.

Dans le bureau de Sami Abou Zuhri, porte-parole du mouvement islamiste, l’effet des retrouvailles du Caire se fait pourtant sentir. Classé parmi les durs du parti, il tient un discours en rupture avec son dogmatisme habituel. « En pratique, il n’y a pas de différence entre le Hamas et le Fatah, avance-t-il. Chacun d’entre eux appelle à la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale et le droit au retour des réfugiés. Le Fatah est prêt à reconnaître Israël, tandis que le Hamas parle d’une trêve de longue durée, mais dans les faits, le résultat serait le même, à savoir l’arrêt de la résistance. »

Cette position qui équivaut à une reconnaissance de fait de l’Etat juif et à une promesse de renoncement à la violence, reste en deçà des trois conditions édictées par le Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations unies) pour ouvrir un dialogue avec le Hamas : reconnaissance formelle, renonciation immédiate à la violence et acceptation des accords passés entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Interrogé sur la charte de son mouvement, un document rempli de références antisémites, qui appelle à la libération de la Palestine tout entière, Israël compris, Sami Abou Zuhri s’efforce de minimiser la portée de ce texte, adopté en 1988, lors de la fondation du Hamas, tout en refusant d’envisager son abrogation. « Nous demandons à la communauté internationale de juger notre position à partir des déclarations de nos dirigeants. »

TRÊVE CONTRE ETAT

Ce mélange de flexibilité politique et de rigidité idéologique est typique de la veine creusée par Khaled Mechaal. Ces dernières années, l’homme que le Mossad (service de renseignement extérieur israélien) avait tenté d’empoisonner à Amman, en 1997, a remis au goût du jour la vieille formule de la trêve en échange d’un Etat dans les frontières de 1967, élaborée au début des années 1990 par Ahmed Yassine, le guide spirituel du Hamas, assassiné par Israël en 2004.

En veilleuse durant la seconde Intifada, cette offre est réapparue quand le Hamas a décidé de participer aux élections législatives de janvier 2006. Ce tournant historique l’a conduit à prendre la tête du gouvernement palestinien en mars de cette année-là, puis à gérer la bande de Gaza à partir de juin 2007. Le mouvement tribunicien des débuts, cramponné au dogme de la libération de la Palestine, doit désormais composer avec les impératifs de l’action publique, un facteur de modération inévitable, comme le prouve son souci d’empêcher les tirs sur Israël.

Au Caire, mercredi, le Hamas a fait, sous la conduite de M. Mechaal, un pas supplémentaire dans sa lente mutation. Le chef du bureau politique a solennellement déclaré qu’il partageait avec Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, l’objectif d’établir un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, « avec Jérusalem pour capitale, sans un seul colon, sans renoncer à un seul pouce ni au droit au retour des réfugiés ». Omission voulue ou non, M. Mechaal n’a pas parlé de trêve, une mention qu’Israël interprète comme la preuve que son ennemi finira toujours par reprendre les armes contre lui, même s’il se retire des territoires occupés.

Le ralliement de plus en plus manifeste du Hamas à la solution à deux Etats coïncide avec une offensive diplomatique de M. Abbas et de son premier ministre,Salam Fayyad. Celle-ci vise à obtenir la reconnaissance par l’ONU d’un Etat de Palestine dans les frontières de 1967. « Sur la scène internationale, c’est bien plus efficace de parler d’une seule voix, se réjouit Mohammed Awad, le ministre des affaires étrangères du gouvernement de Gaza, dirigé par Ismaïl HaniyehOn gagnera beaucoup à être reconnu comme un Etat. »

Soucieux d’adopter un langage conciliant, le mouvement islamiste s’est également démarqué, samedi, de ce dernier, qui avait rendu hommage à Oussama BenLaden, en affirmant que ces propos ne reflétaient pas son point de vue. Cette déclaration, analysée à Gaza comme une tentative de désamorçage des tensions entre le Hamas et les groupuscules djihadistes, avait été vivement critiquée par les pays occidentaux.

Ces efforts politico-sémantiques suffiront-ils à les amadouer ? Impossible à dire pour l’instant. Raji Sourani, le directeur du Centre palestinien pour les droits de l’homme de Gaza, tire la sonnette d’alarme : « Si la communauté internationale n’écoute pas attentivement le Hamas, si Israël n’assimile pas ce qui se passe dans la région, si tous les deux bafouent une nouvelle fois l’intelligence des Palestiniens, ce sera un désastre pour tout le monde. »

Benjamin Barthe, envoyé spécial à Gaza

Israël et la légitime défense en droit international


L’Association Belgo-Palestinienne Wallonie-Bruxelles organise un cycle de rencontres destiné à ses membres et sympathisants. Le but principal est d’approfondir des thématiques qui touchent à la question palestinienne au travers d’exposés suivis d’échanges et d’une réflexion commune.

Ces rencontres ont lieu une fois par mois.

Lundi 16 mai 2011 à 19h30

Israël et la légitime défense en droit international

Avec

Olivier CORTEN

Professeur à l’Université libre de Bruxelles, Centre de droit international et de sociologie appliquée au droit international.

Auteur de Le droit contre la guerre (Paris, Pedone, 2008),

The Law against War (Oxford, Hart Pub. 2010).

L’un des enjeux de l’avènement d’un État palestinien est la possibilité, pour la Palestine comme pour Israël, d’invoquer l’article 51 de la Charte reconnaissant un droit de légitime défense dans les relations entre États. L’exposé fera le point sur les conséquences de ce changement éventuel de statut en droit international de la guerre.

Lieu : Centre Culturel Arabe

2, rue de l’Alliance (Métro Madou) – 1210 Bruxelles

PAF : 2 € (membres)/ 3€ (non-membres).

Le nombre de places étant limité il est conseillé de vous inscrire avant le 13 mai 2011 : abp.eccp@skynet.be

A vos agendas pour la prochaine rencontre :

Le jeudi 09 juin 2011 – Denis SIEFFERT (Journaliste à Politis)

« L’usage des mots dans le conflit israélo-palestinien »

Avec le soutien de la Communauté Française

Association belgo-palestinienne – Wallonie/Bruxelles asbl
quai du commerce, 9 – 1000 Bruxelles
tél: +32 (0)2 223 07 56 – fax: +32 (0)2 250 12 63
mail : abp.eccp@skynet.be

www.association-belgo-palestinienne.be