On tue en Syrie et personne n’ose bouger


BAUDOUIN LOOS

jeudi 09 juin 2011, 06:29

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Amère Syrie. Monstrueuse dictature qui tire sur son peuple. Que veut celui-ci ? La liberté ! En réponse, le régime n’hésite pas à perpétrer des massacres. « Ils ont tiré sur les gens depuis des hélicoptères, ils tiraient au hasard », déclarait par exemple mardi un témoin après avoir passé la frontière turque, non loin de Jisr al-Choughour, la ville où il avait vu la mort de près.

Au début de ce qu’on appelle désormais « le printemps arabe », Bachar el-Assad, le despote local, avait cru pouvoir déclarer – c’était au Wall Street Journal, le 31 janvier – que son pays resterait stable, parce que lui écoutait la rue. Naïveté ou cynisme ?

Sans doute pensait-il ce qu’il disait. L’homme était populaire dans certains milieux. Les réformes qu’il avait annoncées en succédant à son père en 2000 se faisaient sans doute attendre, mais beaucoup y croyaient, se félicitaient de timides débuts d’ouverture.

Mais le « système » syrien est rétif aux réformes. Elles incarnent la fin des privilèges, des passe-droits, de la prédation économique. Voire, à plus long terme, et si la démocratie devait prévaloir, l’inquiétant horizon qui consisterait à devoir un jour rendre des comptes. Pour les larcins, mais aussi pour les mille et une violations des droits humains qui font que, en Syrie, un citoyen n’existe pas, il n’est qu’un sous-être qui doit filer doux et se taire, ou risquer la torture, l’emprisonnement, la mort…

Cet univers totalitaire qui fait de la peur aux tripes une lancinante compagne s’est doublé, depuis plusieurs semaines, d’une répression généralisée, où les morts par balles ne se comptent plus.

Et la communauté internationale ? Elle regarde le sol. Personne n’ose bouger. La Syrie voisine l’Irak, le Liban, Israël, la Turquie, et est l’alliée de l’Iran. La peur de l’inconnu. Du vide.

Alors on adopte juste des sanctions. Qui ne menacent pas le régime. L’ONU renâcle. Paris et Londres proposent une résolution « condamnant la répression et exigeant des comptes ainsi qu’une action humanitaire ». Mais Moscou risque de mettre son veto.

En Syrie, pendant ce temps, on tire sur la foule. Encore et toujours. Seule une mutinerie générale de l’armée pourrait interrompre le massacre. Ou provoquer une guerre civile. Amère Syrie, décidément.