REPORTAGE – Des manifestants victimes de tirs sont soignés dans les hôpitaux turcs.


Par Laure Marchand
14/06/2011 | Mise à jour : 21:20 Réagir
Un réfugié syrien arrivé, mardi, au camp de Boynuyogun, en Turquie.
Un réfugié syrien arrivé, mardi, au camp de Boynuyogun, en Turquie. Crédits photo : © Osman Orsal / Reuters/REUTERS

Hassan a ouvert les yeux dans une chambre aux murs peints en bleu délavé, sur un lit inconnu, entouré de médecins parlant le turc. De sa fenêtre, on surplombe les immeubles d’Antakya, dans le sud-est de la Turquie. Il a mis un peu de temps à comprendre qu’il se trouvait à l’hôpital public de la ville et ne sait toujours pas comment il y est arrivé. C’était le dimanche 5 juin. Quelques heures auparavant, il participait à des funérailles à 40 km de là, à Jisr al-Choughour, ville syrienne dont la rébellion contre le régime de Damas est réprimée dans le sang. «On m’a tiré dessus, j’ai perdu connaissance.» L’homme de 35 ans soulève son tee-shirt. Un gros pansement dans le dos et un autre sur le flanc droit indiquent la trajectoire de la balle qui l’a traversé de part en part.

Poussés sur la route de l’exode par l’entrée en action de l’armée syrienne dans le nord-ouest du pays, les habitants de la province d’Idlib affluent vers la Turquie. Huit mille cinq cents Syriens ont déjà franchi la frontière selon les autorités turques. Les arrivées sont montées en flèche ces derniers jours. Des milliers de personnes sont massées côté syrien, attendant que les soldats d’Ankara les autorisent à pénétrer sur le territoire turc. Mais les blessés bénéficient d’un «laissez-passer». La semaine dernière, ils étaient une soixantaine à être hospitalisés en Turquie, selon les autorités.

Désertions signalées

Dans le village turc de Guveççi, Mohammed claudique et se hisse dans le camion d’un villageois. Celui-ci l’emmène au petit hôpital de campagne monté dans un camp de réfugiés, afin qu’on lui change son bandage à la cuisse droite. Lui aussi a reçu une balle à Jisr al-Choughour. «Mes frères m’ont conduit à la frontière et là une ambulance turque m’a récupéré», raconte-t-il.

Être blessé dans une manifestation risque de conduire à la mort, faute de soins. «Les médecins syriens ont interdiction de nous soigner, ils sont effrayés», assure Mohammed, allongé sur le lit voisin de celui d’Hassan à l’hôpital d’Antakya. Il a été blessé dans les mêmes conditions, un jour plus tôt: «Nous étions en route pour le cimetière pour enterrer un martyr tué la veille quand des soldats ont ouvert le feu sur la foule.» Le jeune homme a reçu quatre balles dans le corps. Il ne se plaint pas: «Des jeunes m’ont mis dans une voiture et ont conduit jusqu’à la frontière turque. Je me vidais de mon sang. Ils m’y ont laissé mais ils sont repartis avec un manifestant: il était mort pendant le trajet.»

«J’ai été condamné à mort»

Les deux camarades de chambre manifestaient depuis des semaines à Jisr al-Choughour contre le régime de Bachar el-Assad quand la répression est montée d’un cran, début juin. Ils racontent les snipers «postés sur les bâtiments officiels du centre-ville. Ils ont tiré dans un jardin à thé de l’autre côté de la rivière. Les gens s’y désaltéraient après des funérailles». «Les hélicoptères sont arrivés et ont tiré à l’arme automatique. Nous nous sommes réfugiés dans les ruelles du souk», relate Hassan. Quid des «groupes terroristes» invoqués par Damas pour justifier le ratissage de la région et l’entrée en action de l’artillerie lourde dimanche à Jisr al-Choughour? «Qu’ils ouvrent la ville aux médias, qu’ils nous les montrent», répondent-ils. La reprise de contrôle de la ville par l’armée régulière dimanche soir a donné lieu à des exactions violentes selon les témoins. Des désertions ont été signalées.

Près de la fenêtre, un autre blessé fait signe de la main qu’il souffre trop pour parler. Des proches ont tenté de joindre sa famille en Syrie pour l’informer qu’il était grièvement atteint, mais vivant. Sans succès, car les télécommunications sont coupées. Assis sur un lit voisin, Omar arrive du Yémen. Un proche lui a téléphoné pour l’avertir que son fils avait été blessé par balles et transporté à Antakya. Il a eu de la chance. «Les premiers jours, il était dans une clinique en Syrie, mais les miliciens y ont fait une descente. Les docteurs l’ont évacué par une porte dérobée», explique son père en grattant sa barbe. Lui-même a quitté la Syrie en 1980, sous la dictature d’Hafez el-Assad, et n’a jamais pu y retourner: «J’ai été condamné à mort, c’était le tarif à l’époque pour les membres des Frères musulmans». Cette fois-ci, il espère que ce soulèvement sera le bon pour se débarrasser du clan el-Assad. «Inch Allah, la jeune génération a pris la relève et nous finirons par obtenir nos droits.»

* Tous les prénoms ont été changés.

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Aarrass confronté à Belliraj


RIZZA,ETTORE

Jeudi 16 juin 2011

Les deux Belgo-Marocains comparaîtront ce jeudi au Maroc

Audience décisive ce jeudi pour le Belgo-Marocain Ali Aarrass, 48 ans, emprisonné pendant près de trois ans en Espagne puis extradé en décembre au Maroc, où il aurait été torturé pendant douze jours.

D’abord soupçonné de trafic d’armes vers le Maroc (un juge espagnol l’a blanchi), ensuite de participation à diverses activités terroristes, cet ancien libraire de Molenbeek, venu rejoindre son père en 2005 dans l’enclave espagnole de Melilla, comparaîtra devant le tribunal de Salé, près de Rabat.

Lors de cette audience, il sera confronté à trois de ses « accusateurs », dont le célèbre Abdelkader Belliraj, condamné en juillet 2009 à la prison à vie pour avoir dirigé un réseau terroriste. Cet autre Belgo-Marocain a reconnu depuis que sa dénonciation avait été extorquée sous la torture.

Tout comme les aveux d’Ali Aarrass sans doute. Alors qu’il ne sait pas lire l’arabe classique, le détenu s’est montré capable de signer une confession de plusieurs pages rédigée dans cette langue. On ne vantera jamais assez les bienfaits des coups, de l’électrification des testicules, des sodomies à la bouteille et de l’injection de produits chimiques sur l’apprentissage des langues. Tout comme Belliraj, Aarrass s’est rétracté depuis.

Lors de la première audience à Salé, le 2 juin, la défense a senti le vent tourner. Devant une délégation internationale d’avocats et de défenseurs des droits de l’homme, venus contrôler le procès, le juge a accepté de désigner un interprète afin qu’Ali Aarrass puisse comprendre les débats. « C’est déjà une forme de reconnaissance que mon frère ne savait pas ce qu’il signait, se réjouit sa sœur Farida, toujours installée en Belgique. Nous parlons un peu le dialecte du Rif et le marocain, mais pas l’arabe classique. Selon les avocats marocains, 80 % du procès est gagné. »

Las : lors de la 2e comparution, le 9 juin, l’interprète faisait encore défaut. Il devrait être présent ce jeudi. Pour peu que le juge parvienne à examiner tous les points de l’affaire, le jugement pourrait être rendu dans la foulée ou dans la semaine. Dans le cas contraire, une dernière audience pourrait se tenir le 23 juin.

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