La révolution frémit à Damas : « Incroyable, ils n’ont plus peur »


Témoignage
Par Alice Michaux | Damas | 07/08/2011 | 11H25
La révolte monte lentement dans la capitale syrienne verrouillée par le pouvoir, et la vie quotidienne a changé. Témoignage.
Capture d'écran d'une vidéo prise lors d'une manifestation à Douma, banlieue de Damas, le 3 août (Reuters)En apparence, la vie n’a que peu changé depuis le début du soulèvement contre le régime de Bachar el-Assad.Les gens se promènent dans la rue, les magasins sont ouverts. D’immenses drapeaux ont fait leur apparition place des Omeyyades et des Abbassides, un stade a été transformé en caserne.Certaines administrations ont affiché des caricatures telles qu’un Satan américano-sioniste en train de partager le gâteau syrien avec des diablotins armés de longs glaives sur lesquels on peut lire : BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera (chaînes qui diffusent les vidéos envoyées par les manifestants).

A la radio, les présentatrices imperturbables, continuent à faire porter la responsabilité des crimes à des mystérieux « infiltrés », qui tireraient sur les manifestations anti-régime et sèmeraient la zizanie entre les Syriens au profit de l’étranger.

« Infiltrés » : ce mot a acquis une célébrité sans pareille ici, et fait l’objet de nombreuses blagues. « Ah, mais en fait, c’est toi l’infiltré ! Pourquoi tu t’infiltres dans ma cuisine ? » plaisante-t-on. C’est dire le crédit porté, par un très grand nombre de gens, à la propagande d’État.

« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »

Toute la journée, les sirènes des ambulances parcourent la ville. Elles viennent des quartiers soulevés, ou se dirigent vers eux.

A tout moment, le passant est harcelé par les manifestations pro-régime, souvent constituées d’une poignée de gens, qui scandent « Abou Hafez ! Abou Hafez ! » et frappent trois fois dans leurs mains.

Abou Hafez, c’est Bachar el-Assad : fils de l’ancien président et père du prochain. La boucle est bouclée, l’éternité, refermée. Réponse radicale aux aspirations à la liberté.

Dans le camp d’en face, à Hama, avant l’entrée des chars il y a quelques jours, une foule innombrable chantait chaque vendredi place de l’Oronte :

« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »

Les manifestations pro-régime peuvent faire leur apparition dans n’importe quel lieu public, un bus, un restaurant, prenant en otage tous ceux qui s’y trouvent. La chaîne d’Etat et la chaîne Al Dounia filment les passants dans la rue pour montrer « la vie normale ».

Une jeune femme raconte ainsi qu’elle est passée sur la chaîne officielle, alors qu’elle se hâtait… sur le chemin d’une manifestation…

« La liberté commence par le respect du régime »

Sur d’énormes panneaux publicitaires s’étalent des « réponses » aux slogans de la révolution.

Toute une campagne est ainsi organisée pour enseigner au peuple comment il doit comprendre le terme « liberté ». Sur ces panneaux, on voit apparaître le mot, de loin, en immenses lettres bleues. Puis, en lettres plus petites et de couleur plus discrète, de sorte qu’on ne les voit qu’après s’être rapproché, vient la suite de la leçon.

Cela donne, par exemple, selon mon souvenir :

« LA LIBERTE ne commence pas par des slogans, mais par le respect des lois
LA LIBERTE ne commence pas par le chaos, mais par la responsabilité
LA LIBERTE ne commence pas par la destruction des biens publics, elle commence par le travail »

Cette campagne n’est pas la seule en son genre. Il suffit d’un trajet en ville pour être littéralement abruti par toute la littérature déversée par le régime sur les citoyens.

Les contre-manifs suivent les manifs

Le vendredi, pas âme qui vive dans la rue. Le silence règne jusqu’à l’appel à la prière de l’après-midi (vers 13 heures). Après quoi, suivant le lieu où l’on se trouve, on peut commencer à voir passer des ambulances et de grands bus poussiéreux, par dizaines, transportant les services de sécurité.

Quand la bataille est finie, on voit passer d’autres bus, remplis de fonctionnaires contraints par leur direction à aller faire une contre-manifestation sur le lieu même qui vient d’assister à la mort et aux arrestations.

Suivant l’endroit où l’on se trouve, on entend les balles. A partir de quinze heures, on commence à savoir ce qui s’est passé dans chaque quartier, chaque ville de Syrie. Et le soir, une grande « fête » pro-régime est organisée dans les quartiers centraux de Bab Touma et Bab Charki, souvent accompagnée d’un défilé en voiture avec klaxons et drapeaux.

Il y a environ trois semaines, à Rukn el-Dine, un quartier à majorité kurde construit sur le versant de la montagne Qassioun, les familles ont pu voir, d’un côté, la manifestation débouler des hauteurs, remplir les ruelles en pente, et de l’autre côté les forces de sécurité qui attendaient en bas sur la rue principale. Des gaz lacrymogènes ont été lâchés.

Mais la semaine suivante, personne n’est sorti sur son balcon, car c’est une pluie de balles qui s’est abattue sur le quartier. Rukn el Dine est également depuis longtemps le théâtre de nombreuses manifestations volantes, rassemblées-dispersées avant qu’on ait pu respirer.

Des manifs très fréquentes mais très rapides

Au centre-ville, on peut tomber par hasard sur un déploiement d’hommes armés dont la présence provoque l’annulation d’un rassemblement initialement prévu à cet endroit-là (comme, par exemple, le 14 juillet place Merjé, devant le ministère de l’intérieur).

Il est plus difficile de tomber par hasard sur une manifestation. Elles sont en fait très fréquentes, mais, comme on vient de le dire, d’une extrême rapidité. Manifester en centre-ville, c’est à la fois être plus protégé qu’en banlieue (on ne tire pas encore, ou peu, dans Damas) et être plus exposé, car moins nombreux.

La mosquée des Omeyyades, le souk Hammidiyé, le souk Hariqa, la place Merjé, la place Arnous, la rue Aymariyé sont autant de lieux centraux de la capitale qui voient ou ont vu au moins une fois de petits groupes de personnes (dont beaucoup d’intellectuels) tenter de briser la « normalité » du centre.

Les massives manifestations des banlieues ne parviennent pas à passer les barrages de l’armée pour atteindre la capitale et enfin s’unifier.

Les services secrets sur les bancs de la fac

La Cité universitaire a été, fin juin-début juillet, le théâtre d’événements dont on m’a fait le récit : certaines étudiantes ayant refusé d’accrocher sur leur porte des photos de Bachar al-Assad, une violente dispute a éclaté dans le bâtiment des filles, menant à l’arrestation d’une trentaine d’étudiantes. Les garçons se sont alors mobilisés pour demander leur libération.

L’un des hauts responsables de l’établissement a téléphoné à la « sécurité », et s’en est suivi un débarquement de Chebbiha. C’est l’un des nombreux appareils de répression au service du régime, le plus célèbre en ce moment pour son fanatisme, sa cruauté et l’aspect physique de ses membres, malabars au crâne rasé qui se laissent pousser la barbe.

Ils ont cassé les portes des chambres et passé à tabac toute personne leur tombant sous la main. Des balles ont été tirées depuis le toit, faisant plusieurs morts parmi les étudiants.

La Cité a été fermée, en pleine période d’examens. Le lendemain, un sit-in a été organisé à la fac de droit, mais n’a pas pu avoir lieu à cause du déploiement préventif de la Chebbiha.

Le même jour, un étudiant originaire de Deraa a été arrêté sur simple présentation de sa carte d’identité, alors qu’il venait passer un examen. Depuis plusieurs mois déjà, les étudiants partagent les bancs des amphithéâtres avec les « mukhabarats » (agents secrets), qui assistent aux cours avec eux.

« Grâce à la révolution, on fait connaissance »

A Damas, on entend beaucoup plus qu’on ne voit. C’est pourquoi beaucoup de gens font la démarche d’aller « voir de leurs yeux » ce qui se passe. Le mercredi ou le jeudi, ils vont dormir dans les quartiers soulevés, qui, le vendredi, seront entièrement bouclés.

On va dormir à Berzé, à Douma, à Qaboun, à Qadam, pour être sur place, et descendre à la manifestation. Certains se déguisent, d’autres non. Car tout le monde filme.

On a tous vu une vidéo de manifestation filmant les manifestants eux-mêmes en train de filmer. Un ami, qui filmait lui aussi, dit à un père qui portait son fils sur ses épaules :

« Ne t’inquiète pas, je ne montrerai pas vos visages. »

Sur quoi il lui répondit :

« Mais montre-les nos visages, montre-les ! Qu’est-ce que tu veux que ça nous fasse ? »

Les propos que j’ai le plus entendus en écoutant les retours d’expédition étaient :

« C’est incroyable, ils n’ont plus peur. »

Ils chantent d’ailleurs :

« Ohé gens de Damas, nous, à Berzé, le régime on l’a fait tomber ! »

On entend aussi beaucoup :

« C’est incroyable, nous les Syriens on ne se connaissait pas. Grâce à la révolution, on fait connaissance. »

Mille et une anecdotes cocasses circulent sur toutes les personnes non musulmanes, chrétiennes, druzes, alaouites etc., qui se rendent à la mosquée le vendredi pour ne pas rater le départ de la manifestation, et… ne savent pas prier.

Un blessé ne doit pas aller à l’hôpital, il risque de se faire arrêter

Le quartier de Midane, religieux et conservateur, est devenu un véritable théâtre pour ces tentatives de prise de contact entre Syriens et Syriennes de tous âges, milieux, confessions, convictions. Beaucoup de « laïcs » s’y rendent chaque vendredi pour participer aux manifestations.

Le fils d’une amie, qui s’est fait arrêter là-bas il y a environ un mois, a été mis dans le bus de la sécurité, d’où il a vu de ses yeux un agent tuer un manifestant d’un coup de revolver.

Arrivés à la « section » (équivalent du « poste », avec une connotation autrement sinistre), on les a entièrement déshabillés, battus avec des câbles, on leur a cassé des côtes, puis on leur a marché sur la nuque avec des bottes.

Le lendemain, un jeune gradé élégant et cultivé leur a fait la leçon, et leur a demandé de « considérer ce traitement comme venant d’un grand frère se souciant de leur bien ».

Puis ils ont été relâchés. Si l’on sort blessé d’une manifestation, il est très imprudent de se rendre à l’hôpital, d’où l’on peut être renvoyé en prison sur le champ. Dans les banlieues soulevées, les forces de sécurité attaquent les hôpitaux, empêchent le ravitaillement en médicaments, coupent l’électricité.

Toujours à Midane, le 13 juillet, le parvis de la mosquée Hassan a été choisi comme lieu de rassemblement pour une manifestation d’« intellectuels syriens ».

Le choix du lieu était symbolique, puisqu’il visait à briser la glace entre « laïcs » et « croyants », à adresser un message fort de solidarité à « la rue », à s’inscrire en faux contre les spectres de la « révolution islamiste » et de la « vengeance sunnite ».

Une trentaine d’artistes ont été arrêtés ce jour-là, dont une actrice très populaire, May Skaf, que cet épisode a hissée au rang de symbole de la révolution syrienne. Sa photo est brandie un peu partout dans tout le pays avec celles d’autres artistes appelés « les nobles ».

On peut mesurer le succès de leur initiative quand on sait que, lors d’un sermon du vendredi, un cheikh a salué le courage des « intellectuels » parmi lesquels cette actrice mais aussi une scénariste dont le feuilleton, au Ramadan dernier, jugé trop licencieux, avait provoqué un tollé dans les milieux religieux.

Quand les condoléances virent à la manifestation

Ceux qui veulent voir et entendre se rendent également dans les séances de condoléances, où ils écoutent les récits des familles de martyrs, les retranscrivent et les diffusent. Entre une séance de condoléances et une manifestation, il n’y a qu’un pas. Ainsi le récit d’une amie qui s’était rendue à Qaboun :

« Au début on saluait les mères de martyrs, chacune debout devant sa porte. Certaines étaient très jeunes. Il n’y avait que des femmes.

Petit à petit, on est sorties de la ruelle et on s’est retrouvées dans une rue beaucoup plus grande où il y avait des hommes, beaucoup de monde, c’était une manifestation.

A un moment on a entendu tirer, mais ils ont dit : “C’est pour nous faire peur, continuez ! Continuez” ! »

A plusieurs reprises les personnes me racontant ce type d’expérience ont insisté sur le fait qu’ils étaient merveilleusement accueillis par les gens des quartiers concernés, et, également, que leur sécurité était remarquablement prise en charge.

Deux femmes qui avaient rejoint une manifestation au sortir de la mosquée à Berzé racontent :

« On était entourées d’hommes qui veillaient sur nous. On a marché longtemps avec eux. A un moment ils se sont rapprochés de nous, et nous ont indiqué une rue en disant que maintenant il valait mieux partir, ce qu’on a fait. »

Une de ces deux femmes, ayant rendu une autre visite de condoléances, toujours à Berzé, décrivait, admirative, le cordon de sécurité organisé par de très jeunes gens autour de la tente, et se chargeant d’annoncer l’arrivée des diverses délégations venues au nom des « tansiqiyat », les organisations révolutionnaires) de tout le pays.

Elle décrivit ensuite comment le même cordon organisait leur sortie, et comment elle vit, peu après, cinq bus de Chebbiha débouler là où, quelques instants auparavant, elle se trouvait.

Photo : capture d’écran d’une vidéo prise lors d’une manifestation à Douma, banlieue de Damas, le 3 août (Reuters)

Syrie : Slogans éculés et aube nouvelle


Ramzy Baroud
Il n’y a pas moyen d’expliquer linéairement les divers événements qui ont saisi la société syrienne les derniers mois.
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Manifestation à Talbiseh, vendredi dernier. Sans leadership clair et sans l’appui de la bourgeoisie urbaine, les opposants au président Bachar al-Assad ont encore des faiblesses, mais le régime vacille malgré tout – Photo : AP

Le 23 mars, les forces syriennes de sécurité ont tué jusqu’à 20 manifestants pacifiques et en ont blessé beaucoup plus. Depuis, la violence a atteint un tel niveau de brutalité et de sauvagerie qu’elle ne peut être comparée qu’au tristement célèbre massacre commis par le régime dans la ville de Hama en 1982

A en croire la conseillère du président, Buthaina Shaaban, une des politiciennes les plus éloquentes du monde arabe, une campagne de réforme systématique est en cours d’exécution en Syrie. Elle laisse aussi entendre que si certaines exigences des manifestants sont légitimes, la crise a été en grande partie fabriquée à l’étranger et est maintenant mise en oeuvre dans le pays par des bandes armées qui veulent semer le chaos. Selon les autorités,le seul but des manifestants est de saper le leadership de la Syrie dans la région et dans l’ensemble du monde arabe.

Effectivement, la Syrie a défendu, du moins en paroles, la cause de la résistance arabe. Elle a accueilli les factions de la résistance palestinienne qui refusaient de suivre la ligne USA-Israël. Bien que ces factions n’utilisent pas Damas comme base de résistance violente contre Israël, elles y disposent d’ une plate-forme relativement libre à partir de laquelle elles peuvent communiquer leurs idées. Israël, qui cherche à détruire toutes les formes de résistance palestinienne, enrage devant cette tribune.

La Syrie a également soutenu le Hezbollah, groupe de la résistance libanaise, qui a réussi à sortir Israël du Liban en 2000 et a fait échouer les efforts israéliens visant à gagner du terrain politique et militaire au Liban en 2006. Cette narration démontre aussi comment sa logique survit à l’aide de preuves palpables des tentatives menées au grand jour ou clandestinement pour saper son leadership du front appelé réjectionniste. Ce front, qui a refusé de céder devant l’hégémonie USA-israélienne dans la région, s’est déjà considérablement rétréci après l’invasion de l’Irak, la défaite de la Libye devant les diktats occidentaux et la mise à l’écart du Soudan.

Qui plus est, le gouvernement israélien a été vraiment déçu quand les USA n’ont pas visé la Syrie pendant sa frénésie de changement de régime qui a suivi l’invasion de l’Irak en 2003. Après tout, les fidèles amis néoconservateurs d’Israël – Richard Perle, Douglas Feith et David Wurmser-avaient inclus la « prise en mains de la Syrie » comme objectif culminant dans leur document de politique de 1996.

Intitulé « Rupture nette : nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume », le document avait pour but d’aider Benjamin Netanyahu à se débarasser de ses ennemis régionaux. Le document disait : « Etant donné la nature du régime de Damas, il est normal et moral qu’Israël abandonne le slogan « paix globale » et agisse pour contenir la Syrie, en attirant l’attention sur son programme d’armes de destruction massive et en rejetant les négociations de « Paix contre la terre » concernant les Hauteurs du Golan. »

La Syrie est également tombée dans la ligne de mire USA-israélienne à plus d’une occasion. La frappe aérienne israélienne appelée « Opération Verger » avait reçu le feu vert des USA. Sa cible était un prétendu réacteur nucléaire dans la région de Deir ez-Zor et une attaque aérienne étasunienne contre un village syrien en octobre 2008 dans laquelle des civils syriens ont été blessés ou tués.

Bien que selon la version syrienne officielle ces événements devraient justifier à eux seuls la dure répression de l’armée contre ceux qui manifestent en faveur de la démocratie, ce raisonnement est invalidé par la longue histoire d’hypocrisie, de double langage, de brutalité et d’une volonté réelle, bien que discrète, d’accommoder les pressions et les diktats occidentaux.

L’occupation par Israël du plateau du Golan syrien en juin 1967 n’a pas simplement touché la dynamique du pouvoir régional, elle a également créé une nouvelle atmosphère politique à Damas.

Ce fut Hafez Al-Assad , père de l’actuel président Bachar, qui tira profit du changement d’atmosphère pour renverser le président Nur Al-Din Al-Atasi. La nouvelle narration a triomphé ; elle ne visait pas simplement à reprendre à Israël les territoires syriens et les autres territoires arabes occupés, mais elle faisait aussi du régime Baathiste d’al-Assad le dirigeant du nouveau front arabe. Bien que la guerre de 1973 n’ait pas réussi à libérer le Golan de ses envahisseurs, et qu’il ait abouti à un « accord de désengagement » avec Israël en mai 1974, le langage officiel est resté plus enflammé et révolutionnaire que jamais.

Bizarrement, pendant près de quatre décennies, l’implication de la Syrie dans le conflit est restée largement théorique et la résistance a été uniquement le fait de petits groupes libanais et palestiniens. Il semble que la Syrie voulait être impliquée dans la région uniquement dans la mesure où elle restait un acteur visible, mais pas au point d’être confrontée à des répercussions violentes.

Ce fut de la part de Hafez un coup de maître qu’il forgea pendant trois décennies et que Bachar a appliqué ingénieusement pendant près de 11 ans. Essentiellement toutefois, la Syrie restait asservie au contexte de la famille au pouvoir, à la règle du parti unique et au classement sectaire remontant à l’occupation coloniale française en 1922.

Il est vrai que la Syrie a été et restera une cible pour les pressions occidentales. Mais il faut se rendre compte que ces pressions sont dictées par des politiques concernant uniquement Israël et qu’elles ne se préoccupent pas d’une dictature aux mains d’une famille qui assassine ouvertement des civils innocents de sang-froid.

En fait, il y a beaucoup de similitudes dans le comportement de l’armée syrienne et de l’armée israélienne. Le nombre de victimes de la rébellion en Syrie serait de 1600 morts et de 2000 blessés (Al-Jazeera, 27 juillet) et de près de 3000 disparus (CNN, 28 juillet).

Malheureusement, cette violence n’est pas récente et on ne peut pas dire qu’elle soit due à la crainte d’une conspiration internationale visant à saper le régime du Baath. Le soulèvement de Hama 1982, dont on évalue le nombre de victimes à entre 10.000 et 40.000, a été écrasé avec autant de violence si pas davantage.

Le régime syrien confond délibérément les narrations régionales avec la narration nationale et continue à exploiter un discours vieux de plusieurs dizaines d’années pour expliquer la manière inhumaine dont il traite les Syriens. Les civils continuent à subir la colère d’une seule famille soutenue par un seul parti politique.

Mais il n’y a qu’une manière de lire l’avenir de la Syrie. Le peuple syrien mérite une aube nouvelle de liberté, d’égalité, de justice sociale à l’abri de slogans creux, d’élites égoïstes et de criminels corrompus. Le peuple syrien mérite beaucoup mieux.

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Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com.

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P.S 2 août 2011 – Cet article peut être consulté ici :
http://www.ramzybaroud.net/articles…
Traduction : Anne-Marie Goossens

source : info-palesstine.net