52 civils tués, Assad affirme lutter contre des « hors la loi »


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Les forces de sécurité syriennes ont tué dimanche 52 personnes, dont 42 à Deir Ezzor (est), le président Bachar al-Assad justifiant les interventions sanglantes du régime par une lutte contre des « hors la loi », face à un concert de critiques internationales de tous bords.

Les attaques meurtrières ont suscité les condamnations unanimes, y compris celles du pape Benoît XVI et de la Ligue arabe, cette dernière appelant le pouvoir de Damas, pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation le 15 mars, à « cesser immédiatement les violences.

Dimanche, l’armée a une nouvelle fois choisi l’option sécuritaire pour mater la contestation, en envoyant les chars à l’assaut de Deir Ezzor tuant 42 civils, puis de Houlé dans la province de Homs (centre) où au moins dix civils ont été tués, selon le chef de la Ligue syrienne des droits de l’Homme. « Des milliers de personnes ont fui Deir Ezzor depuis le matin vers Hassaké » plus au nord, a ajouté Abdel Karim Rihaou.

L’armée a pénétré dans neuf quartiers de Deir Ezzor et de « très fortes explosions » ont été entendues, ont indiqué les Comités de coordination locaux (LCC), qui chapeautent les manifestants anti-régime, et Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) selon qui quelque 250 chars et transports de troupes blindés participent à l’offensive.

A Houlé, environ 25 chars et transports de troupes sont entrés dans la ville dimanche matin et ont procédé à des opérations militaires, selon M. Rihaoui. La télévision publique a pour sa part démenti l’entrée de chars à Deir Ezzor, situé à 430 km au nord-est de Damas. « Aucun char n’y est entré, mais des divisions de l’armée ont levé des barrages érigés par les groupes terroristes, aux entrées de cette ville », a-t-elle affirmé. Elle a montré par ailleurs « une grande quantité d’armes et de munitions » saisies selon elle dans un camion intercepté à la frontière libanaise, dans le gouvernorat de Homs.

Cette ville, la troisième de Syrie, située à 160 km au nord de Damas, a été à la pointe de la révolte antigouvernementale. L’armée y a été dépêchée il y a deux mois pour tenter de faire taire les manifestants. Les militants, qui manifestent habituellement à la sortie de la prière musulmane du vendredi, ont promis de faire de « chaque jour un vendredi » pendant le ramadan, organisant des défilés nocturnes après la prière quotidienne des Tarawih.

Samedi soir, ils sont descendus dans les rues de Lattaquié (est), Deir Ezzor, Homs, Al-Rastan (centre), Saraqeb (nord-ouest), et Deraa (sud) où est née la révolte contre le régime du président Assad. Dans plusieurs quartiers de Damas, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles pour disperser les manifestations, tandis que deux personnes ont succombé dimanche à leurs blessures après avoir été touchées par des tirs des forces de sécurité lors de manifestations massives samedi soir à Idleb (nord-ouest), ont indiqué des militants.

Les appels se sont multipliés ces derniers jours pour quele régime mette un terme au bain de sang mais le président syrien semblait y rester sourd. Dimanche, il a justifié son action lors d’un entretien avec le ministre libanais des Affaires étrangères Adnane Mansour, selon l’agence officielle Sana.

« Agir face aux hors-la-loi qui coupent les routes, ferment les villes et terrorisent la population est une obligation pour l’Etat qui doit défendre la sécurité et protéger la vie des citoyens », a-t-il déclaré. Il a d’autre part assuré que la Syrie « avançait sur la voie des réformes », au lendemain de la promesse par le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem de la tenue d’élections législatives « libres et transparentes » avant la fin de l’année.

La veille, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait exhorté M. Assad à mettre fin à la répression meurtrière au cours d’un entretien téléphonique, le premier depuis avril. Dmanche, le secrétaire général de la Ligue, Nabil al-Arabi a également appelé les autorités syriennes « à mettre fin immédiatement à tous les actes de violence et aux campagnes sécuritaires contre les civils », dans un communiqué officiel.

Il s’est toutefois gardé de demander le départ du dirigeant syrien comme l’exigent les manifestants syriens depuis près de cinq mois. A Castelgandolfo, près de Rome, le pape Benoît XVI a lancé des appels pressants lors de l’Angelus aux autorités syriennes pour « répondre aux aspirations légitimes » de la population, se disant « vivement préoccupé » par « les épisodes dramatiques et croissants de violence en Syrie ».

De leur côté, Washington, Paris et Berlin envisageaient samedi de nouvelles mesures contre Damas, tandis que les monarchies du Golfe ont réclamé la fin de l' »effusion de sang ». Ankara, « à bout de patience », va pour sa part envoyer son chef de la diplomatie Ahmet Davutoglu mardi en Syrie pour transmettre « avec détermination » au régime de Damas les « messages » de la Turquie « face à la violence de la répression », selon le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Selon l’OSDH, au moins 2.059 personnes, dont 391 militaires et agents de sécurité, ont trouvé la mort en Syrie depuis le 15 mars. (afp)

07/08/11 19h07

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Les manuels scolaires sont la « principale explication » de la transformation des étudiants israéliens en « monstres » racistes contre les Palestiniens


Via :  omar.barghouti@gmail.com

Le 7 août 2011

 Nurit Peled-Elhanan

Ci-dessous, une recherche perspicace d’une universitaire israélienne respectée, qui confirme ce que les chercheurs palestiniens ont toujours su : la culture en vigueur en Israël, de racisme et de fondamentalisme fanatiques, de soutien aux crimes de guerres et à l’apartheid contre les Palestiniens, est essentiellement le produit d’un système d’éducation qui endoctrine les élèves juifs israéliens selon des valeurs colonialistes militantes et un racisme extrême, un système qui en fait des « monstres » une fois sous l’uniforme.

Ceux qui considèrent qu’il s’agit là d’un « égarement » du sionisme semblent ne pas avoir suffisamment compris ce qu’est réellement le sionisme et le rôle central qu’il a joué et joue, en tant qu’idéologie manifestement raciste, dans la justification du nettoyage ethnique et de la domination raciste des Palestiniens.

Il ne faut pas s’étonner dès lors pourquoi, en plein massacre israélien à Gaza en 2008/2009, un sondage réalisé à l’université de Tel Aviv (et publié dans le Jerusalem Post début janvier 2009) montre que 94 % des juifs israéliens interrogés soutenaient l’assaut, en parfaite connaissance des énormes souffrances qui en découlaient et étaient infligées à un million cinq cent mille Palestiniens, incarcérés dans « le camp-prison » de Gaza, et de la destruction massive de leur infrastructure civile.

Nurit Peled-Elhanan écrit notamment :

« Une question qui en dérange beaucoup, c’est comment expliquer le comportement de cruauté de ces soldats israéliens envers les Palestiniens, comment expliquer leur indifférence devant la souffrance humaine, la perpétration de ces souffrances. Ils se demandent comment ces gentilles filles et ces gentils garçons juifs peuvent devenir des monstres une fois qu’ils ont revêtu l’uniforme. Je pense que la raison première à cela, c’est leur éducation. Aussi, j’ai voulu voir comment leurs livres d’école représentaient les Palestiniens. »

Comme dans tout système colonial, seule, une pression soutenue et efficace venant de l’intérieur comme de l’extérieur peut mettre un terme à cette spirale régressive de criminalité, d’impunité et de racisme tacite. Il faut encore plus de BDS (boycotts, désinvestissements et sanctions) pour mettre fin à l’occupation, au colonialisme et à l’apartheid. En plus de profiter évidemment aux Palestiniens autochtones, qui souffrent depuis plus de six décennies de ce système d’oppression israélienne à trois niveaux, mettre fin à ce système d’oppression peut très bien aussi permettre de transformer la plupart des Israéliens, de « monstres » colonialistes en êtres humains normaux.

Omar

Omar Barghouti est un militant des droits humains, membre fondateur du mouvement de boycott mondial contre Israël à direction palestinienne, et auteur de Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine – (Édition La Fabrique).

Une universitaire israélienne dénonce la partialité des manuels scolaires en Israël

Harriet Sherwood
The Guardian – Observer
7 août 2011

Nurit Peled-Elhanan, universitaire israélienne, mère et politique radicale, évoque l’image de rangées d’écoliers juifs, penchés sur leurs livres, apprenant qui sont leurs voisins, les Palestiniens. Mais, dit-elle, ceux-ci n’y sont jamais désignés sous le nom de Palestiniens, sauf dans le contexte du terrorisme.

On les appelle les Arabes. « L’Arabe avec un chameau, dans une tenue d’Ali Baba. Ils les décrivent comme des gens vils, et anormaux, et criminels, qui ne paient pas d’impôts, des gens qui vivent en dehors de l’État, des gens qui ne veulent pas s’améliorer », dit-elle. « On ne les présente que comme des réfugiés, des paysans primitifs et des terroristes. Vous ne voyez jamais un enfant palestinien, ni un médecin, ni un enseignant, ni un ingénieur, ni un paysan moderne. »

Peled-Elhanan, professeur de langue et en pédagogie à l’université hébraïque de Jérusalem, a étudié le contenu des livres scolaires israéliens de ces cinq dernières années, et son mémoire, La Palestine dans les livres d’école israéliens : idéologie et propagande en Éducation, a été publié ce mois-ci au Royaume-Uni. Elle y décrit ce qu’elle estime être du racisme, même plus que cela, un racisme qui prépare les jeunes Israéliens à leur service militaire obligatoire.

« Les gens ne savent pas vraiment ce que leurs enfants lisent dans les manuels » dit-elle. « Une question qui en dérange beaucoup, c’est comment expliquer le comportement de cruauté de ces soldats israéliens envers les Palestiniens, comment expliquer leur indifférence devant la souffrance humaine, la perpétration de ces souffrances. Ils se demandent comment ces gentilles filles et ces gentils garçons juifs peuvent devenir des monstres une fois qu’ils ont revêtu l’uniforme. Je pense que la raison première à cela, c’est leur éducation. Aussi, j’ai voulu voir comment leurs livres d’école représentaient les Palestiniens. »

Dans « des centaines et des centaines » de livres, elle soutient ne pas avoir trouvé une seule photographie montrant un Arabe comme « une personne normale ». Sa découverte la plus importante dans les livres qu’elle a étudiés – tous autorisés par le ministère de l’Éducation – concerne le récit historique des évènements de 1948, l’année où Israël fit la guerre pour s’implanter en tant qu’État indépendant, et où des centaines de milliers de Palestiniens durent fuir le conflit qui s’en est suivi.

L’assassinat de Palestiniens y est dépeint comme quelque chose de nécessaire pour la survie de l’État juif naissant, prétend-elle. «  Les massacres ne sont pas niés, ils sont simplement représentés dans les livres d’école israéliens comme, dans le long terme, quelque chose de bénéfique pour l’État juif. Par exemple, Deir Yassin (village palestinien d’avant 1948, proche de Jérusalem) a été un massacre épouvantable perpétré par les soldats israéliens. Dans les livres d’école, ils vous disent que ce massacre a déclenché la fuite massive des Arabes d’Israël et a donc permis la création d’un État juif, avec une majorité juive. Par conséquent, c’était la meilleure solution. C’était peut-être dommage, mais à long terme, les conséquences pour nous étaient positives. »

Les enfants, dit-elle, sont élevés pour servir dans l’armée et intérioriser le message que les Palestiniens sont « des gens dont la vie peut leur être retirée en toute impunité. Et pas seulement cela, mais que ce sont des gens dont le nombre doit être réduit. »

Peled-Elhanan aborde son sujet à partir d’un contexte politique radical. Elle est la fille d’un célèbre général, Matti Peled, qui était convaincu que l’avenir d’Israël résidait dans une paix digne avec les Palestiniens. Après avoir quitté l’armée, il était devenu membre actif d’un mouvement pour la paix.

La famille avait conçu une affiche, appelant à un règlement pacifique du conflit et représentant Smadar, la fille unique de Peled-Elhanan, avec son message : tous les enfants méritent un avenir meilleur.

Puis, en 1997, Smadar a été tuée par un kamikaze palestinien alors qu’elle faisait des courses à Jérusalem. Elle avait 13 ans. Peled-Elhanan se refuse à parler de la mort de sa fille, une ou deux fois seulement elle a fait allusion à « la tragédie ».

A l’époque, elle a dit que cela renforcerait sa conviction que, sans un règlement au conflit et une coexistence pacifique avec les Palestiniens, d’autres enfants allaient mourir. « Les attaques terroristes comme celle-ci sont la conséquence directe de l’oppression, de l’esclavage, de l’humiliation et de l’état de siège qu’on impose aux Palestiniens » a-t-elle déclaré à des journalistes de télévision après la mort de Smadar.

Ses opinions radicales ont eu inéluctablement un coût professionnel. « Les professeurs d’université ont cessé de m’inviter à des conférences. Et quand je prenais la parole, la réaction la plus fréquente était « Vous êtes une antisioniste ». » Et tous ceux qui contestent le discours qui prévaut aujourd’hui en Israël, dit-elle, sont accusés de la même façon.

Elle espère que son livre sera publié en hébreu, mais elle s’est résignée à ce qu’il soit rejeté par beaucoup dans le courant politique dominant.

Quand on lui demande si les livres d’école palestiniens reflètent aussi un certain dogme, Peled-Elhanan soutient que ces livres font la distinction entre sionistes et juifs. « Ils font cette distinction tout le temps. Ils sont contre les sionistes, pas contre les juifs ».

Mais elle concède que l’enseignement sur le génocide des juifs dans les écoles palestiniennes est « un problème, une question ». « Certains enseignants (palestiniens) refusent d’enseigner l’Holocauste tant que les Israéliens n’enseigneront pas la Nakba (la « Catastrophe » palestinienne de 1948). »

Sans surprise peut-être de la part de quelqu’un qui a des points de vue aussi radicaux, Peled-Elhanan est profondément pessimiste pour l’avenir de son pays. Le changement, dit-elle, ne viendra que « lorsque les Américains cesseront de nous donner un million de dollars par jour pour maintenir ce régime d’occupation, de racisme et de suprématie ».

Quant à Israël : «  Je ne lui vois que le chemin qui mène au fascisme. Vous avez cinq millions et demi de Palestiniens contrôlés par Israël qui vivent sous un apartheid horrible, sans droits civils ou humains. Et vous avez l’autre moitié, qui sont juifs, et qui de minute en minute perdent leurs droits », dit-elle en référence à toute une série de tentatives visant à restreindre le droit des Israéliens à protester et à critiquer leur gouvernement.

Elle écarte la gauche israélienne comme étant toujours modérée et timide, surtout à l’heure actuelle. « Il n’y a jamais eu de véritable gauche dans ce pays. » Elle pense que le système éducatif contribue à perpétuer un État injuste, antidémocratique et non viable.

« Tout ce qu’ils font, de la maternelle à la terminale, c’est de nourrir, de toutes sortes de façons et à travers la littérature, des chansons, des fêtes et des loisirs, ces idées de chauvinisme patriotique. »

Cet article a été modifié le 7 août 2011. La version originale attribuait à Matti Peled, père de Nulit, la conception de l’affiche représentant Smadar, la fille de Nurit Peled-Alhanan. En fait, c’est le père de Smadar, Rami Alhanon, qui l’a conçue.

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De Harriet Sherwood :

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