« Le Golfe ne veut pas de démocratie en Syrie »



Le Point.fr – Publié le 08/08/2011 à 20:09 – Modifié le 08/08/2011 à 20:24
Haytham Manna, opposant syrien en exil, révèle au Point.fr dans quelle mesure la Syrie est convoitée par l’ensemble du Moyen-Orient.
"Le Golfe ne veut pas de démocratie en Syrie"Jusqu’ici silencieux face à Bachar el-Assad, trois pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, ont rappelé leur ambassadeur à Damas. © Sana / AFP

Les pays arabes montent au créneau. Pour la première fois depuis le début de la crise syrienne, en mars, trois pays du Golfe, dont la puissante Arabie saoudite, ont rappelé leur ambassadeur à Damas pour dénoncer la répression du régime de Bachar el-Assad. Cette décision sans précédent de la part des voisins de Damas a été suivie par un appel de la Ligue arabe à cesser « immédiatement » les violences. Promettant des réformes au « plus haut niveau de l’État », le président a nommé de son côté un nouveau ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, sans pour autant mettre un terme à la violence, qui a encore fait 52 morts dimanche. L’opposant Haytham Manna, en exil à Paris, porte-parole de la Commission arabe des droits humains et membre du Comité de coordination pour un changement démocratique en Syrie, a perdu lundi son frère, Maen Aloudat, ingénieur de 52 ans et coordinateur du mouvement des jeunes du 18 mars à Deraa (sud). Il explique au Point.fr pourquoi une Syrie démocratique irait à l’encontre des intérêts de ses voisins régionaux.

  Le Point.fr : Que pensez-vous de la nomination d’un nouveau ministre de la Défense ?

Il ne faut pas chercher à alimenter des solutions qui puissent jouer dans le sens de la violence. Nous sommes  en train de nous diriger vers une guerre civile. Or le chaos est justement la seule alternative prônée par le   pouvoir. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin des pays qui n’ont pas coupé leurs liens avec la Syrie pour qu’ils se rendent à Damas et qu’ils fassent passer un message. C’est le cas de l’Inde, de l’Afrique du Sud, du Brésil et même du Liban et de l’Iran. Bachar n’entendra que ses alliés, pas la France et les États-Unis, qu’il considère comme ses ennemis.

Avez-vous un plan précis ?

J’ai eu des contacts avec plusieurs États qui vont dépêcher des délégations à Damas. Nous avons également rendez-vous la semaine prochaine avec Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, pour obtenir l’envoi de représentants en Syrie. Nous ne le faisons pas de gaieté de coeur, mais parce que nous devons à tout prix faire en sorte d’obtenir au moins quelques jours de cessez-le-feu de la part de l’armée.

Que pensez-vous de la récente décision de l’Arabie saoudite, du Bahreïn et du Koweït de rappeler leur ambassadeur ?

Les pays du Golfe souhaitent dévier la résolution du conflit syrien vers des aspects plus confessionnels que démocratiques. Les Saoudiens ne recherchent, eux, qu’une seule chose : renforcer la position des islamistes au sein des forces politiques syriennes, pour supplanter l’Iran dans ce pays. L’Arabie saoudite n’a que faire de la démocratie en Syrie, pourvu qu’elle obtienne une meilleure relation avec Bachar el-Assad. Les pays du Golfe ne veulent pas voir apparaître un exemple démocratique à leurs frontières, car ils le considèrent comme un véritable danger pour leur régime. N’oublions pas que Riyad détient plus de 9 000 prisonniers politiques.

Que pensez-vous de l’initiative de la Turquie d’envoyer son ministre des Affaires étrangères à Damas ?

C’est une bonne démarche, mais elle doit se faire sous le signe de la protection de la population civile en tant que devoir humanitaire international. Malheureusement, les Turcs ont toujours négocié avec les Syriens selon leurs propres intérêts. Le Premier ministre Erdogan ne verrait pas d’un mauvais oeil l’existence d’un autre pays gouverné par un parti islamique. Lors de notre voyage en Turquie, à la frontière syrienne, nous avons découvert que de nombreux laïcs élus par les réfugiés syriens pour les représenter avaient tous été arrêtés et remplacés par des islamistes. La montée de l’influence de la Turquie en Syrie en ferait, d’autre part, une force régionale incontestable.

Comment expliquez-vous l’imperméabilité de Bachar el-Assad à la pression internationale ?

Pour la diplomatie syrienne, l’Europe n’existe pas. Il n’existe même plus de diplomatie dans la situation actuelle. La politique du pouvoir consiste à assassiner tout ce qui est politique au nom de la sécurité, et tout ce qui est diplomatique au nom du complot.

source

Message de Anonymous au peuple syrien


Ajoutée par le  7 août 2011

Anonymous s’est emparé du site du ministère syrien de la défense le 8 août 2011,  et a  affiché ce message adressé au peuple syrien.

Transcription

Au peuple syrien : le monde entier est avec vous contre le régime brutal de Bachar al-Assad. Sachez que le temps et l’histoire sont de votre côté -les tyrans utilisent la violence parce qu’ils n’ont rien d’autre,  et plus ils sont violents, plus ils se fragilisent. Nous saluons votre volonté d’être non-violents fasse à la brutalité du régime et nous admirons votre désir de poursuivre la justice et non pas la vengeance. Tous les tyrans tomberont,  et grâce à votre bravoure, Bachar al-Assad est le prochain.

Aux soldats syriens : vous êtes responsables de la protection du peuple syrien et quiconque vous donne l’ordre de tuer des femmes, des enfants et des vieillards, mérite d’être jugé pour trahison. Aucun ennemi extérieur ne pourrait causer autant de ravages à la Syrie que ne l’a  fait Bachar al-Assad. Défendez votre pays-soulevez-vous contre le régime !-Anonymous

Syrie : Bachar el-Assad a un nouveau ministre de la Défense


lundi 8 août 2011, par La Rédaction

Le président syrien Bachar el-Assad a nommé lundi un nouveau ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, a annoncé la télévision publique syrienne. « Le président Assad a promulgué un décret nommant le général Daoud Rajha au poste de ministre de la Défense », a ajouté la télévision. Le général Rajha, âgé de 64 ans, était chef d’état-major de l’armée. Il remplace le général Ali Habib, ministre de la Défense depuis 2009. « Cette nomination entre dans le cadre de changements au plus haut niveau de l’État décidés après les rencontres qu’a tenues le président Assad avec des délégations représentant des habitants » des villes secouées par la contestation, a expliqué la télévision.
L’ancien ministre de la Défense Ali Habib « est malade depuis un certain temps et son état de santé s’est aggravé récemment », a souligné la télévision. Le régime du président Assad est secoué par une révolte populaire sans précédent depuis près de cinq mois. Mais le pouvoir n’a jamais reconnu l’ampleur de la contestation et continue d’accuser des « groupes armés » de semer le chaos pour justifier l’envoi de l’armée dans les différentes villes syriennes pour écraser la révolte.
Le recours à la force a coûté la vie à plus de 2 000 personnes, en majorité des civils, depuis le 15 mars, selon des ONG des droits de l’homme.

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Les forces syriennes tuent sept civils

Sept civils ont été tués lundi par les tirs des forces de sécurité syriennes, dont quatre à Deir ez-Zor, ville de l’est de la Syrie prise d’assaut par l’armée, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). « Une femme et ses deux enfants tentaient de fuir le quartier de Houaiqa à la recherche d’une zone plus calme quand ils ont été visés par une patrouille de la sécurité », a-t-il précisé en soulignant que son mari avait été blessé. Une femme âgée a été tuée par les forces de sécurité dans une autre zone de la ville. À l’aube, les forces de sécurité ont procédé à des perquisitions à Deir ez-Zor après un pilonnage de la ville aux mitrailleuses lourdes, selon des militants.
« L’armée a commencé tôt le matin à pilonner aux mitrailleuses lourdes le quartier al-Joura. Les forces de sécurité ont procédé ensuite à des perquisitions, terrorisant les habitants », a affirmé un militant sur place.
Plusieurs personnes ont été arrêtées et des motos ont été brûlées, selon lui. L’armée a envoyé dimanche ses chars à l’assaut de Deir ez-Zor, située à 430 km au nord-est de Damas, tuant 42 civils, selon les militants. En outre, « trois personnes ont été tuées à Deraa (sud) par les forces de sécurité qui ont tiré sur la foule qui participait aux obsèques d’un Syrien tué la veille dans la ville », selon l’OSDH. Selon le chef de l’OSDH Rami Abdel Rahmane, « l’un des trois tués à Deraa est le militant politique Maen Aloudat, frère de l’opposant Haitham Manna qui vit en France ».

« Il a été visé à la tête, c’est un assassinat », a-t-il ajouté. Dans le gouvernorat d’Idleb (nord-ouest), proche de la Turquie, des chars et des transports de troupes blindés ont pénétré dans la localité de Maaret al-Noumane, selon des témoins. Les forces de sécurité qui accompagnaient les blindés ont procédé ensuite à une vaste campagne d’arrestations, ont-ils dit. Selon l’ONG, « une vingtaine de chars ont été déployés lundi à l’entrée de la ville de Saraqeb » dans la région d’Idleb.
La localité de Houlé, à 20 km de Homs (centre), est « pilonnée par les chars depuis une demi-heure et les habitants commencent à fuir », a indiqué en début d’après-midi un témoin, Abou Maïmouna al-Hilawi. Les autorités y « ont coupé l’eau, l’électricité et les communications depuis le matin. Ils font des perquisitions, humilient les hommes devant leurs familles, arrêtent les jeunes de plus de 15 ans », selon ce témoin.
Dimanche matin, quelque 25 chars et transports de troupes avaient pénétré à Houlé et procédé à des opérations militaires qui ont fait dix morts, avait indiqué le chef de la Ligue arabe des droits de l’homme, Abdel Karim Rihaoui.
Près de Damas, les localités de Zamalka et Irbine sont encerclées par des agents de sécurité qui empêchent les voitures de passer. « Les communications sont coupées depuis ce matin à Zamalka », selon des habitants. Par ailleurs, des divisions de l’armée syrienne ont commencé à se retirer de la ville rebelle de Hama, a affirmé l’agence officielle Sana. « Les divisions de l’armée qui avaient pour mission de ramener le calme à Hama ont commencé à sortir de la ville. L’armée a pourchassé les groupes terroristes armés qui ont commis des actes de sabotage, divisé la ville et a arrêté un certain nombre d’entre eux », selon l’agence.

(Lundi, 08 août 2011 – Avec les agences de presse)