Syrie : « Les femmes participent activement à la résistance »


Dans le quotidien libanais L’Orient-Le Jour, l’écrivaine et journaliste syrienne Samar Yazbek, réfugiée en France depuis la mi-juillet, témoigne de la répression brutale du régime de Bachar El-Assad. Elle souligne aussi le caractère multiconfessionnel de l’opposition.

12.08.2011 | Propos recueillis par Elie Masboungi | L’Orient-Le Jour

Samar Yazbek© Droits réservés

Samar Yazbek

Si l’écrivaine et militante Samar Yazbek accepte de parler à la presse, ce n’est pas uniquement pour relater ce qu’elle a enduré dans son pays – intimidations, menaces, visites forcées de cellules où se trouvaient de jeunes manifestants battus et mutilés. La jeune intellectuelle, issue de la communauté alaouite [à laquelle appartiennent la famille Assad et plusieurs personnalités du régime], préfère s’exprimer en tant que simple citoyenne qui veut dénoncer la dictature dans son pays.

« En tant que journaliste et écrivaine », explique Mme Yazbeck, « j’ai une vision de l’avenir de la Syrie et, après une période de simple observation du mouvement de contestation dans ses deux premiers mois, j’ai décidé de parler, d’écrire et de soutenir les manifestants pour la liberté qui subissent cette horrible répression. Je veux dénoncer toutes les violations des droits de l’homme qui sont commises en Syrie », poursuit-elle. « C’est ce qui m’a d’ailleurs poussée à rejoindre les ‘organismes de coordination’ des manifestations, qui font un travail admirable et qui sont devenus le véritable moteur du mouvement de contestation. »

Et Mme Yazbek d’ajouter : « Je suis une militante qui exprime l’anxiété et les soucis des femmes de mon pays désormais engagées dans la lutte politique [contre le régime de Bachar El-Assad]. Je voulais jusqu’ici rester loin de la politique, mais je n’ai pu supporter les horreurs commises autour de moi, en me basant sur le principe que le peuple a toujours raison. » « On a voulu me terroriser en me forçant à visiter les geôles pour y voir les horreurs, les conséquences de la torture sur les manifestants arrêtés », ajoute-t-elle, expliquant par ailleurs qu’elle a pu quitter le pays « parce qu’ils avaient autre chose à faire »…

Pour Samar Yazbek, son rôle dans la Syrie post-Assad ne changera pas. Elle veut continuer à exercer son métier de journaliste, tout en se consacrant à l’écriture d’ouvrages. La militante rescapée a annoncé que ses prochains écrits seront inspirés de la « descente aux enfers » qui lui a été imposée, démentant, en réponse à une de nos questions, que les femmes syriennes auraient été moins présentes que les hommes dans les mouvements de masse. « Les femmes, a-t-elle expliqué, ont été et demeurent plus efficaces que les hommes, notamment dans les domaines de la logistique, de la communication et du renseignement. Elles ne peuvent descendre en masse dans les rues des grandes villes où seuls les hommes se trouvent en première ligne. »

Quant aux divergences et au manque de cohésion dans les rangs de l’opposition syrienne, Samar Yazbek a reconnu ces faits, estimant que cela pourrait effectivement mener à l’anarchie, comme il arrive à la suite de l’effondrement des dictatures. « Mais après ces tragiques développements, le peuple syrien est parfaitement apte à éviter le chaos et surtout la guerre interconfessionnelle qu’on nous annonce. Toutes les communautés sont engagées dans cette lutte pour la libération de la Syrie, et une guerre civile confessionnelle est chose impossible chez nous », affirme-t-elle tout en assurant que le mouvement de révolte auquel on assiste aujourd’hui est essentiellement laïc et que les chrétiens de Syrie y participent, contrairement à ce que laissent entendre les autorités du pays.

« Les chrétiens sont particulièrement actifs dans les coordinations implantées dans les grandes villes et en province », indique Mme Yazbek. « En nommant un nouveau ministre de la Défense de confession chrétienne – le général Rajah Daoud –, le régime veut impliquer les chrétiens dans le combat pour faire assumer au commandement militaire la responsabilité de ce qu’il qualifiera plus tard de massacre des sunnites… », précise la journaliste qui ne cesse d’insister sur le caractère multiconfessionnel des ‘organismes de coordination’. « Ces organismes, dit-elle, symbolisent le partage équitable des responsabilités dans un mouvement à caractère populaire et national qui a besoin de la participation du peuple syrien tout entier. » En conclusion, Samar Yazbek lance un message à ses compatriotes : « N’ayez pas peur car vous affrontez la mort avec courage, et c’est ainsi que notre peuple vaincra. »

source

Abir Kopty : Tel Aviv, tente 1948


Abir Kopty
publié le lundi 8 août 2011.

 

Si vous êtes Palestinien, vous aurez du mal pour trouver quelque chose à quoi vous identifier dans le village de tentes sur le boulevard Rothschild de Tel-Aviv, jusqu’à ce que vous parveniez à Tente 1948. Ma première virée là-bas a été il y a quelques jours, lorsque j’ai décidé me joindre à la Tente 1948. Le message central de la Tente 1948 est que la justice sociale devrait être pour tous. Elle rassemble les citoyens juifs et palestiniens qui croient en une souveraineté partagée dans un Etat pour tous ses citoyens.

Pour moi, comme Palestinienne, je ne me sens pas faire partie du mouvement du 14 juillet, et je ne suis pas là comme participante. Presque tous les coins de ce camp me rappellent que ce lieu ne veut pas de moi. Ma première virée dedans a été assez déprimante, j’ai trouvé pleins de drapeaux israéliens, un homme faisant un discours à des jeunes avec une vision sioniste sur ses souvenirs de la « guerre de 48 », un autre groupe avec des panneaux appelant à la libération de Gilad Shalit, un autre poussant des chants sionistes. Ce n’est sûrement pas un lieu où les 20 % de la population se sentiraient chez eux. Le lendemain, j’ai trouvé Ronen Shuval, d’Im Tirtzu, l’association d’extrême droite, faisant un exposé provocateur et haineux contre les associations de gauche et des droits humains. Les colons avaient déjà monté une tente et dansaient avec joie.

L’existence de Tente 1948 dans le camp est un défi vers les gens qui participent au mouvement du 14 juillet. Les premiers jours, la tente a été attaquée par un groupe de droite, qui a battu les militants de la tente et détruit son drapeau palestinien. Certains leaders du mouvement du 14 juillet ont dit clairement qu’avancer les questions centrales concernant la communauté palestinienne en Israël ou l’occupation ferait « perdre sa force » à la lutte. Ils ont souvent dit que la lutte est sociale, pas politique, comme s’il y avait une différence. Ils avaient peur de perdre des supporters s’ils appuyaient sur les questions palestiniennes.

La vérité, c’est que c’est vrai.

En vérité, c’est exactement ce qui pourrait aider Netanyahou ; s’il appuyait sur le bouton de la peur, recréait l’« ennemi » et reproduisait la « menace sécuritaire », il serait capable de faire taire le mouvement. Le problème n’est pas avec Netanyahou, ce n’est pas le premier leader israélien à faire appel à ça. Le problème principal, c’est que les Israéliens ne sont pas encore prêts à voir au-delà des murs qui les entourent.

Pourtant, il faut l’admettre, il se passe quelque chose, les Israéliens se réveillent. Il y a un développement ; les gens se rencontrent, discutent des questions. L’assemblée générale du camp a décidé vendredi qu’elle n’accepterait aucun message raciste parmi ses participants. Même à Tente 1948, beaucoup d’Israéliens sont venus, ont lu les tracts, écouté ce que représente Tente 1948 et discuté calmement. Peut-être, si j’étais une israélienne juive, je serais fière du mouvement du 14 juillet. Mais je ne suis pas juive, je ne suis pas sioniste, je suis palestinienne.

Je ne veux pas béatifier la réalité, ni cacher quoi que ce soit pour servir une « tactique » et je n’accepterai pas des miettes. Je veux parler de la justice historique, je veux parler de l’occupation, je veux parler de la discrimination et du racisme, je veux tout mettre sur la table, et je veux parler de cela au cœur de Tel-Aviv.

La justice sociale ne peut pas être divisée ou classifiée. Si ce n’est pas une justice pour tous y compris tous les Palestiniens, alors c’est une fausse justice, une justice d’élite ou une « justice pour juifs seulement » exactement à la manière dont fonctionne la démocratie israélienne « pour juifs seulement ». Le mouvement du 14 juillet est une grande occasion pour les Israéliens pour refuser à leur Etat de continuer à sombrer en un régime d’apartheid.

* Abir Kopti est une militante politique palestinienne et une analyste des media. Elle a été membre du Conseil municipal de Nazareth et porte-parole de Mossawa, the Advocacy Center for Palestinian-Arab Citizens in Israel. Ses travaux sont sur son site et sur Twitter à @abirkopty. Traduction : JPB-CCIPPP

source :

http://mondoweiss.net/2011/08/tent-…

traduction

Pour garder mémoire ! 2/5


Première partie ici

vendredi 12 août 2011 – 06h:20

Rudi Barnet


Des bêtes qui marchent sur deux pattes ! De la genèse de la conquête au nettoyage ethnique
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Mai 2011, Qalandiya, Cisjordanie sous occupation. – Un soldat israélien n’hésite pas à user de son arme contre les Palestiniens qui manifestent lors de la journée de commémoration de la » Nakba », ou « catastrophe » |nettoyage ethnique de la Palestine par les sionistes) – Photo : UPI

Le Sionisme est-il soluble dans la démocratie ?

Le mouvement sioniste – idéologie politique nationaliste prônant la création d’un centre spirituel, territorial ou étatique peuplé par les juifs – est apparu vers la fin du 19ème siècle, principalement parmi les communautés ashkénazes d’Europe centrale et orientale, en réaction aux pogroms racistes. Il est assez intéressant de constater que la Palestine n’était pas le « premier choix » des Sionistes pour la création d’un “Foyer juif“ : l’Argentine, l’Ouganda, l’Ouest américain et Madagascar furent les premières options. (1)

A la lecture des divers documents sur le développement de ce mouvement, on ne peut s’empêcher de penser qu’il existe au moins deux formes de Sionisme.

Le premier, l’originel issu de la création de l’Organisation Sioniste Mondiale de 1897, est laïc et porteur de l’aspiration à créer un foyer territorial… de manière pacifique !

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Martin Buber

Martin Buber, apôtre d’un État binational et démocratique, fut l’un des principaux militants de cette voie préconisant l’entente avec les Palestiniens. La création devait se faire par l’achat de terres ou la concession d’un territoire vierge d’habitants. Si ce n’était pas tout à fait le cas, une négociation pacifique devait solutionner le cas des minorités locales (Dédommagement ? Intégration ?) Ce projet, dans le contexte historique particulier d’alors, était considéré comme honorable.

En 1948, au moment du déclenchement des hostilités, les terres dites “achetées“ par les organisations sionistes représentaient environ 4% du pays (estimation de l’ONU).

La seconde forme de sionisme, celle du régime israélien actuel et, malheureusement, d’une importante partie de la communauté juive européenne, est celle engendrée par les “conquistadors“, ces groupes terroristes de l’Irgoun (matrice du parti du Likoud) ou du groupe Stern qui semèrent la mort pour arriver à leurs fins de conquête. Ainsi, les Begin, Stern, Jabotinsky,(2) Shamir, Ben Gourion… et leurs héritiers (Dayan, Peres, Sharon, Barak…) transformeront l’utopie pacifique en invasion violente !

Ce genre de perversion renvoie à d’autres ! Rappelons-nous ce qu’est devenu l’idéal communiste en Russie et en Chine, le fossé entre le message du Galiléen et les pratiques vaticanes d’aujourd’hui… Tant d’autres idéaux d’ouverture humaine se métamorphosant en intolérance meurtrière. Ce sionisme-là n’a évidemment plus rien à voir avec celui des progressistes israéliens d’aujourd’hui, il en est seulement la caricature.

Abraham Serfaty, juif et grande figure de la résistance à la dictature marocaine, n’hésitait d’ailleurs pas à dire que “ Le sionisme est avant tout une idéologie raciste. Elle est l’envers juif de l’hitlérisme « .

Devant les horreurs commises par les gouvernements qui se sont succédés depuis 1967, une nouvelle vision semble émerger dans la frange démocratique des citoyens juifs, notamment parmi les militants de « La Paix Maintenant ». Rejetant les visées colonialistes, elle prône le développement d’une « renaissance nationale » au sein d’un Etat vivant en paix avec ses voisins et offrant des droits égaux à la minorité arabe du pays. (3)

Un retour vers le sionisme originel en quelque sorte… Qui n’abandonne, malheureusement pas le dogme absurde du « peuple élu » et ne fait aucune proposition pour que la perversion de cette croyance, responsable de tant de crimes, ne puisse se reproduire.

Une démocratie bien particulière

La “Loi Fondamentale“ – comme on le sait, Israël n’a pas de Constitution, ce qui aurait, notamment, impliqué de fixer une limite territoriale – proclame qu’il s’agit d’un Etat juif… Théocratique, donc ! La nouvelle loi que Netanyahu et Lieberman veulent instaurer en témoigne puisqu’elle obligera chaque citoyen, y compris les laïcs, les chrétiens et les musulmans de jurer allégeance à l’Etat juif, sous peine d’expulsion ! Théocratie mariée à Démocratie ?… Union de la carpe et du lapin, non ? De nombreuses voix se sont, heureusement, élevées contre le projet d’un tel État qui «  en se définissant sur une base ethnique ou religieuse, instaure des discriminations institutionnelles entre ses citoyens fondées sur l’origine ou la religion (…) On peut craindre aussi que la reconnaissance d’Israël comme « État juif » ne donne des bases internationales légales à un régime d’apartheid, au cas où Israël continuerait et étendrait sa politique de colonisation de toute la Cisjordanie, en niant les droits nationaux du peuple palestinien . » (4)

Quelques autres particularités de ce régime prétendument démocratique :

-   La carte d’identité ne mentionne pas que vous êtes Israélien mais elle indique que vous êtes juif ou Arabe.
-   Seul le mariage religieux juif a valeur d’Etat Civil (celui d’une autre religion, est seulement “reconnu“).
-   La population des territoires “annexés » en 1967 n’a pas de statut de nationalité, les civils non-juifs peuvent être “jugés“ par des tribunaux militaires.
-   La discrimination ethnique à l’embauche est générale pour le 1,2 million de Palestiniens de nationalité israélienne.
-   Une grande partie des Bédouins du Néguev sont confinés dans des townships.
-   Seulement 2% des terres peuvent être achetées par les “israélo-palestiniens“ car une loi autorise l’Agence juive à s’opposer à la vente aux non-juifs.

… Etc.(5)

Comme l’écrit Amnon Be’eri-Sulitzeanu, Directeur adjoint des Abraham Fund Initiatives : «  En 2010, la ségrégation entre juifs et Arabes en Israël est presque absolue. Pour ceux d’entre nous qui vivent ici, c’est quelque chose qui va de soi « .(6)

D’autres discriminations encore :

-   Routes interdites aux non-juifs
-   Restrictions à la circulation par des contrôles humiliants (En 2008 déjà, selon un rapport publié par le centre d’informations israélien B’Tselem, on recensait déjà 459 barrages et 66 check-points en Cisjordanie).
-   “loi de l’absence“ qui permet de s’approprier la maison du non-juif que l’on a fait fuir
-   Privation de l’eau dans les territoires palestiniens (70 litres/jour contre 300 litres/jour pour les Israéliens !)
-   « Filtrage » des étudiants arabo/israéliens par la sûreté israélienne (Shabak) pour les exclure des universités
-   Emprisonnement illégal, selon le Droit international et la loi israélienne, d’enfants de – de 14 ans accusés de jets de pierre.(7)
-   Loi « anti-boycott » (11/7/2011) qui interdit toute liberté d’expression, même non-violente, contre la politique israélienne.(8) … Etc

Comme le stigmatise, une fois de plus, le rapport de Human Rights Watch de décembre 2010 : «  Les Palestiniens sont victimes de discrimination systématique en raison de leur race, de leur origine ethnique et nationale, en conséquence de quoi ils sont privés d’électricité, d’eau, d’écoles et de routes, alors que les colons juifs de leur voisinage bénéficient de tous ces services publics « .

Toutes ces pratiques appartiennent bien plus à un régime autoritaire et raciste qu’à ce que nous appelons la démocratie, non ? Comment peut-on soutenir un tel régime et accepter de cet État ce que nous condamnons pour d’autres pays et trouverions inacceptable dans le nôtre ?

Il ne faudrait pas, non plus, oublier que, depuis sa création, l’État d’Israël n’a cessé d’apporter son soutien actif à divers régimes bien connus pour leur autoritarisme et a été agissant dans certaines opérations peu glorieuses pour les États qui les ont perpétrés. Quelques exemples, pour mémoire :

-   Collaboration militaire avec le régime raciste d’Afrique du Sud, notamment pour le développement de l’arme nucléaire. Accueillant John Vorster, premier Ministre dans les années 1975 (emprisonné par les Britanniques pendant la guerre 40/45 pour activités en faveur des Nazis), Yitzakh Rabin n’hésitera à porter un toast «  aux idéaux communs à Israël et à l’Afrique du Sud, deux pays qui affrontent une brutalité et une instabilité inspirées par l’étranger « .
-   Collaboration du Mossad dans le meurtre de Ben Barka sous la dictature de Hassan II (9)
-   Fourniture d’hélicoptères de combat au régime raciste de Rhodésie (futur Zimbabwe)
-   Assistance technique à la Savak (police politique du Shah d’Iran)
-   Soutien à la France dans la guerre d’Algérie
-   Collaboration avec diverses dictatures latino-américaines (Pinochet au Chili, Stroessner au Paraguay) … Etc

C’est ce que je dis qui compte… pas ce que je fais !

Pas un régime fasciste ?

Que voulaient dire les quelques trente intellectuels juifs, dont Hanna Arendt et Albert Einstein, citoyens des Etats-Unis, qui qualifièrent ainsi le Sionisme dans le célèbre article du New-York Times en 1948 ?. (10)

Nationalisme, autoritarisme et ethnocentrisme sont les principales particularités du fascisme. Ces trois caractéristiques définissent bien le régime israélien actuel qui prône un État “ethniquement pur“ – déclaration de Lieberman, ministre des affaires étrangères, le 19/9/2010 : “nous allons faire d’Israël un Etat ethniquement homogène ! » – opprime une partie de sa population, pratique l’apartheid et revendique son élitisme de “peuple élu“. Mais Lieberman est un agneau à côté de certains de ses prédécesseurs.

Petit florilège de déclarations guerrières et racistes

Théodore Herzl, fondateur de l’Organisation sioniste mondiale (note du 12 juin 1895)

Chasser la population pauvre (les Arabes) au-delà de la frontière en lui refusant du travail. Le processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doit être mené discrètement et avec circonspection.

Yitzhak Shamir, futur premier ministre

Les Palestiniens seront écrasés comme des sauterelles … leurs têtes éclatées contre les rochers et les murs.

Joseph Weitz, Directeur du Fond national juif (1973)

La seule solution est Eretz Israël, ou au moins Eretz Israël Ouest (toutes les terres à l’ouest du Jourdain, sans les Arabes. Il n’y a pas de place pour un compromis sur ce point. Nous ne devons pas laisser un seul village, pas une seule tribu.

Ehud Barak, premier ministre (Jerusalem Post du 30/8/2000)

Les Palestiniens sont comme les crocodiles, plus vous leur donnez de viande, plus ils en veulent.

Vladimir Jabotinsky, fondateur du sionisme révisionniste, précurseur du Likoud (Le Mur de Fer,1923)

Une réconciliation volontaire avec les Arabes est hors de question, que ce soit maintenant ou dans le futur. Si vous souhaitez coloniser un pays dans lequel une population vit déjà, vous devez fournir une armée pour le pays ou trouver quelque riche personne ou bienfaiteur qui vous la fournirait. Sinon, abandonnez la colonisation, parce que sans une force armée qui rendrait physiquement impossible toute tentative de détruire ou d’empêcher cette colonisation, la colonisation sera impossible, pas difficile, pas dangereuse, mais IMPOSSIBLE. Le sionisme est une aventure de colonisation et c’est pour cela qu’elle est dépendante d’une force armée. Il est important… de parler hébreu, mais malheureusement, il est encore plus important d’être capable de tirer, ou bien le jeu de la colonisation se termine.

Moshe Dayan, ministre de la défense et des affaires étrangères (12/2/1952 Radio Israel)

La population doit se préparer à la guerre, mais il revient à l’armée israélienne de poursuivre le combat avec l’objectif ultime qui est la création de l’Empire israélien.

Raphael Eitan, chef d’Etat major des forces de défense (New York Times, 14/41983)

Nous déclarons ouvertement que les Arabes n’ont aucun droit de s’établir, ne serait-ce qu’un seul centimètre, dans Eretz Israël. La force est l’unique chose qu’ils comprennent. Nous devons utiliser la force absolue jusqu’à ce que les Palestiniens viennent ramper devant nous. (…) Lorsque nous aurons colonisé le pays, il ne restera plus aux Arabes que de tourner en rond comme des cafards drogués dans une bouteille.

Moshe Katsav, Président de l’Etat (Jerusalem Post, 10/52001)

Il y a une énorme différence entre nous (les juifs), et nos ennemis. Pas seulement dans la capacité, mais dans la morale, la culture, le caractère sacré de la vie et la conscience. Ils sont nos voisins ici, mais c’est comme si à quelques centaines de mètres, il y avait un peuple qui n’appartenait pas à notre continent, à notre monde, qui appartenait véritablement à une autre galaxie .

Benyamin Netanyahu, à l’Université de Bar Ilan (Hotam, 24/11/1989)

Israël aurait dû exploiter la répression des manifestations en Chine lorsque l’attention du monde s’est focalisée sur ce pays, pour mettre à exécution des expulsions massives parmi les Arabes des territoires.

La déclaration d’Albert Einstein dans le New York Times : “ Parmi les phénomènes politiques les plus inquiétants de notre temps, il y a l’émergence, dans l’Etat nouvellement créé d’Israël, d’un parti Herut (ensuite Likoud), un parti politique très proche, dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son appel social, des nazis et des partis fascistes . » n’était, malheureusement, que prémonitoire et dire qu’Israël est actuellement un Etat fasciste est un simple constat… pas une injure.

Comment se fabriquer un ennemi sur mesure

La résistance contre les “fanatiques islamistes“ est un slogan récurrent. Ignore-t-on qu’une grande partie des Palestiniens est laïque ?… et qu’une majorité des habitants palestiniens de Bethléem est chrétienne ?

Il faut aussi rappeler que le gouvernement israélien est pour beaucoup dans la création du Hamas par le cheik Ahmed Yassine et son développement ? Il n’a d’ailleurs jamais caché sa motivation : ce soutien allait affaiblir l’OLP et les organisations du Fatah implantées à Gaza ! C’est ce même gouvernement qui, soutenu par l’Occident, a ensuite exigé des élections législatives, prévoyant que le Hamas allait l’emporter (Il fallait être bien naïf ou sous-informé pour prévoir le contraire). Israël et les USA, avec la complicité de l’Union européenne, sont donc, objectivement, responsables de l’élection du Hamas !

Peut-on, ensuite, se proclamer démocrate quand on refuse de reconnaître les résultats d’élections, pourtant considérées comme irréprochables par les instances internationales de contrôle ? … Et armer le Fatah, avec la complicité concrète de l’Égypte et des USA, pour tenter de renverser, par la force, le gouvernement élu ? A ma connaissance, on a très peu informé sur le plan d’action initié par Me Rice, représentante des USA… Ni sur les 4700 hommes de Dahlane (chef militaire du Fatah) formés en hâte en Égypte et l’attaque menée par ces forces contre l’université de Gaza. (11) Quand, en juin 2007, après de sanglants affrontements, l’opération échoue et que les forces de sécurité du Fatah sont délogées de la bande de Gaza… c’est le Hamas qui est accusé d’avoir fait un “Coup d’État“ !

… ou la paille et la poutre

Parmi la population de religion juive d’Israël (± 6 millions), près d’un million, soit 15% sont des « Haredim – « ceux qui tremblent devant Dieu » – dont la tendance « Loubavitch » est bien connue en Belgique. Les enfants de cette secte représentent actuellement 25% des enfants juifs du pays ! Ces Haredim constituent la majorité des colons qui commettent les exactions en Cisjordanie.

Leur seule loi est la Torah ! Ils estiment qu’elle doit être la source de toute législation et que le refus de l’État juif d’accepter ce principe lui retire toute légitimité. Ils rejettent la démocratie car c’est un principe de fonctionnement qui met l’avis de la majorité au-dessus de Dieu. Pour eux, la loi religieuse n’est pas censée régir un domaine spécifique de la vie, mais la vie dans son intégralité. (12) Ils sont surtout représentés à la Knesset par le parti « Shass », connu pour ses positions d’extrême-droite. Ils ont un poids substantiel dans la politique israélienne. Le développement de cette secte laisse prévoir que ses adeptes représenteront bientôt ¼ de la population du pays. … Comme quoi, chacun a ses intégristes fanatiques !

Comment faire la paix avec « des bêtes à deux pattes » ?

C’est une axiome de dire que toute discussion sur cette douloureuse tragédie doit exclure toute « croyance messianique“. Seuls les faits doivent être pris en compte pour la recherche d’une solution, pour dire le droit et la justice.

Malheureusement, comme l’a si justement écrit le philosophe Michel Onfray : “ Les constructeurs de fables détestent l’Histoire, ils refusent et récusent les faits, ils détestent l’évidence et chérissent les fictions qui les réconfortent dans leurs illusions « .

Le chemin vers la paix nécessite aussi de rejeter d’emblée cet argument indécent de la symétrie, d’un “conflit entre deux adversaires pour un territoire“, alors qu’il s’agit clairement d’une entreprise coloniale. Aucune symétrie possible entre un oppresseur et un opprimé ! Malheureusement, c’est avec tristesse qu’on constate que cette argutie continue à être propagée par divers organismes humanitaires.

Il paraît évident aussi que la reconnaissance de “l’autre“ est un préalable indispensable. Ainsi, il faut cesser de diaboliser l’adversaire, nier son existence et sa qualité d’être humain comme l’ont fait en leur temps les Golda Meir (“ Les Palestiniens ? Ça n’existe pas ! « ) ou Menahem Begin («  Les Palestiniens sont comme des bêtes marchant sur deux pattes ! « ).

On est malheureusement assez loin de cette approche « humaniste » avec les anathèmes racistes lancés par Lieberman, l’actuel Ministre des Affaires Etrangères et les cris “Mort aux Arabes !“ qu’on peut entendre dans les rues de Tel-Aviv.

Prémices d’une conquête

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François-Georges Picot

L’affirmation que “ les territoires ont légalement été concédés par l’Angleterre “ est, pour le moins, hypocrite. Déjà l’accord dit “Sykes-Picot“ de 1916 entre les occupants britanniques et le mouvement sioniste ne tenait pas le moindre compte des habitants de la région considérée comme inhabitée. Quant à la “Déclaration Balfour“ de 1917, on passe généralement sous silence qu’elle comportait une phrase essentielle : «  Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays  »

Déjà à cette époque, les exactions des groupes sionistes (… sous l’œil complice de l’armée britannique) avaient entraîné de nombreuses réactions violentes, dont notamment le massacre de 67 citoyens de la communauté juive de Hébron en 1929. Ensuite, en réponse à la grande révolte palestinienne de 1936 qui répondait elle-même aux attentats terroristes de groupes comme l’Irgoun… le “Plan Peel“ fut élaboré. Il attribuait 30% du territoire au mouvement sioniste… et envisageait (déjà !) le déplacement de la population palestinienne.

Des dollars pour un territoire…

Le plan de partage de l’ONU de 1947 est – nul ne devrait l’ignorer – essentiellement le résultat d’un “arrangement“ entre grandes puissances… sans la moindre consultation de la population. Ce fut même une véritable arnaque politique comme l’ont révélé plusieurs experts juifs tels Tom Segev et Benny Morris (historien israélien… et sioniste) ! Ils mettent au jour, documents à l’appui, qu’un premier vote eut lieu le 25 novembre 47 et qu’il fut, à une voix près, défavorable aux dirigeants sionistes ! … Qui obtinrent qu’un second vote soit fixé le 29 du même mois ! Profitant de ce délai et devant le risque évident d’un second vote négatif, une opération “pot de vin“ fut déclenchée : les dirigeants sionistes achetèrent à coups de milliers de dollars les voix des représentants de plusieurs petits pays (Costa-Rica, Guatemala, Libéria…). Ainsi la tendance fut renversée et le plan de partage adopté !(13)

Ce « plan de partage » est donc bien le résultat d’un accord de type colonialiste entre occidentaux… au mépris de l’existence et des droits des habitants arabes du pays !

… Et nettoyage ethnique !

Une fois le vote acquis, la parole aux armes… comme prévu par Ben Gourion ! Une armée de près de 100.000 hommes (bien plus puissante que l’ensemble des armées de tous les pays environnants) se mit en marche. On rejeta la faute sur les Palestiniens qui refusaient de céder leurs terres et leurs maisons et sur les pays arabes voisins qui n’acceptaient pas le diktat de l’ONU.

Aujourd’hui encore cette fable de « l’invasion arabe » – aucun pays voisin n’avait les moyens de s’opposer à l’invasion… et depuis quand le faible attaque-t-il le puissant ? – continue malheureusement d’être propagée par certains mouvements juifs progressistes.(14)

L’opération s’accompagna d’une vague d’attentats, de massacres de civils et, avec la complicité active de l’Angleterre, de l’éradication par les bombardements de plus de 400 villes et villages. 4.000 bombes furent déversées sur la seule ville de Jaffa, presque entièrement détruite et vidée de la quasi totalité de sa population, les Arabes de Haïfa furent expulsés (seuls 3.500 habitants restèrent… sur 61.000).

Durant cette Nakba (catastrophe), 760.000 palestiniens prirent la fuite emportant la clef de leur maison. La propagande sioniste a tenté (et tente toujours) d’occulter cet épisode tragique et continue à prétendre que c’est Israël qui, une fois de plus, a été obligé de se défendre contre l’invasion des États arabes avoisinants, qu’il n’a jamais expulsé la population… partie volontairement. … Vous avez dit « négationnisme » ?

C’était, indubitablement, un nettoyage ethnique ! Le général Moshe Dayan ne le niait d’ailleurs pas : Des villages juifs ont été construits à la place de villages arabes. Vous ne connaissez même pas le nom de ces villages arabes, et vous n’êtes pas à blâmer parce que les livres de géographie n’existent plus. Non seulement ils n’existent plus, mais les villages arabes non plus (…) Il n’y a pas un seul endroit dans ce pays qui n’ait pas eu auparavant une population arabe . (15)

L’UNWRA estime aujourd’hui à six millions (70% du peuple) le nombre de réfugiés palestiniens et leurs descendants, dispersés en Cisjordanie, à Gaza, dans les pays environnants et d’autres continents.

Qui peut être solidaire d’un régime politique qui pratique ainsi ? Qui peut s’étonner que le peuple palestinien ait refusé d’être spolié, qu’on prenne ses maisons et ses terres ? Qui peut s’étonner aussi que les Etats voisins se soient opposés à la décision de l’ONU et aient tenté de lutter contre l’implantation d’un nouveau régime colonial à leurs frontières ? Qui peut s’étonner de ces révoltes ?

Justice pour les communautés juives !

Les mesures de rétorsion prises à cette époque envers les communautés juives par divers gouvernements arabes sont évidemment plus que déplorables et condamnables. Idem pour les violences perpétrées contre les civils, tel le massacre du convoi du mont Scopus (70 infirmières et médecins israéliens assassinés).(16) Ces crimes demandent justice ! Mais c’est aux gouvernements actuels des pays arabes que – à l’instar de l’Allemagne pour les crimes de la « solution finale » – Israël doit s’adresser pour exiger réparation des spoliations et des expulsions… Pas aux Palestiniens !

A suivre…

1) “Les Origines du Sionisme“ de Alain Boyer (Que Sais-Je ?)

2)Fondateur du mouvement para-militaire d’extrême droite Betar

3)Ruth Gavison dans Ha’aretz (10/6/2011)

4)Une Autre Voix Juive (http://uavj.free.fr/UAVJtxt47.htm)

5) The Inequality Report (Katie Hesketh, Adalah, mars 2011)

6)Ha’aretz du 20/10/2010

7)Rapport de B’tselem de juillet 2011

8) Demain on interdira les appels à la fin de l’occupation ou en faveur de la fraternité entre juifs et Arabes (Gideon Levy dans Ha’aretz )

9) Shmouel Seguev Le lien marocain , Editions Matar (Israël)

10) New York Times du 2/12/1948

12)Ziyad Clot “Il n’y aura pas d’Etat palestinien et The Gaza Bombshell (Vanity Fair)

13)Wikipedia

14) 1948 : A History of the First Arab-Israeli War de Benny Morris (Yale University Press)

15) Le sionisme n’a que faire de mensonges de propagande de Shlomo Avineri (Ha’aretz 21/5/2011)

16) Ha’aretz du 4/4/1969

17) Wikipedia : Hadassah medical convoy massacre

Communiqué par l’auteur via courriel

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