A Damas, une psy au cachot


LEMONDE | 15.09.11 | 12h40

L’arrestation de Rafah Nached, le 10 septembre à Damas, a soulevé une vague d’indignation en Syrie et à Paris.

L’arrestation de Rafah Nached, le 10 septembre à Damas, a soulevé une vague d’indignation en Syrie et à Paris.DR

La révolution freudienne ferait-elle peur au régime de Bachar Al-Assad ? Depuis le samedi 10 septembre, la psychanalyste syrienne Rafah Nached croupit dans l’une de ses geôles. Arrêtée à l’aéroport de Damas par les moukhabarrat, la police politique, alors qu’elle s’apprêtait à s’envoler pour Paris afin d’assister à la naissance de son premier petit-enfant, cette femme de renom, qui fut la première psy de Syrie dans les années 1980 et dont le seul engagement connu est celui qu’elle voue à ses patients, a été inculpée, mercredi 14 septembre, « d’activités susceptibles d’entraîner une déstabilisation de l’Etat ».

LA PARANOÏA DU RÉGIME

D’après son mari, qui a pu lui rendre visite à la prison pour femmes de la banlieue de Damas, son état de santé est satisfaisant, en dépit de l’insuffisance cardiaque dont elle souffre. Mais le flou qui entoure le chef d’inculpation et la paranoïa qui s’est emparée du régime, en butte depuis six mois à une contestation qui ne faiblit pas, font craindre une détention à rallonge, dans le seul but d’intimider la communauté intellectuelle syrienne.

Dans le milieu psy de Paris où Rafah Nached a étudié dans les années 1970 et où elle compte de nombreux amis, son arrestation a soulevé une vague d’indignation. Une pétition demandant sa « libération immédiate », mise en ligne sur le site d’information Mediapart, a recueilli en quelques heures le soutien du gratin de la psychanalyse française, freudiens et lacaniens confondus.

Le Quai d’Orsay a également réagi, en stigmatisant « le mépris des droits de l’homme les plus élémentaires » dont font preuve les autorités syriennes. « Incarcérer une femme de 66 ans, qui ne s’inscrivait pas dans le combat politique et dont l’ambition est simplement humanitaire et scientifique, cela dénote de la part du régime Assad un degré d’angoisse sur sa propre survie qui est sans précédent », fait remarquer un proche de la famille.

C’est par un coup de téléphone anxieux, passé de l’aéroport, où elle patientait au contrôle des bagages, que le mari de Nafah Rached a deviné l’arrestation. « Ils procèdent à des contrôles avec nervosité. Ils ont des listes… On m’a pris mon passeport et on est parti avec… » Un blanc s’ensuit, puis des bruits, de l’agitation et ces mots: « Madame… enlevez cela. » La communication s’est aussitôt interrompue.

Le mari, un éminent historien, invité régulier du Collège de France à Paris, le temple du savoir universitaire, mais qui insiste pour que son nom ne soit pas mentionné, s’est alors précipité à l’aéroport. Après avoir vérifié auprès d’Air France que Rafah n’avait pas pris son vol, il a erré d’un bureau à l’autre, comme dans un mauvais film égyptien, à la recherche de bribes d’information sur sa femme.

Au guichet de la police d’abord, puis à la Sécurité, puis à la Sécurité générale, puis au poste de contrôle des douanes, avant d’échouer, au bout de la nuit, dans le bureau du commandant en chef de la police de l’aéroport. Mais, là encore, aucun renseignement. « Nos services n’ont pas enregistré le passage de votre épouse », lui dit-on. La conclusion s’impose : Rafah Nached a été enlevée par les moukhabarrat, le service de sécurité qui ne laisse jamais de trace.

UNE PATRIOTE ÉMÉRITE

Depuis ce jour, la famille tente de comprendre. Pourquoi elle ? Que peut bien reprocher le régime Assad à cette petite femme rondelette, aux yeux pétillants, patriote et cuisinière émérite ?

Le parcours de Rafah Nached, assure son entourage, n’est pas celui d’une opposante. En 1985, quand elle se réinstalle à Damas, après ses années parisiennes, c’est en psychanalyse qu’elle s’engage, pas en politique. Le climat de l’époque est pesant, la guerre civile libanaise fait rage. Le président Hafez Al-Assad, le père de l’actuel chef de l’Etat, tient la société au doigt et à l’œil. Les prisons sont – déjà – remplies de gauchistes et de Frères musulmans. La réponse de Rafah sera clinique. Elle veut implanter dans son pays les théories freudiennes, aussi suspectes soient-elles pour un régime obsédé par le contrôle des consciences. Aider les gens à vivre: ce sera son combat.

Le cabinet qu’elle ouvre, dans son petit appartement d’Al-Adawi, un quartier commerçant de Damas, attire vite les patients. Des enfants, des adultes, des hommes et des femmes. Un panel représentatif de la population syrienne et de ses divisions, confessionnelles comme politiques. « Elle se tenait à bonne distance de l’opposition comme du pouvoir », explique l’une de ses amies françaises.

Année après année, elle repousse les murs du soupçon. Elle devine que ses séminaires ne sont pas seulement remplis d’étudiants. Elle sait que son divan attire aussi les grandes oreilles du régime. Mais elle s’accroche, navigue entre les écueils et sa pratique, fait des émules. Une petite dizaine de psychanalystes, avec lesquels elle a fondé l’Ecole de psychanalyse de Damas, exercent aujourd’hui en Syrie.

Quand la révolution éclate au mois de mars, à Deraa, dans le sud du pays, elle réagit à nouveau en accoucheuse des souffrances. Avec les jésuites de Damas, elle organise des groupes de parole ouverts aux citoyens de toute obédience. Un espace apolitique pour verbaliser ses angoisses face à la violence qui ravage le pays, pour maintenir le fil ténu du dialogue intercommunautaire.

Mais pour les autorités syriennes, la ligne rouge a été franchie. Libérer la parole dans un Etat adepte des chaînes et du bâillon: le paradoxe n’est plus acceptable.

Benjamin Barthe

France : un policier israélien pour diriger l’office de l’immigration


L’avocat Arno Klarsfeld, proche de Nicolas Sarkozy, a été nommé président de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) par un décret du président de la République paru mardi au Journal officiel.

Sioniste de choc, Klarsfeld, qui est âgé de 46 ans, est notamment connu pour s’être enrôlé en 2003 dans l’armée israélienne, pour participer à la sanglante répression du peuple palestinien sous la houlette du Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon.

Arno Klarsfeld sévit dans la région de Bethléem sous l’uniforme des « garde-frontières » : cette unité ne garde évidemment pas de frontières, puisqu’Israël ne s’en est jamais reconnues ; elle est en revanche spécialisée dans la traque des populations civiles palestiniennes.

Chouchou tant de Sarkozy que des voyous de la « Ligue de Défense Juive », Arno Klarsfeld est un grand bénéficiaire du favoritisme gouvernemental. C’est à lui par exemple que Sarkozy confie une mission de défense et illustration de la scandaleuse loi du 23 février 2005 sur « les bienfaits de la colonisation », ou de promotion de la chasse aux enfants de parents sans-papiers.

Quand Sarkozy gagne la présidentielle de 2007, Klarsfeld se voit promettre un poste dans le futur gouvernement, à la condition de se faire élire député. En pleine « vague bleue », l’UMP lui accorde son investiture dans le XIIème arrondissement de Paris, un quartier relativement aisé de la capitale, a priori gagnable par la droite. Mais Klarsfeld se montre trop arrogant, et méprise ouvertement son électorat potentiel. « On me reproche de ne pas connaître le XIIème arrondissement : c’est faux, je suis déjà passé dans ce coin, en courant un marathon ! » ricane-t-il devant les caméras. Il sera sévèrement battu par la candidate du Parti Socialiste.

Qu’à cela ne tienne : à défaut d’entrer au gouvernement, Klarsfeld obtient en consolation un job de « chargé de mission » auprès du nouveau Premier Ministre François Fillon, avant d’être nommé Conseiller d’Etat, une autre faveur octroyée par Sarkozy.

A l’Ofii, Klarsfeld remplace Dominique Paillé, un politicien tombé en disgrâce à l’Elysée depuis qu’il a rejoint l’équipe concurrente de Jean-Louis Borloo. Paillé, viré au bout de quelques mois de son poste, a fait part de son amertume. « J’assurais la présidence de l’Ofii à titre bénévole, ayant volontairement renoncé à l’indemnité de 4.000 € par mois qui va avec. J’espère que mon successeur aura la correction d’en faire autant », a-t-il déclaré au lendemain de son éviction.

CAPJPO-EuroPalestine

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