Telecomix Syria, l’information syrienne qui contourne la censure


7 octobre 2011 39 lecture(s)

Après l’Egypte et la Tunisie, Telecomix a trouvé son nouveau cheval de bataille :  la liberté d’accès à internet en Syrie et donc par association, la liberté d’information. C’est de là qu’est né Telecomix : Syria, portail d’accès à de multiples sites d’actualités traitant de la situation en Syrie. Un peu à la manière d’un Google Actu, le site référence les articles par titres avant de basculer les internautes sur les sites sources.

“La plupart des gens qui participent à ce projet, ne savaient pas grand-chose sur la Syrie, mais s’intéressent à la liberté. On a donc décidé de nous y mettre sur notre temps libre” a confié “itsnotabigtruck”, hacker membre de Telecomix, cité par Internet sans frontières, qui constate simplement que “la Syrie est un des exemples les plus flagrants d’un pouvoir qui réprime son peuple”. D’où une volonté de casser les barrières et d’offrir une chance aux Syriens de contourner la censure. Un de ses “collègues” “Kheops” développe un peu plus les objectifs de Telecomix sur le site Reflets.info. Il explique que le but  de l’ “opération Syria” (OP Syria) était avant tout d’apprendre aux Syriens à s’exprimer sur la toile sans risquer de se faire repérer, par l’usage de logiciels, de protocoles sécurisés, en évitant de laisser traîner des données personnelles sur le net et enfin d’apprendre à faire suivre vidéos et déclarations personnelles sans risquer de dévoiler la source.

Il a donc fallu contacter un maximum de Syriens tout en contournant quelques difficultés : comment toucher le plus grand nombre, obtenir leur confiance et surtout leur éviter de mettre les destinataires en danger en les contactant. La solution des réseaux sociaux a vite été écartée et c’est par un envoi massif de spams (en anglais et en arabe) qu’a opéré Telecomix, dans la nuit du 11 au 12 aout. Les adresses e-mail des destinataires avaient été récupérées sur le net. Le document a tout de même été relayé sur Twitter par la suite. Le message, allait droit au but :

Cher peuple de Syrie, combattants pour la démocratie
Nous sommes Telecomix, “hacktivistes” (
contraction de “hacker” et “activiste” ndlr) combattant pour la circulations de l’information.
Vous trouverez en pièce-jointe, un tutoriel qui pourra vous aider à communiquer et à diffuser des informations. S’il vous plaît lisez-le attentivement. Diffusez-le autant que vous le pouvez, de n’importe quelle façon. La démocratie et la liberté sont en jeu. Nous avons lutté contre la censure afin que ce message vous parvienne.
Avec des sentiments libertaires,
Salutations
Telecomix.

Afin d’enfoncer le clou et faire comprendre aux Syriens qu’il ne s’agissait ni d’une plaisanterie, ni d’une tentative de manipulation de la part du gouvernement, Telecomix a lancé par la suite un premier site internet distillant nombre de conseils pour surfer sur internet et y communiquer en toute tranquillité mettant à disposition des logiciels de protection à télécharger. Le site disposait par ailleurs d’un lien pour accéder au chat IRC de Telecomix. Peu de temps après le lancement du site (le 5 septembre), l’afflux de connexions en provenance de Syrie sur le salon de discussions fit très vite comprendre au groupe que son opération était un succès. Désormais les Syriens ont la possibilité de se renseigner entre eux, d’échanger leur point de vue sur la situation, grâce à des chats totalement sécurisés et même se parler de vive voix sur des logiciels dérivés de Skype, un logiciel de traduction (un bot plus précisément) a été mis au point pour permettre aux Européens et Américains impliqués de discuter avec la population sur place.

Plus que jamais, internet vient jouer un rôle primordial dans l’information et l’organisation. Le très important travail des membres de Telecomix permet aux Syriens de prendre le relais petit à petit. Le site d’information récemment lancé vient ponctuer l’immense tâche accomplie et “démocratise” un peu plus l’information. Mais les “hacktivistes” le savent, leur travail n’est pas encore terminé.

Syrie: « Confessions » télévisées et manipulations


Par LEXPRESS.fr, publié le 06/10/2011 à 18:16

Syrie: "Confessions" télévisées et manipulationsune jeune fille présentée comme Zaïnab al-Hosni a été ehibée à la télévision syrienne le 5 octobre pour démentir les informations sur sa mort brutale dénoncée par desassociations de défense des droits de l’Homme.Copie d’écran de la télévision syrienne

Une opposante, un colonel et une ambassadrice qui réapparaissent à la télévision syrienne pour discréditer les contempteurs du régime de Bachar al-Assad. La bataille de la désinformation bat son plein à Damas.

Forte du soutien de la Russie et de la Chine à l’ONU, la Syrie, en marge de la brutale répression qu’elle exerce contre ses opposants, mène une nouvelle fois la bataille sur le plan de la communication.

afp.com

On se souvient de la vraie-fausse défection de l’ambassadrice de Syrie à Paris, Lamia Chakkour, en juin dernier. Selon plusieurs connaisseurs de la Syrie, il s’agissait d’une manipulation des services de renseignement de Damas visant à discréditer la chaîne d’information internationale France 24, jugée hostile au régime de Bachar al-Assad.

Le même scénario pourrait s’être reproduit, visant cette fois les organisations de défense de droits de l’Homme, avec l’apparition à la télévision syrienne, mercredi soir, d’une jeune fille présentée comme Zaïnab al-Hosni, pour démentir les informations sur sa mort brutale.

Amnesty, Human rights Watch et Zaïnab al-Hosni

L’histoire de cette jeune fille avait fait le tour du monde en septembre, après l’annonce par des organisations internationales des droits de l’Homme de la découverte de son corps décapité et démembré. « J’ai fui ma famille car mes frères me battaient. Mes parents ne savent pas où je suis », a affirmé ce mercredi cette jeune fille à la télévision syrienne. Vêtue de noir, elle a montré une carte d’identité avec le nom de Zaïnab al-Hosni.

« La famille de Zaïnab al-Hosni a confirmé que la jeune femme apparue à la télévision syrienne était bien Zaïnab al-Hosni », ont reconnu les organisations de défense des droits de l’Homme Amnesty international et Human Rights Watch (HRW). Amnesty et HRW « regrettent cette erreur d’identification » et affirment que l’erreur est venue de la famille qui pensait effectivement avoir reconnu le corps de Zaïnab. L’identité de la victime enterrée par la famille al-Hosni demeure inconnue, et les deux organisations ont appelé à une enquête indépendante pour déterminer qui elle est.

Un site pro-syrien en français

Bien organisée, la communication syrienne dispose d’un site de soutien en français, InfoSyrie qui dénonce les médias hostiles, « de CBS à Al Jazeera » qu’elle accuse de désinformation. On remarquera les cautions morales françaises de ce site: Alain Soral, ancienne « plume » de Jean-Marie Le Pen, et ami de Dieudonné, qui a claqué la porte du Parti en 2009 parce qu’il n’avait pas été désigné comme tête de liste frontiste pour les élections européennes en Île de France. Autre fan de Bachar al-Assad mis en avant par InfoSyrie, Gilles Munier, ancien secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, suspecté d’avoir bénéficié de barils de pétrole de Saddam Hussein en récompense de son soutien au régime baasiste.

Les deux organisations qui ont demandé aux autorités de pouvoir se rendre en Syrie pour pouvoir enquêter sur ce cas et sur d’autres suspects, rappellent qu’elles sont interdites d’accès depuis le début de l’insurrection populaire en mars.

Amnesty avait annoncé que la jeune fille avait été enlevée par des hommes en civil le 27 juillet, apparemment pour faire pression sur son frère Mohammad qui participait à l’organisation de manifestations à Homs. Le 13 septembre, leurs parents ont été convoqués dans un hôpital militaire pour récupérer le corps de Mohammad, apparemment torturé et mort en détention. Ils ont alors découvert un corps, mutilé et défiguré, qu’ils ont cru être celui de Zaïnab mais ils n’ont été autorisés à le récupérer qu’après avoir signé un document selon lequel leurs enfants ont été tués par une « bande armée ».

Les opposants harcelés à l’étranger

Parallèlement à cette affaire, l’ambassade syrienne à Washington s’en est pris mercredi aux « allégations fausses » d’Amnesty international, selon laquelle le régime de Bachar el-Assad harcèle et menace des opposants en Europe et en Amérique.

Amnesty citait les cas de plus de 30 militants au Canada, au Chili, en France, en Allemagne, en Espagne, en Suède, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. « Rapport haineux », selon l’ambassade, qui évoque des « histoires inventées de toutes pièces ».

Le colonel Hussein Harmouche enlevé en Turquie?

Le mois dernier, un autre cas de vraie-fausse information a entouré la disparition du colonel Hussein Harmouche en Turquie, où il avait trouvé refuge, et sa réapparition à la télévision syrienne. La télévision publique a diffusé le 15 septembre des déclarations de cet officier qui avait fait défection au printemps. Début juin, Hussein Harmouche avait annoncé sa désertion dans une vidéo diffusée par des sites internet et des chaînes de télévision arabes en expliquant son « refus de tuer des civils sans armes ».

Pour l’opposition, le colonel Harmouche a vraisemblablement été kidnappé en Turquie et ramené de force au pays. Dans l’entretien diffusé par la télévision syrienne, Hussein Harmouche affirme avoir décidé de « rentrer » en Syrie de son propre chef et nie avoir été forcé d’ouvrir le feu sur des civils. Le 8 septembre, le frère de Hussein Harmouche était mort quelques heures après son arrestation dans le village d’Abline, dans le nord-ouest du pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).