Occupy Wall Street


Les indignés de Wall Street possèdent-ils si peu?
Selon les manifestants, le 1% le plus riche de la population américaine est trop riche. C’est vrai?
A New York, le 29 septembre 2011. REUTERS/Lucas Jackson
– A New York, le 29 septembre 2011. REUTERS/Lucas Jackson –

L’AUTEUR

Difficile de dire ce que veut «Occupy Wall Street»(«occuper Wall Street»), il n’y a pas de liste précise de revendications. Mais le cœur du message de ce mouvement qui prend rapidement de l’ampleur est clair. Wall Street n’a pas admis sa responsabilité dans la crise financière et dans la récession qui a suivi et a fait plus de mal que de bien au citoyen et à l’entreprise moyens. Qui plus est, alors que les Américains ordinaires «n’en tirent rien, 1% de la population prend tout.» Et les manifestants de proclamer: «nous sommes les 99%» («We are the 99%»).Ce qui est incontestable, c’est que ces 99% n’ont pas 99% de l’argent des Etats-Unis. Mais quel est exactement le décalage avec le pour cent du haut de la pyramide?

Commençons avec les revenus – l’argent tiré des salaires ou encore des intérêts et des loyers perçus. Selon une analyse de l’administration fiscale américaine, réalisée par les économistes Thomas Piketty et Emmanuel Saez (fichier Excel), les 99% ont représenté en 2008 79% des revenus totaux et le pourcent restant a engrangé le reste.

«Pas si mal», pourrait-on dire. «Il y a forcément des gens plus riches que d’autres.» Peut-être. Mais avec le temps, ce «1%» mange une part de plus en plus grosse du gâteau. Dans les années 1970, les 99% gagnaient par exemple quelque 90% des revenus. En 2007, la part du revenu global engrangée par le pour cent le plus riche fut la plus élevée jamais enregistrée depuis 1928.

Ces deux économistes montrent en outre que pendant le dernier cycle économique, de 2002 à 2007, les deux tiers environ de la hausse des revenus ont profité au pour cent le plus riche. Celui-ci a vu ses revenus grimper de plus de 10% par an, si l’on prend en compte l’inflation. Quant aux 99%, ils ont vu leurs revenus augmenter d’un misérable 1,3% annuel. Cette tendance remonte en fait à plus longtemps. Comme l’a indiqué Tim Noah dans son excellente série d’articles consacrée aux inégalités, publiée sur Slate, les fameux 99% n’ont bénéficié, de 1980 à 2005, que d’un cinquième de la hausse globale des revenus.

Les revenus du pour cent le plus riche de la population en ont pris un coup pendant la «Grande Récession»: ils ont chuté de 20% alors que ceux des 99% baissaient de 7%. La principale cause n’est pas la diminution des salaires, mais le krach boursier et la baisse des revenus du capital.

Le sort des 99% semble pire encore si l’on observe non pas le revenu, mais la richesse – la valeur totale du patrimoine d’un individu ou d’un ménage, par exemple sa maison et son épargne. Selon les chiffres présentés par l’économiste Edward Wolff (PDF), les 99% détenaient en 2007 un peu plus des deux tiers de la richesse américaine, ce qui veut dire que le pourcent restant en avait près d’un tiers.

Les malheurs qui se succèdent sur le marché de l’immobilier pourraient empirer encore la situation des 99% dans les années à venir, la richesse de ceux-ci dépendant en effet davantage de l’immobilier que celle des plus riches. Avant le krach, les logements représentaient 90% du patrimoine au sein de la population aux revenus moyens. Leurs prix se sont effondrés dans tout le pays. Avec, à la clé, des milliards de milliards de valeur immobilière partis en fumée et une dette considérable sur les épaules des propriétaires «sous l’eau».

Le pour cent le plus riche de la population détient environ 43% de la richesse hors immobilier, et cette dernière a été moins affectée. Le sociologue William Domhoff explique que les 99% possèdent seulement 38% des parts des entreprises, 40% des titres financiers et 62% des actions et des fonds communs de placement. Et parmi eux, seul un ménage sur 3 détient plus de 10.000 dollars d’actions – c’est 9 sur 10 parmi les «1%».

Les inégalités se sont donc accrues durant la dernière décennie, laissant aux 99% une part des revenus et des richesses toujours moindres. Ce qui inquiète nombre d’économistes, de spécialistes des politiques publiques et, désormais, de manifestants. Comme l’a dit le prix Nobel Joseph Stiglitz, «l’accroissement des inégalités constitue la face B d’un autre phénomène: le déclin des opportunités. Chaque fois que l’égalité des chances n’est pas assurée, cela implique que nous n’utilisons pas une partie de notre plus précieux atout – notre peuple – de la façon la plus efficace possible».

Le mouvement «Occupy Wall Street» peut-il contribuer à corriger ces déséquilibres? Je ne sais pas. Mais il n’est certainement pas inutile de s’assurer que les Américains savent à quel point le pays est inégalitaire.

Annie Lowrey

Traduit par Aurélie Blondel

Source

Algérie : un texte inédit témoigne de l’horreur du 17 octobre 1961 à Paris


mardi 11 octobre 2011, par La Rédaction

Le 17 octobre 1961, la répression d’une manifestation à Paris d’Algériens réclamant l’indépendance de leur pays fait peut-être 200 morts et, pendant trente ans, ce drame est occulté.

Pourtant, dès l’époque, deux journalistes Marcel et Paulette Péju, avaient recueilli des témoignages accablants, publiés pour la première fois.

Les Editions La Découverte ont réuni dans un même volume le manuscrit intégral de Marcel Péju (1922-2005) et Paulette Péju (1919-1979) « Le 17 octobre des Algériens », complété par des notes et une étude parue depuis, et un texte de l’historien Gilles Manceron, « La triple occultation d’un massacre ».

A cinq mois de la fin de la guerre d’Algérie, « Paris a connu le plus grand massacre de gens du peuple depuis la Semaine sanglante de 1871 », pendant la Commune, souligne l’éditeur.

Des dizaines de milliers d’Algériens manifestant sans armes ont été violemment réprimés par des policiers aux ordres du préfet Maurice Papon, faisant de trois morts (version officielle de l’époque) à plus de deux cents, selon les travaux d’historiens. Pendant une trentaine d’années, ce drame a été « oublié ».

Pourtant, dès l’époque, certains ont tenté de le dénoncer. En témoigne ce texte inédit, nourri de nombreux témoignages d’Algériens recueillis à chaud, que les auteurs devaient faire paraître à l’été 1962.

Gilles Manceron, vice-président de la Ligue des droits de l’homme jusqu’en juin 2011, écrit que Papon, appuyé dans le gouvernement par ceux qui désapprouvaient les choix du général de Gaulle dans les négociations en cours pour l’indépendance de l’Algérie, a orchestré la répression en donnant aux policiers une sorte de « permis de tuer ».

Il analyse également la dissimulation de ce drame par ses responsables au sein de l’État français, et le silence des premiers responsables de l’Algérie indépendante, les organisateurs de la manifestation du 17 octobre étant devenus leurs opposants.

(« Le 17 octobre des Algériens » par Marcel et Paulette Péju suivi de « La triple occultation d’un massacre » par Gilles Manceron – Editions La Découverte – 204 p. – 14 euros)

(Mardi, 11 octobre 2011 – Avec les agences de presse)