« La Syrie est une oasis d’impunité »


Par , le 27 octobre 2011 à 16h18 , mis à jour le 27 octobre 2011 à 19h07

TEMOIGNAGE – En prison au début du soulèvement, Muhanad Alhasani (à gauche), avocat syrien, a été libéré en juin dernier. Honoré par le barreau de Paris, il dénonce l’inaction de la communauté internationale face à la répression menée par le régime de Bachar al-Assad.

Muhanad Alhasani et Jean-Yves Le Borgne, vice-président du barreau de Paris, 27/10/11Muhanad Alhasani et Jean-Yves Le Borgne, vice-président du barreau de Paris, 27/10/11 © DR

Avocat syrien, défenseur des libertés publiques et président de Swasiah, l’une des organisations syriennes des droits de l’homme, Muhanad Alhasani a été arrêté en 2009. Son délit est symbolique des difficultés d’exercer le métier dans le pays :  avoir critiqué le déroulement des audiences de la Cour de sûreté de l’Etat (ndlr : abolie en avril dernier, elle était particulièrement chargée de juger les « crimes politiques« ). Un an plus tard, après avoir été radié à vie du barreau de Damas, il a été condamné à trois ans de prison pour « affaiblissement du sentiment national » et « propagation de fausses nouvelles ».

Libéré de manière anticipée en juin dernier, il a décidé de voyager en Europe pour dénoncer  la délicate situation des avocats et plus globalement la répression menée par le régime. Jeudi, il était ainsi l’invité du barreau de Paris, qui était intervenu en sa faveur lors de son procès. Il a notamment reçu le titre symbolique d’avocat honoris causa. « Nous le considérons comme un confrère à part entière. Si certains des avocats syriens ont vendu leur âme au régime, les autres continuent le combat. M. Alhasani en fait partie« , souligne Jean-Yves Le Borgne, le vice-bâtonnier.

Cliché pris clandestinement par le frère de M. Alhasini lors du procès
avec son portable, récupéré dans la foulée par Vincent Nioré, avocat à Paris

Vous étiez en prison lors du début de la révolte contre Bachar al-Assad en mars. Aviez-vous accès aux informations ?
Muhanad Alhasani :
Ma situation ne me permettait pas d’obtenir d’informations de manière transparente. Je ne recevais que quelques visites d’une dizaine de minutes par mois. J’étais alors séparé de mon interlocuteur par une grille et la conversation était surveillée par des officiers des renseignements généraux. Néanmoins, j’avais des nouvelles au compte-gouttes grâce à d’autres prisonniers, qui me les transmettaient en secret.

En juin dernier, vous avez été libéré. Qu’avez-vous ressenti en prenant connaissance de l’ampleur du soulèvement et de la répression ?
M.A. :
La dernière chose à laquelle je pensais en sortant, c’est que j’allais voir que toutes les choses contre lesquelles j’ai milité depuis 25 ans -les crimes, les tortures, les arrestations arbitraires, les violations des droits de l’homme…- étaient désormais appliquées à grande échelle. Et encore moins que l’essence qui alimentait ce bûcher était ma famille de pensée, c’est-à-dire celle des libertés. Je n’y croyais pas.

Qu’avez-vous fait à votre sortie de prison ?
M.A. :
Je suis en fait resté peu de temps en Syrie. Après avoir parlé un peu dans les médias, j’ai pu communiquer avec les classes populaires de Damas. J’ai reçu des dizaines de personnes à mon bureau, originaires de tous les quartiers de la ville. Elles voulaient me saluer et me raconter leur histoire. Ensuite, j’ai estimé que le meilleur moyen de défendre les victimes, c’était de partir en Europe pour mettre en lumière les exactions du régime. Aujourd’hui, je ne sais pas quand j’y retournerais. Tout dépendra de l’endroit où mon message aura le plus de force, à l’intérieur ou à l’extérieur de la Syrie.

exergue « Un risque de radicalisation dans la religion »

Comptez-vous rejoindre le Conseil national syrien (ndlr : organisme qui fédère désormais l’opposition en exil) ?
M.A. :
Non.  Je ne fais partie d’aucun groupe politique, je suis un simple membre de la société civile. Certes, je suis en contact avec quelques membres du CNS qui vivent à Paris. On m’a même proposé d’en faire partie, ou d’autres entités politiques en cours de création. Certains ont aussi inscrit, de manière amicale, mon nom sans vraiment me demander mon avis. Mais je ne fais pas de politique. Mon domaine, c’est la défense des droits de l’homme et donc des victimes, sur la base du code des citoyens syriens.  Je préfère être aux côtés de ces victimes pour les aider. Et c’est pourquoi je parle aux médias.

Vous êtes justement en Europe pour faire connaître la situation en Syrie. Qu’attendez-vous de la France, et plus largement de la communauté internationale ?
M.A. :
J’en attends tout. Je demande notamment à la société civile française de faire pression sur le gouvernement français pour qu’il fasse tout ce qui est possible pour stopper le bain de sang. Aujourd’hui, la Syrie est une oasis d’impunité. Et le monde entier regarde sans rien faire. Dans les journaux télévisés, il s’agit de l’un des derniers sujets abordés.

Surtout, la communauté internationale a été incapable de s’entendre sur une condamnation. Or il faut savoir, qu’en matière des droits de l’homme, la Libye n’était pas le pire régime du monde arabe.  Si personne n’aide les Syriens qui se révoltent, ils risquent de se radicaliser dans la religion.

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La frontière avec le Liban minée ?
Selon un responsable local libanais souhaitant garder l’anonymat, l’armée syrienne a entrepris depuis jeudi matin de poser des mines en face de Knaissé et d’El Hnaider, deux villages frontaliers situés au nord du Liban, apparemment dans une tentative de bloquer la contrebande d’armes vers la Syrie.

Saigner les chômeurs pour soigner les banquiers ? Inacceptable !


Un collectif de signataires issu du monde syndical (*)

Alors que l’Etat fédéral se prépare une nouvelle fois à mettre à charge des contribuables les pertes liées aux spéculations des banquiers, nous n’accepterons pas que le nouveau gouvernement demande aux chômeurs de régler l’addition.

Cet été, la ministre fédérale de l’emploi pointait elle-même l’augmentation fulgurante des sanctions contre les chômeurs (suspensions, exclusions…) depuis l’adoption en 2004 du « plan de contrôle renforcé » et la systématisation de la transmission à l’Onem des informations des offices de placement régionaux (de 34.000 à 108.000 sanctions annuelles en 10 ans).

Les responsables politiques connaissent donc très bien les effets socialement désastreux de ce que nous dénonçons depuis 2004 comme une véritable « chasse aux chômeurs » et dont les CPAS wallons pointent également les effets catastrophiques. Nous attendons donc du futur gouvernement fédéral qu’il y mette fin.

Nous sommes choqués que les discussions liées à la formation d’un nouveau Gouvernement fédéral ne prévoient pas de stopper l’avalanche de contrôles et d’exclusions que subissent les sans-emploi, mais bien de lancer une nouvelle chasse aux chômeurs qui les rejettera par dizaines de milliers dans la pauvreté et vers les CPAS.

Le contrôle et l’accompagnement renforcés des chômeurs ne créent pas un seul emploi, mais bien des avalanches de sanctions et d’exclusions. Car il n’y a pas aujourd’hui un manque de travailleurs, mais un manque d’emplois offerts. Il est cynique de forcer 100 chômeurs à multiplier des démarches de recherche d’avance inutiles s’il n’y a qu’un seul emploi disponible. Et pourtant c’est bien l’extension et le renforcement du contrôle qui sont actuellement discutés : pour les jeunes, avant même de percevoir une première allocation et même pour les plus de 50 ans ! Les chômeurs ont besoin d’être accompagnés, pas d’être harcelés. Il est inacceptable de sanctionner quelqu’un à qui on n’a pu proposer aucun emploi convenable.

L’appauvrissement des chômeurs est également en discussion : les allocations des chômeurs de longue durée (pourtant déjà inférieures au seuil de pauvreté) seraient diminuées au nom du retour à l’emploi. Cela signifie, dans les faits, démolir un pan de la sécurité sociale fédérale et renvoyer ultimement les sans-emploi vers la solidarité organisée au niveau des CPAS ou des familles pour les uns, vers le dénuement pour les autres.

La « responsabilisation » des régions sur l’évolution de leur taux d’emploi risque également de les pousser à rejeter les sans-emploi hors de leurs frontières (comme ce fut récemment le cas pour les demandeurs d’asile) et toute atteinte à l’unité fédérale des normes de l’assurance chômage et de leur contrôle ne manquera pas de générer à brève échéance la scission de l’indemnisation du chômage et dès lors de la formation des salaires. On le sait, dans le contexte d’évolutions démographiques différenciées, certaines forces nationalistes ne verraient pas cette scission d’un mauvais œil, tandis que le patronat y trouverait un nouvel instrument majeur pour mettre en concurrence les travailleurs des différentes régions et casser les protections sociales.

A coup de réformes fiscales injustes, les richesses se sont accumulées dans quelques mains. Comme l’indiquait Le Soir ce 13 septembre, « La richesse globale (hors immobilier) des Belges a dépassé pour la première fois, fin 2010, le cap des 900 milliards d’euros. (…)En deux ans, les actifs totaux détenus par des particuliers belges ont ainsi gonflé de plus de 100 milliards d’euros ». Pour soutenir l’emploi, l’Etat fédéral doit mobiliser ces richesses et non saigner les chômeurs.

Nous ne voulons pas d’une société à l’américaine, toujours plus inégalitaire, où l’indemnisation limitée dans le temps du chômage crée une horde de travailleurs pauvres. Ce modèle a échoué là-bas, nous refusons qu’on nous l’impose ici.

L’assurance chômage est un pilier essentiel de la sécurité sociale, dont nous avons hérité des luttes antérieures. Elle organise la solidarité entre les travailleurs, entre les régions et oblige les employeurs à offrir au moins une rémunération et des conditions de travail minimales.

Nous refusons que l’on brade la sécurité sociale et la solidarité nationale en prétendant les sauver. Nous refusons que l’on fasse payer les chômeurs pour financer les banquiers.

Nous en appelons à un large débat public, à l’élaboration d’un projet d’avenir équilibré qui ne se fasse pas sur le dos des sans-emploi et, au besoin, à la mobilisation sociale et citoyenne pour défendre l’assurance chômage, part essentielle de la sécurité sociale fédérale construite par les travailleurs de ce pays.

(*) Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB Wallonne ; Alain Clauwaert, président de la Centrale générale ; Paul Lootens, secrétaire général de la Centrale Générale ; Jean-Marie Constant, président du Comité Régional Wallon de la CSC ; Erwin De Deyn, président du SETCA ; Myriam Delmée, vice-présidente du SETCA ; Arnaud Lismond, président du Collectif solidarité contre l’exclusion ; Pedro Rodriguez, responsable francophone des Travailleurs Sans Emploi de la CSC ; Guy Tordeur, secrétaire fédéral de la CSC Bruxelles ; Philippe Vansnick, secrétaire fédéral adjoint de la CSC Bruxelles ; Véronique van der Plancke, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme ; Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale Nationale des Employés ; Philippe Van Muylder, secrétaire général de la FGTB Bruxelles.

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