Les réactions israéliennes aux « Freedom Riders »


Par Mya Guarnieri
site ISM

Après une courte conférence de presse à Ramallah mardi en début d’après-midi, des journalistes ont suivi le taxi collectif qui emmenait six Voyageurs de la Liberté palestiniens à l’arrêt de l’autobus, dans la colonie juive de Psagot, en Cisjordanie. Là les activistes, dont le docteur Mazin Qumsiyeh, professeur et auteur de « Résistance populaire en Palestine », et Huwaida Arraf, co-fondatrice du Mouvement Free Gaza, ont attendu l’autobus pour Jérusalem. La ligne 148, de la compagnie Egged, qu’ils devaient prendre, passe par le checkpoint Hizma, à l’entrée de la colonie juive de Pisgat Zeev, située à Jérusalem Est, à l’extérieur de la Ligne verte.

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            réactions israéliennes aux 'Freedom Riders'

Les Israéliens qui attendaient à l’arrêt de l’autobus, une femme dans la quarantaine et un soldat en permission, ont rapidement pris leurs distances par rapport aux activistes qui portaient des keffieh et des t-shirts portant les mots Liberté, Justice et Dignité en arabe et en anglais.

Magi Amir, résidente de Rimonim, a expliqué à +972 qu’elle s’était écartée du groupe parce qu’elle a entendu des gens parler arabe. « Je ne pense pas qu’ils ont besoin d’être ici, » continue Amir. « Ils n’ont qu’à rester dans leurs villages et dans leurs maisons, pourquoi sont-ils sur notre secteur ? Pouvons-nous aller à Ramallah ? Si nous allons à Ramallah, ils nous tuent. Pouvons-nous aller dans leurs villages ou leurs secteurs ? Nous ne pouvons pas y entrer. » Amir ajoute que, selon elle, les Israéliens juifs ne peuvent pas se fier aux Palestiniens ni les croire. « Ils vont faire des attaques terroristes, » dit-elle.

D’autres colons juifs qui sont arrivés et ont attendu l’autobus font écho au sentiment d’Amir, remarquant qu’ils ont peur pour leur sécurité. Un jeune de 16 ans, qui a souhaité rester anonyme, dit que les Voyageurs de la Liberté ne devraient pas monter dans l’autobus parce que, « C’est un autobus israélien. » « Nous vivons ici, c’est notre terre, » dit-il.
Interrogés sur ceux qui pensent différemment, le jeune répond : « Ceux qui disent que c’est une terre palestinienne n’en ont pas la preuve. » Il ajoute que les Palestiniens ont beaucoup de liberté. « Nous leur donnons des cartes d’identité et ils peuvent faire ce qu’ils veulent. » +972 a demandé au jeune, qui habite Maale Adumim, si les Palestiniens peuvent faire ce qu’ils veulent, alors pourquoi ne peuvent-ils pas monter dans un bus pour Jérusalem ? « Ok« , a-t-il dit, « ils peuvent faire ce qu’ils veulent… Je ne veux pas qu’ils montent dans le bus. »

Deux autobus Egged ont ralenti puis ont continué. Lorsque le troisième s’est arrêté et a ouvert ses portes, les six activistes sont montés, ainsi qu’un policier israélien et une bonne vingtaine de journalistes.

Une adolescente aux longs cheveux blonds, voyant les activistes monter dans l’autobus, a dit à une amie au téléphone : « Qu’est-ce qu’ils font ? Ils ont leurs propres bus ? » Elle a écarté le portable de sa bouche et a crié aux activistes masculins : « Fils de putes ! »  « Espèce de putain, » a-t-elle crié à Arraf, la seule femme du groupe des Voyageurs de la Liberté.

A bord de l’autobus, la présence des Palestiniens a déclenché une dispute entre deux jeunes juives israéliennes, âgées de 13 et 17 ans. « Ce sont des animaux, » a dit la plus jeune. « Non, pas tous, » a répondu l’autre. Lorsque la plus jeune a mentionné qu’un membre de sa famille avait été blessé dans une attaque terroriste, la plus âgée a dit qu’un de ses amis aussi. La plus jeune a insisté. La violence, « c’est les Arabes ; c’est le peuple. » « Tu es juive et toi aussi tu as ton peuple. Quel est le lien ? » a dit la plus âgée, en roulant les yeux.

L’autobus a été stoppé à Hizma et n’a pas été autorisé à passer le checkpoint. Les forces israéliennes ont pris les cartes d’identité des militants et ont essayé d’emmener Badia Dweik, un activiste qui a été arrêté pendant la Première intifada, alors qu’il avait 15 ans. Dweik a résisté sans violence et s’est retrouvé étendu par terre sur les marches de la sortie arrière de l’autobus pendant un moment. Après être resté quelques temps au checkpoint, le véhicule a été dirigé vers un parking.

Au coucher du soleil, les forces israéliennes ont envahi l’autobus et ont dit aux six activistes qu’ils étaient sous arrestation et qu’ils avaient le choix entre descendre du bus tranquillement ou bien d’en être délogés de force. Les activistes ont tous refusé de quitter l’autobus. La police et des policiers des frontières les ont saisis aux bras et aux jambes et les ont tirés à l’extérieur du bus. On a entendu le bruit de la tête d’un militant cognant les marches de l’autobus alors que les forces israéliennes le traînaient. Les six ont été embarqués dans une jeep militaire via la prison d’Atarot.

Mohamed Jaradat, journaliste palestinien basé à Ramallah qui a une carte d’identité verte, a été détenu par la police israélienne. Les membres de +972 ont rappelé à un policier que Jaradat était journaliste. « Et alors ? » a répondu le policier. Jaradat nous a dit que la police avait décidé de l’emmener au checkpoint et de le laisser de l’autre côté. Plus tard dans la soirée, toutefois, Hurriyah Ziada nous a appris que Jaradat avait été arrêté.

PS. Tous les détenus ont été libérés dans la soirée.

Voir les photos prises par ActiveStills
Source : +972mag

Traduction : MR pour ISM
http://www.ism-france.org/temoignages/Les-reactions-israeliennes-aux-Freedom-Riders–article-16290

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Procès BDS Mulhouse : un brillant plaidoyer en défense du boycott


jeudi 17 novembre 2011

Les douze militant(e)s de Mulhouse accusés par le gouvernement français d’avoir appelé au boycott des produits israéliens ont brillamment défendu leurs droits ce jeudi, au cours d’un procès qui a duré de 8 H du matin à 18 H au tribunal de Mulhouse.

Défendus de manière limpide par Maîtres André Shamy, Thomas Vetterer et Antoine Comte, mais aussi par eux-mêmes et par leurs témoins, les inculpés ont fait preuve toute la journée d’une sérénité qui tranchait avec la hargne des associations du lobby israélien.

Dans un tribunal qui ne désemplissait pas, tandis qu’une centaine de militants de la ville, de la région alsacienne, de Paris, de Bordeaux et même d’Allemagne manifestaient leur solidarité à l’occasion de ce procès reporté pour la 5ème fois, l’incitation à la haine n’a pas été du côté des défenseurs du peuple palestinien et du droit international.

Les parties civiles (LICRA, BNVCA, Avocats sans Frontières, France-Israël et Chambre de Commerce France-Israël), égales à elles-mêmes, ont eu recours aux mêmes procédés affligeants. Puisque nous n’appelons pas nécessairement au boycott de la Chine, que nous ne militons pas pour le Tibet, c’est donc que nous sommes antisémites ! Si tel imam s’est prononcé en faveur du boycott des produits israéliens c’est que nous sommes tous d’affreux islamistes, etc…

Les inculpés accusés d’avoir distribué des tracts appelant au boycott des produits israéliens devant un magasin Carrefour et d’avoir crié « Israël assassin, Carrefour complice », ont expliqué posément leur démarche, l’importance de l’appel à des sanctions économiques face à une politique criminelle et à l’absence de sanctions de la part des instances internationales et des gouvernements, ainsi que le rôle déterminant du boycott dans l’histoire de l’émancipation des peuples.

Carrefour ayant au demeurant retiré sa plainte, Farida Trichine, l’une des inculpées a fait valoir que l’enseigne ne semblait donc pas se sentir injuriée par cette accusation.

De même leurs témoins, Mgr Jacques Gaillot, Jean-Claude Meyer et le sénateur du Haut-Rhin Jacques Müller, ont souligné l’ampleur des crimes commis par l’Etat d’Israël à l’encontre du peuple palestinien, et se sont étonnés du fait que le gouvernement français ne criminalise que l’appel au boycott d’Israël et d’aucun autre Etat.

Face à un président du tribunal qui interrogeait les prévenus comme si leur culpabilité était acquise (« Vous reconnaissez avoir commis une infraction en pratiquant une discrimination contre des produits israéliens ? ») les avocats se sont interrogés à haute voix sur l’indépendance des juges.

Ils ont démonté « l’inventaire à la Prévert » dressé par les parties civiles pour en revenir au droit qui ne permet pas de recourir à l’alinéa 8 de la loi du 24 juillet 1881 (Droit de la presse qui condamner les actes de racisme et les discriminations contre des personnes ou des groupes de personnes au regard de leur appartenance à une race, une ethnie, une religion, une nation) pour juger d’un appel au boycott des produits d’un Etat dont les citoyens veulent sanctionner la politique.

Le procureur (tous les procureurs ne sont malheureusement pas capables de prendre leurs distances face aux ordres de leur hiérarchie) a requis une amende de 500 euros contre chacun des inculpés, jugeant que ces derniers étaient « coupables mais pas délinquants » (! !).

Une totale incohérence, comme on peut en juger, entre l’accusation très grave d’antisémitisme sous-jacente à la procédure, et le montant de l’amende réclamée.

On saura le 15 décembre prochain si le juge Gatty, qui bénéficie de l’argumentation très circonstanciée de la 17ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris, laquelle a considéré comme parfaitement légal l’appel au boycott des produits israéliens, fait partie de ces magistrats plus respectueux de la loi que des ordres qui leur sont transmis par la chancellerie.

Première annonce dans l’Alsace jeudi matin :

http://www.lalsace.fr/actualite/2011/11/17/une-soixantaine-de-manifestants-et-un-proces-contre-des-boycotteurs-enfin-juge?image=12016088-bb4c-4cbb-817d-7b4d20774dd0#galery

CAPJPO-EuroPalestine