Parce que je suis juif de cette dignité, je résisterai.


21 novembre 2011

https://i0.wp.com/tianplus.blogs.nouvelobs.com/media/00/02/305640147.jpeg

Écho de résistance (1).
le 17 novembre 2011
Me voici « cité à comparaître devant le Tribunal Correctionnel », comme « prévenu ». Un petit papier arrivé par Huissier. « Première audience de fixation ». Tout de suite suinte la menace : gare à l’absence immédiatement punie. Entrée en matière par le « Bureau de l’Exécution des peines » : il faut fournir justificatifs de revenus et moyen de paiement. Je suis convaincu que l’intimidation est l’enjeu de ces multiples citations à comparaître.

Ah oui, mon crime ? Appeler à Boycotter Israël jusqu’à l’application du Droit International, la reconnaissance de la Palestine dans les frontières de 67. BDSiser pour que le gouvernement israélien reconnaisse le peuple palestinien, son droit à un égal respect, à son État indépendant.
C’était le 26 juin 2010. Juste avant un autre procès sur le même thème qui visait Omar Slaouti et Alima Boumédienne. Leur inculpation nous paraissait tellement absurde, tellement dénuée de tout fondement que nous avions décidé de tourner en ridicule cette comparution. Nous avions organisé une pièce de théâtre au milieu des rayons du supermarché Carrefour, les inculpés revêtus d’habits de bagnards. Puis nous avions manifesté dans l’espace commercial appelant au boycott des produits israéliens. Deux policiers devant, deux policiers derrières, sans incident. Dans la dignité. Nous étions une centaine,venus « secrètement ». Le verdict de ce procès avait confirmé le caractère infondé de cette inculpation.

Plusieurs d’entre nous avaient pris la parole pour donner ses motivations. Tout a été filmé, diffusé. Nous assumons nos actes, avec fierté. C’est à partir de ces images que nous avons été 7 convoqués par la Police, puis à ce Tribunal Correctionnel :
  • Alcini Laurent (PCF , Front de gauche),
  • Boumédienne Thiery Alima (EELV, ex-sénatrice),
  • Shahshahani Nicolas (Europalestine),
  • Slaouti Omar (NPA),
  • Amestoy Sylvette (EELV),
  • Desmet Sylvain (EELV)
Nous dénoncions une injustice, une guerre, des crimes, la négation d’un peuple, le Droit
bafoué, et nous voilà accusés ignominieusement de « délit de provocation publique à la
discrimination à l’égard de personnes à raison de leur appartenance à une nation », « faits prévus et punis par l’article 24 alinéa 8 de la loi d 29 juillet 1881 » (ainsi notifié, mais j’imagine plutôt 1981 ? Je ne suis pas juriste)
Des hommes, des femmes, des enfants sont massacrés et il faudrait se taire ! Des populations sont parqués dans des ghettos, et il faudrait se taire ! Des paysans sont privés de leurs terres, de leur eau, et il faudrait se taire ! JAMAIS !
Nos paroles sont des paroles de solidarité et de refus de l’injustice. Ce sont des mots qui dénoncent et s’indignent d’actes politiques commis par un gouvernement extrémiste, fascisant. Nous sommes l’engagement pour les valeurs humaines. Ceux qui nous menacent devant les tribunaux ne sont que d’ignobles individus, méprisant à l’égard d’un peuple, complices d’une politique guerrière ne cherchant qu’à soumettre. Ce sont d’infâmes totalitaires voulant bâillonner ceux qui les dénoncent.
Comment accepter cela ? Comment tolérer de se soumettre ?
Tout dans ce que je suis, dans mon être, se refuse à cette soumission.
Je suis juif. Ma mère, mon père sont juifs. C’est une histoire longue, profonde, faite d’immigration, de persécutions redoutées et fuies, de frontières franchies sans bien connaître les usages et les langues. C’est cette peur mainte fois exprimée de retrouver l’état de paria et de population exutoire pour les périodes de crises. Tant de siècles de cet état ont marqué en profondeur les consciences et ont nourrit le sentiment que jamais, jamais, la sérénité n’est assurée. Jamais.
Mais pour moi, pour ma famille, être juif ce n’est pas seulement cela. Pas uniquement cette crainte devenue aveuglante. Je suis de cette culture juive de la dignité et de la résistance. Du combat partagé pour la justice et la fraternité. Des leçons de l’oppression pour refuser partout, à l’égard de quiconque, ce qui porte atteinte à la dignité humaine. Je suis enfant de Raymond Aubrac, de Marek Edelman, de Joseph Epstein.
Parce que je suis juif de cette dignité, je résisterai.
Serge Grossvak

LA PALESTINE DANS TOUS SES ETATS


LA PALESTINE DANS TOUS SES ETATS

samedi 26 novembre à partir de 15h
à l’Espace Magh(Rue du Poinçon 17 – 1000 Bruxelles)

Tribunal Russell sur la Palestine : « Israël coupable du crime d’apartheid »

Marianne Blume, témoin lors de la 3ème session du Tribunal Russell sur la Palestine(TRP)

Eric David, professeur de droit international à l’ULB,

Conclusions de la 3ème  session du TRP qui s’est tenue du 5 au 7 novembre à CapeTown en Afrique du Sud. la reconnaissance de l’Etat palestinien ?

 

Mustafa Barghouti, Membre du Conseil législatif palestinien, président de l’Initiative Nationale Palestinienne


Jean-Paul Chagnollaud,
professeur de sciences politiques à l’université de Cergy-Pontoise et auteur de « Atlas des Palestiniens, Un peuple en quête d’un Etat »

Evolution de la lutte du peuple palestinien pour l’autodétermination et l’attitude de la communauté internationale vis-à-vis d’elle. mes et résistance

 

Naella Khalil, journaliste à Ramallah, lauréate du  Prix Samir Kassir pour la liberté de la presse en 2008

Nadia Abu Nahla, militante des droits des femmes, directrice de l’association Women Affairs Technical Committee à Gaza

 

Panorama de la campagne BDS    Les prochains rendez-vous et campagnes BDS !

La journée sera présidée par Pierre Galand, président de l’ABP

A 20h le concert d’Amal Murkus sera précédé d’une prise de parole de Leila Shahid, Déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg.

CONCERT avec AMAL MURKUS

 

  A 20h, la journée se clôturera par un concert d’Amal Murkusaccompagnée par Nasim Dakwar au Oud et au violon et Naif Sirhan aux percussions.

Amal Murkus est une des voix les plus connues en Palestine. Sa voix tantôt chaude et douce, tantôt haute et forte traduit toutes les nuances de l’émotion et du combat.

Traduction simultanée EN/FR

Colloque: “Israël-Palestine: un ou deux états ?”


L’Autorité nationale palestinienne souhaite un état palestinien indépendant à côté de l’état d’Israël. Quelle est la meilleure solution au conflit israélo-palestinien selon l’avis des experts: un ou deux états?

L’asbl Palestina Solidariteit organise un colloque où des spécialistes présentent leur point de vue sur la question:

Ali Abunimah: journaliste palestino-américain, cofondateur de ‘The Electronic Intifada’, auteur de ‘One Country: A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse’

Leila Shahid: déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg

Lucas Catherine: auteur des plusieurs ouvrages sur la question : ‘De Israëllobby’, ‘Gaza: Geschiedenis van de Palestijnse Tragedie’, ‘Palestina: De laatste kolonie?’

Brigitte Herremans: collaboratirce Moyen-Orient de Broederlijk Delen et de Pax Christi Vlaanderen

Henri Wajnblum: ancien président de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB)

Ludo De Brabander de Vrede vzw préside le colloque.

Je vous inclus l’intervention de Ali Abunimah (en anglais) ; les autres contributions suivront ultérieurement


Détachement délusionnel, Assad par lui-même


Dernier paragraphe de la présentation du sujet fait par OTW  suivi du compte rendu d’une réunion entre des étudiants et le Président syrien.

… Les premiers mois (nous comptons maintenant en mois et non plus en jours) du soulèvement, en dirigeant « populiste civilisé » M. al-Assad a assisté à une multitude de réunions avec des « représentants » de la société syrienne. Parmi ces groupes,  il y en avait qui réunissaient des jeunes. Un premier compte rendu de cette réunion a été faite par un jeune homme dans une version  très neutre. Toutefois,  il y a deux jours, ce même jeune homme a publié une nouvelle version dans laquelle il a donné plus de détails sur certaines des réponses faites par le président. J’ai posté cette version en commentaire dans le chapitre précédent (du site) mais il est bon de mettre en lumière le niveau de détachement, d’obstination et de  dogmatisme de l’homme dont  les analystes naïfs en Occident estiment qu’il a été trahi par son « éducation occidentale » mythique et peut être facile à contester.  Lisez le dialogue et vous y trouverez la recherche du  droit, du bien et de la justice dans les questions posées par les jeunes et par contre l’ambivalence criminelle et le détachement des réponses dogmatiques de M. Assad.

Houssam Arian vendredi 18 novembre 2011

Tout d’abord je voudrais signaler que j’ai refusé de publier l’aspect désastreux de notre débat plus tôt. Ce que j’ai dit a été publié par le journal Alsafir en une phrase qui se résume  à ceci :

nous sommes allés proposer des solutions et non pas demander des faveurs personnelles ; en dépit de cela, certains ont demandé des faveurs personnelles. Je voudrais aussi dire que je suis irrité par la question « quelles sont vos demandes ? » que j’entends à chaque fois que nous rencontrons des représentants du régime au sujet de l’émission « la voix des étudiants »». J’avais l’impression que nous étions embarqués dans une mission de mendicité.

Le 5 mai 201,  j’ai reçu un appel téléphonique du syndicat  des étudiants syriens. J’ai appris que mon nom avait été retenu avec ceux d’autres jeunes de toute la Syrie pour assister à une réunion avec le président al-Assad afin d’ examiner la situation actuelle. On m’a  aussi dit que la réunion aurait lieu deux jours plus tard, c’est-à-dire le 7 mai 2011. J’ai accepté et je me suis rendu à Damas pour assister à la réunion au palais présidentiel. Nous sommes tous entrés. Un groupe de 14 jeunes gens et jeunes filles. Après les souhaits de bienvenue et les présentations,  la réunion a commencé. J’ai choisi d’intervenir en dernier  espérant ne pas voler les idées de mes camarades sans m’en rendre compte. Voici ce qui m’a abasourdi dans les réponses que nous avons reçues :

Nous devons relancer le rôle du parti Baath  parce que ces dernières décennies, les citoyens syriens n’ont pas senti l’importance du parti au pouvoir dans le gouvernement

C’est  la réponse du président à une jeune fille de Homs qui avait évoqué l’annulation de  l’article 8  de la constitution le plus rapidement possible afin d’éviter les controverses et de permettre l’établissement de partis opposés au Baath

Le service militaire dans son état actuel est en fait un service national. Même si c’est un docteur qui est en poste à un check-point et qui se bat. Ce faisant il sert en fait son pays.

C’est la réponse qu’a reçue un des participants de Qamishli quand il a suggéré que l’on transforme le service militaire en service national. On  pourrait ainsi  utiliser les  conscrits dans leur domaine de compétence, comme par exemple envoyer des ingénieurs participer  à des projets gouvernementaux ou envoyer des enseignants travailler dans des régions défavorisées. Ceci permettrait d’atteindre deux objectifs : d’abord couvrir toutes les écoles en Syrie et deuxièmement,  économiser beaucoup d’argent qui pourrait être utilisé pour améliorer l’infrastructure scolaire dans certaines régions.

Ce fut le tour d’un gars de Hasakeh, qui avait une simple demande : comment pouvons-nous arrêter les tabassages et les assassinats par les services de renseignements. Quand ils essaient d’arrêter quelqu’un ne peuvent-ils pas le faire avec un peu de respect ?

La réponse : nous formons des forces de police spécialisées dans la gestion des manifestations. Elles commenceront leur travail dans les prochains mois.

Je crois que ce furent les questions les plus importantes posées avant que ce ne vienne mon tour et j’ai posé trois questions : d’abord, puisque le gouvernement relate la vérité sur ce qui se passe en Syrie  et non pas des mensonges ou des fabrications, pourquoi n’autorisons-nous pas la presse à venir en Syrie pour voir ce qui se passe et pour prouver une fois pour toutes que le gouvernement syrien dit la vérité.

Il a répondu que nous n’avons pas besoin de la presse extérieure pour deux raisons : d’abord parce que les agences de presse ont des journalistes dans le monde entier sauf en Syrie, raison pour laquelle elles ont besoin d’obtenir leurs nouvelles auprès de notre presse syrienne et nous leur communiquerons  la vérité sur ce qui se passe sur notre sol ; deuxièmement, pendant toutes ces années notre presse n’a jamais eu la chance de se faire connaître au niveau mondial. Aujourd’hui elle profite de cette occasion pour accroître ses compétences dans ce domaine.

Ma deuxième question : de façon générale les Arabes sont assez émotifs. C’est un trait de caractère appréciable, mais qui peut être aussi négatif s’ il n’est pas manié correctement. Je suggère donc que les services de renseignements évitent des arrestations au hasard et traitent les détenus de façon humaine et civilisée.

Sa réponse : c’est vrai, nous sommes des émotifs et pour surmonter ce que vous mentionnez,  nous devrions tout d’abord suivre la presse véridique sur le terrain. Cela nous aidera à nous orienter sur ce qu’il convient de faire de nos émotions. J’ai aussi répondu à votre ami que nous formons la police à gérer les manifestants avec respect.

Ma troisième question: puisque vous avez le leadership, la sagesse et le système judiciaire, pourquoi n’a-ton pas traduit en justice  les complices et les coupables de l’assassinat de Syriens comme par exemple Atef Najeeb.

Là,  il baisse la tête et il dit oui Atef Najeeb est complice,  mais personne n’a intenté de procès contre lui. En outre, il est mon cousin germain et je ne l’ai pas vu depuis 22 ans.

J’ai alors perdu mon calme et j’ai osé l’interrompre pour lui dire que pas plus tard que la veille,  quelques-uns de mes amis avaient été arrêtés pendant une manifestation à laquelle il ne participaient même pas. Lorsque nous avons essayé de les faire sortir par le biais du système judiciaire, on nous a dit : qui allez allez-vous poursuivre ? Là, le président  m’a demandé de lui donner le nom de mes amis détenus,  mais j’avais encore une question : quel est le sort des autres détenus ? Il a poursuivi, s’adressant groupe :

Hier, il y a eu 19 arrestations à Seif Aldowleh et c’étaient tous des clochards.

Je l’ai à nouveau interrompu pour lui dire : sur les 19 que vous venez de mentionner, cinq sont des médecins. En outre, cette nuit-là  les arrestations ont dépassé 200 personnes . J’ai poursuivi et qu’en est-il de la nouvelle loi sur les manifestations ?

Il nous a dit : nous nous intéressons pas à ceux qui manifestent, mais plutôt à ceux qui rapportent l’événement et le communiquent à la presse étrangère.

Quelques moments plus tard, son garde personnel est venu nous dire que l’entrevue était terminée. Avant que nous ne partions, le président nous a demandé si l’un d’entre nous voulait passer sur le canal Aldunya pour parler de notre réunion avec lui. Aucun d’entre nous n’a répondu. Il y a eu un silence et puis il a dit :

On en est arrivé là ?

Moi-même et la personne à côté de moi avons répondu simultanément : et  bien plus.

L’interview a été traduite de l’arabe en anglais et ceci est donc une traduction d’une traduction,  exercice imprécis et difficile s’il en est.

Vous trouverez l’original arabe et la traduction en anglais ici : http://7ee6an.wordpress.com/2011/11/19/delusional-detachment-assad-in-his-own-words/#more-560

Des journalistes israéliens dénoncent les menaces sur la liberté de la presse dans leur pays


LEMONDE.FR avec AFP | 20.11.11 | 13h37   •  Mis à jour le 20.11.11 | 13h37
Des centaines de journalistes, dont des présentateurs vedettes de la radio télévision, ont dénoncé dimanche 20 novembre les menaces qui pèsent selon eux sur la liberté de la presse, lors d’un rassemblement à Tel Aviv. Cette manifestation, sans précédent en Israël, visait la campagne législative tous azimuts du camp ultranationaliste, ciblant les médias jugés trop critiques envers le pouvoir, la Cour suprême et des ONG classées à gauche.
« Nous sommes confrontés à une ivresse d’un pouvoir qui ne connaît plus ses limites », a déclaré à la tribune le principal présentateur de nouvelles à la radio militaire, Razi Barkaï. « L’attaque contre la liberté de la presse est inséparable de l’offensive contre l’indépendance de la justice », a mis en garde une autre journaliste, Ilana Dayan, reporter de la seconde chaîne de télévision privée.

Les journalistes s’insurgent contre un projet de loi élaboré par des députés d’extrême droite destiné à aggraver de façon draconienne la législation sur la diffamation. S’il était adopté par la Knesset (parlement), il permettrait d’infliger des amendes très lourdes à des médias attaqués en justice pour diffamation, quand bien même les plaignants n’apporteraient pas la preuve qu’ils ont subi des dommages réels du fait de la publication des textes incriminés.

Les journalistes se sont également élevés contre les pressions sur la chaîne privée 10. Connue pour son indépendance dans ses programmes de nouvelles, elle est menacée de fermeture après qu’une commission parlementaire à majorité de droite eut refusé de renflouer ses dettes. Le 13 novembre, l’extrême droite avait marqué un nouveau point en obtenant le feu vert du gouvernement à deux propositions de loi controversées ciblant le financement d’ONG israéliennes hostiles à l’occupation et à la colonisation des Territoires palestiniens. Pour l’heure, toutefois les deux lois ont été gelées, suite au tollé qu’elles ont provoqué en Israël et à l’étranger.

« On ne peut pas lutter contre l’occupation en servant l’occupation » (Interview au quotidien libanais Al Balad).


Entretien avec Julien Salingue publié le 15 novembre 2011

1.Beaucoup d’analyses imputent l’échec du projet d’un Etat Palestinien indépendant à la violation des accords d’Oslo par la partie israélienne. Pour votre part, vous considérez que cet échec est la résultante de la logique d’Oslo et de la volonté de construire un appareil d’Etat sans Etat malgré la réalité de l’occupation. Pourriez-vous étayer ?

Il ne s’agit bien évidemment pas de nier les responsabilités israéliennes dans l’échec de ce que certains osent encore appeler « processus de paix ». Après la signature des accords d’Oslo, la colonisation s’est accélérée, les checkpoints se sont multipliés, et la partie israélienne n’a cessé de différer les « redéploiements », c’est-à-dire l’évacuation des zones occupées par l’armée israélienne et confiées à l’Autorité palestinienne.

Mais il ne s’agit pas non plus de prendre les accords d’Oslo pour ce qu’ils n’étaient pas ! Il ne s’agissait pas d’accords de « paix », ni dans leur esprit ni dans leur contenu. La logique d’Oslo était en réalité la suivante : confier le responsabilité des zones palestiniennes les plus densément peuplées (villes et camps de réfugiés) à un « appareil d’Etat sans Etat », l’Autorité palestinienne (AP), tout en maintenant la structure même de l’occupation. En d’autres termes, l’AP était intégrée au dispositif d’occupation et toute extension de sa juridiction était soumise à sa capacité à maintenir l’ordre dans les zones qui lui étaient confiées. Le règlement des questions essentielles (Jérusalem, les colonies, les réfugiés) était reporté à d’hypothétiques « négociations sur le statut final », qui n’ont jamais eu lieu. Au final, l’Etat d’Israël s’est contenté de se décharger des tâches de maintien de l’ordre et de services à la population, tout en maintenant son emprise sur l’ensemble de la Palestine. Or, on ne peut pas lutter contre l’occupation en servant l’occupation !

2..Comment expliquez-vous l’initiative de l’AP de présenter un projet de reconnaissance à l’ONU aujourd’hui ?

La direction de l’AP, du moins Abbas et ses proches, ont décidé d’en appeler à l’ONU en raison de l’impossibilité de négocier avec le gouvernement Netanyahu. Mais pour eux, il ne s’agissait pas de rompre avec la logique du « processus de paix », bien au contraire. Leur principal objectif était d’internationaliser la question palestinienne pour améliorer le rapport de forces en vue d’une reprise des négociations avec Israël, sous l’égide des Etats-Unis. L’ensemble de la stratégie d’Abbas repose sur la reprise des négociations. Si celles-ci sont « en panne », il n’a aucune perspective à offrir aux Palestiniens…

Par ailleurs, Abbas et son équipe sont identifiés au projet d’Etat palestinien indépendant. Or, de plus en plus de dirigeants et d’intellectuels palestiniens posent la question de la viabilité même de ce projet : avec, d’une part, la colonisation et l’annexion de facto de la Cisjordanie et de Jérusalem et, d’autre part, les exigences de l’Etat d’Israël (conserver le contrôle sur les colonies et sur la vallée du Jourdain), ce sont les bases matérielles de l’Etat palestinien qui ont disparu. Il s’agit donc, pour Abbas et les siens, de sauver l’idée même de l’Etat indépendant.

3.Pourquoi l’AP après 23 ans de négociations contre productives, tout en décidant de présenter unilatéralement un projet de reconnaissance, continue à faire du processus de paix une priorité politique ?

C’est, tout simplement, parce que leur survie en dépend. L’AP a été conçue comme une structure intérimaire, chargée de poser les bases du futur « Etat ». La période intérimaire aurait dû durer 5 ans. Mais nous en sommes aujourd’hui à plus de 17 ans ! Et, avec le temps, l’AP a trouvé sa propre raison d’être : un appareil d’Etat s’est constitué, avec des hauts fonctionnaires, des Ministres, des conseillers divers, des responsables des forces de sécurité… tandis que l’industrie de la négociation produisait elle aussi son lot de spécialistes, conseillers et autres. C’est une couche sociale qui s’est ainsi formée, dont l’avenir, à court terme, dépend du maintien de la structure AP (et donc du projet d’Etat indépendant) et de la survie du « processus de paix » (et donc des négociations), et non de la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens. Si la perspective de l’Etat indépendant s’écroule, ou s’il y a un changement radical dans l’appréhension des relations avec Israël et, par exemple, une rupture assumée des négociations, quel est l’avenir de cette couche sociale ? Ils n’en ont pas ! Il leur faut donc, par tous les moyens, tenter de ranimer le processus d’Oslo : leur survie politique et économique en dépend.

InterviewAlbalad

4..Ce projet de reconnaissance pourrait-il faire évoluer le rapport de force à la faveur de la partie Palestinienne ?

Je ne crois pas qu’il va modifier substantiellement le rapport de forces. Il va plutôt enregistrer l’état du rapport de forces à l’échelle internationale, et on va une fois de plus vérifier qu’une très grande majorité de pays soutient, du moins à l’ONU, le droit des Palestiniens à avoir un Etat. On va pouvoir, une fois de plus, mesurer l’isolement grandissant de l’Etat d’Israël dans le monde, qui s’est particulièrement développé ces dernières années suite, entre autres, aux bombardements sur Gaza à l’hiver 2008-2009, à l’assaut sanglant contre la Flottille de la Liberté en mai 2010 et aux provocations répétées du gouvernement Netanyahu, notamment en ce qui concerne la politique de colonisation. Si l’on y ajoute les premiers effets des processus révolutionnaires en cours dans le monde arabe, qu’ils soient directs (« refroidissement » des relations avec l’Egypte) ou indirects (tensions avec la Turquie), Israël est, incontestablement, de plus en plus isolé. Mais il ne faudrait pas non plus exagérer cet isolement, comme les débats de l’ONU nous le montrent : les Etats-Unis continuent de soutenir quasi-inconditionnellement Israël, tandis que l’Union européenne, incapable de parler d’une même voix, n’exerce aucune pression réelle sur Netanyahu.

Certains avancent que la direction palestinienne pourrait, une fois que la Palestine sera reconnue comme Etat non-membre, saisir la justice internationale pour engager des poursuites contres les dirigeants israéliens qui se seraient rendus coupables de crimes de guerre. Cet argument me laisse rêveur : image-t-on sérieusement cette direction palestinienne, qui cherche à tout prix à reprendre les négociations avec Israël, engager des poursuites judiciaires contre les dirigeants israéliens ? A-t-on déjà oublié qu’il y a deux ans, sous pression des Etats-Unis et d’Israël, Mahmoud Abbas avait demandé le report de l’adoption du rapport Goldstone par l’ONU ?

5. Que se passera-t-il pour l’AP si après le premier succès diplomatique de la Palestine à l’UNESCO, l’Etat palestinien n’est pas admis à l’ONU ? Risque-t-on d’assister à l’implosion de l’AP ?

L’Etat palestinien ne sera pas admis à l’ONU comme Etat membre, car les Etats-Unis y opposeront leur veto. Il est même peu probable que les Palestiniens obtiennent la majorité qualifiée des 9 voix au Conseil de Sécurité… Au mieux, l’Assemblée générale se prononcera (à une très forte majorité) pour l’admission de la Palestine comme Etat non-membre, comme Etat observateur.

L’AP va-t-elle pour autant « imploser » ? Un certain nombre de voix se font entendre pour demander la dissolution pure et simple de l’Autorité, arguant qu’elle n’a plus de raison d’être avec la faillite du « processus de paix » et qu’elle sert surtout de commode moyen pour l’Etat d’Israël pour prétendre qu’il n’occupe pas toute la Palestine. En d’autres termes, les partisans de la dissolution disent : il n’y a pas d’autonomie, donc il ne doit pas y avoir de pseudo-« autorité d’autonomie ».

Mais la dissolution ne semble pas être la voie choisie par la direction de l’AP. Et pour cause ! Comme on l’a vu, une telle décision équivaudrait à un suicide politique… Le plus probable est donc que l’on assiste à une discussion d’ampleur quant à l’avenir de l’AP, quant à une éventuelle modification de ses attributions et de ses fonctions. Et nul doute que ce débat sera vif !

6. Qu’adviendra-t-il dans ce cas du mouvement national palestinien ?

Il est très probable que l’on assiste à une accélération du débat quant à la nécessité de la refonte stratégique et organisationnelle du mouvement national palestinien. Ce dernier traverse en effet depuis de longues années une crise, qui ne manquera pas de s’approfondir après l’échec programmé de la demande d’admission à l’ONU. J’entends ici « crise » au sens où la définissait Gramsci : « La crise consiste précisément dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas encore naître ; durant cet entredeux, une grande variété de symptômes morbides se font jour ». Nous sommes aujourd’hui dans cet entredeux, où l’ancien (la vieille OLP) n’est pas encore tout à fait mort, et où le nouveau n’a pas encore pris sa place. Que se passera-t-il exactement ? Nul ne le sait. Mais il est certain que la majorité des Palestiniens ont conscience qu’une page s’est tournée et que la reconstruction sera nécessaire, autour notamment des questions suivantes :

– Que signifie aujourd’hui la revendication de l’Etat palestinien indépendant aux côtés d’Israël, même à titre transitoire ?

– Quelle articulation entre la résistance populaire, impliquant l’ensemble de la société palestinienne, le mouvement syndical et associatif, les forces politiques… et la résistance armée ?

– Comment réunifier l’ensemble du peuple palestinien ? Le peuple palestinien est en effet fortement divisé : Palestiniens d’Israël, Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, Palestiniens de Jérusalem et Palestiniens exilés.

– Quel cadre politique pour le Mouvement de libération nationale ? La division du mouvement affaiblit considérablement la lutte et la constitution d’un cadre commun, au-delà de la vieille OLP, posant la question de la résistance et du combat pour l’émancipation, et pas celui de la gestion des Zones autonomes allouées par Israël est, même si ce n’est qu’à un stade relativement peu avancé, ouvertement posée.

– Quels liens développer avec le mouvement de solidarité internationale, afin que cette solidarité soit politique et non caritative, efficace et pas seulement symbolique ?

7.Selon vous le contexte socio politique a considérablement évolué et la revendication d’un Etat indépendant semble aujourd’hui dépassée et à contre courant des bouleversements régionaux. Quelle solution pour la Palestine aujourd’hui sachant que les bases matérielles de l’Etat palestinien sont en train de disparaitre et que l’hypothèse d’un Etat démocratique unifiée ne peut coexister avec l’idéologie suprématiste sioniste ?

 

Je me garderai bien de prôner une quelconque « solution » à la place des Palestiniens eux-mêmes. Mais une chose est certaine : la direction « historique » de l’OLP, tout comme le projet d’Etat palestinien indépendant, apparaissent de plus en plus en décalage avec les nouvelles générations politiques émergentes et les revendications d’indépendance et de souverainetés économique et politique réelles qui bouleversent la région.

Au-delà de la disparition des bases matérielles de l’Etat palestinien et des échecs manifestes de la construction d’une « indépendance » malgré la poursuite de l’occupation, c’est donc la question de l’adaptation du mot d’ordre lui-même qui est posée, tant il est à contretemps des évolutions régionales. Il est aujourd’hui plus que probable, à la lumière des récents événements, que la société palestinienne ne soit pas épargnée par le vent de révolte qui balaie les sociétés arabes.

 

source

Des panneaux solaires palestiniens menacés par l’armée israélienne


Depuis l’installation des panneaux solaires, les familles ont installé des ampoules dans leur tente ou leurs habitations de fortune

le 18 Novembre 2011

Les 34 habitants du petit village Imneizil en Cisjordanie ont accès à la modernité depuis qu’une ONG espagnole a installé des panneaux solaires, mais l’armée israélienne veut les démolir arguant qu’ils avaient été installés sans autorisation.

Il y a deux ans, l’organisation espagnole Seba s’est associée à l’Université Al-Najah de Naplouse pour installer deux panneaux solaires à Imneizil, à l’extrême sud de la Cisjordanie, afin de remplacer les générateurs qui constituaient jusqu’alors l’unique source d’électricité du village. Depuis, les 34 familles d’Imneizil sont entrées de plain-pied dans le 21e siècle: elles ont installé des ampoules dans leur tente ou leurs habitations de fortune, se sont acheté télévisions et appareils ménagers. L’installation solaire permet également d’activer une pompe pour alimenter le village en eau. Mais le mois dernier, l’armée israélienne, qui gère les affaires civiles dans ce village en zone sous contrôle total israélien, a ordonné la destruction des panneaux solaires, arguant qu’ils avaient été installés sans autorisation. Leur sort est depuis suspendu à la décision de l’armée israélienne d’annuler ou non son arrêté de démolition.

Des ONG israéliennes ainsi que l’agence ONU-Habitat ont pressé l’armée de geler sa décision, qui a pris de court les habitants du village. Le gouvernement espagnol a tenté d’intervenir par les canaux diplomatiques pour empêcher la destruction de l’infrastructure, dont le coût -365.000 euros- a été financé en majorité par Seba. « Nous sommes entre le paradis et l’enfer. Les panneaux solaires représentaient une lueur d’espoir pour nous« , se désole le chef du village, Ali Mohammad Ihrizat. « Nous habitons ici depuis 1948 et nous n’avons nulle part où aller« .

Pour le chef du village, demander une autorisation pour l’installation n’aurait pas eu de sens, étant donné qu’Israël ne reconnaît pas le village et qu’aucune de ses infrastructures n’a jamais reçu de permis de construire. Selon un responsable espagnol du projet, un permis a été demandé après la mise en place des panneaux solaires, mais le département militaire en charge de la délivrance de ces permis n’a jamais répondu.

Dans la tente où elle vit avec son mari et ses trois enfants, Nihad Nour ne comprend pas pourquoi l’armée insiste sur la destruction de l’installation solaire, pourtant « hautement écologique, installée sur notre terre et qui ne dérange personne ». Mais pour l’administration militaire israélienne, qui se dit « sensible » et « favorable » aux projets des organisations internationales, le « respect de la loi doit prévaloir sur tout ». « L’installation a été construite sans permis ni coordination, c’est pourquoi l’arrêté d’interruption des travaux et de démolition a été émis. Les organisations avaient le droit de le contester devant une commission, mais leurs membres ont refusé d’y assister », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Toutefois, après une contestation espagnole, le chef de l’administation militaire, le général Eitan Dangot, a décidé de « geler le processus de démolition » et a demandé que Seba présente les détails du plan de l’installation. Mercredi, un porte-parole militaire a fait part de son espoir de légaliser rétroactivement l’infrastructure. « Notre objectif est d’autoriser l’installation. Mais cela doit être fait dans le cadre de la loi », a-t-il insisté.

Source

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑