G1000 Ces Belges qui veulent réinventer la démocratie


Le 11 novembre, mille citoyens belges se réuniront à Bruxelles pour débattre de grandes questions de société. Pour les organisateurs de ce G1000, après la crise institutionnelle qu’a traversé le pays et à l’heure du tout-numérique, il est urgent de redonner la parole au citoyen.

10.11.2011 | François Brabant | Le Vif-L’Express

Fiches pays

 Le site du G1000 (en français & néerlandais)

Le site du G1000 (en français & néerlandais)

Alors qu’Internet permet à chacun de diffuser ses opinions en temps réel, la démocratie reste prisonnière d’un moule hérité du XIXe siècle : une élection tous les quatre ans. Ce paradoxe est de plus en plus intenable, avertissent les organisateurs du G1000, un sommet citoyen qui va rassembler 1 000 Belges tirés au sort.

Le 11 novembre, nonante-trois ans après la fin d’une guerre qui a meurtri tous les Belges, la démocratie prendra peut-être un nouvel élan dans nos contrées. Ce vendredi-là, 1 000 citoyens tirés au sort se réuniront à Bruxelles, où ils débattront d’enjeux essentiels pour l’avenir du pays. Cette assemblée citoyenne, antithèse des grands sommets internationaux, porte un nom : le G1000.

L’initiative bénéficie d’un large écho médiatique en Flandre, où elle est notamment portée par l’écrivain David Van Reybrouck, le politologue Dave Sinardet et la présentatrice télé Francesca Vanthielen. Côté francophone, la mobilisation est plus timide, ce qui n’a pas empêché le dessinateur Pierre Kroll, le romancier Vincent Engel ou l’économiste Eric De Keuleneer d’apporter leur soutien.

L’idée du G1000 est née au plus fort de la crise politique [au printemps dernier], alors que le blocage des négociations semblait total, plusieurs mois après la chute du gouvernement fédéral. Entre-temps, un accord institutionnel a été bouclé par Elio Di Rupo [sept partis sont tombés d’accord sur les bases de la formation d’un gouvernement, mais celui-ci n’a pas encore vu officiellement le jour]. Mais, pour les promoteurs du G1000, le problème reste entier : la démocratie belge est en crise. « On a dit que les négociations patinaient à cause de la complexité du contentieux communautaire. C’est faux, soutient David Van Reybrouck. C’est la démocratie parlementaire elle-même qui est en panne. » La sentence ne vaut pas que pour la Belgique. Partout en Europe, les vieux modèles politiques se craquellent.

Archéologue de formation, spécialiste de la préhistoire, David Van Reybrouck est bien placé pour savoir que rien n’est jamais acquis. « L’être humain expérimente la notion de démocratie depuis trois millénaires. Mais cela fait moins de deux siècles que s’organisent des élections à grande échelle. A présent, il nous faut adapter le rêve démocratique aux nouvelles formes de communication. La démocratie représentative a pu fonctionner correctement tant que l’information allait à sens unique, de l’émetteur vers un récepteur. C’était le cas avec la radio, la télévision et la première phase d’Internet. Par contre, depuis que nous sommes entrés dans une ère d’interactivité permanente, celle du Web 2.0, ce modèle est devenu intenable. »

C’est la révolution déclenchée par Facebook et Twitter : chacun peut désormais devenir éditeur ou imprimeur. Fin 2006, l’hebdomadaire Time désignait d’ailleurs « vous » comme personnalité de l’année. « Depuis cinq ou six ans, nous vivons dans un autre écosystème d’informations. Et ça change tout ! Le développement d’un Internet bien plus interactif remet en cause les schémas traditionnels de la démocratie », insiste Van Reybrouck. Le manifeste du G1000 dresse à cet égard un constat sans appel : l’innovation est encouragée dans tous les domaines, sauf dans celui de la démocratie. Les entreprises doivent innover, les scientifiques ouvrir de nouvelles perspectives, les sportifs battre des records et les artistes créer de l’inédit. En revanche, à l’ère du tout-numérique, la politique belge reste fondée sur des principes datant de 1830.

Faut-il en conclure que les élections et les institutions parlementaires sont obsolètes ? Non, assure David Van Reybrouck. « Dans un Etat de droit, le suffrage universel reste l’instrument principal de la démocratie. Mais il y a un terrible décalage entre le rythme des élections et celui des réseaux sociaux, qui permettent au citoyen d’exprimer un point de vue chaque seconde. »

La tension entre un système électoral figé et un débat public de plus en plus instantané s’avère doublement problématique. Un : les citoyens s’expriment partout, tout le temps, sans limites, mais ont l’impression que le monde politique ne les entend pas. D’où une immense frustration, dont témoigne la culture de l’insulte qui s’est installée sur les forums Internet. Deux : les politiciens sont tétanisés. La moindre phrase de travers prononcée devant une poignée de militants à Marloie ou à Blaton [deux bourgs wallons] peut désormais entraîner un buzz d’enfer… à leurs dépens. La crainte d’une chute au prochain scrutin – voire au prochain sondage – les tenaille au quotidien. Et les condamne à l’impuissance.

Des « Freedom Riders » palestiniens vont défier la ségrégation israélienne en voyageant dans des bus de colons vers Jérusalem


8 novembre 2011

ISM

Le mardi 15 novembre 2011, des militants palestiniens vont rééditer les Freedom Rides(voyages de la liberté) du mouvement des Droits civiques aux États-Unis vers le sud de l’Amérique en montant à bord de transports publics réservés aux Israéliens en Cisjordanie pour se rendre à Jérusalem-Est occupée.

Des soldats de l’occupation ont monté un « check-point volant » à l’extérieur de Ramallah, près du village de Surda.

Mardi prochain, des militants palestiniens vont tenter de monter à bord de transports publics réservés aux Israéliens pour se rendre de l’intérieur de la Cisjordanie jusqu’à Jérusalem-Est occupée dans un acte de désobéissance civile inspiré des Freedom Riders (Voyageurs de la liberté) du mouvement des Droits civiques aux USA, dans les années soixante.

Cinquante ans après que les Freedom Riders des USA aient organisé leurs voyages dans des bus qu’ils avaient ouverts à toutes les races sur les routes des États ségrégationnistes du sud états-unien, des Freedom Riders palestiniens vont réaffirmer leur droit à la liberté et à la dignité en perturbant le régime militaire de l’occupation par une désobéissance civile pacifique.

Ce que veulent les Freedom Riders, c’est mettre en évidence les tentatives d’Israël de couper illégalement Jérusalem-Est occupée du reste de la Cisjordanie et le système d’apartheid qu’Israël impose aux Palestiniens dans les territoires occupés.

Plusieurs compagnies israéliennes, dont Egged et Veolia, exploitent des dizaines de lignes qui courent à travers la Cisjordanie occupée et Jérusalem-Est, et beaucoup avec des subventions de l’État. Elles relient les différentes colonies israéliennes entre elles et à d’autres villes de l’intérieur d’Israël. Certaines lignes qui relient Jérusalem à des villes de l’intérieur d’Israël, comme Eilat et Beit She’han, doivent aussi traverser la Cisjordanie.

Les Israéliens ne souffrent quasiment d’aucune limite à leur liberté de déplacements dans les territoires palestiniens occupés, et ils sont même autorisés à s’y installer, en violation du droit international ; les Palestiniens, en revanche, ne sont autorisés à entrer en Israël qu’après s’être procurés une autorisation spéciale auprès des autorités israéliennes. Les déplacements des Palestiniens, même à l’intérieur des territoires occupés, sont lourdement restreints, avec un accès à Jérusalem-Est occupée et à quelque 8 % de la Cisjordanie dans la zone frontalière également autorisé uniquement avec une autorisation similaire.

Même s’il n’est pas officiellement interdit aux Palestiniens d’utiliser les transports publics israéliens en Cisjordanie, ces lignes sont de fait réservées aux Israéliens puisque beaucoup d’entre elles traversent des colonies exclusivement juives dont l’entrée est interdite aux Palestiniens par décret militaire.
Sur les restrictions aux déplacements des Palestiniens dans les territoires sous occupation israélienne, voir les rapports hebdomadaires successifs du Centre palestinien des Droits de l’homme (PCHR)

8 novembre 2011 – PalSolidarity – traduction : Info-Palestine.net

http://palsolidarity.org/2011/11/palestinian-freedom-riders-to-challenge-segregation-by-riding-settler-buses-to-jerusalem/

NPA : Solidarité avec les opposants syriens !


lundi 7 novembre 2011

Alors qu’une répression féroce s’abat sur le peuple syrien, et a déjà fait plus de 3 000 morts, le gouvernement illégitime de Bachar Al-Assad avait dépêché jeudi 27 octobre son vice-ministre de la Culture afin d’animer une conférence, au centre culturel syrien avenue de Tourville à Paris, intitulée, ironie de l’histoire, « Vestiges de la civilisation byzantine, les villes mortes de Syrie ».

Devant une telle provocation, une trentaine d’opposants à la dictature, aidés de quelques membres de l’intercollectif de soutien aux luttes des peuples du monde arabe, décidaient d’occuper pacifiquement les locaux. Le quartier était immédiatement quadrillé, un dispositif policier démesuré mis en place, Il fût même fait appel à l’armée sous la forme de soldats munis de fusils mitrailleurs, agissant dans le cadre du plan Vigipirate !

Mais le zèle des autorités françaises ne s’arrête pas là. Après avoir délogé les occupants, la police procédait à leur arrestation, suivie d’une garde à vue humiliante et exceptionnelle en pareil cas. Pendant ce temps, un groupe de manifestants agressif et injurieux, soutenant la dictature, pouvait continuer de parader en toute tranquillité ! La complicité avérée de la police de Sarkozy avec la dictature syrienne s’était déjà manifestée le 26 août dernier lors de l’agression d’un rassemblement pacifique d’opposants au boucher de Damas par des nervis de l’ambassade. Après avoir blessé plusieurs manifestants, ils étaient tardivement interpellés par la police… puis relâchés immédiatement après avoir exhibé leurs passeports diplomatiques.

La riposte unitaire s’organise : rapidement mobilisés, des militants du NPA et de l’intercollectif se sont rassemblés avec leurs amis syriens devant le commissariat où étaient gardés à vue la trentaine d’occupants, exigeant de rencontrer le commissaire, organisant une pression médiatique qui s’avéra fructueuse, rédigeant un communiqué unitaire signé par les organisations suivantes :
« …Nous, signataires de ce communiqué, solidaires du peuple syrien, soutenons l’action entreprise par les jeunes syriens et exigeons leur libération immédiate ! »1
Bien que les gardes à vue aient été levées, un jeune Syrien reste inculpé pour « dégradations de matériel ». Une vitre aurait été cassée ! Ayant refusé une comparution immédiate, son procès devrait se tenir début novembre. Il n’est pas question de laisser criminaliser la juste lutte des opposants à la dictature syrienne. Un seul procès est à tenir, celui de Bachar Al-Assad et de sa bande d’assassins ! Le NPA et l’ensemble des organisations constituant l’Intercollectif appellent dès aujourd’hui à se rendre nombreux au tribunal pour soutenir notre camarade. Tout est à nous ! se fera l’écho des préparatifs de la mobilisation.

Alain Pojolat

1. Comité de coordination de Paris pour le soutien à la révolution syrienne – Comité syrien de solidarité avec l’appel de Damas – Intercollectif des luttes des peuples du monde arabe – Forum Palestine citoyenneté – PCF – PG – NPA – PCOT – Collectif algérien pour le changement et la démocratie (ACDA) – Mouvement Rachad Algérie – Collectif de soutien aux luttes du peuple égyptien – PIR – Association des Marocains de France (AMF) – Congrès mondial Amazigh (CMA) – Association des jeunes Égyptiens du 25 Janvier – Mouvement marocain du 20 Février.

« Bandes à Gaza » : que savent les étudiants du conflit israélo-palestinien ?


https://anniebannie.net/wp-content/uploads/2011/11/ena.gif?w=240

lundi 7 novembre 2011, par Chloé Yvroux

Que savons-nous du monde et de ses conflits, vraiment ? Rien… Ou si peu. Nous recevons des médias d’énormes masses d’informations qui nous arrivent plus ou moins filtrées, et ces informations, ces images, notre cerveau les filtre à nouveau. C’est dire la distance qui, bien souvent, nous sépare de la réalité. Notre perception du monde est dès lors largement pervertie.

Chloé Yvroux s’est livrée à une expérience – riche d’enseignements – auprès d’un groupe d’étudiants en deuxième année d’histoire-géographie à l’université de Montpellier, en leur demandant leur vision du conflit israélo-palestinien à travers une série de questions simples. Pour un groupe a priori mieux informé que la moyenne de la population, les résultats sont tout simplement ahurissants.

« Gaza, la Cisjordanie, pour les gens c’est très clair », observe Frédéric Barreyre, correspondant de Radio France au Proche-Orient [1]. Que connaissent les auditeurs du conflit israélo-palestinien ? « Ils connaissent les noms d’Arafat et de Peres, mais ne comprendront peut-être plus si je parle d’Abou Mazen, le nom de guerre de Mahmoud Abbas. »

En dehors des éléments fournis par les sondages d’opinion, bien souvent limités à des questions de sympathie et de responsabilité [2], il s’agit de questionner les représentations du conflit par la population en France. Une enquête a été réalisée auprès d’étudiants en histoire-géographie au cours des mois d’avril et mai 2009 [3].

Au-delà du simple constat d’un manque général de connaissances, l’analyse des représentations révèle des perceptions bien partagées, apparemment dues à des déformations collectives. De la situation au Proche-Orient, la plupart des Français ne reçoivent des informations qu’au travers des conversations, de la littérature et des médias. Autant de filtres et d’intermédiaires à l’origine du processus de fabrication des représentations qui permettent de créer un cadre de médiation avec le « réel ». Considérées ici dans leur dimension spatiale en tant que « créations sociales ou individuelles de schémas pertinents du réel » [4], dans le cadre d’espaces qui ne sont pas familiers, les représentations sont le plus souvent réduites à des stéréotypes. Afin de mettre à jour ces représentations partagées sur le conflit israélo-palestinien, l’enquête s’appuie à la fois sur une série de questions ouvertes (portant sur la localisation du conflit, les colonies, les réfugiés, Jérusalem…) et sur la réalisation de cartes. Les fonds de carte sont proposés aux étudiants avec la consigne suivante : « Voici le territoire du conflit. Complétez cette carte avec tous les éléments que vous connaissez. »

Bien qu’il s’inscrive dans un contexte plus large, le conflit israélo-palestinien est surtout territorial. « Une terre pour deux peuples », voilà les termes du problème à résoudre et qui est à l’origine d’une imbrication de territorialités réelles ou projetées. De même, les principaux éléments de revendication et de contestation – qu’il s’agisse de la création de l’Etat palestinien, de l’occupation, de la colonisation, de Jérusalem ou du Mur de séparation – renvoient également à des aspects territoriaux.

Pour ceux qui ne sont pas familiers de ce conflit, cette apparente complexité est une source de confusion, et c’est également le cas pour les étudiants interrogés, alors même qu’ils sont supposés connaître cette question mieux que la moyenne de la population française.

La bande de Gaza devient, pour près d’un tiers des étudiants, l’enjeu principal du conflit israélo-palestinien.

« Une bande de terre revendiquée par les deux pays en conflit », un « lopin de terre sujet du conflit israélo-palestinien », une « zone de combat entre les deux pays » ou encore un « territoire, ou parcelle, en plein milieu du conflit israélo-palestinien ». Les cartes produites illustrent cette vision partagée : Gaza apparaît parfois littéralement comme une « bande » traversant le territoire de part en part, séparant Israël de la Palestine.

JPEG - 345.3 ko
Exemples de représentations de la bande de Gaza, zone « frontière » entre Israël et la Palestine
Esquisses produites par les étudiants au cours de l’enquête menée par Chloé Yvroux en 2009.

Pour nombre d’étudiants, la bande de Gaza constitue le seul territoire des Palestiniens. Une idée par ailleurs nuancée, soit en termes de contrôle : « dernière bande de terre encore sous un petit contrôle palestinien », « seul territoire encore sous contrôle palestinien », ou de présence : « territoire des Palestiniens, le seul qu’il leur reste, envié par les Israéliens », « bande de terre où sont réfugiés l’ensemble des Palestiniens ». Si 20 % des étudiants décrivent explicitement la bande de Gaza comme un territoire palestinien, le reste hésite et n’exprime clairement ni l’identité de la population qui y réside, ni les enjeux. Finalement, sur les cartes, pour la moitié d’entre eux, le territoire du conflit se limite à deux entités : la bande de Gaza et Israël.

JPEG - 367.5 ko
Exemples de représentations de la bande de Gaza

Enfin, il n’est pas possible de faire abstraction des quelques cas de personnification de la bande de Gaza, qui devient « la bande à Gaza » : « Un groupe organisé, armé », « Des extrémistes palestiniens à l’origine de plusieurs attentats ».

Les résultats de l’enquête traduisent le contexte particulier dans lequel elle s’est déroulée, quelques mois seulement après les attaques israéliennes sur Gaza. Ces dernières restent très présentes dans l’esprit des étudiants, puisque 60 % d’entre eux se réfèrent à des thèmes tels que « conflits, violences, attaques et destructions » quand ils évoquent la bande de Gaza [5]. Les explications données au sujet de l’opération « Plomb durci » restent confuses : « Un territoire qui n’était pas dans le mandat israélien avec l’Angleterre, mais laissé aux Palestiniens, que les Israéliens voulaient, donc ils l’ont attaqué en début d’année. »

La Palestine et son allié cisjordanien…

L’enquête permet aussi de soulever l’un des points essentiels de la fausse perception du conflit ; il s’agit de la dissociation entre la Palestine, la bande de Gaza et la Cisjordanie. La plupart vont donc au plus simple ; le conflit israélo-palestinien, un conflit entre deux territoires, Israël et la Palestine. Peu d’entre eux se sont essayés à cartographier cette vision. Ils sont un quart à citer uniquement ces deux territoires lors d’une question sur la localisation du conflit.

JPEG - 335.1 ko
Exemples de représentations du conflit
entre Israël et la Palestine

Si l’utilisation du mot « Palestine » semble spontanée, bien que la définition d’une entité territoriale palestinienne reste confuse, la Cisjordanie reste l’élément le plus insaisissable pour la très grande majorité des étudiants interrogés. Il y a d’une part une confusion sur la nature de l’entité territoriale palestinienne, et, d’autre part, une dissociation entre la Cisjordanie et le conflit israélo-palestinien.

Moins de 10 % des étudiants mentionnent la Cisjordanie dans la question relative à la localisation du conflit. Elle est absente de près de 80 % des cartes réalisées, et quand elle apparaît, dans la moitié des cas, elle est signifiée comme un Etat voisin, souvent en lieu et place de la Jordanie. Les explications données par les étudiants sur l’entité « Cisjordanie » confirment la méconnaissance qui transparaît dans les cartes. Plus de la moitié d’entre eux ne se sont pas exprimés sur ce point. Beaucoup présentent la Cisjordanie comme un pays voisin accueillant des réfugiés palestiniens. La relation entre ce territoire et le conflit se trouve souvent limitée à cet aspect. Au mieux, la Cisjordanie devient un pays adhérant à la cause palestinienne : « Pays d’accueil des Palestiniens réfugiés qui s’allie aux Palestiniens pour la défense de leur territoire », « Allié du Hamas », « Aide non officiellement la Palestine. Ouvertement anti-israélien ». La formulation de l’un d’entre eux résume la vision de l’ensemble des étudiants : « Pays voisin accueillant des réfugiés et se mettant en conflit avec l’Etat d’Israël – même si je ne sais pas très bien son rôle –, ce pays revient souvent dans le conflit israélo-palestinien. »

Sur les colonies, les réfugiés et Jérusalem

Les cartes produites par les étudiants restent rudimentaires, relativement peu élaborées (les éléments les plus représentés sont respectivement les territoires voisins, la bande de Gaza, Jérusalem, Israël et la Palestine). Les manifestations concrètes d’un différend territorial, ou du moins d’un phénomène singulier, qu’il s’agisse des colonies, du Mur, etc. ont une fréquence d’apparition qui rend leur présence insignifiante. Ainsi, les deux cartes ci-dessous sont les exemples les plus renseignés. Si une partie de ces représentations offrent une vision relativement « conforme » du territoire du conflit, d’autres proposent des représentations plus fantaisistes ; toutes doivent être analysées en termes de pertinence.

JPEG - 488 ko
Représenter Israël et la Palestine occupée…

Même les notions les plus basiques, telles que celles de « colonies » ou « colonisation », donnent lieu à des confusions. Les propositions sont multiples. L’utilisation du registre historique pour définir les colonies revient dans près de 6 % des réponses : « Israël, ancienne colonie britannique », « implantation initiale des colons après la seconde guerre mondiale », et certains n’y voient aucune résonance contemporaine : « Elles n’existent plus. » Par ailleurs, 5 % des étudiants affirment que la bande de Gaza est une colonie : « La Bande de Gaza abrite une importante colonie palestinienne, tout comme la Cisjordanie » et la même proportion présente les camps de réfugiés palestiniens comme des colonies : « Les réfugiés palestiniens se regroupent en colonies. » Malgré tout, 20 % présentent les colonies comme « israéliennes/juives » situées « sur le territoire palestinien », mais les informations données sont souvent succinctes : « colonies israéliennes sur le territoire palestinien protégées par l’armée », « occupation illégale de certains Israéliens sur des territoires que l’ONU considère comme palestiniens ».

Quant aux réfugiés, si les étudiants se réfèrent à près de 40 % aux Palestiniens, ils se rapportent dans leur grande majorité à ceux qui ont dû fuir leur territoire suite aux bombardements récents : « Palestiniens vers l’Egypte, la seule sortie », « Beaucoup de personnes (plutôt palestiniennes) ont dû se réfugier dans les pays voisins, comme des réfugiés, à cause du conflit dans la Bande de Gaza ». Ainsi seuls 15 % des étudiants replacent la notion de réfugié dans le contexte historique, mais dans ce cadre, les Israéliens sont évoqués dans 10 % des cas : « Israël est une terre de réfugiés. »

La confusion entre les éléments du passé et la situation contemporaine revient de façon récurrente dans les réponses : certains présentent Jérusalem comme une zone internationale ou neutre, se référant au statut de la ville préconisé par le plan de partage de l’ONU en 1947.

La connaissance géographique du conflit chez des étudiants en histoire-géographie est fragmentée, déformée et incomplète. L’intérêt n’est alors pas seulement l’évaluation des connaissances – ce que les individus savent ou ne savent pas –, mais la mise en valeur des perceptions partagées – ce que les individus croient savoir. Les résultats de l’enquête attestent un manque de connaissances, mais ils ne sont en rien surprenants dans ce type de questionnement, et ils peuvent être envisagés comme un indicateur des représentations détenues par l’ensemble de la population en France. Ils soulignent le décalage entre une information de plus en plus présente, accessible, actualisée presque en direct, et ce qu’en retiennent les « usagers de l’information ». Et on se demande quel est le processus qui produit ces représentations collectives « déformées » sur un sujet aussi prégnant dans l’actualité. Ces résultats constituent également un révélateur et offrent un bon support aux journalistes qui pourront, le cas échéant, penser la manière dont leurs lecteurs ou auditeurs reçoivent et absorbent les informations…

Chloé Yvroux est doctorante à l’université de Montpellier.

Notes

[1] Entretien réalisé le 12 janvier 2010 à Jérusalem.

[2] En mars 2010, un sondage réalisé par l’IFOP pour l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) demande notamment : « Qui porte la plus grande responsabilité dans la non-résolution du conflit israélo-palestinien ? » Autre sondage effectué en 2000-2001 : « Avez-vous davantage de sympathie pour les positions des Israéliens ou pour celles des Palestiniens ? » (sondage BVA).

[3] Cette enquête s’est déroulée sur l’ensemble des étudiants inscrits en licence d’histoire-géographie de l’université Paul-Valéry de Montpellier. 221 questionnaires ont été récoltés.

[4] « Géographie et représentations », in Yves André, Antoine Bailly, Robert Ferras, Jean-Paul Guérin, Hervé Gumuchian, Représenter l’espace. L’imaginaire spatial à l’école, Ed. Anthropos, 1989.

[5] Il faut tout de même relativiser l’impact de l’actualité sur les réponses, car en dehors des éléments se référant à la violence, lors de tests préliminaires organisés en avril 2008, les tendances étaient les mêmes.

http://blog.mondediplo.net/2011-11-07-Bandes-a-Gaza-que-savent-les-etudiants-du-conflit#nh5

Cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon


Frantz Fanon, mort il y a 50 ans est ignoré par la très grande majorité des damnés de Bruxelles.

Le 6 décembre 2011, 50 ans auront passé depuis la mort de Frantz Fanon.

C’est pour nous, l’occasion de raviver la mémoire oubliée de cet “inlassable avocat des damnés de la terre” engagé de toutes ses forces dans une lutte contre les discriminations, contre la colonisation et pour l’égalité entre les hommes.

Vendredi 11 Novembre 2011

De 19h00 à 22h00

                                              

Rue du Chevreuil,4 à 1000 Bruxelles


Info : 0476/84.19.69 et/ou info.egalite@gmail.com 

Prix : 2 Euro

Frantz Fanon: peau noire, masque blanc

Documentaire d’Isaac Julien

Mêlant archives, interviews et scènes reconstituées, ce document brosse un portrait complexe du psychiatre et révolutionnaire Frantz Fanon. Il fut un fervent partisan de la révolution algérienne et un théoricien de la libération du tiers-monde. Ses analyses du colonialisme eurent une influence considérable en Afrique et en Amérique latine, mais aussi aux Etats-Unis chez les Black Panthers.

La projection du film est suivie d’une table ronde entre les participants.

Le débat sera  animé par Luk Vervaet.

Discours de Burhan Ghalioun, Président du Conseil National Syrien – 5 novembre 2011


[youtube http://youtu.be/lLdgWtiKUcc?]

Vous trouverez la transcription en arabe et la traduction en anglais ici :

http://7ee6an.wordpress.com/2011/11/05/burhan-ghalyoun-addresses-the-syrian-nation/

Dès que je trouve une traduction faite depuis l’arabe, je vous la poste: voici avec sous titres en français

http://www.youtube.com/user/TheSNCchannel#p/a/u/1/cMVMVp6usDc

En attendant, il y a Google translate

10 questions sur l’admission de la Palestine à l’Unesco


Blog de Pascal Boniface

02 novembre 2011

1. En quoi l’admission de la Palestine à l’Unesco met-elle en danger la sécurité de l’État d’Israël ?

2. Comment expliquer que le recours à l’ONU, puis à l’Unesco, par les Palestiniens soit considéré comme des gestes unilatéraux, alors que ces organisations internationales sont l’essence même du multilatéralisme ?

3. En quoi la poursuite de la colonisation israélienne à Jérusalem Est et en Cisjordanie peut être considérée comme moins compromettante pour le processus de paix que les demandes d’admission dans des organisations internationales ?

4. Les États-Unis ne donnent-ils pas l’impression de se déterminer en fonction des demandes du gouvernement israélien ?

5. N’est-il pas paradoxal, vu l’aide que les États-Unis fournissent à Israël, que le gouvernement de ce pays semble exercer plus d’influence sur le président américain que l’inverse ?

6. Les États-Unis vont cesser le versement de leur part à l’Unesco, qui représente 22 % du budget de cette organisation. Peut-on à la fois critiquer l’unilatéralisme dont les Palestiniens auraient fait preuve en demandant d’être admis dans cette organisation et cesser toute contribution parce que l’immense majorité des autres pays n’a pas voté dans le sens souhaité par Washington ?

7. En quoi l’arrêt du financement du système d’alerte du tsunami à Haïti, d’écoles professionnelles en Afghanistan ou d’un programme mondial d’alphabétisation, entre autres programmes prévus par l’Unesco cette année, contribuera au processus de paix au Proche-Orient ?

8. Les États-Unis ont-ils calculé le coût diplomatique, la dégradation de leur image, la perception d’un isolement croissant que va leur coûter cette décision ?

9. N’est-ce pas pour le moins paradoxal de savoir que les États-Unis vont sous Obama cesser de contribuer financièrement à l’Unesco, alors que c’est George Bush qui, en 2003, avait décidé de leur réintégration dans cette organisation dont Reagan avait claqué la porte en 1984 ?

10. Le vote français en faveur de l’admission de la Palestine constitue-t-il un changement stratégique pour Nicolas Sarkozy ou est-il avant tout lié au fait que la France soit le pays où siège l’Unesco ?

http://www.iris-france.org/informez-vous/blog_pascal_boniface_article.php?numero=115

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑