Syrie : un artiste interprète la liberté
[youtube http://youtu.be/upAYUCyy8KA?]
Si vous connaissez l'anglais, il y a aussi mon site parallèle, mais non identique http://bandannie.wordpress.com
(article paru dans l’hebdomadaire « le vif » – du 2 au 8 décembre.)
Si je suis entièrement d’accord avec l’auteur de l’article Marie-Cécile Royen, quant à la dénonciation ferme, sans équivoque, quant au refus et sanctions contre toute forme de discrimination, violence physique, verbale, psychologique à caractère raciste, y compris à l’égard de citoyens, de citoyennes, de jeunes de la communauté juive ;
Je suis par contre étonnée du manque d’analyse et de réflexion politique quant à la recherche des racines et des différents facteurs qui, dans le contexte actuel du conflit du Proche Orient, entrainent un sursaut de comportements de haine et rejet à l’égard des Juifs :
C’est évident qu’il y a partout en Europe une toile de fond d’antisémitisme et de vieux clichés qui se perpétuent depuis des générations ,et contre lesquels il faut combattre à tout prix ;
Mais, comment ne pas s’interroger sur la politique d’occupation menée par l’état d’Israël, depuis des dizaines d’années, et qui ne peut que continuer à engendrer des réactions de colère et de révolte ?: de la part des communautés arabes, mais aussi de plus en plus de citoyens en Belgique, en Europe, dans le monde.
Non, nous ne sommes pas cette « nuée d’ONG et d’ASBL, et un parti –Ecolo/Groen » qui prônons le boycott à l’égard des produits Israéliens comme si ce pays entretenait un régime d’apartheid »(sic) ;
Non, nous ne sommes pas non plus « cette droite déjantée, une partie de la gauche tiers-mondiste, ni même extrême gauche stalinienne » qui faisons « une critique obsessionnelle de l’état d’Israël » et offrons une « caution intellectuelle à certains débordements » (sic) .
Il est terriblement dangereux d’amener la confusion, et de faire passer la réaction citoyenne , légitime , portée par des personnalités ( tel Stéphane Hessel, qui critique ouvertement la politique d’Israël), mais aussi par des partis, des syndicats, des mouvements citoyens…comme une dérive de l’antisémitisme vers l’antisionisme .
Il existe un mouvement extrémiste dans ce sens, et il faut le condamner.
Mais ce n’est pas le nôtre.
Au contraire, c’est au nom des libertés individuelles et collectives, et au nom de la reconnaissance et de l’existence d’un Etat palestinien, que demande d’ailleurs le parlement européen, que nous nous engageons.
Ces libertés sont brimées chaque jour par l’armée israélienne :
arrestations et détentions arbitraires,
destruction de maisons, d’écoles, de mosquées, d’oliviers ;
poursuite de la colonisation sauvage et illégale, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est ;
de même celle du mur d’apartheid,
séparation entre villes et villages palestiniens, humiliations aux check-points…
Autant de violations du droit international et des libertés individuelles et collectives, quotidiennes, et qui ne sont jamais sanctionnées.
J’observe que l’auteur de l’article argumente en puisant à des sources unilatérales (l’historien Joël Kotek, président du CCOJB.- comité de coordination des organisations juives de Belgique ) ; c’est ne pas reconnaître des positions défendues par d’autres :
comme l’Union progressiste des juifs de Belgique (UPJB.) ; les nombreux mouvements citoyens, partis, syndicats qui analysent en profondeur et cherchent à comprendre les racines du conflit « importé chez nous ».Le centre pour l’égalité des chances est lui-même critiqué (pour ne pas agir suffisamment contre les actes d’agression). Mais lui a-t-on laissé l’occasion de démonter les mécanismes qui conduisent à de tels actes ?
Personnellement, je reviens d’un voyage en Cisjordanie, et je ne peux que voir, et dénoncer, depuis mon 1er voyage en 2006, la croissance et le nombre de colonies, d’annexions, de destructions en Palestine, mais aussi à Jérusalem-Est.
Je reviens également des « Halles de Schaerbeek » où est organisée depuis le 1er décembre jusqu’au 17 une exposition consacrée à « brisons le silence » une association israélienne qui regroupe d’anciens soldats de l’armée israélienne, des jeunes qui ont fait leur service militaire et ont servi dans les territoires occupés et qui dénoncent les violences et brutalités quotidiennes de l’armée à l’égard des Palestiniens. A travers leurs témoignages directs, les photos, vidéos , nous découvrons l’horreur de l’occupation militaire, de l’arbitraire, des violences ; mais aussi de la militarisation de la société israélienne , ce qui pousse leur organisation « brisons le silence », à aider des jeunes, filles et garçons à « refuser » le service militaire et refuser de servir dans l’armée d’occupation.
Cette critique est d’ailleurs renforcée par la voix d’artistes, de journalistes, d’associations pour la paix, israéliens qui dénoncent cette politique d’occupation.
Voilà des voix, et ce type d’analyse qu’on souhaiterait voir et entendre à travers la presse et nos medias.
Anne Mottart
Professeur d’Histoire, membre de l’association « paix juste au Proche orient, Nivelles ».