Un magazine australien dénonce les tortures israéliennes infligés aux enfants palestiniens


John Lyons – The Australian

Article paru sous le titre :
Rudd veut agir concernant les allégations de torture sur des enfants palestiniens
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DCI a recueilli 385 déclarations sous serment de mineurs palestiniens gardés en détention par Israël
et qui affirment avoir subi de graves sévices.

L’Australie va exprimer ses préoccupations auprès d’Israël concernant son système judiciaire militaire pour mineurs, qui est accusé d’emprisonner et de torturer des enfants aussi jeunes que 12 ans.

Suite à un article paru dans The Weekend Australian Magazine il y a trois semaines, le ministre des Affaires étrangères d’Australie, Mr Kevin Rudd, a donné pour instructions aux diplomates australiens d’aller visiter les tribunaux militaires pour mineurs (en Israël).

Les diplomates ont été invités notamment à faire connaître à Mr Rudd les conditions qu’ils avaient trouvées à la prison militaire d’Ofer, près de Jérusalem.

Selon une déclaration du cabinet de Mr Rudd, celui-ci a également demandé aux fonctionnaires australiens d’organiser des rencontres avec les autorités israéliennes pour leur notifier leurs préoccupations à propos du système en vertu duquel les mineurs palestiniens sont jugés.

Soixante éminents psychologues, universitaires et pédiatres d’Israël ont écrit à leur Premier ministre, Benjamin Netanyahu, lui disant que « la vague d’arrestations et d’enquêtes qui ne tiennent aucun compte de la loi ne sert pas à maintenir l’ordre public et la sécurité ».

The Weekend Australian Magazine donne des exemples de ces allégations :

  • un garçon gardé à l’isolement pendant 65 jours ;
  • d’autres garçons à l’isolement sous une lumière 24 h sur 24 ;
  • un garçon de 7 ans, de Jérusalem, emmené pour interrogatoire où il dit avoir été frappé pendant qu’on l’interrogeait ;
  • trois enfants ont subi des décharges d’électricité à l’aide d’appareils portatifs pour les obliger à faire des aveux ;
  • de la nourriture pour chiens a été mise sur la tête et près des parties génitales d’un garçon qui avait les yeux bandés et on a fait venir un chien pour qu’il la mange, sous les rires de son interrogateur.
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Position en banane

Le magazine signale aussi que, depuis janvier 2007, DCI (Défense de l’enfance/Internationale) a recueilli et traduit en anglais 385 déclarations sous serment de mineurs palestiniens gardés en détention par Israël et qui affirment avoir subi de graves sévices :

  • chocs par l’électricité ;
  • coups ;
  • menaces de viol ;
  • mise à nu ;
  • isolement,
  • menaces d’annuler les permis de travail de leurs familles, et
  • le « supplice de la position », qui consiste à placer un enfant sur une chaise, à lui enchaîner les pieds et lui attacher les mains dans le dos, et à le laisser comme cela quelquefois pendant des heures.

Un garçon de 10 ans témoigne : «  Un soldat a pointé son fusil sur moi. Le canon du fusil était à quelques centimètres de ma figure. J’étais terrifié au point que je me suis mis à trembler. Il s’est moqué de moi et m’a dit :

-  Tu trembles ? Dis-moi où est le pistolet avant que je ne te tue ».

Un garçon de 15 ans témoigne d’avoir été attaché à un tuyau métallique et frappé par un soldat, et qu’un interrogateur a mis un appareil contre son corps et lui a envoyé une décharge d’électricité en disant :

-  Si tu n’avoues pas, je continue à te secouer.

Le garçon affirme que l’interrogateur lui donné un autre choc électrique, au point qu’il ne sentait plus ses bras et ses jambes, qu’il avait mal dans la tête, et qu’il a avoué.

Gerard Horton, avocat australien qui traite de nombreux dossiers dans sa fonction à DCI, dit que l’un des interrogateurs israéliens, à l’œuvre dans la colonie Gush Etzion, est « spécialisé dans les menaces de viol des enfants » pour l’obtention d’aveux.

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« Supplice de la position »

Une femme est engagée dans le programme de l’YMCA (Young Men’s Christian Association – Association chrétienne des jeunes gens) pour la réhabilitation des enfants qui ont été soumis à la détention israélienne, Fadia Saleh, a révélé au magazine The Australian dans le cadre de son enquête : « La semaine dernière, un garçon m’a décrit comment des chiens se trouvaient dans la jeep de l’armée. Dans ces jeeps, vous avez des sièges de chaque côté et un espace vide au milieu ; les enfants placés là, sur le plancher. Parfois, les soldats marchent sur eux.

« A chaque fois que l’enfant bougeait, l’un des chiens le mordait. Quand il est arrivé au centre d’interrogatoires, il avait l’un de ses bras en sang. Le déplacement avait été court, mais lui avait l’impression qu’il avait duré un an ».

The Weekend Australian Magazine rapporte que, si des missions diplomatiques et parlementaires de nombreux pays ont visité les tribunaux pour enfants, les diplomates australiens n’ont paru manifester aucun intérêt évident pour le tribunal.

Pour Maître Horton de DCI, l’Australie est restée « étonnamment silencieuse » face aux violations alléguées des droits humains des enfants palestiniens.

Il a déclaré au magazine : « Il est décevant que, parmi toutes les missions diplomatiques dans la région, l’Australie a brillé par son silence sur la question des tribunaux militaires ».

L’ambassadrice d’Australie en Israël, Andrea Faulkner, a évoqué les traitements sur les enfants, il y a plus d’un an.

Bien qu’au courant de la question, ni Mme Faulkner ni aucun autre représentant australien n’ont visité les tribunaux.

The Weekend Australien Magazine a eu un accès, rare pour un journal, au tribunal – il a été autorisé à le visiter à trois occasions différentes au cours de l’année dernière, avec les FDI (Forces de défense israéliennes), dans le cadre de cette enquête.

Cette semaine, un fonctionnaire australien a entamé des réunions sur le sujet en préparation de la visite d’un tribunal pour mineurs par des diplomates australiens.

La plupart des enfants traduits devant les tribunaux militaires sont accusés d’avoir jeté des pierres et condamnés à des peines de prison allant de deux semaines à 10 mois.

D’après les FDI, il y a eu au moins 2766 incidents de jets de pierres contre elles ou sur des voitures qui circulaient, cette année.

La police israélienne a parlé d’un accident en septembre dans lequel un homme et son enfant ont été tués par ce qui pourrait avoir été provoqué par une pierre lancée sur leur voiture.

Les autorités en Israël ne veulent pas discuter des cas individuels d’enfants, mais selon le porte-parole des Affaires étrangères, Yigal Palmor, « beaucoup de choses » doivent être améliorées et Israël travaille avec des organisations des droits de l’homme mais les « réformes et améliorations sont lentes ».

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A l’isolement sous la lumière – privation de sommeil

Le traitement des enfants palestiniens en Cisjordanie sous l’occupation militaire israélienne contraste avec celui des enfants en Israël :

  • en Israël, un enfant ne peut être envoyé en prison avant l’âge de 14 ans, alors que les enfants palestiniens y vont à partir de 12 ans ;
  • en Israël, un enfant ne peut être soumis à interrogatoire sans la présence d’un parent ;
  • en Israël, un enfant ne peut être interrogé la nuit, alors que la plupart des enfants palestiniens sont enlevés dans leurs maisons et mis en détention entre minuit et 5 h du matin ;
  • en Israël, la durée maximum de détention sans accès à un avocat est de 48 h, alors qu’en Cisjordanie, elle est de… 90 jours.

Ces derniers temps, les tribunaux militaires ont été visités par des délégations de diplomates ou parlementaires du Royaume-Uni, des États-Unis, de l’Union européenne, des Pays-Bas, de France, d’Espagne, de Belgique, d’Allemagne, d’Irlande, de Norvège, de Chypre et des Nations-Unies.

Maître Horton affirme que dans la plupart des cas, DCI exige des déclarations sous serment avant de prendre le dossier en charge.

Il a indiqué au magazine quel était le traitement courant pour beaucoup des enfants : « Une fois attaché et les yeux bandés, l’enfant est conduit à un véhicule militaire qui attend, et dans un tiers des cas, il sera jeté sur le plancher métallique pendant son transfert dans un centre d’interrogatoires.

« Parfois, les enfants sont maintenus le visage plaqué sur le plancher par des soldats qui mettent leurs bottes sur sa nuque, et les enfants sont menottés, parfois avec des menottes en plastique qui leur coupent les poignets. Beaucoup d’enfants arrivent aux centres d’interrogatoires contusionnés et meurtris, manquant de sommeils et apeurés. »

Maître Horton affirme que tout l’intérêt (pour Israël) d’un tel traitement est d’amener les enfants à faire des aveux, aussi vite que possible.

Dans un cas, bien que l’enfant eût insisté en disant que l’aveu qu’il avait signé était faux, qu’il l’avait signé seulement sous la pression, malgré cela, cet aveu a été utilisé pour le condamner.

Une porte-parole de Mr Rudd fait savoir que, lors de la dernière comparution d’Israël devant le Groupe de travail sur l’Examen périodique universel, l’Australie avait interrogé Israël sur les sévices rapportés par des détenus.

Elle indique que le gouvernement (australien) est contre la détention des mineurs.

« L’opinion du gouvernement australien depuis longtemps est que tout enfant, indépendamment de son ethnie, de sa religion, de son sexe et de quelque différence que ce soit, doit bénéficier des mêmes protections légales et des droits humains » dit-elle.
Sur les tortures infligées par Israël, voir notamment :

-  L’utilisation de la torture par Israël – Al-Haq – REP – n°44 Été 1992
-  Des médecins israéliens sont complices des tortures infligées aux prisonniers palestiniens – Ma’an News
-  Situation des enfants palestiniens détenus dans le système judiciaire militaire israélien – DCI-Palestine – Comité pour une paix juste au Proche-Orient – Luxembourg
-  Ihsan Dababisa raconte les tortures et les humiliations subies – Ma’an News
-  Les Autorités israéliennes ont torturé 70 détenus palestiniens jusqu’à la mort depuis 1967 – Association Wa’ed – Ma’an News
-  La psychopathologie suite à emprisonnements et tortures – Samah Jabr
-  Les enfants palestiniens sont maltraités et torturés dans les prisons israéliennes – Saed Bannoura – DCI
-  Rapport sur la torture à l’encontre des prisonniers palestiniens en Israël – B’Tselem & HaMoked
-  Témoignages sur les méthodes de tortures sauvages dans les prisons israéliennes – CPI
-  Tortures et mauvais traitements infligés aux prisonniers palestiniens – Michel Bôle-Richard – Le Monde
-  Le triste sort des prisonniers palestiniens – Alternatives International

17 décembre 2011 – The Australian – texte accessible aux seuls abonnés – traduction : JPP

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Bref, j’ai passé deux mois en Syrie


anniebannie : c’est exactement comme ça et moi je n’étais même pas journaliste

Max Mustang

Mis en ligne le 17/12/2011

Le quotidien d’un reporter “incognito”. Un parcours entre survie et paranoïa.

Fin août 2011. J’entre en Syrie avec un visa d’étudiant, aimablement délivré par l’ambassade de Syrie à Bruxelles. « Bon voyage en Syrie », m’avait souhaité l’employé avec un demi-sourire. Malgré l’interdiction faite aux journalistes étrangers d’entrer sur le territoire, ils étaient nombreux à correspondre depuis Damas « undercover« , rivalisant d’excuses loufoques pour justifier leur présence. Sur place, pourtant, personne n’était dupe. Du concierge de l’immeuble à l’épicier du coin, tout le monde pouvait potentiellement être un informateur des services secrets et faire rapport sur nos allers et venues. Très vite, la méfiance s’est imposée comme une règle de vie, et toute amitié sincère fut rendue à peu près illusoire.

Il fallait tout dissimuler, toujours, tout le temps. Jongler entre deux ou trois pseudonymes, avoir tout en double : boîtes mail, comptes Facebook et Skype, numéros de téléphone. Détruire ses carnets de notes, vider son disque dur. Tenir pour un informateur des services secrets celui qui la veille encore était votre contact privilégié. Ne plus répondre au téléphone à l’un, ne plus en appeler un autre. Changer d’appartement toutes les trois semaines. Fuir un colocataire « mouillé », risquer d’en mouiller d’autres en emménageant avec eux. Etre accusé d’être un salaud en leur dissimulant vos vraies activités, penser que ces salauds vous dénonceraient si vous leur disiez la vérité. Etre accusé de mettre vos contacts en danger en les pressant de témoigner, être critiqué pour être trop prudent.

Voilà à quoi ressemblait notre vie de journalistes « embarqués » en Syrie. Au début, vous faites face. Après un temps, vous vous engluez. Le risque est de se laisser endormir totalement. Relâchez votre attention pour une soirée ou pour une phrase : trop tard, vous êtes pris. — « Ce soir-là, vous étiez en compagnie de X à tel endroit, et vous lui avez dit ceci à propos de la Syrie. » « Non, je n’ai jamais rencontré cette personne. »« C’est étrange, parce que nous avons ici un enregistrement de votre conversation. » Histoire vécue par un confrère arrêté début novembre, qui n’aurait pas imaginé que les services de renseignements puissent avoir dressé un inventaire aussi complet de tous ses déplacements, rencontres et coups de fils au cours des deux derniers mois. Qui n’aurait pas imaginé non plus que derrière ses sourires affables, le propriétaire de son appartement avait donné son signalement aux hommes du renseignement.

En Syrie, vous ne pouvez jamais savoir pour qui roule votre voisin : pour un camp, pour l’autre, éventuellement pour les deux. Vous ne pouvez jamais savoir si vous êtes surveillé, mais vous devez toujours supposer que vous l’êtes. De toute façon, vous avez entendu assez d’histoires sur la cruauté qui règne dans les prisons syriennes pour éviter à tout prix de vous y retrouver un jour, bien qu’en règle générale les « étrangers » y soient mieux traités.

Au bout du compte, vous adoptez la même attitude que celle que vous aviez décriée chez les autres : vous vous emmurez dans l’immobilisme, vous vous réfugiez dans le silence, et si on vous demande ce que vous pensez de Bachar al-Assad, vous vous risquez tout juste à dire que c’est « un-type-bien-mais-mal-entouré ».

Au final, je me suis résigné à plier bagages et à fuir au Liban avant d’être arrêté – la fuite est un privilège réservé aux étrangers ; c’est pour les Syriens un rêve auquel beaucoup ont cessé de croire. Mais une fois dissipé le soulagement de la libération, vous réalisez que la paranoïa dans laquelle vous aviez vécu en Syrie continue à vous habiter.

En marchant dans les rues de Beyrouth, vous vous surprenez encore à vous retourner lorsque vous entendez l’accent de Damas et à soupçonner l’inoffensif passant d’être un agent syrien. Vous retrouvez dans un café des journalistes croisés en Syrie, et vous parlez spontanément un ton plus bas lorsque vous prononcez le mot « Assad », en jetant des coups d’œil furtifs par-dessus votre épaule.

S’il me fallait retenir une seule chose de ce que j’ai vécu en Syrie, je dirais ceci : la pérennité du régime syrien tient très certainement aujourd’hui à l’usage immodéré qu’il fait de la violence pour se maintenir en place. Toutefois, sur la distance, elle tient plus fondamentalement encore à ce carcan psychologique qu’il est parvenu à imposer à tous les Syriens, qui les maintient dans une peur constante et qui les réduit durablement au silence.

Ce constat rend encore plus extraordinaire le courage de ces Syriennes et Syriens qui sont précisément parvenus à briser les barreaux de cette prison mentale dans laquelle ils ont été enferrés durant des décennies. Pleuvent les balles, ils n’ont plus peur. Résonne dans les rues le mot « liberté », ils ont mis fin au silence. Au cours des deux mois que je viens de passer à leurs côtés, nombreux ont été ceux à m’avoir ainsi confié cette réflexion étonnante : « Le régime peut bien continuer ses exactions. Pour nous, il est déjà tombé. »

Moncef Marzouki : « L’esprit colonial, c’est terminé »


dimanche 18 décembre 2011, par La Rédaction

Les Français, « prisonniers d’une doxa au sujet de l’islam », sont « souvent ceux qui comprennent le moins le monde arabe », déplore, dimanche, le nouveau président tunisien, Moncef Marzouki, pour qui les craintes des Occidentaux à l’égard des islamistes d’Ennahda sont « absurdes ». « J’ai très peu apprécié des considérations culturalistes, pour ne pas dire racistes, formulées à Paris par certains, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine qui se demande si l’Occident doit exporter sa démocratie. Comme si la démocratie était propre aux pays occidentaux », fustige Moncef Marzouki dans un entretien au Journal du dimanche. « L’esprit colonial, c’est terminé. La révolution de janvier 2011 nous a donné la démocratie, la République et finalement l’indépendance », ajoute-t-il.

L’ancien opposant de gauche et défenseur des droits de l’homme, longtemps exilé en France, estime : « Les craintes à l’égard d’Ennahda sont absurdes. Notre société recèle une partie conservatrice et une autre moderne. L’expression politique du conservatisme, c’est l’islamisme. Vous avez des partis démocrates-chrétiens en Europe, nous avons un parti démocrate islamiste. » Moncef Marzouki défend « le bon contrat de gouvernement » conclu avec les islamistes, qui, « pour la première fois, acceptent la démocratie et les droits de l’homme ».

« J’ai aidé à rapprocher les islamistes de la démocratie et des droits de l’homme ; eux m’ont influencé en me persuadant que vous ne pouvez pas réformer ce pays sans prendre en considération la religion et l’histoire », assure-t-il. Moncef Marzouki a nommé officiellement mercredi l’islamiste Hamadi Jebali, numéro deux du parti Ennahda, au poste de chef de gouvernement.