Face aux reproches des républicains, Obama s’affiche en ami d’Israël


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le 04.12.11 | 16h16

Attaqué par ses adversaires républicains sur son manque de soutien supposé à Israël, le président américain Barack Obama se vante, malgré des tensions, d'être le meilleur ami de l'Etat hébreu à moins d'un an de la présidentielle de 2012

Attaqué par ses adversaires républicains sur son manque de soutien supposé à Israël, le président américain Barack Obama se vante, malgré des tensions, d’être le meilleur ami de l’Etat hébreu à moins d’un an de la présidentielle de 2012.
La plupart des candidats républicains à l’investiture de leur parti pour la consultation du 6 novembre prochain, lorsque M. Obama briguera un second bail de quatre ans à la Maison Blanche, se réunissent mercredi à Washington pour un forum organisé par la « Coalition juive républicaine ».

Ils devraient y renouveler leurs critiques contre l’administration démocrate, qu’ils ont accusée ces derniers mois de manque de soutien à Israël au moment où les bouleversements au Moyen-Orient mettent cet Etat sur la défensive.
Vendredi, le secrétaire à la Défense de M. Obama, Leon Panetta, a appelé Israël à « faire des efforts pour arriver à faire la paix avec les Palestiniens » et à rompre son « isolement » dans la région, en allusion à ses relations tendues depuis plusieurs mois avec l’Egypte et la Turquie.

M. Panetta a assorti ces mises en garde d’assurances sur l’attachement des Etats-Unis à la sécurité d’Israël, un leitmotiv de toutes les administrations. M. Obama est toutefois allé plus loin mercredi en affirmant qu' »aucun allié n’est plus important que l’Etat d’Israël » pour les Etats-Unis.

Le président, qui s’exprimait à New York lors d’une réunion de levée de fonds au domicile du président d’un groupe de défense des intérêts juifs, a aussi assuré que « cette administration a fait davantage pour la sécurité d’Israël que toute autre administration ».

Si M. Obama s’est attiré des critiques en 2010 pour avoir exigé – avant d’y renoncer – un gel de la colonisation israélienne comme préalable à la reprise des négociations de paix, la Maison Blanche souligne que le président a accordé une aide supplémentaire à l’Etat hébreu pour son système antimissile et obtenu de nouvelles sanctions contre l’Iran pour son programme nucléaire controversé.

Des responsables de l’équipe de M. Obama remarquent aussi que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a chaleureusement salué en septembre les déclarations du président contre l’admission à part entière à l’ONU d’un Etat de Palestine avant tout accord de paix.
Mais les républicains ont immédiatement réagi aux propos de M. Obama à New York. « Vous voulez rire? » s’est exclamé le président de la Chambre des représentants, John Boehner, en critiquant une Maison Blanche « qui veut qu’Israël revienne aux lignes indéfendables de 1967 » face aux Palestiniens.

L’un des principaux candidats à l’investiture républicaine, Mitt Romney, a quant à lui affirmé que les mesures entreprises par l’administration démocrate équivalaient à « laisser tomber Israël ».
Spécialiste du dossier et partisan de M. Obama, l’ancien représentant Mel Levine regrette la bronca républicaine, « un exemple révoltant et vraiment irresponsable de division partisane qui ne rend pas service à Israël, en définitive ».
Le contexte est bien sûr celui du soutien de l’électorat juif, qui s’est porté à 78% sur M. Obama en 2008. Il ne représenterait qu’environ 2% du corps électoral, mais pourrait faire la différence dans des Etats-clé où le vote pourrait être serré, comme la Floride (sud-est) et la Pennsylvanie (est).

Les assertions républicaines d’aujourd’hui « ne sont pas différentes de celles que certains républicains essayaient de formuler en 2007-2008 », explique à l’AFP M. Levine, pour qui « nous aurons le même succès en novembre (2012) qu’en 2008 ».
Selon l’institut Gallup, les électeurs juifs n’étaient plus que 54% à soutenir M. Obama en septembre dernier, contre 83% au début de sa présidence. Mais c’est toujours dix points de plus que la moyenne de sa popularité au sein du corps électoral.

AFP

Le lien avec les Etats Unis vu de Tel Aviv


Le gouvernement sioniste vient de lancer une campagne de com pour inviter ses ouailles égarées en Amérique à retrouver le chemin du « foyer national juif. »

Cette campagne a suscité la colère dans la communauté juive des Etats Unis. Pas seulement pour de bonnes raisons cependant.

Elle a apparemment laissé de marbre les Américains non Juifs qui auraient pourtant eu aussi des motifs légitimes de se fâcher, eux dont les dirigeants, de Barack Obama à Joe Biden, ne cessent de clamer le lien incassable (unbreakable) entre les Etats unis et la voyoucratie sioniste.

Les Juifs des USA refusent la campagne de communication anti-assimilation

Des spots vidéo illustrant le processus d’assimilation des Israéliens residant à l’étranger provoquent des remous dans la communauté juive américaine. Selon les Jewish Federations ; ce message insultant pourrait nuire aux relations entre israël et la diaspora.

Par Yitzhak Benhorin, Yediot Aharonot (Sionistan) 2 décembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

WASHINGTON –  Une campagne de communication lancée par le ministère de l’absorption des immigrants destinée à convaincre les Israéliens résidant à l’étranger de rentrer en Israël a provoqué une grande colère chez de nombreux Juifs Américains qui soutiennent que ces spots vidéo mettent en danger les relations d’Israël avec sa diaspora.

Trois vidéos produites par le ministère décrivent des scènes de la vie “ordinaire” des Israéliens à l’étranger et les pressent de “rentrer au pays” avant d’être «complètement assimilés.»

Suite à de nombreuses protestations de la part de Juifs Américains, la Jewish Federations of North America (JFNA) a publié la déclaration suivante : « … Tout en admettant les motivations derrière la campagne de spots vidéo, nous sommes fermement opposés à son message selon lequel les Juifs Américains ne comprennent pas Israël. Nous partageons les préoccupations de beaucoup d’entre vous qui avez fait savoir que ce message scandaleux et insultant pourrait nuire à la relation entre Israël et la diaspora.»

« C’est pourquoi nous avons fait connaître notre préoccupation aux officiels Israéliens aux Etats Unis et transmettons un courrier aux services du premier ministre pour lui demander avec force de stopper cette campagne et de reconsidérer la stratégie sous-jacente. Nous avons aussi proposé notre aide dans la redéfinition de cette démarche.»

Une des vidéos montre des grands-parents en Israël avec un chandelier d’Hannoucah derrière eux en train de discuter avec leur petite fille sur Skype. Ils lui demandent « c’est quelle fête aujourd’hui ? », à quoi elle répond joyeusement «Noël.»

En fin de vidéo, le message suivant s’incruste sur l’écran : « Ils seront toujours Israéliens. Pas leurs enfants. Aidez-les à rentrer au pays.»

Une autre vidéo qui a mécontenté les Juifs Américains suggère que des israéliens ne devraient pas épouser des non Israéliens, parce que ces derniers ne comprendront jamais des fêtes israéliennes comme la Journée du Souvenir des Soldats et des Victimes du Terrorisme.

Dans un troisième spot, on voit un enfant essayer de tirer son père de la sieste en appelant à plusieurs reprises «papa». Mais le père ne réagira que quand l’enfant finira par l’appeler «aba» (père en hébreu).

Les organes de presse américains ont pourfendu cette campagne de communication, dirigeant leur colère contre le premier ministre Benjamin Netanyahou.

Le magazine Business Insider a comparé Netanyahou au Grinch, un personnage de fiction créé par le Dr Seuss et qui est opposé aux fêtes de Noêl, tandis que le Miami Herald a publié un article intitulé «Benjamin Netanyahou en guerre contre Noël ?»

Jeffrey Goldberg, correspondant de The Atlantic, a exprimé le mécontentement de la communauté juive en écrivant: “L’idée communiqué par ces spots est que l’Amérique n’est pas un endroit pour être un bon Juif et qu’un Juif qui se soucie du destin juif devrait vivre en Israël est archaïque et aussi chutzpadik (si je puis me permettre ce terme familier).

“Le message est: Chers Juifs Américains, merci de faire pression pour l’aide militaire américaine (et pour le show formidable que vous montez chaque année pour la convention de l’AIPAC !) mais, SVP, tenez-vous à l’écart de nos fils et de nos filles, » écrit-il.

Mounadil el Djazaïri

BRISER LE SILENCE


Du 1er au 17 décembre Les Halles de Schaerbeek en partenariat étroit avec l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) et Dor Hashalom vous invitent à l’exposition et aux activités présentées sur le thème de

Exposition : Breaking the silence – Des soldats israéliens parlent de l’occupation

JE 01/12 > SA 17/12 13h00 > 18h00 Nocturne chaque jeudi jusque 21h00 et lors des autres soirées de Breaking the Silence. Fermé le lundi. Visites en matinée et en nocturne possible sur demande uniquement (groupe de min. 20 personnes).

L’association israélienne Shovrim Shtika Breaking the Silence Brisons le Silence a collecté et compilé plus de 2 500 heures d’interviews à propos de la vie quotidienne à Hébron. L’exposition présente une centaine de photographies prises par les soldats dans l’exercice de leur fonction au sein des forces armées israéliennes. Des ex-soldats, membres actifs de Breaking the Silence, accompagnent la visite de l’exposition et parlent de leur mission en Cisjordanie et dans les autres Territoires occupés de Palestine*.

« Les soldats qui servent dans les Territoires sont les témoins et les acteurs d’actions militaires qui les changent profondément. Les cas d’abus envers les Palestiniens, les pilages et les destructions de propriétés sont la norme depuis des années mais sont toujours relatés comme étant des cas extrêmes et uniques. Nos témoignages décrivent une autre et bien plus sinistre réalité. Une réalité dans laquelle la détérioration des principes moraux trouve un moyen d’expression, sous la forme d’ordres et des règles d’engagement, et qui est justifiée au nom de la sécurité d’Israël. »

Breaking the silence
Avec le soutien de la Fondation Rosa Luxemburg

*( Le 3 décembre 2011 à partir de 15h30, visite guidée de l’exposition « Breaking the silence » pour les membres et sympathisants de l’ABP- inscription : abp.eccp@skynet.be)

The Details – Avi Mograbi

L’installation vidéo The details contient une série de scènes de et à propos des territoires occupés, montrés simultanément sur 8 écrans. Tournées et utilisées dans divers films d’Avi Mograbi, elles sont présentées pour créer un espace chaotique parallèle et non linéaire, une représentation tronquée de la vision qu’a l’artiste de la réalité des Territoires occupés.

Mardi 6 et samedi 10 décembre à 20h30 : Winter Family. Jérusalem-Plomb Durci

Une performance de théâtre documentaire à partir d’image de cérémonies et de célébrations mémorielles et nationales filmées et récoltées à Jérusalem dans les écoles, les quartiers, les médias et les lieux symboliques de l’État d’Israël.

Une jeune femme de Jérusalem nous guide dans un voyage sonore, visuel et textuel à travers la société israélienne. En Israël, la douleur, la mémoire et le courage sont célébrés de tous côtés, les codes et les symboles étirés jusqu’à l’épuisement. Les chants, les discours, les sirène et les danses sont omniprésents de la naissance à la mort des individus, qui, pris en otage par le système implacable, deviennent les acteurs d’une éblouissante et macabre hallucination collective et se projettent dans un tourbillon vilent et national. Israël accélère sa fuite en avant désespérée et vaine : la dictature émotionnelle.

Winter Family est un duo de musique expérimentale composé de l’artiste israélienne Ruth Rosenthal (textes, voix) et du musicien français Xavier Klaine (musique, pino, grandes orgues, harmonium, célesta) basé à Jérusalem et Paris. Ils se rencontrent à Jaffa en 2004. En 2008, à l’occasion des anniversaires simultanés de l’État d’Israël et de la « réunification » de Jérusalem, le duo enregistre la pièce sonore Jérusalem Syndrome qui sera diffusé sur France Culture. Les deux artistes décident ensuite de continuer ce travail et de créer la performance de théâtre documentaire Jérusalem-Plomb Durci.

Mercredi 7 décembre à 20h30 : Z32 – un film de Avi Mograbi

Un ex-soldat israélien participe à une mission de représailles dans laquelle deux policiers palestiniens sont tués. Il cherche à obtenir le pardon pour ce qu’il a fait. Sa petite amie ne pense pas que ce soit aussi simple, elle soulève des questions qu’il n’est pas encore capable d’affronter. Le soldat accepte de témoigner devant la caméra pur autant que son identité ne soit pas dévoilée. Le cinéaste, tout en cherchant la solution adéquate pour préserver l’identité du soldat, interroge sa propre conduite politique et artistique.

Jeudi 8 décembre à 20h30 : Briseurs de silence de Simone Bitton

Un documentaire sonore, un essai radiophonique, de la réalisatrice de Mur (2004) et de Rachel (2008) et inspiré par le travail de Shovrim Shtika – Breaking the Silence.

Des voix d’exilés israéliens – qui ont pour la plupart été soldats dans l’armée israélienne (de même que Simone Bitton elle-même) –, disent les mots de la génération actuelle de soldats et de soldates. Sur une trame composée de sons ramenés de Gaza et de Cisjordanie, la banalité et l’universalité du mal s’entend en français, avec cet accent hébraïque que l’on ne perd pas. Comme on ne perd pas la mémoire des gestes que l’on a faits, de l’humiliation qu’on a infligée, de la mort qu’on a donnée –parce que c’était comme ça, tu comprends, là-bas, la routine c’était comme ça…

Vendredi 9 décembre à 20h30 : Amira Hass – conférence autour de Breaking the Silence

Breaking the Silence a brisé le silence mais aussi les méthodes conventionnelles de l’information industrielle. La méthode de collecte de l’information de Breaking the Silence vérifie finalement ce que les médias « respectables » n’ont de cesse de nier : l’information palestinienne.

Samedi 10 décembre à 10h00 : Table ronde avec Simone Bitton, Avi Mograbi, Amira Hass, Yehuda Shaul (Breaking the Silence) et Nurit Peled-Elhanan

L’occupation de la Palestine par Israël et son armée n’est pas sans effet sur la société israélienne puisqu’elle l’affecte en son cœur : son armée composée de jeunes hommes et femmes qui ne peuvent échapper à l’obligation du service militaire à moins de devenir des refuzniks. Après les images, les films, sons, vidéos, photographies, place aux mots pour éclairer, en reprenant les termes de Breaking the Silence « Une réalité dans laquelle la détérioration des principes moraux trouve un moyen d’expression, sous la forme d’ordres et de règles d’engagement, et qui est justifiée au nom de la sécurité d’Israël ».

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L’Appel au dialogue de paix occulte la destruction de la communauté palestinienne


mercredi 19 octobre 2011 – 06h:43

Jacques Bude

Ce texte est la seconde partie de l’article paru sous le même titre dans le numéro de mars 2011 de La Revue nouvelle de Bruxelles.

La première partie est également en ligne sur le site www.info-palestine.net sous le titre « La destruction officielle des communautés palestiniennes en Israël-Palestine.

À de rares exceptions près, les initiatives venant des États-Unis et de l’Union européenne en vue d’assurer la paix entre Israéliens et Palestiniens, considèrent que le dialogue est le seul moyen d’atteindre cet objectif.

Ces appels ont pratiquement toujours pour prémisse que l’existence de l’État d’Israël est menacée (1) et qu’ »Israël a le droit de se défendre ».

Par contre, ils ne mentionnent pratiquement jamais que depuis plus d’un demi-siècle, la Communauté palestinienne est systématiquement sapée par l’État d’Israël et on ne trouve nulle part que « Les Palestiniens ont le droit de se défendre ».

Or, l’existence de l’État d’Israël n’est pas en danger et n’a sans doute jamais été sérieusement menacée alors que l’existence même d’une communauté palestinienne en Israël-Palestine est non seulement menacée, mais sa désintégration sociale délibérée et systématique par l’État d’Israël – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide » (2) – a probablement atteint un point de non retour du moins dans les territoires occupés en 1967.

Seul un sursaut, malheureusement plus qu’improbable, de la communauté internationale pourrait peut-être encore la sauver.

La conférence de paix instrument de légitimation

La succession de « conférences de paix » entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’a ni interrompu, ni même ralenti l’appropriation de terres et la destruction de la société palestinienne dans les territoires occupés en 1967.

Ces « dialogues de paix » qui n’ont pas contribué à la paix, n’ont pas empêché, bien au contraire, l’État d’Israël d’imposer sa paix, de poursuivre en paix les confiscations, la colonisation et le nettoyage ethnique dans les territoires confisqués ni de digérer en paix le fruit de ses extorsions.

Intentionnellement ou non, ces « dialogues de paix » ont été des promesses creuses qui ont instillé un espoir anesthésiant aux Palestiniens, et un moyen d’amener les Israéliens à soutenir la colonisation, moyen dont la meilleure illustration est le mensonge de l’ »offre généreuse » mis au point et utilisé de main de maître par E. Barak.

Je paraphrase l’essentiel : « Nous avons pratiquement tout offert aux Palestiniens. Mais, quoi qu’on leur offre, ils veulent toujours davantage, en fait, rien de moins que jeter les Juifs à la mer. L’absence d’un partenaire de paix malgré nos offres généreuses, nous oblige à établir une zone de sécurité efficace. » (3)

L’effet de légitimation de l’occupation sur l’opinion israélienne et internationale de ce mensonge d’offres généreuses israéliennes qui en fait n’ont jamais existé et qui auraient été confrontées à un refus systématique de la part des Palestiniens, a été stupéfiant.(4) Force est de constater que lorsqu’il s’agit d’Israël la crédulité est incommensurable.

Désormais les Conférences de paix – à l’instar de celle mort-née qui s’est récemment ouverte à Washington et dont E. Barak dirigeait la délégation israélienne – entre l’État d’Israël et l’Autorité palestinienne totalement dépendante des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la bonne volonté douanière d’Israël, ne devraient même plus s’inscrire dans la perspective d’une paix en échange de l’évacuation des territoires occupés en 1967, mais – à l’instar de la politique déjà officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991 (5) et qui, en fait, a été pratiquée par tous les gouvernements israéliens (6) – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est à dire, de la capitulation.

Je caricature à peine : « Laissez-nous confisquer vos terres en paix et vous aurez la paix. Soumettez-vous à notre domination – ce qui est pris ou sera pris, restera pris – et nous vous accorderons la paix dans ce que nous voudrons bien vous laisser : des réserves administrées et policées par une Autorité indigène à notre botte et où votre survie dépendra de la charité internationale ».

La comédie des « offres généreuses » n’est sans doute plus nécessaire. Du fait de son manque d’autonomie et des privilèges qu’elle voudra préserver, l’Autorité palestinienne va très probablement entériner la capitulation, « la paix contre la paix ».

La colonisation de peuplement se poursuit et Israël, à l’image des États-Unis, est déjà pratiquement devenu un État moderne avec ses réserves d’Indigènes.

Hors du cadre d’institutions qui imposent le respect du droit international, s’en remettre au dialogue pour assurer la paix entre une brutale puissance occupante et la communauté désarticulée qui est à sa merci, c’est s’en remettre à la raison du plus fort, celle de la puissance occupante ; c’est soutenir l’occupation, occulter et donc encourager les violations du droit international : les déplacements de population, les spoliations de terres et de maisons, les punitions collectives, les violences de l’armée et des milices des colonies de peuplement, la destruction des infrastructures éducatives, économiques, sanitaires, … ; c’est collaborer à la soumission de la communauté opprimée et être complice de sa destruction ; c’est avaliser la violation des droits des membres de cette communauté : droits à se défendre, à résister à l’occupation, à la sécurité alimentaire, à l’assistance sanitaire, à l’éducation, à la propriété, à la libre circulation, ….

De plus, s’en remettre à un tel dialogue permet aux autorités politiques et militaires de l’État d’Israël de préserver leur légitimité tout en continuant impunément à désarticuler la société palestinienne, à accaparer des terres et à les « nettoyer » de ceux qui y vivent.

Devoir de mémoire

Si ce n’était l’invocation culpabilisante de la destruction des communautés juives d’Europe, personne de bonne foi ne se préoccuperait de la sécurité d’une puissance occupante qui n’est nullement menacée.

Il irait de soi de se préoccuper, non de la pacification d’une zone d’occupation militaire, mais du respect des droits des victimes d’une occupation illégale et meurtrière.

L’Europe a de lourdes responsabilités dans ce conflit et donc des obligations particulières, avant tout celle de ne pas rester, une fois de plus, impassible face à la destruction d’une communauté ethnique.

Ceux qui, comme moi, ont été « formés » par la destruction des communautés juives d’Europe, doivent – sous peine de se renier et de trahir les victimes de cette destruction – dénoncer l’ignoble justification des crimes commis à l’encontre des Palestiniens et de leur communauté, par le massacre des Juifs d’Europe.(7)

Par devoir de mémoire, c’est la solidarité avec la Communauté palestinienne en voie de destruction qui doit aller de soi et non – comme c’est malheureusement le cas pour de trop nombreux Juifs mais fort heureusement pas tous – une identification au militarisme de l’État d’Israël.

Aujourd’hui, beaucoup de Juifs caractérisent les Juifs d’avant la création de l’État d’Israël et ceux qui n’embrassent pas le sionisme, par une résignation à l’impuissance dans un monde antisémite voué à les détruire.

C’est, selon eux, cette impuissance qui a permis la destruction des Juifs d’Europe. La condamnation morale de cette résignation fonde leur définition d’eux-mêmes – « ne plus se laisser mener à l’abattoir comme des moutons » – et se traduit par une sacralisation de la capacité à se défendre par les armes incarnée par l’État d’Israël.

De là, bien que seule une infime minorité des juifs de la diaspora émigreront en Israël et moins encore y resteront (8) , une identification exacerbée à cet État : aveuglement à tous ses méfaits et accusation d’antisémitisme à l’encontre de toute critique portant sur l’exercice de la puissance militaire israélienne, postulée synonyme de survie du Peuple juif.

A leurs yeux et en toute sincérité, la mise en question de la légitimité des violences israéliennes exprime l’immémoriale haine meurtrière des Juifs, même si elle émane de Juifs qu’ils accusent dès lors d’avoir la « haine de soi ».

Cette définition de l’identité juive et du monde non juif ne se réfère plus à l’épaisseur humaine des diverses communautés juives du monde, si riches des sédiments de siècles de rencontres – bien sûr très loin d’avoir toujours été harmonieuses – avec tant de sociétés. Elle se fonde, pour l’essentiel, sur la capacité et le droit d’avoir recours à la violence armée – même préventivement, comme en 1948, en 1967 et de nos jours – afin que « plus jamais çà ». Cette réduction au militarisme – « redressement »(9) de l’incapacité à avoir recours à la violence armée – est un triste témoignage de la profondeur de la dévastation que le nazisme a infligée aux communautés juives.

Obligation morale de boycotter l’État d’Israël

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Il ne s’agit évidemment pas de mettre en question l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs reconnu dans ses frontières de 1967 par la communauté internationale, l’OLP (10) et, implicitement, le Hamas. (11) Cela s’apparenterait à une incitation au crime contre l’humanité.

Il s’agit d’appeler la Communauté internationale à contraindre un État et ses autorités à respecter le droit international.(12)

Tant que l’État d’Israël ne respecte pas les droits humains des Palestiniens, y compris ceux de nationalité israélienne ; tant que cet État et ses autorités violent gravement le droit international, notamment par le crime contre l’humanité que constitue le blocus de la population de Gaza, toute personne qui adhère aux valeurs démocratiques, particulièrement, tout responsable politique doit : appeler les instances politiques nationales et internationales à remplir leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit international, notamment d’exiger, sous peine de sanctions, la fin de l’occupation, des confiscations et du harcèlement des Palestiniens ; appeler les instances judiciaires nationales et internationales à mettre fin à l’impunité des autorités israéliennes ; appeler à l’établissement d’un État palestinien indépendant et viable et au dédommagement de la Communauté palestinienne.

C’est seulement dans un tel cadre – qui plus que probablement ne verra jamais le jour – qu’un dialogue de paix ne servira plus à occulter la destruction de la Communauté palestinienne et à assurer l’impunité à l’État et aux responsables israéliens.

On le voit, je ne suis guère optimiste. Les réserves d’Indiens en Amérique du nord et d’Aborigènes en Australie rappellent combien une colonisation de peuplement peut être dévastatrice pour les communautés indigènes. Je crains fort qu’après des décennies de « faits accomplis » impunis, la désintégration des communautés palestiniennes en Israël-Palestine soit désormais irréversible.

De toute façon, qu’il soit ou non trop tard, j’estime que toute personne qui refuse d’être complice de cette destruction, doit : soutenir ceux qui en Israël défendent les droits des Palestiniens ; cesser toute collaboration avec les institutions israéliennes – publiques ou privées – qui ne s’opposent pas à l’occupation et à la colonisation ; refuser de consommer des produits israéliens qu’ils proviennent ou non des territoires occupés en 1967. Malgré tout, je ne peux m’empêcher d’espérer qu’une prise de conscience internationale, surtout israélienne, de la situation désespérée des Palestiniens rendra enfin possible – à l’instar de ce qui s’est passé pour l’Apartheid en Afrique du Sud – une paix équitable entre Palestiniens et Israéliens.

Notes

1) « Contrairement à la légende dépeignant un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les « nouveaux historiens » confirment la supériorité croissante des forces israéliennes (en effectifs, armement, entraînement, motivation…) à la seule exception de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948. » Dominique Vidal, « L’expulsion des Palestiniens revisitée », Manières de voir N°98, Le Monde diplomatique avril-mai 2008, p.13. Lorsqu’elles déclenchent la Guerre des 6 jours de juin 1967 qui a été gagnée en une matinée, les autorités israéliennes étaient parfaitement au courant de leur large supériorité militaire. L’enjeu de la Guerre du Kippour d’octobre 1973 était d’amener Israël à négocier l’évacuation du Sinaï et du Golan et nullement de menacer son existence. A cette occasion les troupes égyptiennes et syriennes ont effectivement réussi à percer les lignes israéliennes et il a fallu une semaine aux généraux israéliens pour redresser la situation. Ce qui a été d’autant plus facile que le Président A. Al Sadate avait arrêté l’offensive de ses troupes. On notera que ni la population ni les territoires palestiniens n’ont été impliqués dans ce conflit. Voir Alain Gresh et Dominique Vidal, Les 100 clés du Proche-Orient, Hachette, 2003, p.234-242.

2) Il s’agit de la politique mise en œuvre par le Général A. Sharon, Premier Ministre, au début 2002 – opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. » Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

3) Pour l’analyse de la mise au point et de l’utilisation de cette technique de persuasion, voir Tanya Reinhart, Détruire … p. 59-64.

4) « Depuis 1993, les sondages avaient constamment montré une majorité autour de 60% en faveur de ’la terre pour la paix’. Après Camp David et les ’négociations’ qui ont suivi, le soutien aux concessions pour la paix est tombé dans les sondages à 30%. » Tanya Reinhart, Détruire … p. 63-64.

5) Devenu Premier Ministre, Yitzhak Shamir – ancien chef du Lehi, groupe terroriste, responsable de massacres destinés à faire fuir les Palestiniens, entre autres celui de Deir Yassine en avril 1948 – déclare dans son discours d’ouverture de la Conférence de Paix de Madrid (1991) : « La nature du conflit n’est pas territoriale. … Nous prions pour que cette rencontre marque la fin de l’hostilité, de la violence, de la terreur et de la guerre ; qu’elle apporte le dialogue, la réconciliation, la coexistence et – par-dessus tout – la paix. ». Voir Le Monde diplomatique, Cahier spécial sur le Proche-Orient, janvier 2006.

6) On pourrait éventuellement accorder le bénéfice du doute à I. Rabin. Mais entre la signature des Accords d’Oslo en Septembre 1993 et son assassinat en février 1995, le nombre de colons a fortement augmenté et les infrastructures de l’occupation se sont considérablement développées. Après le massacre de 29 Palestiniens dans une mosquée de Hebron en février 1994, il a refusé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Enfin, son passé – « Cassez-leur les os » en 1987 entre autres – incite à la méfiance. Voir, Dominique Vidal, I. Rabin. « Faucon », puis « colombe », Manières … , p.50.

7) « La nazification de l’ennemi, quel qu’il soit, et la transformation de chaque menace sécuritaire en danger d’extermination totale ont donc caractérisé, des années 1940 à nos jours, les discours des élites politiques, comme le jargon de la presse ou la conversation des gens dits ’ordinaires’. » Idith Zertal, « Au nom de la Shoah », Le Monde diplomatique, Manières …, p.22.

8) Le nombre de Juifs vivant à l’extérieur d’Israël est estimé à un peu moins de 8.000.000. Voir Courrier international, 17 juin 2010, p.10. Selon le Bureau central de statistique israélien, il y a eu 14.572 nouveaux immigrants en 2009, soit un taux annuel d’émigration vers Israël (Alia) de moins de 0,02%. Et tous n’y resteront pas.

9) Au sens de G. Canguilhem.

10)Implicitement en 1988, lorsque le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions de l’ONU et explicitement, en 1996, lorsqu’il élimine de sa Charte tous les articles contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël.

11) En 2006, le Hamas signe le document d’ »Entente nationale » qui reconnaît implicitement Israël dans ses frontières de 1967.

12) Pour une revue rigoureuse des violations du droit international commises par l’État d’Israël et les autorités israéliennes, ainsi que des manquements de l’Union Européenne et de ses États membres à leur obligation de réagir à ces violations, voir Conclusions de la première session internationale du Tribunal Russel sur la Palestine, Barcelone, 1-3 mars 2010. www.russelltribunalonpalestine.com

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Jacques Bude

Jacques Bude est Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père morts en déportation. « Enfant caché » sauvé par des gens merveilleux du pays de Liège.

Article paru dans le numéro de mars 2011 de La Revue nouvelle, Bruxelles. www.revuenouvelle.be. L’auteur a inséré des intertitres et les références ont été complétées.

La Ville de Genève prend ses distances avec le Fonds National Juif de Suisse


Polémique | Le Conseil administratif dénonce le tarif préférentiel accordé par Patrice Mugny à une association juive qui organise un concert de bienfaisance ce 1er décembre au Victoria Hall.

© DR |

JF Mabut | 30.11.2011 | 22:54

La Mairie de Genève indique ce soir «se désolidariser du soutien accordé par la Ville de Genève à l’organisation du concert du Raanana Symphonette Orchestra au profit du Fonds National Juif à l’occasion du 110e anniversaire de sa création à Bâle».

C’est une interpellation au Conseil municipal qui a alerté le Conseil administratif. Il découvert, écrit-il dans un communiqué de presse diffusé en fin d’après-midi, la décision prise en mars 2011 par le Département de la culture, alors dirigé par le conseiller administratif Vert Patrice Mugny, d’accorder le tarif de bienfaisance au concert donné ce jeudi 1er décembre au Victoria Hall en faveur d’un projet du Fonds National Juif de Suisse (FNJ), appelé également Keren Kayemeth Leisraël.»

«Il est apparu que cet organisme, se présentant comme apolitique, poursuit en réalité des buts politiques», notent les cinq magistrats pour une fois unanimes. Et de brandir le règlement du Victoria Hall, dont  l’article 2, al. 6 précise : «Les manifestations qui présentent un caractère de propagande politique, de propagande religieuse, de propagande militaire ou de pratique sectaire sont exclues.»

Trop tard cependant pour annuler la manifestation. De quoi cependant légitimer la manifestation que le Collectif Urgence Palestine (CUP) annonce devant le Victoria Hall ce jeudi soir à 19h30. Une manifestation qui n’a pas reçu l’autorisation des autorités cantonales.

Le CUP dénonce la politique «menée mène depuis des décennies par le FNJ, une politique de dépossession des terres et de destruction de villages palestiniens et bédouins ainsi que d’éviction d’habitant-e-s de leurs maisons. Le soutien de la Ville à cette «célébration» est donc scandaleux d’autant que les destructions et les expulsions dans la vallée du Jourdain et à Jérusalem-Est constituent des violations des Conventions de Genève!»

Le concert du Raanana Symphonette Orchestra doit célébrer les 110 ans de la fondation du FNJ, créé lors du 5e Congrès sioniste, à Bâle, en 1901. L’organisation met en avant son action écologique en Israël, où elle dit avoir planté plus de 200 millions d’arbres.

L’Allemagne vendra le sous-marin à Israël


[Mercredi 30/11/2011 22:14]

La vente par l’Allemagne d’un sous-marin « Dophin » à Israël avait failli être annulée par Berlin …au motif que le gouvernement israélien avait décidé de la construction de 1.100 unités de logements à Gilo (Jérusalem) !! Après d’intenses contacts diplomatiques, une haut responsable allemand a annoncé « que la vente avait était définitivement approuvée par le gouvernement allemand ». Le sous-marin « Dolphin » est capable de contenir et lancer des missiles à têtes nucléaires. Il y a un mois, la chancelière Angela Merkel avait décidé « de revoir sa décision » car elle se disait « déçue de l’attitude du Premier ministre israélien qui lui avait donné l’impression qu’il ne construirait plus en-deçà de la ‘ligne verte’ » !! Le prix d’un sous-marin « Dolphin » est de 145 millions d’euros et c’est le 6e qui est vendu à Israël par l’Allemagne depuis 20 ans.

source

La Dernière Colonie de Peuplement


Rudi Barnet

L’être humain a décidément une étrange faculté d’oubli ou d’occultation de l’information.

En Belgique, de nombreuses statues proclament la gloire de Léopold II, le « roi bâtisseur »… Qui, avec la collaboration des politiques, religieux et investisseurs divers, a laissé plus de dix millions de cadavres dans la colonie africaine qu’il a conquise et exploitée. ([1])

Apparemment, ces massacres sont dérisoires pour la plupart des habitants qui continuent d’honorer la « grande œuvre civilisatrice » du roi des Belges.

Etrange absence de conscience… Comme si l’information n’arrivait pas au cerveau.

Certains disent que cette cécité ou surdité est due au trop-plein déversé par les médias, d’autres adoptent l’attitude des trois singes de la mythologie chinoise : rien voir, rien entendre, rien dire…. Meilleur moyen de vivre sans stress, en bon consommateur!

D’autres encore disent que c’est l’idéologie ou la foi religieuse qui obstrue le passage de toute information contradictoire… Sans oublier toutes ces officines de propagande qui travaillent, souvent avec la collaboration des medias dits « officiels », à la cacher ou à la décrédibiliser,

N’en reste pas moins que, comme le dit le proverbe « Les faits sont têtus » et qu’il y a des réalités vérifiables pour qui ne se bouche pas les yeux et les oreilles.

… Comme le constat qu’Israël, bien loin d’être un projet démocratique, est bien, avec le Tibet

la dernière colonie de peuplement de l’ère moderne

 

L’Histoire de l’Humanité est jalonnée d’invasions, de massacres, de nettoyages ethniques et autres « joyeusetés » perpétrées sous les prétextes les plus divers : apporter le vrai dieu, instaurer la démocratie, imposer la civilisation à des barbares…

On ne recule devant aucune ineptie, aucune tartuferie.

C’est ainsi que les envahisseurs espagnols et portugais conquirent l’Amérique latine et décimèrent les civilisations locales. C’est ainsi que ceux venant de France, d’Angleterre ou d’Allemagne, créèrent les Etats-Unis d’Amérique et le Canada.

C’est ainsi que les conquérants européens imposèrent leur joug aux populations d’Afrique et d’Orient.

Carnages et exactions furent sans nombre : le peuple patagon fut rayé des humains, les Aborigènes asservis au rang de sous-hommes, les Amérindiens réduits à la misère, les Africains soumis au travail forcé… etc.

Partout, le colonisateur imposa son pouvoir par la force.

A y regarder d’un peu plus près, on voit cependant qu’il y a deux types distincts de colonisations, celles d’exploitation et celles de peuplement.

L’objectif de la première est essentiellement l’appropriation des richesses!

Le nombre de colonisateurs se limite alors à la nécessité de contrôle du territoire et à la soumission des indigènes.

Ce fut le cas de la plupart des colonies africaines, du Vietnam, de l’Inde…

Le projet de la seconde est bien plus vaste!

En sus de l’exploitation des ressources, elle a une motivation géostratégique et vise à établir le pouvoir permanent des colons, emprisonnant, tuant ou chassant les habitants autochtones qui refusent la domination.

Ce fut le cas, entre autres, de l’Afrique du sud et de l’Algérie… Et bien entendu celui des deux Amériques.

Cette différence de nature aura comme conséquence que la décolonisation sera parfois plus rapide et moins violente pour les colonies d’exploitation que pour celles de peuplement.

La décolonisation du Maroc et de la Tunisie, pays sans grande implantation française, comparée aux atrocités de la guerre d’Algérie – occupée par un million de colons – est un exemple manifeste des conséquences de cette différence fondamentale.

Aujourd’hui, la violence a plus ou moins cessé dans les colonies les plus anciennes et, surtout, des Etats en sont nés.

Les Amérindiens se sont soumis, idem pour la plupart des autres peuples colonisés qui ne constituent plus que des minorités sans pouvoir… Là, les colonisateurs ont vaincu!

Dans d’autres cas, la décolonisation a vu l’émergence de nations autochtones.

Même si une nouvelle forme de colonisation, celle des multinationales et des pouvoirs financiers, les maintient sous contrôle, les peuples d’Afrique ont acquis leur indépendance territoriale et politique, idem pour les Indiens, Vietnamiens…

Reste Israël.

J’entends déjà les cris d’orfraie des sionistes fanatiques (« Comment ose-t-il? Blasphème! C’est de l’antisémitisme! ») ainsi que ceux des citoyens qui amalgament religion et culture juives avec le régime politique israélien (« Israël ne peut être critiqué! C’est le pays des Justes! C’est une démocratie qui se défend! »).

Peut-on  guérir d’un lavage de cerveau atavique?

… Mais pour quiconque veut vivre les yeux et l’esprit ouverts, les similitudes avec les colonisations impérialistes sud-africaines et américaines, leurs pratiques et justifications,  sont frappantes!

Même mode opératoire, mêmes stratagèmes.

Tout d’abord, la justification!

Outre l’instrumentalisation de la tragédie de la « Shoah » ([2] ) la principale motivation de ce débarquement d’Occidentaux dans un pays peuplé d’arabes/sémites a été « C’est le pays de nos ancêtres! Nous y vivions et en avons été chassé! Nous ne faisons que récupérer ce qui est à nous! »

Il est pourtant démontré aujourd’hui que les Romains n’ont jamais chassé les juifs et que les occupants actuels, étant essentiellement les descendants d’Européens et Arabes convertis au judaïsme, n’ont pas de lien « ethnique » avec ce pays. ([3])

… Mais ce mensonge continue d’être brandi comme un étendard par les fanatiques sionistes, quand ils ne vous assènent pas « C’est Dieu qui nous a donné cette terre! »

Ensuite, les pratiques!

Si la population autochtone est inorganisée, n’a pas les moyens de s’opposer à l’envahisseur, la colonisation et ses exactions se passent dans la discrétion.

Qui connaissait, par exemple, le drame des Aborigènes d’Australie avant la fin du 20ème siècle?

… Mais quand la population tente de s’opposer par la lutte armée, c’est une toute autre affaire.

Seule la force comptera alors!

L’objectif de soumission est prioritaire.

Pour y arriver, pour instaurer la suprématie des colons, on établit des règles contraignantes et des lois spécifiques pour les autochtones.

Au cas où la résistance des indigènes perdure, des moyens de rétorsion violents seront alors utilisés pour les mater !

A l’intérieur de l’Etat israélien ces mesures contraignantes sont appliquées en permanence par le régime envers les quelques 20% de citoyens originels : tribunaux militaires pour les « Arabo-Israéliens », carte d’identité spécifique, discrimination à l’embauche, transports publics réservés aux Israéliens, « filtrage » des étudiants arabo/israéliens visant à les exclure des universités… Etc, Etc.

C’est, indéniablement, un régime d’apartheid, émule de celui qui était pratiqué en Afrique du Sud!

Pour les opposants « extérieurs » (ceux des territoires occupés depuis 1967), des moyens plus brutaux et pervers sont mis en œuvre.

Outre les impositions racistes, les Palestiniens de Cisjordanie doivent aussi faire face à d’autres répressions : humiliations (plus de 500 barrages et check-points), intimidations (contrôles armés, de nuit, dans les maisons), destruction des maisons et des récoltes, capitalisation de l’eau (70 litres/jour contre 300 litres/jour pour les Israéliens), confinement des Bédouins dans des « townships », routes interdites aux Palestiniens, « bouclage » armé et bombardements journaliers sur Gaza… Etc, Etc.

Israël est donc bien, prioritairement, une colonie de peuplement!

Toute analyse de la politique et des agissements de ce régime doit donc être abordée en tenant compte de sa véritable nature : Colonisateurs occidentaux au Moyen-Orient!

… Et une série de termes devraient être exclus du vocabulaire : « conflit », « représailles », « terroristes »… car ils ne conviennent ni aux actes ni au statut d’un peuple résistant à un colonisateur.

Il faut se rendre à l’évidence, cessez de rêvez!

Colonialistes cohérents, les différents gouvernements israéliens, tendus vers leur but ultime, n’ont jamais cherché la paix, hormis à des conditions impliquant la soumission des Palestiniens.

Les trêves, armistices, conférences ou négociations n’ont jamais été que des moyens de « faire durer », des péripéties au service de la stratégie visant à finaliser l’expansion territoriale.

Toute l’Histoire de cette région, de1948 à nos jours, met en lumière que l’impérialisme sioniste ne connaît pas de frein et qu’il faut, une fois pour toutes, admettre que ceux qui ont cru ou qui croient encore à une volonté de paix sont des idéalistes naïfs… J’en étais.

Il est illusoire d’espérer qu’Israël rende volontairement le Golan.

Illusoire aussi de croire à l’arrêt des « implantations » et à la restitution d’une partie des terres.

Le projet de « deux Etats » est un leurre de plus pour masquer le véritable objectif : Eretz Israël du Nil au Litani et du Jourdain à la Méditerranée!… En attendant d’autres expansions?

Il importe d’ailleurs peu que deux Etats existent demain.

Ce qui est essentiel c’est que le peuple palestinien vive libre, que les lois d’apartheid soient éradiquées.
Ce qui est fondamental, c’est l’arrêt de l’oppression colonialiste et que le peuple israélien  respecte et collabore loyalement avec son semblable!

Comme l’affirmait Frantz Fanon : « Les damnés de la terre, c’est nous, les colonisés, victimes de l’exploitation et du racisme » ([4])

… C’est bien  l’idéologie colonialiste d’Israël qu’il faut extirper, car on ne demande pas la restitution d’une part du butin aux « conquistadors », à ceux que Albert Einstein et Hanna Arendt appelaient, des fascistes! ([5])

Rudi Barnet

(novembre 2011)


[1] Lire « Les Fantômes du roi Léopold » de Adam Hochschild » (éditions Tallandier)

[2] Pour mémoire : Ben Gourion, fondateur de l’Etat d’Israël, déclarait 1942 : “le désastre qu’affronte le Judaïsme européen n’est pas mon affaire

[3] Lire Israël Bartal, Doyen de la Faculté de Lettres de l’Université Hébraïque de Jérusalem  (Haaretz du

6/7/2008) et  “Comment fut inventé le peuple juif“ de Shlomo Sand, Fayard Poche

[4] Lire ou relire « Les Damnés de la Terre » de Frantz Fanon (François Maspero 1966)

[5] “New York Times“ du 2/12/1948

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