Syrie : un observateur de la Ligue arabe quitte la mission


mercredi 11 janvier 2012, par La Rédaction

Un observateur de la Ligue arabe dépêché en Syrie pour vérifier l’application du plan de sortie de crise a quitté le pays, estimant qu’il n’était pas en mesure d’empêcher « les scènes d’horreur » et accusant le régime syrien de rendre les observateurs complices de la répression des manifestations hostiles au président Bachar el-Assad.

« Je me retire, parce que je me retrouve en train de servir le régime », a expliqué Anouar Malek à Al Jazeera. « Dans quelle mesure je servais le régime ? Je donnais au régime une plus grande chance de continuer le massacre et je ne pouvais rien faire pour l’en empêcher », a ajouté l’observateur algérien dans une interview réalisée au siège de la chaîne de télévision, au Qatar.

La mission d’observation de la Ligue arabe, qui compte actuellement 165 membres sur place, est arrivée en Syrie le 26 décembre pour vérifier l’application du plan de sortie de crise accepté par Damas en novembre.

Ce plan prévoit la libération des prisonniers politiques, le retrait des chars de l’armée des villes du pays, la fin de la répression et l’ouverture d’un dialogue avec l’opposition. Selon l’ONU, la répression des manifestations antigouvernementales a fait plus de 5 000 morts depuis la mi-mars 2011.

« Ils n’ont pas retiré leurs chars des rues, ils les ont juste cachés et redéployés après notre départ », a indiqué Anouar Malek, qui arbore encore le gilet jaune des observateurs. « Les snipers sont partout et tirent sur les civils. Les gens sont enlevés, les prisonniers sont torturés et personne n’est libéré.

Ceux qui sont censés être libérés et sont montrés à la télévision sont en fait des personnes qui ont été prises au hasard dans les rues. »

Interrogé sur les raisons de son départ, Malek a déclaré : « Ce qui compte le plus, c’est d’avoir un sentiment d’humanité. J’ai passé plus de 15 jours à Homs. (…) J’ai vu des scènes d’horreur, des corps brûlés. (…) Je ne peux pas laisser mon humanité de côté dans ce genre de situation. »

Malek a également critiqué le chef de la mission de la Ligue arabe, le général soudanais Mohammed al Dabi, dont la nomination a fait l’objet de vives critiques des militants des droits de l’homme estimant qu’il n’était pas le mieux placé au vu de son rôle joué dans le conflit au Darfour. « Le chef de la mission voulait trouver un compromis pour ne pas fâcher les autorités syriennes ou tout autre camp », a estimé Malek, qui avait tenu des propos critiques sur la mission sur sa page Facebook alors qu’il était sur le terrain.

Un haut dirigeant de l’ONU a indiqué mardi au Conseil de sécurité que le nombre de manifestants tués en Syrie s’était accru depuis l’arrivée des observateurs de la Ligue arabe, a fait savoir Susan Rice, ambassadrice des États-Unis aux Nations unies.

Dans sa première intervention publique depuis juin, le président Bachar el-Assad a imputé mardi les dix mois de manifestations qui secouent le pays à un « complot de l’étranger » et a promis de « frapper les terroristes d’une main de fer ».

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La mission de la Ligue arabe remise en cause

Les attaques contre les observateurs de la Ligue arabe en Syrie soulèvent des doutes sur la poursuite de leur mission, a estimé, mardi, le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem, tout en réitérant le soutien de Tunis à cette mission. « Les observateurs de la Ligue arabe n’ont pas pu mener leurs actions comme prévu. Ils ont rencontré de nombreux obstacles. L’attaque de Lattaquié soulève des doutes quant à la poursuite de la mission », a déclaré Rafik Abdessalem au cours d’une conférence de presse à Ankara.

« Nous continuerons à soutenir la mission de la Ligue arabe », a-t-il dit, ajoutant que l’objectif de la mission était de « mettre fin aux violations des droits de l’homme en Syrie » et de « pacifier » le pays. « Il est inacceptable que l’effusion de sang continue pendant que la mission est encore sur le terrain », a déclaré le ministre tunisien.

Le ministère de la Défense du Koweït a annoncé mardi que deux officiers koweïtiens participant à la mission avaient été « légèrement blessés » dans une attaque menée par des « manifestants non identifiés » alors qu’ils faisaient route lundi vers la ville de Lattaquié, sur la côte méditerranéenne.

Peu après, la Ligue arabe a dénoncé « les actions irresponsables et les actes de violence contre ses observateurs ». Dans un communiqué, le chef de l’organisation panarabe, Nabil el-Arabi, a fait état d’attaques « menées par des éléments pro-régime » à Lattaquié ainsi qu’à Deir ez-Zor, dans l’Est. D’autres attaques ont eu lieu dans « d’autres endroits », de la part « d’éléments considérés comme étant membres de l’opposition », toujours selon la Ligue arabe.

C’est la première fois que des incidents impliquant des observateurs sont rapportés depuis leur arrivée en Syrie le 26 décembre pour superviser un accord destiné à mettre fin aux violences dans ce pays. Leur présence n’a pas mis un terme à plus de neuf mois d’effusion de sang, le bilan des violences dépassant désormais 5 000 morts, selon l’ONU.

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Le président Assad s’exprime devant un rassemblement à Damas
Le président Bachar al-Assad s’est exprimé mercredi devant un rassemblement pro-régime sur la place des Omeyyades à Damas, devant des dizaines de milliers de personnes, selon des images diffusées par la télévision publique.
« Je suis venu pour puiser la force auprès de vous. Grâce à vous, je n’ai jamais ressenti la faiblesse », a dit M. Assad en s’adressant la foule.

(11 janvier 2012 – Avec les agences de presse)

Guantanamo


La prison de Guantánamo est toujours ouverte, dix ans après les premiers transferts de prisonniers vers cette base américaine sur l’île de Cuba. Cette prison est un symbole de l’échec des autorités américaines dans la «guerre contre le terrorisme» lancée après les attentats du 11 septembre 2001.

Les prisonniers y sont détenus sans inculpation ni jugement. 48 d’entre eux pourraient y être emprisonnés de manière illimitée sans avoir droit à un procès.

Quant aux personnes accusées d’être responsables des attentats du 11 septembre, elles n’ont pas encore été jugées. Guantánamo représente une grave violation des droits humains.

Amnesty International demande la fin des détentions à Guantánamo Bay, un procès équitable pour les prisonniers qui y sont encore détenus et l’abandon des commissions militaires.

Participez à l’action d’Amnesty :

Le mercredi 11 janvier
Entre 10 et 11h
Galerie Saint-Hubert à Bruxelles.