Et maintenant, on va où ?


Le double veto de la Chine et de la Russie m’a surpris. Je m’étais permis d’espérer qu’il y aurait une résolution, si diluée fût-elle, qui condamnerait la violence à laquelle nous assistons. Mais quelles que soient les raisons, la route des Nations unies est maintenant fermée pour de bon. Alors, où allons-nous ?

Certains demanderaient  qu’ un groupe international de crise sans la Chine et la Russie commence à agir. Je suppose que ce groupe comprendrait également la Turquie,  et l’on reparle  d’une zone tampon turque à mettre en place au nord de la Syrie. Autre solution: nous pourrions assister à l’armement sérieux  de l’Armée syrienne libre et à une escalade du conflit en une véritable guerre civile. Dans cette éventualité, je ne serais absolument pas surpris de voir les Russes (et l’Iran) continuer à armer Assad jusqu’aux dents. Nous aurons donc une nouvelle guerre civile libanaise où  nombre de puissances différentes financeraient les parties adverses. Ce n’est pas un bon résultat et je ne crois pas que quiconque,  Assad mis à part , souhaite y arriver. Bien sûr qu’ Assad préférerait cette solution parce qu’ elle justifierait son oppression et son recours à la violence, tout en prolongeant la vie  de son règne.

Une autre solution consisterait à laisser le régime syrien imploser sous la pression exercée tant par l’Armée syrienne libre que par la désobéissance à grande échelle dans le pays. Depuis des mois, on nous dit que beaucoup de membres du régime aimeraient déserter, mais qu’ils hésitent  devant l’incertitude de leur avenir. Les déserteurs des services de sécurité parlent  – bien entendu – de forces armées désorganisées au bord de l’effondrement. Le mécontentement se répand dans le pays et pas plus tard que ce matin,  j’ai entendu aux nouvelles que la plus importante usine de production sucrière du pays, qui a coûté plusieurs millions de dollars et qui a fait de la Syrie un exportateur de sucre, a maintenant fermé ses portes à cause des problèmes de sécurité. J’ai aussi entendu que quelqu’un avait hacké le réseau de téléphonie mobile et envoyé des SMS annonçant l’assassinat de Bachar et son remplacement par son frère Maher.

Je ne sais pas qui a fait le coup ; éventuellement un employé mécontent ou une attaque plus sophistiquée contre le réseau mobile depuis l’étranger venant de quelqu’un  qui a les connaissances nécessaires pour monter une telle opération. Encore une fois, allez savoir ? Toutes ces histoires peuvent être vraies ou non et nous savons très bien que les gens de l’opposition embellissent parfois les faits, ce qui est contre-productif et futile. Assad est peut-être plus fort qu’ ils ne le disent. Bien sûr,  s’il était aussi fort que ses partisans le proclament, il aurait écrasé le mouvement de protestation  depuis longtemps. Il est quand même étonnant qu’après  dix mois  la révolution -à présent armée-ait  réussi à survivre en dépit des efforts acharnés du régime. C’est  cette réalité sur le terrain, ce fait incontesté – à savoir que Assad de n’est plus le maître de la Syrie – qui nous ramène à une conclusion inattaquable et dégagée de la confusion créée par la propagande.

Je crois que moins Assad sera capable de s’abriter derrière le paravent de sa version des événements, plus rapide sera sa chute. À ce stade déjà, la plupart des gens ne croient pas aux âneries diffusées sur ses chaînes de télévision, et de jour en jour ses accusations de conspiration deviennent de plus en plus faibles. Ce qu’il faut également contester c’est sa poigne de fer qui étrangle les médias et sa capacité à pomper de la désinformation et de la confusion auprès des Syriens. Les protestations se poursuivront tout comme les actions  armées de l’Armée syrienne libre, mal équipée et mal organisée. Mais un autre front pourrait affaiblir considérablement le régime : l’attaque des assises de son opération d’information . Personne n’a jamais dit que les révolutions étaient faciles et je crois que les Syriens vont maintenant redoubler d’efforts pour se dérober aux  services de sécurité et poursuivre leur chemin sur la voie qu’ils ont choisie.

Maysaloon est un Syrien arabe

Original traduit de l’anglais par anniebannie

Après le veto sur la Syrie, Pékin et Moscou se justifient


Vitaly Churkin, le représentant de la Russie au Conseil de sécurité de l'ONU, samedi 4 février 2012.

Vitaly Churkin, le représentant de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, samedi 4 février 2012.AP/Seth Wenig

La Chine et la Russie ont opposé leur veto, samedi, à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la répression en Syrie pour éviter de « nouveaux troubles et victimes », affirme, dimanche 5 février, l’agence officielle chinoise Chine nouvelle. Le veto sino-russe est destiné à permettre « la poursuite de la recherche d’un règlement pacifique de la crise syrienne chronique », estime l’agence. « En opposant leur veto, la Russie et la Chine affirment que plus de temps et de patience devraient être consacrés à dégager une solution politique à la crise syrienne, épargnant ainsi au peuple syrien de nouveaux troubles et victimes », a-t-elle ajouté. C’est la deuxième fois que Moscou et Pékin empêchent le Conseil de sécurité de sortir de onze mois de silence sur la Syrie, pendant lesquels la répression a fait au moins 6 000 morts selon les militants. Un veto des deux pays avait bloqué une précédente résolution en octobre 2011.

Jusqu’au dernier moment, des tractations s’étaient poursuivies pour tenter de convaincre la Russie de ne pas bloquer l’adoption du texte. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se rend à Damas le 7 février afin d’évoquer la mise en place rapide de « réformes démocratiques indispensables », a indiqué dimanche son ministère. La Russie « a l’intention de faire tout son possible pour une stabilisation rapide de la situation en Syrie via la mise en place rapide de réformes démocratiques indispensables », a indiqué le ministère dans un communiqué. C’est le but de la prochaine visite de M. Lavrov à Damas. Le vice-ministre des affaires étrangères russe a estimé dimanche que les Occidentaux étaient responsables de l’échec du vote au Conseil de sécurité de l’ONU. « A Moscou, on regrette que les auteurs du projet de résolution sur la Syrie n’aient pas voulu faire d’efforts supplémentaires et atteindre un consensus », a déclaré sur son compte Twitter le vice-ministre des affaires étrangères, Guennadi Gatilov.

POURSUITE DE VIOLENCES DIMANCHE

Les violences en Syrie ont fait samedi 48 morts, dont 24 civils et 18 soldats de l’armée régulière, a affirmé dans la nuit de samedi à dimanche l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Six déserteurs ont également été tués lors d’affrontements, selon un nouveau bilan établi par l’OSDH. Neuf militaires syriens ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche lors d’affrontements avec des déserteurs dans le nord-ouest du pays, ajoute l’OSDH.

Le Conseil national syrien (CNS) qui regroupe la majorité des courants de l’opposition « condamne vivement » le veto opposé la veille par la Russie et la Chine au projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la répression en Syrie, et « considère cette décision irresponsable comme un permis donné au régime syrien de tuer dans l’impunité », indique un communiqué du CNS.

Les Comités locaux de coordination (LCC) à Damas, un groupe qui anime la contestation ont appelé à « une grève de deuil de deux jours » en dénonçant le veto russe et chinois lors du vote d’une résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU. « La Russie et la Chine, à travers leurs vetos, sont en train de confirmer un soutien permanent au régime syrien », jugent les LCC, affirmant que la position de Pékin et Moscou est « une couverture des crimes du régime syrien ».

Des membres de l'Armée syrienne libre, à Rastan, le 31 janvier 2012.

Des membres de l’Armée syrienne libre, à Rastan, le 31 janvier 2012.AP/STR

D’intenses coups de feu ont été entendus dans la nuit de samedi à dimanche à la frontière entre la Syrie et la Turquie, provoquant un mouvement de frayeur parmi les villageois turcs, a-t-on indiqué de source locale. Des rafales de fusils mitrailleurs se sont poursuivies jusqu’à tard dans la nuit, a indiqué un habitant turc du village de Güveççi, situé juste à la frontière dans la province de Hatay.
Cet habitant a affirmé que l’armée syrienne avait organisé une opération contre des opposants dans le village de Ain al-Beida, situé côté syrien. Le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu a appelé le gouverneur de Hatay pour s’informer de la situation sur place, rapporte de son côté l’agence de presse Anatolie.

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