Communiqué de presse : L’ULB, Caroline Fourest et la liberté


J’ai été tenu au courant des troubles qui ont eu lieu le mardi 7 février à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et d’aucuns ont voulu m’associer au groupuscule perturbateur : or, je tiens à préciser ici que je m’oppose fermement et condamne sans conditions les interventions et provocations de certains auditeurs dans le public ayant pour objectif d’empêcher un intervenant de s’exprimer. Quels que soient les propos tenus, ils doivent être entendus et l’on se doit d’y répondre avec la seule arme de la pensée critique. C’est la raison pour laquelle Madame Caroline Fourest, invitée à donner une conférence, aurait dû pouvoir s’exprimer et débattre librement à l’ULB.

J’ai lu par ailleurs (« Le Soir » du 08 février 2012) que Mme Caroline Fourest poursuit son entreprise de désinformation sur le mode de ce qu’avait révélé Pascal Boniface dans son livre « Les intellectuels faussaires » (JC Gawsewitch Editeur – 20 mai 2011) : il avait, preuves et arguments à l’appui, qualifié Caroline Fourest de « serial menteuse ». Une fois encore, alors qu’elle s’exprime à l’Université Libre de Bruxelles, elle ose affirmer que cette même université avait décidé, par la voix de son ancien recteur, de ne plus m’inviter à la suite d’une conférence qui « avait tourné au négativisme sur le génocide arménien ». La Direction de l’Université pourra elle-même témoigner que la raison invoquée par Mme Caroline Fourest est une contre-vérité (cela fait longtemps que j’ai reconnu le génocide tout en m’opposant à la loi mémorielle française). J’ai effectivement été écarté par les instances dirigeantes de l’ULB qui ont finalement reconnu leur erreur, et fait marche arrière, sous la pression de professeur(e)s et d’étudiant(e)s et j’ai pu, depuis, intervenir trois fois dans cette même université.

C’est Mme Caroline Fourest, par ailleurs, qui ne fait pas honneur aux valeurs de liberté qu’elle dit prôner lorsqu’elle soutient publiquement les décisions administratives qui m’empêchent de m’exprimer dans les universités (à l’ULB – son intervention en ce sens fut filmée il y a quelques années – comme dans les universités françaises). Ma réponse à ses contradictions et à ses manipulations est néanmoins sans appel : je persiste donc et signe, et je répète ici que les portes de l’Université doivent rester ouvertes à toutes les sensibilités, de même qu’aux journalistes et chroniqueuses telles que Mme Caroline Fourest, et ce même si dans ses écrits, livre après livre, article après article, le mensonge l’emporte nettement sur la vérité.

Tariq RAMADAN

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Cette fois, Assad a dépassé les bornes


Rime Allaf, écrivaine syrienne, est chercheuse associée à la Chatham House à Londres. Son adresse sur  twitter est @rallaf.
7 février 2012

Les Syriens approchent du premier anniversaire de l’une des implosions de pouvoir populaire et de libération psychologique les plus inattendues que la région ait connue. Mais ils ne goûtent pas encore l’euphorie de voir un dictateur fuir le pays ou être obligé de démissionner.

Il y a un an, quand les Syriens observaient la rapidité des soulèvements en Tunisie et en Égypte, ils savaient pour la plupart que s’ils devaient jamais se trouver dans la même situation, ils paieraient un prix beaucoup plus lourd et que le régime n’hésiterait pas à les anéantir pour garder la dynastie Assad au pouvoir. Ayant déjà traversé l’un des massacres les plus brutaux de l’histoire moderne, le peuple syrien savait que la clique au pouvoir pourrait tout aussi facilement perpétrer un autre Hama, peut-être pire, pour garder le pays sous sa poigne.

Mis à part quelques activistes et intellectuels irrédentibles de la société civile qui continuaient à battre le tambour de la liberté, payant constamment de leur liberté ce crime de lèse-majesté, la plupart des Syriens sont devenus réalistes par nécessité. En faisant semblant de tourner la page, et en flattant le régime à coups de louanges pour sa rhétorique creuse sur le leadership éternel de l’Assad du jour, ils s’imaginaient pouvoir progresser lentement, mais sûrement vers une vie moins étouffante, à la discrétion d’une clique corrompue et ivre de pouvoir.

C’était,  à plusieurs égards, un pacte faustien inversé où le régime obtenait le pouvoir et le peuple recevait des miettes – dans les domaines social, économique et politique. Si incroyable que cela puisse paraître dans l’actuelle période révolutionnaire, les Syriens estimaient n’avoir d’autre choix que d’amadouer le régime pour arriver à respirer.

Ce pacte de facto aurait pu survivre à la période révolutionnaire s’il n’ y avait eu l’arrestation et la torture de 15 écoliers à Daraa. Le soulèvement qui s’est ensuivi s’est répandu dans tout le pays. Quand le peuple a finalement manifesté son indignation, le pacte s’est effondré lorsqu’en réponse à sa demande de justice et de dignité, le régime a tiré à balles réelles et que sa brutalité lui a fait perdre une fois de plus tout semblant de civilité.

Ce que peu de personnes escomptaient dans cette situation sans précédent était qu’aux piliers traditionnels du régime – forces de sécurité et parti – s’en ajouteraient un autre ; chose surprenante, une partie de la population a déclaré son allégeance au régime alors que celui-ci se déchaînait, et agitait une fois de plus le spectre de la guerre civile et de la désintégration nationale en cas de chute du régime. Pris dans l’étau d’un syndrome de Stockholm précédemment invisible, les fidèles du régime entonnaient maintenant « après Bachar, le déluge ».

Le régime bénéficie certainement d’une rallonge grâce aux complices qui applaudissent sa brutalité sans précédent contre une population en grande partie sans défense et grâce à ses puissants alliés qui ont bloqué une initiative de la ligue Arabe en proposant des solutions humanitaires et politiques. En outre, la confusion des forces de l’opposition incapables de se frayer un chemin hors du labyrinthe de 40 ans de dictature ajoute encore à l’indécision des puissances qui pourraient changer le cours des événements. Mais tous ces facteurs sont des obstacles qui ne font que ralentir la libération d’une population déterminée.

Peu importe le soutien dont bénéficie encore le régime de Bachar al-Assad, et peu importe finalement que ses partisans s’accrochent encore à l’illusion de le voir rester au pouvoir. Le régime a continué à tuer, torturer et emprisonner les Syriens depuis près d’un an sans avoir été capable d’écraser la résistance qui a maintenant commencé à s’armer et à se défendre. C’est une question de temps et on ne voit pas comment la transition se déroulera, mais la majorité des Syriens sont certains d’une chose : nous sommes arrivés à la fin d’une époque

Source : http://www.nytimes.com/roomfordebate/2012/02/06/is-assads-time-running-out/this-time-assad-has-overreached

Traduction : anniebannie