Sauvez Adnan Khader !


Ce prisonnier palestinien est en grève de la faim depuis le 17 décembre, soit près de 2 mois, pour protester contre sa détention administrative. ci-dessous la pétition pour sa libération.

http://signon.org/sign/khader-adnans-life-at-1?source=s.fwd&r_by=2484012

Entretien de Bekah Wolf* avec Mousa Abu Maria, du comité de résistance populaire de Beit Ommar, près d’Hébron, qui a passé presque 5 ans, de 1999 à 2003 dans des prisons israéliennes, puis 14 mois supplémentaires, de 2008 à 2009 en détention administrative (sans charge retenue contre lui ni procès).

Comme Khader Adnan, il a été victime de traitements cruels et inhumains et de torture dans le cadre de ses interrogatoires. En 2001, il a partagé sa cellule avec Khader Adnan.

Bekah Wolf : Comment connais-tu Khader Adnan ?

Mousa Abu Maria : On s’est rencontré en 2001 ou 2002 dans la prison d’Askelon. Il était un leader dans la prison, parce qu’il n’en était pas à sa première incarcération. Il formait des groupes de prisonniers à l’histoire de la Palestine et de l’insurrection. La prison était une sorte d’université à cette époque, et il était l’un des professeurs.

BW : Quel genre de personne est-il ?

MAM : Beaucoup d’étrangers pensent que si vous portez la barbe ou êtes membre du Jihad islamique, vous restez seulement assis à prier toute la journée. Khader Adnan plaisantait comme n’importe qui d’autre. Il a mon âge, nous étions jeunes, nous étions comme n’importe quels jeunes gens. Il essayait de nous faire oublier qu’on se trouvait en prison, comme si on était juste dans un dortoir. Il s’occupait d’ »organiser » la vie des prisonniers, ce qui lui valait des problèmes avec les gardiens. Il était souvent placé en cellule d’isolement, mais à sa sortie il continuait d’agir de la même façon.

BW : Il a commencé la grève de la faim pour protester contre la manière dont il était traité lors de ses interrogatoires. Il était maintenu dans un état de stress, battu et insulté. Est-ce que ta propre expérience est similaire ?

MAM : C’est comme ça que l’armée d’occupation se conduit avec les militants : ils essaient de prouver à quel point ils vous contrôlent. Ils veulent vous dire : « vous avez peut-être du pouvoir à l’extérieur, mais ici, en prison, nous détenons totalement le pouvoir ». Ils me forçaient à rester assis les poignets attachés aux chevilles, sur une chaise métallique, inclinée vers l’avant, pendant des heures, jours après jours. C’est à la fois une torture physique et psychologique. Vous ne pouvez pas lever la tête, vous ne pouvez pas les regarder dans les yeux. Ils veulent que vous ne vous sentiez plus vous-même, vous montrer qu’ils vous possèdent, et que vous n’avez plus aucun pouvoir de résistance.

BW : Quel est l’objectif des insultes et des coups ?

MAM : C’est juste pour montrer qui est le maître, pour casser votre volonté de résistance. Ils savent que vous avez été un militant, et que vous avez une certaine force intérieure pour résister, et c’est cela qu’ils doivent briser. Parfois c’est pour obtenir de vous des informations, mais la plupart du temps c’est pour briser votre volonté. C’est pour ça que vous commencez une grève de la faim, c’est la seule chose que vous puissiez encore contrôler, ce que vous mangez, ce que vous mettez dans votre corps. C’est le moyen de montrer que vous pouvez encore résister. Vous faites ça à l’intention de vos bourreaux et de vos camarades, mais vous vous prouvez aussi quelque chose à vous-même, qu’il vous reste encore la force de résister, qu’ils n’ont pas pu tout vous prendre.

BW : Khader Adnan mène aujourd’hui une grève de la faim pour protester contre sa détention administrative. Tu as été toi-même en détention administrative pendant 14 mois, peux-tu nous expliquer ce que c’est, et pourquoi ça peut conduire un homme à choisir de mourir plutôt que de vivre dans de telles conditions ?

MAM : Tout d’abord, je ne pense pas que Khader Adnan veuille mourir. Ce n’est pas son état d’esprit. Nous avons tous pratiqué la grève de la faim par le passé pour protester contre nos conditions d’incarcération. Il démontre son engagement dans la résistance, de la seule façon qui lui soit encore autorisée, avec son propre corps.

La détention administrative est aussi une agression psychologique menée contre une personne. Vous êtes détenu, sans savoir de quoi vous êtes accusé, mais plus important encore, sans savoir combien de temps cela va durer. Quand vous êtes condamné à une peine de prison, vous pouvez accepter la réalité et la tenir à distance ; vous pouvez garder l’espoir et faire des projets pour votre vie après votre libération.

La détention administrative ne vous permet pas cela, parce que vous ne savez jamais quand vous allez être relâché. Vous êtes dans une agitation permanente. C’est aussi le cas pour votre famille. Tu te souviens quand j’ai pensé que j’allais être relâché, les gardiens m’avaient dit de préparer mes affaires et je t’ai envoyé un message par l’intermédiaire d’un autre prisonnier pour te le faire savoir. Ils m’ont même conduit jusqu’au portail de la prison avec toutes mes affaires, et j’ai pensé, après 12 mois « je vais enfin être relâché, je vais revoir ma femme et ma famille ».

Et là ils m’ont dit que c’était une plaisanterie. Ils m’ont remis dans la jeep et ramené à la prison. Cela détruit votre âme. Après une telle atteinte à la force et à la nature de votre esprit, vous ne pouvez plus que vous détruire vous-même. Il faut une force incroyable pour ne pas tomber dans le désespoir. C’est pour Khader une motivation puissante pour entamer une grève de la faim. Je crois qu’il a besoin de sentir qu’ils (les soldats des forces d’occupation) ne le contrôlent pas totalement. Ils peuvent contrôler quand il voit sa famille, quand il va être relâché, mais maintenant il contrôle lui-même quelque chose qu’ils ne peuvent pas lui prendre. Le but de toute force d’occupation est de démontrer qu’elle contrôle totalement la population, afin que celle-ci ne résiste plus. Khader prouve à lui- même ainsi qu’à nous tous que le pouvoir de résister est toujours entre nos mains et que l’armée d’occupation ne peut pas nous enlever cela.

BW : Mousa, tu as été en prison pendant plus de 6 ans, tu as été battu, frappé si durement pendant l’interrogatoire lors de ton premier emprisonnement, qu’ils ont dû te transporter à l’hôpital, ta maison à été bombardée au milieu de la nuit à plusieurs reprises, et à chaque fois tu sais qu’ils peuvent t’emmener et te remettre en détention administrative même si tu n’as rien fait. Comment continues-tu à oeuvrer au sein de la lutte populaire ? Comment continues-tu à résister ?

MAM : Les gens comme moi, comme Khader, comme Bassem Tamimi (coordinateur de Nabi Saleh, emprisonné), nous nous sommes engagés il y a longtemps dans la résistance. Nous nous sommes promis à nous-mêmes et aux nôtres que nous affronterions l’occupation et la regarderions dans les yeux.

Bien sûr je ne veux pas retourner en prison, je veux vivre avec ma femme et ma fille, nous les Palestiniens nous ne sommes pas des robots, nous ne vivons pas que pour résister, nous souhaitons une vie normale, rire, plaisanter, aller au jardin avec les enfants. Mais nous voulons aussi être fidèles à nos engagements envers nous-même et envers notre peuple : nous nous lèverons face à l’occupation, nous ne les laisserons pas nous posséder. Si la seule façon d’échapper à leur contrôle est de les rejeter, refuser leur nourriture, leur eau, leurs médicaments, alors c’est ce que nous ferons. Khader Adnan continue la résistance jusqu’au bout, en réalité il se bat pour la vie, la vie dans la justice et la dignité.

*Bekah Wolf est cofondatrice de l’association « Palestine Solidarity Project », et travaille en Cisjordanie depuis 2003. Elle est mariée à Mousa Abu Maria.

Source : http://electronicintifada.net/conte…

Traduction : http://www.europalestine.com/spip.php?article6887

Accueil réservé à la résolution arabe sur la Syrie


par Khaled Yacoub Oweis et Angus MacSwan

AMMAN/BEYROUTH (Reuters) – La proposition de la Ligue arabe d’accroître le soutien à l’insurrection syrienne et d’envoyer des soldats de maintien de la paix en Syrie a été accueillie avec réserve lundi et n’a pas fait taire les armes à Homs, où les bombardements ont repris.

Selon Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, l’échec de la dernière résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité des Nations unies a entraîné une « offensive aveugle » à Homs.

« L’incapacité du Conseil de sécurité à s’entendre sur une action collective ferme semble avoir encouragé le gouvernement syrien à lancer une offensive généralisée pour écraser l’opposition », a-t-elle dit devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Le représentant de la Libye à l’Onu, Ibrahim Dabbachi, a prédit que « les despotes syriens connaîtront le même sort » que Mouammar Kadhafi, chassé du pouvoir et tué l’an dernier. Selon lui, le veto de Moscou et de Pékin au projet de résolution soumis au vote du Conseil de sécurité, le 4 février, a littéralement donné au pouvoir syrien un « permis pour tuer ».

Un délégué saoudien à l’Onu a fait écho aux propos de Dabbachi, ajoutant qu’il espérait voir tous les pays membres de l’Onu soutenir une résolution que l’Egypte devait faire circuler officiellement à l’Assemblée générale lundi en fin de journée.

Cette résolution, rédigée par l’Arabie saoudite et consultée par Reuters, est proche de celle bloquée au Conseil de sécurité par le double-veto russe et chinois. Elle « soutient totalement » le plan de la Ligue arabe. Aucun veto ne peut être opposé à une résolution soumise à l’Assemblée générale, mais elle ne peut avoir le caractère contraignant d’une résolution adoptée par le Conseil de sécurité.

La Russie, proche alliée du président Bachar al Assad et principal fournisseur d’armes de Damas, a déclaré lundi ne pas pouvoir soutenir l’idée d’une mission de maintien de la paix, comme proposé par la Ligue arabe, tant que les deux camps n’auraient pas cessé le feu.

La Ligue arabe a adopté dimanche une résolution demandant à aux Nations unies d’envoyer une mission de maintien la paix de l’Onu et des pays arabes en Syrie, où se poursuit la répression contre l’opposition au président Assad.

« Nous étudions cette initiative et nous comptons sur nos amis de la Ligue arabe pour nous présenter des éclaircissements sur certaines clauses », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

« En d’autres termes, il importe de s’entendre sur une sorte de cessez-le-feu mais ce qui est tragique, c’est que les groupes armés qui affrontent les forces du régime ne sont assujettis à personne et ne peuvent être contrôlés », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse à Moscou.

Américains et Européens ne souhaitent pas être attirés dans une opération au sol, craignant que, compte tenu de la situation de la Syrie sur des « lignes de faille » religieuses, ethniques et politiques au coeur du Proche-Orient, une option militaire ne s’avère plus risquée et complexe que le soutien aérien apporté aux insurgés de Libye l’an dernier.

REPRISE DES PILONNAGES

Le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a ainsi déclaré ne pas envisager que des troupes occidentales puissent intervenir « au sol » en Syrie dans le cadre d’une force de maintien de la paix.

Même son de cloche du côté de Paris: « Nous pensons qu’aujourd’hui toute intervention à caractère militaire extérieur ne ferait qu’aggraver la situation, d’autant qu’il n’y aura pas de décision du Conseil de sécurité, qui est la seule instance à même d’autoriser une intervention militaire », a déclaré Alain Juppé, le chef de la diplomatie française.

Toute mission de maintien de la paix requerrait la coopération du pouvoir syrien, qui a d’ores et déjà taxé la résolution de la Ligue arabe d' »acte hostile qui vise la sécurité et la stabilité de la Syrie ».

Sur le terrain, les bombardements des forces syriennes à Homs, troisième ville de Syrie, ont repris après une accalmie en début de week-end. Des obus de mortier et de chars se sont abattus sur le quartier de Bab Amro, dans la partie sud de la ville, mais aussi à Al Waer dans la partie ouest. Les communications ayant été coupées, aucun bilan n’a été avancé par les activistes.

Selon des opposants, 23 personnes ont été tuées dimanche, victimes qui s’ajoutent aux quelque 300 personnes tuées à Homs depuis le commencement des bombardements le 3 février.

L’Armée syrienne libre, dont les rangs sont gonflés par les défections de l’armée loyaliste, a transformé le mouvement de contestation né en mars en insurrection armée.

PÉNURIES ALIMENTAIRES

Il est difficile de vérifier les affirmations des deux camps car le régime limite de manière très stricte les déplacements des journalistes. Selon un bilan des Nations unies fourni en décembre, la répression du mouvement de contestation a fait plus de 5.000 morts tandis que le régime impute les violences à des groupes « terroristes » soutenus par l’étranger.

Et selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les populations vivant dans les zones où s’affrontent l’armée et les insurgés sont confrontées à de graves pénuries alimentaires.

« La situation est de plus en plus violente et les gens ont du mal à faire quoi que ce soit. Les rues sont désertes, les gens ne peuvent aller nulle part pour s’approvisionner. Il devient même difficile de se procurer du pain », a dit un responsable du CICR, Saleh Dabbakeh.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, organisation d’opposition basée en Grande-Bretagne, les bombardements ont également repris dans la ville de Rastan, dans la province de Homs.

L’armée syrienne a lancé plusieurs attaques à Rastan lundi à l’aube à partir de l’entrée sud. Les insurgés ont détruit un véhicule blindé et tué trois soldats, selon l’Observatoire.

Dans la ville de Hama, à 50 km au nord de Homs, les forces gouvernementales appuyées par des chars et des véhicules blindés ont tué un homme dimanche.

« Il s’agit de la troisième journée d’incursions (de l’armée dans des quartiers). Les militaires tirent sans distinction, à la mitrailleuse lourde et aux canons antichars. Ils effectuent des descentes dans les maisons et arrêtent des dizaines de personnes », a déclaré un activiste de Hama, Fadi al Djaber.

Bertrand Boucey et Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser et Henri-Pierre André

source