Pour la Syrie, veillée aux chandelles, ce samedi


Le Comité belge pour soutenir la Révolution syrienne est une association de fait qui regroupe toute la mosaïque syrienne – Kurdes, Arabes et Assyriens, des partis politiques d’opposition et des indépendants. Il s’est constitué suite à l’appel à manifestation en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad pour soutenir le peuple syrien dans sa demande de liberté et de démocratie. Le Comité dénonce la répression sanglante orchestrée contre les manifestants pacifiques dans tout le pays et appelle les institutions politiques, les organisations internationales et les ONG de défense des droits de l’homme à prendre position par rapport aux évènements dramatiques qui secouent toute la Syrie.

Notre prochain rendez-vous de solidarité avec la Syrie :

Pour les milliers de morts, les dizaines de milliers de prisonniers, les centaines de milliers de personnes assiégées… veillée silencieuse aux chandelles.

Samedi 25 février 2012, à 17h30,
devant le Palais de Justice de Bruxelles.

Syrie: le régime tente d’empêcher la contestation à Damas


Plusieurs milliers de manifestants ont participé samedi 18 février à Damas aux funérailles de 5 personnes tuées la veille.

Plusieurs milliers de manifestants ont participé samedi 18 février à Damas aux funérailles de 5 personnes tuées la veille.

REUTERS

La capitale syrienne a connu ces derniers jours ses plus grandes manifestations contre le régime de Bachar el-Assad depuis le début de la contestation en mars 2011. Mais les forces de sécurité les ont rapidement réprimées et tentent par tous les moyens d’empêcher la contestation de s’étendre dans les rues de la capitale. Sur le qui-vive depuis onze mois, les forces de répression ont quadrillé la capitale et n’hésitent pas à tirer pour semer la terreur.

L’appel à la désobéissance civile : espoirs et répression à Damas

Depuis le mois de mars 2011, la contestation n’a pas réussi à entraîner les habitants dans les rues de la capitale, hormis dans certains quartiers périphériques comme Douma (au nord-est de Damas), ou Zabadani (au nord-ouest de la capitale, et sévèrement réprimée ces dernières semaines). C’est d’ailleurs dans ces quartiers que les Damassiens se rendaient pour manifester, bien avant le début du soulèvement de Deraa, rappelle le chercheur Salam Kawakibi (directeur de recherches – Arab Reform Initiative). Cette fois, des magasins sont restés fermés dans les quartiers de Barzé, Qaboune, Joufar ou encore Kafar Soussé (selon des membres des comités de coordination à Damas), des quartiers traditionnellement opposés au régime. Mais au centre-ville, la vie suivait son cours normal.

En revanche vendredi et samedi, des manifestations se sont rapprochées du centre, notamment dans le quartier de Mazzé, un quartier aisé qui ne se trouve qu’à un kilomètre du palais présidentiel, et tout proche de bâtiments gouvernementaux, des services de renseignement et de plusieurs ambassades – dont certaines ont vu leurs personnels diplomatique rapatriés dans leurs pays. L’ambassade d’Iran (pays allié au régime syrien) qui se trouve dans ce secteur a vu sa sécurité renforcée ces derniers jours.

Mais le régime ne veut pas permettre que la contestation prenne de l’ampleur dans la capitale et utilise des snipers pour semer la terreur : ce week-end, les forces de sécurité ont été déployées dans plusieurs quartiers de Damas pour contrer la contestation et les appels à la désobéissance civile.

Peur des tirs de snipers

Vendredi 17 février, les forces de sécurité ont tiré dans la foule qui s’était rassemblée dans le quartier de Mazzé, dans le centre-ouest de la capitale, faisant cinq morts selon le « comité de coordination » de Damas. Le lendemain, plusieurs milliers de manifestants (certains citent les chiffres de 20 000 à 30 000 personnes) ont participé à leurs funérailles, lorsque des tirs ont à nouveau fait une victime parmi les participants.

Les parents de cette nouvelle victime ont été obligés de l’enterrer très tôt ce dimanche matin en toute hâte, les autorités voulant éviter à tout prix de nouveaux rassemblements. Ces manifestations sans précédent depuis le début de la contestation en Syrie pourraient néanmoins continuer malgré les tirs aveugles. Selon certains habitants joints ces derniers jours, la violence des assauts répétés à Homs et les difficultés économiques sont des éléments déclencheurs d’un mouvement qui semble se désolidariser clairement du pouvoir, dont certains hommes d’affaires qui jusqu’ici se sentaient protégés.

A Damas, les intérêts du régime sous haute surveillance

La capitale syrienne réunit toutes les tendances et les confessions du pays. Elle concentre également les intérêts économiques et la frange la plus importante des hommes d’affaires syriens, protégée jusqu’à présent par le régime de Bachar el-Assad, et qui veut préserver leurs privilèges, tout comme les minorités et la bourgeoisie. Les manifestations dans la capitale ont ébranlé cet édifice qui semblait solide. Car les hommes d’affaires sont aussi tentés d’aller là où le vent les porte, et leurs intérêts pourraient désormais les amener à soutenir l’opposition.

Du coup, les « chabiha » (hommes de main acquis au régime) et les « mukhabarat » (police secrète) continuent leurs quadrillages de la capitale, et semblent avoir carte blanche pour empêcher tout débordement dans la capitale. Selon Salam Kawakibi, « la contestation a bel et bien commencé à Damas, bien avant Deraa [ville citée comme le berceau des révoltes – ndlr], notamment lorsque 2 000 commerçants avaient protesté contre l’humiliation d’un des leurs… Damas n’a jamais été épargnée par la contestation, mais la concentration sécuritaire était telle que cela empêchait le rassemblement et l’accès à toutes les places publiques ».

Jusqu’à présent, le régime avait réussi à maintenir les deux premières villes du pays, Damas et Alep, en dehors des manifestations les plus importantes. Il semble que les soutiens dont bénéficiait le régime commencent à lui tourner le dos.

Source

Homs : «Ils nous ont dit, s’ils vous trouvent, ils vous tueront»


Témoignage Notre envoyé spécial Jean-Pierre Perrin revient de Homs, ville martyre, où il a passé plusieurs jours aux côtés d’un des deux journalistes tués ce mercredi matin.

Ecoutez reportage radio ici

Recueilli par Quentin Girard, réalisation Fanny Lesbros, Florent Latrive

Jean-Pierre Perrin, envoyé spécial de Libération, était à Homs, en Syrie, ces derniers jours. Il décrit une ville «accablée sous les bombardements», cernée par des tranchées et où les snipers tirent sur tout ce qui bouge. La ville n’a plus rien à manger, les blessés ne peuvent pas être évacués.

Très pessimiste sur les jours à venir, il estime que l’armée syrienne devrait lancer l’assaut final sur le dernier quartier qui résiste. Le petit centre de presse qui continue d’informer le monde est une des cibles privilégiées et se trouve régulièrement bombardé. «Si le centre de presse est détruit, on n’aura plus aucune information venant de Homs», explique Jean-Pierre Perrin. «L’armée syrienne recommande de tuer tout journaliste qui mettra un pied sur le sol syrien», raconte-t-il.

Deux journalistes occidentaux ont été tués ce mercredi matin dans un nouveau bombardement : le photographe français Rémi Ochlik et l’Américaine Marie Colvin, journaliste au Sunday Times. Jean-Pierre Perrin était à ses côtés pendant plusieurs jours : «On nous avait conseillé de quitter la ville de toute urgence, en nous disant : « S’ils vous trouvent, ils vous tueront. » Je suis donc parti avec la journaliste du Sunday Times, mais elle, ensuite, a voulu y retourner quand elle a vu que l’offensive n’avait pas eu lieu