Quand la France envahissait et bombardait la Syrie


jeudi 9 février 2012, par François-Guillaume Lorrain

Photo : La Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas. © Abd Rabbo / Sipa

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La France, depuis quelques mois, est omniprésente sur la question syrienne. Car ce pays occupe depuis longtemps une place de choix dans la diplomatie hexagonale. Il faut en revenir aux accords Sykes-Picot. Ce dernier est consul à Beyrouth, il sera aussi, pour l’anecdote, le grand-oncle de VGE. Que prévoient ces accords signés en 1916 entre la France et la Grande-Bretagne ? Le dépeçage pur et simple du Moyen-Orient, encore aux mains des Ottomans, avec, pour chaque pays, une part du gâteau. Aux Français sont promis le Liban et la Syrie, aux Anglais la Palestine et l’Irak. Cet accord met fin à la Syrie historique, qui comprenait également le Liban, la Jordanie et la Palestine.

Comme souvent à l’époque, il s’agit d’accords secrets, mais qui ne le resteront plus en janvier 1918, après la révolution bolchevique : la Russie, en 1916, avait en effet participé aux discussions et le nouveau gouvernement rouge, pour embarrasser Français et Anglais, transmet le document aux Ottomans. Les forces arabes, encouragées par le couple franco-anglais, et qui tentent également de se débarrasser des Turcs, sont aussi effondrées : on leur a promis l’indépendance après la guerre. Il va s’ensuivre une partie de poker menteur entre la France et Fayçal, leader de la lutte syrienne, qui, après avoir libéré Damas des Ottomans en 1918, parvient à créer un premier État indépendant au début de l’année 1920. Le terrain était libre en effet depuis le départ des troupes anglaises qui ont quitté le pays fin 1919.

La Syrie est une tache dans la mémoire française

Mais la France du Bloc national ne l’entend pas de cette oreille. Elle a déjà résisté aux conclusions d’une commission mandatée par les Américains durant les négociations du traité de Versailles. Le verdict est clair : les Syriens ne veulent pas d’un mandat français. Clemenceau rejette ces conclusions, enfume Fayçal venu négocier à Paris, et, en avril 1920, est signé le trop méconnu traité de San Remo. Ce traité, avalisé par la SDN, accorde le mandat de la Syrie et du Liban à la France, qui ne compte pas lâcher ce fruit de la Première Guerre mondiale. Notre pays entend se placer dans la course au pétrole et dans les négociations avec la Grande-Bretagne, celle-ci récupère Kirkouk pour l’Irak contre une participation française dans l’exploitation pétrolière.

Le 14 juillet 1920, date éminemment symbolique, la France, par la voix du général Gouraud, haut-commissaire au Liban et en Cilicie, lance un ultimatum à la Syrie, qui ne fait pas le poids. Une seule bataille, à Maysaloun*, permet aux Français de l’emporter facilement. Dix jours plus tard, les troupes françaises du général Goybet entrent dans Damas. Ce serait un euphémisme de dire qu’ils sont accueillis en libérateurs. Passons sur les découpages, les tripatouillages – Oms est choisie un moment comme capitale – qui engendrent un long cycle de révoltes entre 1925 et 1927. La France modernise le pays, mais ce dernier n’aspire qu’à son indépendance. Le Front populaire semble débloquer la situation avec les accords Viénot, mais ils ne sont pas ratifiés par le parlement français.

Si bien qu’en 1940 la Syrie est encore française. Fidèle à Vichy, elle est l’objet de tractations entre Darlan et les Allemands qui obtiennent, lors du traité de Paris, en 1941, des bases aériennes : on est au sommet de la collaboration militaire entre la France et l’Allemagne. Les Anglais sont furieux et mènent très vite campagne, soutenus par les forces naissantes des Français libres. La Syrie est une tache dans la mémoire française : la campagne de Syrie (juin-juillet 1941) voit s’affronter Français fidèles à Pétain et FFL.

« De vrais salopards »

L’an dernier, dans notre numéro 1966 consacré aux Compagnons de la Libération, Robert Galley nous confiait ses souvenirs de cette campagne : « J’ai su que les Vichyssois recevaient des avions allemands, ce qui m’a persuadé de me battre contre eux, même s’ils étaient français. Ils ont signé l’armistice avec les Anglais à 11 heures du matin, mais juste avant, de 9 à 11 heures, ils ont vidé sur nous tous leurs casiers à munitions. De vrais salopards. » Inutile de préciser que tout ne fut pas rose dans les camps de prisonniers vichyssois à Tripoli.

Autre épisode intégralement oublié des relations franco-syriennes, et même de l’histoire de notre pays : le 29 mai 1945, alors que la lutte du parti Baath pour l’indépendance s’intensifie, le gouvernement français, sous la présidence du général de Gaulle, donne l’ordre au général Oliva-Roget de bombarder Damas. Une partie de la ville est détruite, on dénombre des centaines de morts. Événement comparable à la répression de Sétif en Algérie, qui a eu lieu trois semaines plus tôt, mais dont on ne parlera presque jamais, car elle n’a eu aucune suite sinon l’intervention des Anglais. Les Britanniques reprennent enfin la main, dans des conditions encore à élucider, et la Syrie obtient son indépendance en 1946.

Il ne s’agit évidemment pas de comparer des bombardements français avec les bombardements actuels, intolérables, inadmissibles, sur les populations civiles. Il s’agit seulement, aussi désagréable cela soit-il, de rappeler des faits largement ignorés.

(09 février 2012 – Par François-Guillaume Lorrain)

*[anniebannie : un peu court, Maysaloun. Jugez plutôt :

Wikipedia : Youssef al-Azmeh (يوسف العظمة) (ou Yusuf al-Azmah, Yousef Al-Azama, Yusuf Al-Azmeh, Yousef Al-Azmeh) (1884 – 24 juillet 1920) était un militaire syrien originaire du vieux quartier de Chaghour a Damas. Son père était directeur des finances a la ville de Homs . et sa mere : Leila Cherbaji d’une grande famille de Damas. De 1918 à 1920, il a été ministre de la guerre, et chef d’État major du roi Fayçal.

En 1906, Azmeh obtient son diplôme à l’académie militaire ottomane d’Istanbul. Général ottoman pendant la Première Guerre mondiale, il a rejoint la révolte arabe contre le pouvoir impérial ottoman, jusqu’à l’indépendance de la Syrie en 1918. La Société des Nations, ayant accordé un mandat aux français en Syrie (grâce à l’accord Sykes-Picot) le général Gouraud lance un ultimatum contre le gouvernement syrien leur demandant de déposer les armes. Ne pouvant résister aux français, la Syrie accepte de se placer sous mandat français, mais Azmeh refuse la défaite et forme une armée de partisans. Son armée est estimée à environ 5000 hommes, elle mélangeait des soldats irréguliers, des volontaires et des bédouins. Azmeh savait à l’avance qu’il ne pourrait pas vaincre les Français avec cette armée, mais il voulait leur signifier que les Syriens n’accepteraient pas un mandat sur leur pays.

Le 24 juillet 1920, Azmeh quitte Damas pour Khan Maysaloun, où il a mené sa bataille contre l’armée française du général Gouraud. Azmeh trouve la mort lors de la bataille, ce qui permet aux forces françaises d’entrer à Damas le 25 juillet 1920.

Azmeh est considéré comme un héros national en Syrie, une statue de lui se trouve à Damas, et beaucoup de rues portent son nom.]

Communiqué de presse : L’ULB, Caroline Fourest et la liberté


J’ai été tenu au courant des troubles qui ont eu lieu le mardi 7 février à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et d’aucuns ont voulu m’associer au groupuscule perturbateur : or, je tiens à préciser ici que je m’oppose fermement et condamne sans conditions les interventions et provocations de certains auditeurs dans le public ayant pour objectif d’empêcher un intervenant de s’exprimer. Quels que soient les propos tenus, ils doivent être entendus et l’on se doit d’y répondre avec la seule arme de la pensée critique. C’est la raison pour laquelle Madame Caroline Fourest, invitée à donner une conférence, aurait dû pouvoir s’exprimer et débattre librement à l’ULB.

J’ai lu par ailleurs (« Le Soir » du 08 février 2012) que Mme Caroline Fourest poursuit son entreprise de désinformation sur le mode de ce qu’avait révélé Pascal Boniface dans son livre « Les intellectuels faussaires » (JC Gawsewitch Editeur – 20 mai 2011) : il avait, preuves et arguments à l’appui, qualifié Caroline Fourest de « serial menteuse ». Une fois encore, alors qu’elle s’exprime à l’Université Libre de Bruxelles, elle ose affirmer que cette même université avait décidé, par la voix de son ancien recteur, de ne plus m’inviter à la suite d’une conférence qui « avait tourné au négativisme sur le génocide arménien ». La Direction de l’Université pourra elle-même témoigner que la raison invoquée par Mme Caroline Fourest est une contre-vérité (cela fait longtemps que j’ai reconnu le génocide tout en m’opposant à la loi mémorielle française). J’ai effectivement été écarté par les instances dirigeantes de l’ULB qui ont finalement reconnu leur erreur, et fait marche arrière, sous la pression de professeur(e)s et d’étudiant(e)s et j’ai pu, depuis, intervenir trois fois dans cette même université.

C’est Mme Caroline Fourest, par ailleurs, qui ne fait pas honneur aux valeurs de liberté qu’elle dit prôner lorsqu’elle soutient publiquement les décisions administratives qui m’empêchent de m’exprimer dans les universités (à l’ULB – son intervention en ce sens fut filmée il y a quelques années – comme dans les universités françaises). Ma réponse à ses contradictions et à ses manipulations est néanmoins sans appel : je persiste donc et signe, et je répète ici que les portes de l’Université doivent rester ouvertes à toutes les sensibilités, de même qu’aux journalistes et chroniqueuses telles que Mme Caroline Fourest, et ce même si dans ses écrits, livre après livre, article après article, le mensonge l’emporte nettement sur la vérité.

Tariq RAMADAN

source

Cette fois, Assad a dépassé les bornes


Rime Allaf, écrivaine syrienne, est chercheuse associée à la Chatham House à Londres. Son adresse sur  twitter est @rallaf.
7 février 2012

Les Syriens approchent du premier anniversaire de l’une des implosions de pouvoir populaire et de libération psychologique les plus inattendues que la région ait connue. Mais ils ne goûtent pas encore l’euphorie de voir un dictateur fuir le pays ou être obligé de démissionner.

Il y a un an, quand les Syriens observaient la rapidité des soulèvements en Tunisie et en Égypte, ils savaient pour la plupart que s’ils devaient jamais se trouver dans la même situation, ils paieraient un prix beaucoup plus lourd et que le régime n’hésiterait pas à les anéantir pour garder la dynastie Assad au pouvoir. Ayant déjà traversé l’un des massacres les plus brutaux de l’histoire moderne, le peuple syrien savait que la clique au pouvoir pourrait tout aussi facilement perpétrer un autre Hama, peut-être pire, pour garder le pays sous sa poigne.

Mis à part quelques activistes et intellectuels irrédentibles de la société civile qui continuaient à battre le tambour de la liberté, payant constamment de leur liberté ce crime de lèse-majesté, la plupart des Syriens sont devenus réalistes par nécessité. En faisant semblant de tourner la page, et en flattant le régime à coups de louanges pour sa rhétorique creuse sur le leadership éternel de l’Assad du jour, ils s’imaginaient pouvoir progresser lentement, mais sûrement vers une vie moins étouffante, à la discrétion d’une clique corrompue et ivre de pouvoir.

C’était,  à plusieurs égards, un pacte faustien inversé où le régime obtenait le pouvoir et le peuple recevait des miettes – dans les domaines social, économique et politique. Si incroyable que cela puisse paraître dans l’actuelle période révolutionnaire, les Syriens estimaient n’avoir d’autre choix que d’amadouer le régime pour arriver à respirer.

Ce pacte de facto aurait pu survivre à la période révolutionnaire s’il n’ y avait eu l’arrestation et la torture de 15 écoliers à Daraa. Le soulèvement qui s’est ensuivi s’est répandu dans tout le pays. Quand le peuple a finalement manifesté son indignation, le pacte s’est effondré lorsqu’en réponse à sa demande de justice et de dignité, le régime a tiré à balles réelles et que sa brutalité lui a fait perdre une fois de plus tout semblant de civilité.

Ce que peu de personnes escomptaient dans cette situation sans précédent était qu’aux piliers traditionnels du régime – forces de sécurité et parti – s’en ajouteraient un autre ; chose surprenante, une partie de la population a déclaré son allégeance au régime alors que celui-ci se déchaînait, et agitait une fois de plus le spectre de la guerre civile et de la désintégration nationale en cas de chute du régime. Pris dans l’étau d’un syndrome de Stockholm précédemment invisible, les fidèles du régime entonnaient maintenant « après Bachar, le déluge ».

Le régime bénéficie certainement d’une rallonge grâce aux complices qui applaudissent sa brutalité sans précédent contre une population en grande partie sans défense et grâce à ses puissants alliés qui ont bloqué une initiative de la ligue Arabe en proposant des solutions humanitaires et politiques. En outre, la confusion des forces de l’opposition incapables de se frayer un chemin hors du labyrinthe de 40 ans de dictature ajoute encore à l’indécision des puissances qui pourraient changer le cours des événements. Mais tous ces facteurs sont des obstacles qui ne font que ralentir la libération d’une population déterminée.

Peu importe le soutien dont bénéficie encore le régime de Bachar al-Assad, et peu importe finalement que ses partisans s’accrochent encore à l’illusion de le voir rester au pouvoir. Le régime a continué à tuer, torturer et emprisonner les Syriens depuis près d’un an sans avoir été capable d’écraser la résistance qui a maintenant commencé à s’armer et à se défendre. C’est une question de temps et on ne voit pas comment la transition se déroulera, mais la majorité des Syriens sont certains d’une chose : nous sommes arrivés à la fin d’une époque

Source : http://www.nytimes.com/roomfordebate/2012/02/06/is-assads-time-running-out/this-time-assad-has-overreached

Traduction : anniebannie

L’écrivain syrien Khaled Khalifa : « Le monde entier est complice du sang versé »


Chers amis, écrivains et journalistes du monde entier, notamment en Chine et en Russie, je tiens à vous informer que mon peuple est exposé à un génocide.

Depuis une semaine les forces du régime syrien intensifient les attaques contre les villes rebelles en particulier Homs, Zabadani, les banlieues de Damas, Rastan, Madaya, Wadi Barada, Figeh, Idlib et dans les villages de la montagne de Zawiya.

Depuis une semaine et jusqu’au moment où j’écris ces lignes, plus de mille martyrs sont tombés, dont beaucoup d’enfants, et des centaines de maisons ont été́ détruites sur les tètes de leurs habitants.

Elimination d’une révolution pacifique

La cécité́ qui a frappé le monde a encouragé le régime à tenter une élimination de la révolution pacifique en Syrie, avec une force répressive inégalée. Le soutien de la Russie, la Chine, l’Iran et le silence du monde face aux crimes commis en plein jour, a permis le meurtre de mon peuple par le régime depuis onze mois.

Mais dans la dernière semaine, du 2 février à aujourd’hui, les signes du massacre se sont clarifiés. La scène de centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le cœur, et place la tragédie humanitaire syrienne au centre du monde.

C’est une expression claire de notre sentiment d’être des orphelins, abandonnés par le monde et par les politiciens satisfait par les paroles vaines et les sanctions économiques, qui n’empêchent pas les assassins et ne retiennent pas les chars baignés de sang.

Mon peuple, qui a fait face à la mort le torse nu et en chansons est en ce moment même assujetti à une campagne de génocide. Nos villes rebelles sont dans un état de siège sans précédent  dans l’histoire mondiale des révolutions.

Le personnel médical est empêché́ de secourir les blessés, les hôpitaux de campagne sont bombardés de sang-froid et détruits, l’entrée est interdite aux organisations de secours, les lignes téléphoniques sont coupées, et la nourriture et les médicaments sont bloqués, si bien que la contrebande d’un sac de sang ou d’une tablette de Setamol dans les zones touchées est considéré́ comme un crime digne d’emprisonnement dans des camps de détention, dont les détails vous horrifieront un jour.

Silence complice

Dans toute son histoire moderne, le monde n’a pas connu de tels vaillance et courage, que ceux manifestés par les révolutionnaires Syriens dans toutes nos villes et villages. Le monde n’a pas non plus connu un tel silence, et une connivence dans le silence qui est dès à présent considéré́ comme une complicité́ dans le crime et l’extermination de mon peuple.

Mon peuple est un peuple de paix, de café́, de musique que j’espère vous savourerez un jour, de roses, dont j’espère qu’un jour le parfum vous parviendra, afin que vous sachiez que le cœur du monde est aujourd’hui exposé au génocide et que le monde entier est complice du sang versé.

Je ne peux rien dire de plus dans ces moments difficiles, mais j’espère que vous agirez par solidarité́ avec mon peuple de la façon que vous jugerez appropriée.

Je sais que l’écriture est impuissante et nue devant les canons, les tanks et les missiles russes qui bombardent nos villes et nos civils, mais je n’ai aucune envie que votre silence aussi, soit complice du meurtre de mon peuple

 

Aujourd’hui mercredi 8 février


aujourd’hui
  • 17:00 – 20:00
  • Ambassade de Syrie, Avenue Franklin Roosevelt 3, , Ixelles, Belgium
  • Rassemblement devant l’Ambassade de Syrie ce MERCREDI 08 Février 2012 de 17:00 à 20:00!Il n’est plus question de discussion : il faut agir pour la Justice!!
    Rejoignez-nous! Crions notre colère! Nous n’acceptons pas!Bachar est un assassin et les massacres qu’il est en train de commettre sont impardonnables!!
Ciquez ici afin de suivre les dernières infos sur la révolution syrienne en français

«Libres dans la prison de Gaza »


En Exclusivité Belge le vendredi 17 Février

De 19h00 à 22h00

La projection du film est suivie d’une table ronde entre les participants.

En présence du réalisateur Chris Den Hond et  de Luk Vervaert  spécialistes des prisonniers nous parleras des conditions de détentions  des prisonniers Palestiniens.

Prix : 2 Euro

Mener le combat pour la libération à l’intérieur et à l’extérieur des prisons d’Israël

samedi 28 janvier 2012 – 10h:26

Ameer Makhoul – E.I


Prison de Gilboa – La réussite dans l’internationalisation d’une question se mesure à la capacité à transformer celle-ci en préoccupation d’ordre mondial.
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Libérer les prisonniers politiques palestiniens signifie les libérer maintenant – Photo : APA images

Elle signifie la création sur le terrain d’une situation où il devient impossible au système international de continuer à fuir ses responsabilités ou à entretenir la collusion avec les puissants au détriment des victimes spoliées de leurs droits. Il devient alors possible d’actionner les mécanismes internationaux allant dans le sens de la restauration des droits des victimes, ce qui implique contraindre ceux qui violent ces droits à se soumettre aux décisions internationales.

Dans une telle situation, la justice devient pour la victime une arme puissante, capable de faire pencher le rapport de force en sa faveur face à la puissance répressive de la partie dominante- dans notre cas, face au régime colonialiste et raciste d’Israël.

Il y’a cependant une règle incontournable et que connaissent toute révolution populaire et tout mouvement de libération : il ne suffit pas d’être victime d’injustice pour gagner la solidarité mondiale. Pour que celle-ci naisse et se développe en leur faveur, il faut que les victimes soient non seulement conscientes mais aussi et surtout activement engagées dans la lutte pour la restauration de leurs droits, dans la résistance contre leurs oppresseurs. C’est dans la ténacité de cette lutte, sa capacité à toujours faire face aux nouveaux défis que se trouve l’ingrédient capable de transformer la sympathie internationale en solidarité agissante et efficace, c’est-à-dire en action politique douée de vision stratégique.

L’internationalisation consiste essentiellement à mobiliser et à entretenir la solidarité populaire mondiale ainsi qu’à agir en vue d’encourager les organismes internationaux à assumer leurs responsabilités.

Un mouvement de solidarité mondial actif et en pleine expansion peut puissamment influer sur les gouvernements, les instances législatives ainsi que les médias dans différentes sociétés et pays à travers le monde ; il peut aussi agir sur les instances officielles et internationales, tout cela en vue d’amener des changements de politiques sur deux fronts : soutenir et renforcer les victimes de l’injustice, d’une part, donner davantage de vigueur à leur espoir de voir leur juste combat aboutir grâce à leur lutte et grâce à la légalité internationale et, d’autre part, affaiblir et isoler l’oppresseur colonial raciste en le soumettant à des sanctions et en le privant de sa légitimité, le but ultime étant le démantèlement de ses structures répressives.

Libérez-les maintenant !

Pourtant, la position officielle palestinienne sur la question des détenus palestiniens dans les prisons israéliennes compromet gravement cette cause centrale dans le combat de notre peuple. (Voir Palestinian prisoners in Israeli jails).

La position officielle , en substance , est qu’aucun accord de paix avec Israël ne sera signé tant que tous les prisonniers n’auront pas été libérés. En pratique , cela revient , non seulement à pérenniser leur détention en remettant la question de leur libération à un avenir indéterminé mais à la réduire à un statut mineur dans l’agenda national palestinien. Libérer les prisonniers doit signifier les libérer maintenant.

Israël s’est acharné à transformer le cas d’un de ses soldats d’occupation capturé par la résistance palestinienne en question humanitaire de dimension internationale alors que dans le même temps elle a exigé que les 7000 prisonniers palestiniens de la liberté soient considérés comme des « terroristes ».

Pourquoi la position officielle palestinienne manifeste- t’elle autant de déférence à l’égard de cette curieuse logique ? Pourquoi la victime, la partie qui a la justice de son côté doit-elle présenter des excuses, présenter des excuses au nom des Palestiniens qui ne font que défendre leurs droits ? Pourquoi adopter la posture de celui qui demande pardon ? Quand avons-nous entendu pour la dernière fois une voix palestinienne officielle s’élever aux Nations Unies ou à l’Union Européenne ou même à Ligue Arabe pour défendre le droit et le devoir des Palestiniens de résister par tous les moyens à l’occupation, à la colonisation et à l’exode forcé ?

Cette étrange mentalité a récemment conduit un officiel de haut rang de l’Autorité Palestinienne à soulever la question de « l’incitation mutuelle » (à la violence) et à demander que soit réactivée la commission mixte supposée la gérer. Quelle tournure d’esprit a pu conduire un représentant supposé d’un peuple qui est soumis dans son intégralité à la colonisation, à la dépossession, à l’exode forcé et au blocus à accepter l’idée même d’une « symétrie » entre l’oppresseur colonial occupant et sa victime ?

Nous touchons là directement à la question des prisonniers. La position palestinienne officielle sur la scène internationale est, d’une part, de « condamner la violence » et donc tout acte de résistance contre l’occupant et, d’autre part, de coopérer étroitement avec l’establishment sécuritaire israélien. Quel message une telle position envoie- t’elle aux prisonniers palestiniens dont certains sont détenus depuis des dizaines d’années pour avoir participé à la lutte de libération ? La position officielle palestinienne n’est-elle pas négation de leur statut de prisonniers de la liberté, de la libération nationale, de la conscience et de la justice ?

Si nous voulons qu’un message gagne en popularité internationale, il faut qu’il soit clair et cohérent. Clarté et cohérence sont absolument cruciales dans tout effort d’internationalisation. Les discours et les actes des instances officielles palestiniennes doivent être en accord avec ceux du peuple- la société civile, les mouvements populaires- et ceux des mouvements internationaux de solidarité.

La direction palestinienne ne doit pas saper la solidarité

La fidélité à un tel principe est vitale si nous ne voulons pas que se répète l’expérience amère que nous a fait vivre l’Autorité palestinienne dans le sillage de la campagne de boycott des universités israéliennes menée au Royaume-Uni, campagne qui s’insère dans le cadre plus vaste du boycott académique et culturel d’Israël. Cette action, de par son ampleur et son efficacité inédites, a permis aux mouvements de solidarité de faire une avancée de portée stratégique mais voici ce qui est arrivé : quelques semaines à peine après le lancement de la campagne, l’université Al Qods de l’Autorité Palestinienne conclut un accord avec la Hebrew University israélienne. Cette décision n’est rien d’autre qu’un coup de poignard dans le dos, porté aux mouvements de solidarité avec le peuple palestinien.

Nous devons aussi nous poser la question de savoir l’importance qu’accordent l’A.P et l’OLP à la question des prisonniers dans leur diplomatie internationale, à l’ONU et dans leurs réunions avec les Israéliens. La considèrent-ils comme une question nationale prioritaire ? Il semble que non, car rien ne peut justifier leur incapacité à lui donner, durant les pourparlers qui ont eu lieu ces dernières années, statut de question centrale dont la solution conditionne à l’avance tout progrès.

Les accords d’échange de prisonniers ne peuvent en eux-mêmes prendre en charge la question des prisonniers dans son ensemble. De même, se confiner dans l’attente d’un accord de paix doté de pouvoirs magiques est s’égarer dans la futilité. On ne peut, non plus, porter cette question devant l’appareil judiciaire israélien puisque cet appareil est dans son essence organe du dispositif répressif de l’Etat raciste occupant, organe destiné à légitimer les crimes de celui-ci en leur donnant « couverture légale ».

La question des prisonniers pourtant reste un élément essentiel du conflit et nul ne peut ignorer que son issue dépend des rapports de force. Il est certain que les révolutions arabes auront un effet décisif sur le rapport de force à l’échelle régionale et sur la gestion du conflit. Dans ce contexte, l’internationalisation offre la possibilité de se libérer des règles du jeu qui ont prévalu jusqu’à présent et d’en imposer de nouvelles.

En dehors de cette voie, le renoncement de la direction officielle palestinienne à son rôle et le déclin de la lutte populaire qui s’en est ensuivi, offrent aux prisonniers peu d’options dans la lutte autres que la grève de la faim. Et il n’est pas toujours assuré que celle-ci permette des gains mineurs ou du court-terme, sans parler de sa capacité à faire avancer la cause de leur libération. De nouvelles formes de lutte s’imposent. Elles doivent être élaborées dans les prisons et être liées à la lutte d’ensemble et à ses objectifs stratégiques.

Engager la société civile

Il y’a dans le monde un gisement immense et varié d’organisations palestiniennes, arabes et internationales qui sont crédibles et compétentes, qui possèdent un parcours de lutte en faveur des droits palestiniens incluant, bien sûr, la lutte en faveur des prisonniers. Les organisations palestiniennes peuvent entretenir des relations plus denses avec elles, tisser des réseaux avec leurs homologues dans le monde afin d’amener des changements de politiques en faveur des droits palestiniens.

Les bureaux de représentation officielle palestinienne doivent se montrer plus disposés à faciliter un tel travail, à encourager les mouvements populaires et à leur donner un soutien officiel. La décentralisation et la complémentarité sont indispensables dans ce contexte. Nous constatons malheureusement que trop souvent, les politiques et pratiques quotidiennes des instances palestiniennes officielles entravent ou entrent en conflit avec le militantisme pro-palestinien non-officiel. Ce fait s’est manifesté de façon flagrante dans le cas du mouvement palestinien et international BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) lancé contre Israël. Les instances officielles supérieures palestiniennes s’y sont opposés sous le prétexte des négociations en cours avec le gouvernement de Ehud Olmert.

La tâche de l’internationalisation doit être confiée à un Comité National de Coordination comprenant des représentants des organisations populaires et de la société civile ainsi que des représentants des instances officielles, tous provenant aussi bien de la Palestine historique que de la diaspora. Les missions confiées à chacun des groupes en son sein doivent être coordonnées et se fonder sur la vision que la cause palestinienne est une et indivisible et que, d’autre part, Israël constitue un bloc oppresseur dont la nature reste toujours la même par delà ses diverses politiques. En d’autres termes, l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, la spoliation des terres, le régime raciste à l’intérieur de la Ligne Verte ainsi que l’épuration ethnique subie par les réfugiés et les déplacés procèdent tous de la nature coloniale et raciste de l’Etat israélien.

Revoir la stratégie et les priorités

Dans le processus de gestion du conflit, il ya des questions essentielles qui ne peuvent ni être gelées ni remises à plus tard. Aucun officiel palestinien n’a mandat pour les mettre de côté au profit d’autres tâches, même s’il est vrai que les résultats ne peuvent être obtenus simultanément pour toutes les questions.

Il faut, à l’échelle arabe et palestinienne, faire une réévaluation d’ensemble de la stratégie consistant à négocier afin d’obtenir des solutions transitoires. Cette réévaluation doit inclure les effets de cette stratégie sur les droits palestiniens ainsi que sur la lutte en vue de les réaliser. A cet égard, les conséquences désastreuses des accords d’Oslo durant les deux dernières décennies sont devenues claires. En morcelant les droits palestiniens fondamentaux, on en a fait des fragments otages les uns des autres, de la monnaie d’échange par le biais de laquelle obtenir un droit signifie en concéder un autre.

Au niveau international, il peut parfois sembler que des gains diplomatiques peuvent être obtenus en donnant la priorité à une série de droits fondamentaux -ou à une question, telle que la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem- et en ignorant les autres. Mais il y’a un risque, aussi bien à l’intérieur que sur le plan international, que ces droits soient indéfiniment laissés à l’abandon parce qu’ils ne sont pas considérés comme prioritaires par la direction palestinienne actuelle. Par exemple, la campagne palestinienne officielle tentant d’attirer l’attention internationale sur la colonisation porte, à dessein ou non, le message implicite que la libération des prisonniers n’est pas une grande priorité.

Nous n’avons jamais entendu un négociateur official palestinien menacer d’arrêter les pourparlers ou de porter la question devant le Conseil de Sécurité tant que les prisonniers n’ont pas été libérés ou que, au moins, un calendrier pour leur libération soit discuté. Nous avons là affaire à une décision politique palestinienne marquée par l’indécision et le refus d’assumer une position claire étant donnés les rapports de force à l’échelle régionale et internationale. Nous avons là, en d’autres termes, affaire aux conséquences désastreuses des accords d’Oslo qui ont induit une impuissance qui touche aussi bien à la substance qu’à l’application.

Toutes les questions liées aux droits des Palestiniens qui ont été « remises à plus tard » sous les accords d’Oslo restent encore « remises à plus tard » et semblent condamnées à rester ainsi indéfiniment. Ce sort s’applique à la question des réfugiés et des déplacés ainsi qu’à celle de Jérusalem. Cela, sans parler de l’acceptation tacite par la direction palestinienne de l’idée que les Palestiniens de 1948 constituent une affaire interne israélienne- une notion que ces mêmes Palestiniens rejettent de toutes leurs forces.

A propos des prisonniers, l’expérience nous a montré qu’Israël n’est pas fidèle à son principe déclaré de ne pas libérer les prisonniers impliqués dans des actions où des Israéliens ont été tués. La même chose s’applique à son refus de libérer des prisonniers provenant de Jérusalem ou des territoires de 48. Ce qui compte, ce sont les rapports de force et les rapports de force ne sont pas statiques, ils changent avec le niveau de la lutte populaire palestinienne, avec la politique officielle palestinienne et avec la volonté libératrice palestinienne dans son ensemble.

La cause de la libération des prisonniers exige que la lutte soit menée sur deux fronts qui se complètent l’un l’autre, à l’intérieur et à l’extérieur des murs des prisons.

* Ameer Makhoul est un dirigeant palestinien de la société civile actuellement détenu dans la prison de Gilboa.

L’original en arabe de cet article a d’abord été co-publié par le journal Al-Akhbar de Beyrouth.

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Consultez le blog pour Amir Makhoul

18 janvier 2012 – The Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/conte…
Traduction : Info-Palestine.net – Najib Aloui

Au sujet de Massad :l’échec des intellectuels anti-impérialistes


par Maysaloon

Je viens de lire le dernier article de Massad intitulé « Impérialisme, despotisme et démocratie en Syrie » et j’ai d’abord pensé qu’il ne se rendait pas compte de ce qui se passe en Syrie. Il a l’air de dire qu’il y a de bonnes manières de renverser un dictateur et il y en a de mauvaises. La mauvaise manière est de demander de l’aide à l’Occident;  quant à la bonne manière,  on ne peut pas dire qu’elle soit  claire. Massad nous dit qu’un bon anti-impérialiste s’opposerait au dictateur ET à l’Occident ce qui est assez simple,  mais il ne nous dit pas en quoi cela aidera le peuple syrien ni  comment il lui propose  de se débarrasser de Assad.

Quand il parle du « détournement » de la révolution syrienne cela signifie-t-il que celle-ci mérite moins de soutien au vu de la répression qu’elle subit ? Ou devons- nous reprocher aux Syriens de ne pas être de  bons anti- impérialistes et devons-nous insister pour qu’ils se laissent massacrer sans demander de l’aide – même celle du diable si c’est nécessaire? Je me demande quelle est la part du détournement de la révolution syrienne qui est imputable au vide moral que les anti-impérialistes ont eux-mêmes laissé se creuser. Quand Massad dit  lui-même que la révolution a été « détournée », cela signifie qu’ au début,  le peuple syrien ne demandait pas d’ intervention extérieure ou « impérialiste » et avait un besoin désespéré d’aide d’où qu’elle vienne.

Lors de plusieurs manifestations contre le régime,  j’ai discuté avec des fanatiques sectaires qui voulaient transformer le mouvement en une croisade anti chiite et voulaient faire appel à l’intervention de l’Occident. Où  étaient alors les anti-impérialistes ? Lors d’une manifestation, la seule personne que j’ai trouvée à mes côtés dans de tels débats était un activiste syrien marxiste, Ghias al Jundi.  Pas une seule de mes « connaissances» anti-impérialistes ne s’est donné  la peine de venir aux manifestations contre le régime. L’espace est resté libre pour le CNS et les gens de ce gabarit qui ont pu demander de l’aide à l’Occident ou à n’importe qui d’autre. En outre,  je ne me souviens pas qu’un seul des nombreux anti-impérialistes en ligne ait jamais dit qu’il avait participé ne fût ce qu’aux toutes premières manifestations contre le régime syrien pour soutenir le peuple syrien. Pas un seul parmi mes connaissances depuis son vénérable trône en ligne qui se soit donné la peine de venir ou ait dit qu’il était venu, laissant ainsi le champ libre dès le début. Mais selon M. Massad, nous devons blâmer le peuple syrien et le peuple libyen et le peuple irakien pour leur manque de sophistication politique qui ne leur permet pas de distinguer les nuances entre l’impérialisme et les groupes de l’opposition opportuniste, la tyrannie locale et la troisième voie insondable soutenue par Massad. Tout comme dans un drame tragique à la Tchekhov, le peuple syrien est censé affronter les tirs  à poitrine nue et mourir au nom de principes supérieurs plutôt que de s’abaisser à demander de l’aide où qu’il puisse la trouver.

Où était le soutien intellectuel et le leadership dont le peuple syrien-ou même libyen- avait besoin pendant une période difficile ? Pourquoi les a-t-on abandonnés à l’Occident ? Était-ce simplement à cause des politiques d’ Assad ? Toutes ces questions rhétoriques,  je les pose à M. Massad et à tous  ceux qui se proclament anti impérialistes.

Enfin, Massad se demande pourquoi les oppositions yéménite et bahreïnienne n’ont pas demandé l’intervention de l’Occident. M. Massad se rend-il compte que par rapport au Yémen et à Bahreïn,  le nombre de victimes des services de sécurité d’ Assad se compte en milliers-voire plus. La situation est si atroce en Syrie que Massad lui-même dit qu’Assad essaye d’atteindre le même niveau de brutalité que Saddam – pour ceux qui ne le savent pas, cela veut dire beaucoup eu égard  à la brutalité de Saddam. Et qu’est-ce qu’il entend quand il dit que les Palestiniens ne demandent jamais d’assistance aux impérialistes ? Cet argument illustre spécifiquement ce que je disais plus haut au sujet du vide moral que les anti impérialistes ont abandonné à l’Occident qui a pu ainsi intervenir et « détourner » la révolution syrienne. Les  Palestiniens ont  toujours eu le soutien des anti-impérialistes ou de groupes se disant anti-impérialistes. Il a une longue histoire de soutien [nominal] de la part de plusieurs pays arabes. Au contraire du peuple syrien, le peuple palestinien n’a pas été abandonné aux caprices d’une occupation et d’une répression brutales.

La dichotomie brutale que Massad semble vouloir éviter-entre impérialisme et fascisme-est imposée au peuple syrien précisément à cause du vide que les anti impérialistes dont il parle ont laissé s’installer. Si ceux-ci avaient été aussi enflammés et enthousiastes pour occuper le haut plateau moral et intellectuel malgré les tentatives cyniques déployées par les potentats et les princes pétroliers pour saper la révolution, la farce misérable à laquelle nous assistons aujourd’hui ne se serait jamais produite. S’il y a jamais eu une véritable  troisième voie pour les anti-impérialistes en ce qui concerne la Syrie,  c’est celle que Massad aurait dû appeler de ses voeux dans son article.

Traduction de anniebannie; original anglais : Maysaloon

Et maintenant, on va où ?


Le double veto de la Chine et de la Russie m’a surpris. Je m’étais permis d’espérer qu’il y aurait une résolution, si diluée fût-elle, qui condamnerait la violence à laquelle nous assistons. Mais quelles que soient les raisons, la route des Nations unies est maintenant fermée pour de bon. Alors, où allons-nous ?

Certains demanderaient  qu’ un groupe international de crise sans la Chine et la Russie commence à agir. Je suppose que ce groupe comprendrait également la Turquie,  et l’on reparle  d’une zone tampon turque à mettre en place au nord de la Syrie. Autre solution: nous pourrions assister à l’armement sérieux  de l’Armée syrienne libre et à une escalade du conflit en une véritable guerre civile. Dans cette éventualité, je ne serais absolument pas surpris de voir les Russes (et l’Iran) continuer à armer Assad jusqu’aux dents. Nous aurons donc une nouvelle guerre civile libanaise où  nombre de puissances différentes financeraient les parties adverses. Ce n’est pas un bon résultat et je ne crois pas que quiconque,  Assad mis à part , souhaite y arriver. Bien sûr qu’ Assad préférerait cette solution parce qu’ elle justifierait son oppression et son recours à la violence, tout en prolongeant la vie  de son règne.

Une autre solution consisterait à laisser le régime syrien imploser sous la pression exercée tant par l’Armée syrienne libre que par la désobéissance à grande échelle dans le pays. Depuis des mois, on nous dit que beaucoup de membres du régime aimeraient déserter, mais qu’ils hésitent  devant l’incertitude de leur avenir. Les déserteurs des services de sécurité parlent  – bien entendu – de forces armées désorganisées au bord de l’effondrement. Le mécontentement se répand dans le pays et pas plus tard que ce matin,  j’ai entendu aux nouvelles que la plus importante usine de production sucrière du pays, qui a coûté plusieurs millions de dollars et qui a fait de la Syrie un exportateur de sucre, a maintenant fermé ses portes à cause des problèmes de sécurité. J’ai aussi entendu que quelqu’un avait hacké le réseau de téléphonie mobile et envoyé des SMS annonçant l’assassinat de Bachar et son remplacement par son frère Maher.

Je ne sais pas qui a fait le coup ; éventuellement un employé mécontent ou une attaque plus sophistiquée contre le réseau mobile depuis l’étranger venant de quelqu’un  qui a les connaissances nécessaires pour monter une telle opération. Encore une fois, allez savoir ? Toutes ces histoires peuvent être vraies ou non et nous savons très bien que les gens de l’opposition embellissent parfois les faits, ce qui est contre-productif et futile. Assad est peut-être plus fort qu’ ils ne le disent. Bien sûr,  s’il était aussi fort que ses partisans le proclament, il aurait écrasé le mouvement de protestation  depuis longtemps. Il est quand même étonnant qu’après  dix mois  la révolution -à présent armée-ait  réussi à survivre en dépit des efforts acharnés du régime. C’est  cette réalité sur le terrain, ce fait incontesté – à savoir que Assad de n’est plus le maître de la Syrie – qui nous ramène à une conclusion inattaquable et dégagée de la confusion créée par la propagande.

Je crois que moins Assad sera capable de s’abriter derrière le paravent de sa version des événements, plus rapide sera sa chute. À ce stade déjà, la plupart des gens ne croient pas aux âneries diffusées sur ses chaînes de télévision, et de jour en jour ses accusations de conspiration deviennent de plus en plus faibles. Ce qu’il faut également contester c’est sa poigne de fer qui étrangle les médias et sa capacité à pomper de la désinformation et de la confusion auprès des Syriens. Les protestations se poursuivront tout comme les actions  armées de l’Armée syrienne libre, mal équipée et mal organisée. Mais un autre front pourrait affaiblir considérablement le régime : l’attaque des assises de son opération d’information . Personne n’a jamais dit que les révolutions étaient faciles et je crois que les Syriens vont maintenant redoubler d’efforts pour se dérober aux  services de sécurité et poursuivre leur chemin sur la voie qu’ils ont choisie.

Maysaloon est un Syrien arabe

Original traduit de l’anglais par anniebannie

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