15 mars : 1er anniversaire du début de la Révolution syrienne


COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Au 1er anniversaire du début des révoltes en Syrie, Amnesty fera du bruit en soutien aux victimes de la répression syrienne

 

 

Le 15 mars prochain, cela fera un an, jour pour jour, qu’ont débuté les révoltes en Syrie. A cette occasion, les militants d’Amnesty International se rassembleront devant l’Ambassade syrienne à Bruxelles, afin d’exprimer leur soutien aux victimes de la répression, mais aussi de mettre en lumière les recommandations de l’organisation.

Symbolisant les milliers de victimes syriennes, un bandage géant signé par de nombreuses personnes sera affiché face à l’ambassade, accompagné du retentissement de sirènes. Les directeurs respectifs des sections francophone et flamande d’Amnesty International Belgique prendront également la parole. Sophie Aujean, spécialiste de la Syrie au sein de l’organisation, sera aussi présente.

Outre son soutien aux victimes, au 1er anniversaire de la répression sanglante que connaît la Syrie, Amnesty International porte différents messages. D’une part, l’organisation demande à la communauté internationale d’imposer un embargo sur les armes à destination de la Syrie, de geler les avoirs à l’extérieur du président Bachar el-Assad et des autres principaux responsables du régime, mais aussi de déférer la situation syrienne devant la Cour pénale internationale.

D’autre part, Amnesty International exhorte les autorités syriennes à mettre fin aux arrestations arbitraires, à la détention au secret de prisonniers d’opinion – la dissidence pacifique doit être autorisée –, à l’usage excessif de la force contre des zones résidentielles, et à l’utilisation systématique de la torture ou d’autres mauvais traitements. L’organisation publie d’ailleurs, ce 14 mars, un rapport intitulé « I wanted to die » : Syria’s torture survivors speak out, qui rend compte de 31 méthodes de torture ou de mauvais traitements décrites par des témoins ou des victimes elles-mêmes. Pour la réalisation d’un tel rapport, Amnesty International a interrogé des dizaines de Syriens ayant fui leur pays pour la Jordanie. Enfin, Amnesty International demande que les organisations humanitaires puissent entrer en Syrie, immédiatement et sans entrave.

Où ? Face à l’ambassade de Syrie                     Quand ? Le jeudi 15 mars de 11h à 12h

        Avenue Franklin Roosevelt 3

        1050 Bruxelles

 

 

Contact : Emilie Lembrée : elembree@amnesty.be0494/14 36 54

Syrie. Un nouveau rapport dénonce le recours systématique et généralisé à la torture et aux mauvais traitements en détention


AMNESTY INTERNATIONAL

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Les personnes visées par la vague d’arrestations ayant fait suite au soulèvement syrien se sont retrouvées projetées dans le cauchemar éveillé de la torture systématique, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport publié mercredi 14 mars.

L’ampleur du recours à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements en Syrie a atteint un niveau qui n’avait pas été vu depuis des années, et qui rappelle la sombre période des années 70 et 80.

Diffusé la veille de la date anniversaire des premières manifestations de masse en Syrie, ce document, intitulé ‘I wanted to die’: Syria’s torture survivors speak out, recense 31 méthodes de torture et d’autres formes de mauvais traitements attribuées aux forces de sécurité, à l’armée et aux bandes armées progouvernementales connues sous le nom de shabiha, telles que les ont décrites des témoins ou des victimes à des délégués d’Amnesty International en Jordanie, en février 2012.

« Ce qu’ont traversé les nombreuses personnes visées par la vague d’arrestations qui a marqué l’année écoulée est très similaire à ce que les détenus enduraient sous l’ancien président Hafez el Assad – le cauchemar éveillé de la torture systématique », a déclaré Ann Harrison, directrice adjointe par intérim du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Les témoignages que nous avons recueillis nous ont donné un aperçu choquant d’un système de détention et d’interrogatoire qui, un an après le début des manifestations, semble avoir pour but premier de dégrader, d’humilier et de terrifier ses victimes afin de les contraindre au silence. »

 

Méthodes employées

Amnesty International a indiqué que la torture et les autres formes de mauvais traitements infligées aux détenus suivaient généralement un modèle établi.

De nombreuses victimes ont dit que les violences physiques avaient commencé dès leur arrestation, puis qu’elles avaient été sauvagement frappées – à coups de bâton, de crosse de fusil, de fouet, de poing, de câble tressé – à leur arrivée dans les centres de détention, une pratique parfois nommée haflet al istiqbal (accueil).

Les nouveaux détenus doivent généralement retirer tous leurs habits sauf leurs sous-vêtements et sont parfois laissés dehors pendant des périodes pouvant aller jusqu’à 24 heures.

 

Interrogatoires

Selon les témoignages recueillis par Amnesty International, c’est lors des interrogatoires que le danger est le plus grand.

Plusieurs personnes ayant connu la torture ont fait part de leur expérience du dulab (pneu) : la victime est forcée à grimper à l’intérieur d’un pneu – souvent suspendu – et frappée, parfois à l’aide de câbles ou de bâtons.

Amnesty International a signalé que les informations faisant état du recours au shabeh étaient en augmentation : la victime est suspendue en hauteur, à un crochet, une poignée ou un encadrement de porte, ou par des menottes aux poignets, de sorte que ses pieds se trouvent juste au-dessus du sol ou que ses orteils touchent à peine terre. Elle est alors souvent rouée de coups.

« Karim », 18 ans, étudiant originaire d’al Taybeh (gouvernorat de Deraa), a dit à Amnesty International que les personnes chargées de son interrogatoire ont utilisé des tenailles pour arracher des lambeaux de peau de ses jambes alors qu’il était détenu dans des locaux des services de renseignement de l’armée de l’air, à Deraa en décembre 2011.

La torture à l’électricité semble être fréquemment utilisée lors des interrogatoires. D’anciens détenus ont décrit trois méthodes : asperger d’eau la victime ou le sol, puis infliger des décharges à la victime en utilisant l’eau comme conducteur ; la « chaise électrique », où des électrodes sont apposées sur le corps ; et l’utilisation d’aiguillons électriques.

La torture liée au genre ainsi que d’autres crimes de violence sexuelle sont semble-t-il devenus plus fréquents au cours de l’année écoulée. « Tareq » a raconté à Amnesty International que lors de son interrogatoire à l’antenne du Renseignement militaire de Kafr Sousseh (Damas) en juillet 2011, on l’a forcé à regarder « Khalid », un autre détenu, se faire violer :

« Ils ont baissé son pantalon. Il avait une blessure en haut de la jambe gauche. Puis le fonctionnaire l’a violé contre le mur. Khalid pleurait, se cognant la tête contre le mur. »

 

Crimes contre l’humanité

Amnesty International a déclaré que ces témoignages de victimes de la torture ne faisaient que confirmer que des crimes contre l’humanité sont bel et bien commis en Syrie.

L’organisation a demandé plusieurs fois que le dossier syrien soit confié au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) mais des considérations politiques ont jusqu’à présent empêché que cela ne se fasse, la Russie et la Chine ayant à deux reprises bloqué au Conseil de sécurité des Nations unies des projets de résolution édulcorés ne faisant pas référence à la CPI.

Faute d’une saisine de la CPI, Amnesty International a annoncé qu’elle souhaitait voir le Conseil des droits de l’homme de l’ONU prolonger le mandat de la Commission d’enquête sur la Syrie et renforcer sa capacité à effectuer un suivi, recueillir des informations et les faire remonter, dans le but d’ouvrir, à terme, des poursuites contre les responsables présumés de crimes de droit international et d’autres violations flagrantes des droits humains.

L’organisation a également déclaré qu’elle voulait voir la communauté internationale assumer ses responsabilités, en enquêtant sur les crimes contre l’humanité et en ouvrant des poursuites dans le cadre de leur système de justice – selon des procédures équitables et sans requérir la peine de mort –, et demandé la création d’équipes internationales d’enquêteurs et de procureurs afin d’augmenter les chances d’arrestation.

« Nous continuons à penser que la CPI est le meilleur moyen de véritablement amener les responsables à rendre des comptes pour les graves violations commises contre le peuple syrien », a ajouté Ann Harrison.

« Si certains facteurs politiques rendent cette éventualité peu probable dans un futur proche, les Syriens responsables de la torture – y compris ceux qui occupent des fonctions élevées – ne doivent pas se bercer d’illusions ; ils auront à répondre des crimes commis sous leur responsabilité. Il est donc crucial que la Commission d’enquête soit renforcée et autorisée à poursuivre son travail. »

 

Complément d’information

Amnesty International a recueilli les propos de dizaines de Syriens ayant gagné la Jordanie pour fuir la violence, dont 25 personnes ayant déclaré avoir été torturées ou soumises à d’autres formes de mauvais traitements en détention avant de franchir la frontière. Le rapport inclut les témoignages de 19 d’entre elles. Plus de la moitié des cas décrits se sont produits dans le gouvernorat de Deraa, où ont eu lieu les premiers homicides de manifestants, en mars 2011. Les autres affaires se sont déroulées dans les gouvernorats de Damas, de Rif Dimashq, de Hama, d’Homs, de Lattaquié, d’al Suwayda et de Tartus.

 

 

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Emilie Lembrée
Attachée de presse
Responsable du Programme Droits des Femmes
Amnesty International Belgique francophone
9, Rue Berckmans - 1060 Bruxelles
Tel: +32 (0) 2 543 79 86
Fax: +32 (0) 2 537 37 29
Mobile: +32 (0) 494 14 36 54
www.amnesty.be
www.droitsdesfemmes.net

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Source

Déferlement de critiques contre la campagne Kony 2012


Déferlement de critiques contre la campagne Kony 2012

Auteur d’une efficace campagne Internet destinée à traîner le criminel de guerre ougandais Joseph Kony devant la justice internationale, l’ONG américaine Invisible Children s’est attirée les foudres de spécialistes de la région des Grands Lacs.

Par Guillaume GUGUEN (texte)

Il aura fallu attendre ce jeudi 8 mars, et le mot-clé #journéedelafemme, pour que l’Ougandais Joseph Kony ne soit plus le sujet le plus discuté sur Twitter. À la surprise de nombreux internautes, le criminel de guerre trustait depuis lundi la première place des conversations les plus populaires sur le site de micro-blogging. Devant le nouvel iPad d’Apple et les candidats à l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine, c’est dire…

Un succès que le chef rebelle de l’Armée de résistance (Lord’s Resistance Army, LRA) doit – bien malgré lui – à Invisible Children, une ONG américaine à l’origine d’un court film documentaire dénonçant ses exactions dans la région des Grands Lacs. Ce jeudi, soit trois jours après sa publication le 5 mars sur Internet, la vidéo, baptisée « Kony 2012 » avait été visionnée par quelque 32,6 millions de personnes sur YouTube.

suite de l’article ici

Les forces israéliennes d’occupation recrutent des soldats sur le Net


“Pas besoin d’être soldat dans Tsahal pour aider Israël à se défendre. Comment pouvez-vous agir ?”

C’est par ces mots sciemment choisis suivis d’un lien renvoyant vers son site que l’armée israélienne recrute sur Facebook et Twitter.

Cyberguerre, stratégie marketing ou l’art de tisser sa toile

La guerre se joue aussi sur le terrain de l’information et les réseaux sociaux sont des outils incroyablement puissants pour informer, mais aussi désinformer et faire de la propagande. Tsahal l’a compris et profite de cette accès à des millions d’internautes pour présenter sa réalité de la situation en Israël, dénoncer certaines postures médiatiques et recruter des porte-parole de la cause israélienne. Cette puissante armée mise sur le marketing viral pour imposer son opinion. Le but ? Sensibiliser le grand public et le rallier à son combat, notamment en prenant la posture de victime. En somme, une vraie stratégie publicitaire, comme le fait n’importe quelle marque, avec les processus d’identification et la notion de groupe/communauté voire d’appartenance à une élite pour mieux se vendre. Sauf que l’enjeu dans ce cas est considérable.

Responsabilité des internautes

Des groupes terroristes communiquent sur internet et parviennent à endoctriner les plus faibles, ces méthodes sont d’ailleurs largement commentées et dénoncées. Qu’en est-il concernant l’armée de Tsahal ? A quel point cette activité et ce lobbying sur la Toile sont-ils efficaces ? Les personnes qui rejoignent ses rangs sur le terrain virtuel réalisent-elles ce que leur soutien implique ? Rien n’est moins sûr. Derrière son écran, difficile de connaître la réalité du terrain. Compliqué de comprendre que l’expression “frappes chirurgicales” désigne des attaques bien moins précises, ciblées et propres que ces termes ne le laissent penser. Que les “dommages collatéraux” sont des civils tués car leur maison ou leur école ont été attaquées. Des décès vite dénombrés dans un décompte macabre et froid et tout aussi vite oubliés. Comme s’il ne s’agissait que de chiffres. Les soutiens invisibles de Tsahal le savent-ils ?

A ce jour, plus de 25 morts côté palestinien dues aux attaques qui ont débuté vendredi. Aucun côté israélien (fort heureusement). A part un cheval, le Jerusalem Post a d’ailleurs annoncé sa mort dans un article intitulé “Il ne fait pas bon être un cheval aujourd’hui” avant de modifier ce titre pour le moins évocateur.

PS : Concernant la désinformation, il apparaît – et cela a été confirmé par BFM TV, Le Figaro, Euronews, France 2, entre autres, – que c’est le gouvernement israélien qui a lancé les récentes hostilités, contrairement à ce qui a été dit dans un premier temps et que certains médias continuent de répéter.

Comité Belge pour soutenir la Révolution syrienne : Communiqué de presse


Bruxelles, le 13 mars 2012

Concernant l’incendie criminel d’une mosquée à Anderlecht

Au moment où la communauté syrienne de Belgique célèbre le courage et la détermination du peuple syrien qui lutte depuis un an pour la liberté, la justice et la démocratie, nous apprenons l’incendie volontaire d’une mosquée à Anderlecht.

Nous condamnons tout acte criminel et toute violence, en particulier sur des lieux saints.

Les régimes Syrien et Iranien veulent exporter le conflit Sunnites Chiites qu’ils créent au Moyen Orient.
« Le 10 octobre 2011, en Syrie : une vidéo « menaçante » confirme que le régime de Damas prépare des kamikazes en Europe et aux Etats-Unis.

Le Mufti de Syrie (un homme de Dieu), Ahmed Hassoun, menace l’Occident et Israël et affirme que « Damas dispose de kamikazes en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Israël, qui passeront à l’action au premier missile qui viserait son pays ».

C’est la première fois qu’un responsable syrien, nommé personnellement par le Président de la république (Assad), reconnaît officiellement l’implication du régime dans le terrorisme » (par Mediarabe.info – Rome).

La Belgique est un pays de convivialité et de dialogue entre les communautés religieuses.

Nous appelons tous les musulmans, chiites et sunnites à ne pas jouer le jeu pervers du régime syrien qui veut utiliser les identités religieuses pour diviser les musulmans et exporter les tensions qu’il crée en Syrie.

Pour le Comité Belge pour soutenir la révolution syrienne

Hasan Addaher

Tel. : +32.491364600

info@15marsrevolution.com

(arabe, anglais)

Bernadette van Zuylen

Tel. : + 32.494.54.98.82

contact@15marsrevolution.com

(français, anglais)

Interview de Moustafa Khalifé auteur de La Coquille


Je vous avais présenté la Coquille de Moustafa Khalifé ici; voici à présent une interview réalisée en novembre 2011

Moustafa khalifé, l’homme qui doute

Né en 1948 à Jarablous, dans le gouvernorat d’Alep, il a entamé ses études de droit à l’université de Damas en 1973. Poursuivi par les services de renseignement à partir de 1977, et obligé de vivre en clandestinité, il n’obtiendra son diplôme qu’en 1997. Il est arrêté une première fois en 1979 et libéré en 1980. A partir de janvier 1981, il passera treize ans en prison jusqu’en octobre1994. En 2005, il se voit contraint de quitter son pays.

Nous publions l’intervention qu’il a prononcée en France en novembre 2011 à propos du récit de ses années de prison, La Coquille (2007). Intervention traduite de l’arabe par Aïcha Arnaout.

«[…] Ce soir, j’aimerais parler de La Coquille sous un seul angle.
Mais avant cela, permettez-moi de revenir, en quelques coups de projecteurs simples et rapides, sur l’univers de la prison et celui des détenus, de leurs femmes et de leurs enfants, sans recourir aux grands mots et au discours politique direct.

A la prison de Palmyre, nous vivions à soixante détenus dans un seul dortoir de 48 mètres carrés.
Chacun avait donc moins d’un mètre carré pour s’asseoir, manger et dormir.
Celui qui était grand souhaitait alors être petit, et celui qui était large d’épaule regrettait de ne pas être plus frêle.
Pour ces soixante hommes, un seul lieu d’aisance.

En plus de l’exiguïté spatiale, il y avait des milliers de restrictions : la nourriture, l’air irrespirable, le manque de dignité…
Malgré cela, nous pouvions communiquer entre nous et entretenir des relations humaines profondes.
Et nous étions capables de rêver, de rire, voire d’avoir des moments de joie.

Quelques mois de vie en commun nous ont permis de bien nous connaître.
Nous nous sommes alors répartis en 3 groupes, en fonction des relations que nous entretenions avec la Femme, avec un grand F:

Le premier groupe était constitué de ceux qui n’avaient pas encore eu l’occasion d’établir une relation avec une femme.
Il s’agissait essentiellement de jeunes, arrêtés dès le début de leurs études universitaires.
Ce groupe a été dénommé: Triste Cœur.

Le deuxième groupe réunissait les hommes mariés ou ayant laissé dehors une bien-aimée qui attendait leur retour pour reprendre la vie commune.
Ce groupe avait pour nom: Cœur Heureux.

Le troisième groupe rassemblait ceux que leurs femmes ou leurs amoureuses avaient abandonnés pour poursuivre leur vie.
La durée des périodes d’emprisonnement a joué un rôle important dans les décisions de séparation.
Ce groupe portait le nom de : Cœur Brisé

Abou Maria, (le père de Maria), faisait partie de ce dernier groupe.
Il était séparé de sa femme, et Maria, sa fille, était née en prison.

Dans la banlieue de Damas, à une distance de quatre cents kilomètres de la prison de Palmyre au milieu du désert, il existe à Douma une prison pour femmes.
La maman de Maria, déjà enceinte, y était incarcérée avec une trentaine de détenues.
Elles vivaient à l’étroit dans des conditions difficiles.
A l’heure de l’accouchement, les geôliers refusant de transporter la femme à l’hôpital, elle mis au monde Maria dans une cellule. Quelques jours plus tard, Maria avait trente mères.

A la fin de la période de l’allaitement, Maria fut extraite de la prison pour être confiée à son grand-père.
Des années passèrent.
Des hommes et des femmes, après une longue absence, sortaient de prison pour affronter la vie avec toutes ses contrariétés, pour se heurter à la réalité et voir s’écrouler leurs rêves.
Ils reprenaient leurs rôles de père et d’époux, mais les déceptions s’accumulaient.

Maria est un exemple de ce phénomène social syrien, celui des «Enfants de détenus», enfants de ces hommes arrêtés dans la fleur de l’âge.
Beaucoup parmi eux débutaient juste leur vie conjugale.
Ils n’avaient pas encore d’enfants.
Les uns parce qu’ils avaient été arrêtés avant d’avoir eu le temps d’en faire un.
Les autres, parce qu’ils avaient laissé leur femme enceinte.
D’autres encore, parce qu’ils avaient repoussé à plus tard l’idée d’avoir une postérité.
Ces jeunes gens ont été emprisonnés durant dix, quinze ou même vingt ans.

Cet enfant qui était bébé ou qui avait à peine 1 an ou deux lors de l’arrestation de son père, a vécu une longue période dans la seule compagnie de sa mère.
Celle-ci s’est entièrement dévouée à son enfant.
Et voici qu’un homme, un «étranger», surgit brusquement, envahit l’intimité du foyer et devient le centre de l’attention de la mère.
Le comble est que cet étranger accompagne la mère dans la chambre à coucher, et tous les deux ferment derrière eux la porte à clef.

Un sentiment violent de rejet du père naît alors chez ces enfants.
Au début, il prend la forme d’une hostilité silencieuse.
Puis il se déclare ouvertement, installant les deux parties dans des camps opposés.
Le père, avec sa passion nourrie par tant d’années d’absence et de frustration, avec cette accumulation émotionnelle faite de sang, de larmes et de désir de s’exprimer, se trouve confronté au rejet et à l’hostilité.
Ils sont parfois traduits en une demande explicite : «Retourne là d’où tu viens, nous ne voulons pas de toi.»

Les enfants grandissent.
Le refus s’amplifie.
Les mots deviennent adultes.
L’enfant dit à son père: «Tu as été incapable de construire un foyer et une famille. Comment parviendras-tu alors à construire un pays ou une patrie!»

Le deuxième dit: «Tu as commis une grande faute à mes dépens, en négligeant ton devoir de père pour rechercher une fausse gloire personnelle».

Quant à Maria, qui était née en prison, elle a énoncé sa position avec force et clarté: elle a totalement boycotté son père.
Elle refusait de répondre à ses appels téléphoniques, parce que c’est lui qui l’avait empêchée de vivre son enfance, et que c’est à cause de lui que la séparation de ses parents avait eu lieu.

Revenons maintenant à la Coquille.
Pour la première fois, je tiens à dire ici que j’ai vécu durant deux ou trois ans dans l’inquiétude et la peur, regrettant d’avoir écrit ce roman, ou au moins de l’avoir publié.
Après sa parution en français puis en arabe, les réactions des gens ont commencé à me parvenir.
Si leurs impressions divergeaient, toutes se focalisaient sur un point : le roman était dur, choquant, terrifiant…

A ce moment-là, mes pensées ont pris une autre direction.
Je me suis demandé comment il était possible que ce livre ait eu des résultats contraires à ceux que j’avais recherchés ?
J’avais voulu en faire un petit cri de liberté, poussé dans la grande vallée du despotisme.
J’avais voulu y condamner la violence perpétrée contre l’homme, quelle qu’en soit la provenance.
J’avais voulu démasquer les pratiques du régime dictatorial.
J’espérais contribuer à accroître le nombre de ceux qui réclament la liberté et qui sont décidés à se délivrer de l’amère réalité.

Mes questionnements se sont enchaînés.
Est-ce que j’avais servi par cette œuvre le régime, sans le savoir ?
En fait, le dictateur se moque éperdument d’être aimé par les gens.
Il tient beaucoup en revanche à ce que tout le monde le craigne.
Plus est imposant le mur de la peur qui le sépare de son peuple, plus le régime est ferme et stable.

Bref, la question qui me hantait était la suivante : « Jusqu’à quel point ce roman, choquant et effrayant, a-t-il pu contribuer à amplifier la peur du régime chez ses lecteurs ? »

Cette angoisse m’a poursuivi de manière obsessionnelle, jusqu’au jour où j’ai rencontré dans une soirée une belle jeune fille qui faisait des études de dentiste.
C’était Maria qui était née en prison!
Nous avons échangé quelques bribes sur «La Coquille» et sur son impact éventuel chez ses lecteurs.
A ma grande surprise, Maria m’a dit: «La première chose que j’ai faite après l’avoir lu, c’est d’aller chez mon père. Et dans un élan d’affection, nous avons mis fin à nos longues années de rupture.»

Ses paroles ont représenté pour moi une récompense aussi immense qu’imprévue.»

Les jours qui ont suivi m’ont apporté des échos d’impressions similaires.
Quand la révolution syrienne a éclaté contre la tyrannie et le despotisme, un groupe de jeunes gens a créé une page sur Facebook dédiée « A celui qui n’a pas lu la Coquille ».
Lorsque j’ai lu les multiples commentaires des internautes, ils ont réduit en poussière les craintes et les doutes qui me travaillaient.

Les enfants de détenus qui ont rejeté un jour leurs pères, Cœurs heureux ou Cœurs brisés, ces enfants prennent maintenant une part active à la révolution syrienne.
Certains d’entre eux demandent à leurs pères aux cheveux blancs de les accompagner aux manifestations.
Et les voici qui marchent ensemble, la main dans la main.»


Intervention de Moustafa Khalifé, traduite de l’arabe par Aïcha Arnaout

BabelMed – novembre 2011