« On m’a refusé l’euthanasie »


« On m’a fait vivre l’enfer sur terre »

SOUMOIS,FREDERIC

Page 8

LeSoir samedi 24 mars 2012

Jean-Marie Tesmoingt, rongé par un cancer incurable, demandait en vain l’euthanasie. Il a dû changer d’hôpital pour être finalement exaucé.

Il y a des secondes qui décident de votre vie. Ce jour-là, Jean-Marie Tesmoingt, 75 ans, se dirige vers la porte d’entrée du petit garage où il fait entretenir sa voiture. L’utiliser parcimonieusement lui permet encore de faire les quelques déplacements que le cancer du pancréas, qui le ronge davantage mois après mois, lui interdit dorénavant de faire à pied. Trop dangereux, malgré la canne. Trop épuisant, à cause du crabe.

Et puis, il aime encore se déplacer pour assister à des réunions de gens passionnés, comme lui, par les phénomènes étranges et inexpliqués, comme les ovnis. Ce journaliste retraité, qui a collaboré à de nombreux supports de presse comme correspondant judiciaire ou scientifique, aime continuer à démystifier des phénomènes qui sont parfois tout à fait explicables par la main de l’homme. En même temps, l’ésotérisme et la philosophie le passionnent.

Ce jour-là, c’est aussi une main d’homme qui pousse, face à lui, cette porte à battant qui s’ouvre… du mauvais côté. Brise ses lunettes et le précipite par terre. On relève Jean-Marie avec une fracture du fémur. On appelle le 100. Qui l’emmène à la clinique la plus proche, Sainte-Hélène (1), une clinique renommée, mais faisant partie d’un grand réseau d’établissements catholiques.

Pour Jean-Marie, ce hasard va se transformer en martyre. Pendant trois semaines, il reste cloué sur son lit d’hôpital. Sa fracture du col du fémur est inopérable parce qu’elle s’est compliquée d’un important déplacement de l’os. Et parce que son état général s’est dégradé à cause de la tumeur. Cela lui rend la vie intenable malgré les antidouleurs.

Pourtant, on prend bien soin de lui à Sainte-Hélène : « Le médecin interniste et le personnel infirmier ont été parfaits, ouverts et compréhensifs. Pourtant, leur tâche n’a pas été facile. Ma fracture est inopérable, je ne peux me mobiliser seul sur mon lit, chaque geste doit être assisté. C’est devenu infernal quand mon cancer au pancréas a provoqué de fréquentes diarrhées sanguinolentes. Mon immobilité a aussi provoqué d’importantes escarres », témoigne-t-il. Les escarres sont des plaies qui apparaissent spontanément chez les malades cloués sur leur lit, à cause du contact constant entre celui-ci et leurs os.

« Le risque d’infection de ces blessures ouvertes par les déjections dans lesquelles je baigne littéralement est permanent. Cela heurte ma pudeur de l’expliquer comme cela, mais si je ne l’explique pas, on ne peut comprendre ce que représente d’être immobilisé sans aucune possibilité d’agir soi-même, d’aller seul aux toilettes, de se laver. C’est terrible pour la dignité. » Les infirmiers et infirmières nettoient Jean-Marie deux fois par jour. Une tâche difficile à effectuer, mais aussi à subir. La jambe du malade est mise en traction avec un système de poulies. Chaque choc, chaque frottement est un calvaire, malgré les précautions extrêmes prises par les soignants.

Jour après jour, le calvaire devient plus rude, de nouvelles blessures s’ouvrent. Jean-Marie sait que la maladie a de toute façon gagné la partie, que ce dernier combat est perdu, qu’il souffre sans espoir de reprendre une vie digne et autonome. « J’ai été journaliste toute ma vie. Je m’intéresse à de nombreux sujets. A 75 ans, j’avais encore plein de choses à faire. Mais mon corps ne suit plus, refuse de m’accompagner plus loin. Alors, j’ai voulu choisir moi-même le moment de partir, dans la dignité et en évitant de continuer à escalader ce mur de la souffrance. J’ai clairement fait une demande d’euthanasie à mon médecin, à l’hôpital. Il savait ce que je subissais, il a accepté de me faire bénéficier de la loi qui le permet et dont je remplis clairement les conditions. »

Mais, soudain, tout change. Un autre médecin, le docteur G., qui s’occupe aussi de Jean-Marie, lui signifie que l’on n’accédera pas à sa demande. « Elle m’a dit que je fantasmais ma maladie, que j’exagérais mes souffrances, que j’étais un lâche. Elle a pris soin de proférer ses menaces quand elle était seule dans la chambre, sans témoin au sein du personnel infirmier. Quand j’ai dit que j’allais en parler à des proches, elle m’a accusé de la menacer. La menacer, moi, cloué dans mon lit, à 75 ans ? Je n’ai demandé que le respect et qu’on entende ma demande. On m’a dit que celle-ci était refusée et qu’on ne la pratiquerait pas dans l’établissement. J’ai alors demandé que mon généraliste, qui me suit depuis des années, puisse la pratiquer à l’hôpital, puisque j’étais intransportable. Nouveau refus de la direction. Et nouveau retour de la jeune docteur, qui nie mon état, m’accuse de fabuler. La tumeur que j’ai au pancréas, on la voit pourtant nettement sur les images de résonance magnétique, je ne l’ai pas inventée. »

Jean-Marie, harcelé par la douleur, ne se laisse pas faire. Face à son insistance, la doctoresse le menace alors de le chasser de l’hôpital. « Sans doute la loi leur demande-t-elle, s’ils refusent de pratiquer eux-mêmes l’euthanasie, d’adresser leur patient à un autre hôpital. Mais me transporter dans cet état, c’était me condamner à des souffrances inimaginables. Pourquoi ne pas accepter qu’un médecin extérieur procède dans ma chambre d’hôpital ? »

Selon Jean-Marie Tesmoingt, alors que son médecin interniste habituel se comporte normalement avec lui, ainsi que le personnel infirmier, la doctoresse qui l’a pris en grippe va le harceler moralement plusieurs fois, le menaçant d’inscrire dans son dossier des données qui compliqueront ensuite sa demande, en l’accusant notamment de fabuler et d’exagérer sa souffrance. Quand il se fait apporter un banal médicament contre le rhume, il se fait à nouveau insulter : « Elle m’a dit qu’elle avait le pire mépris pour moi et que j’allais apprendre ce que c’était de souffrir. Comment peut-on dire cela à un vieillard grabataire cloué dans son lit, qui baigne dans sa merde et est couvert de blessures ouvertes ? »

Pourtant, alors qu’un médecin de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, accouru à son chevet, constate que son état s’est lourdement dégradé, la direction de l’hôpital se refuse à laisser pratiquer ce geste de libération sur place. Il faudra qu’un médecin d’un autre hôpital organise un transfert vers son propre établissement pour tirer Jean-Marie des griffes de la doctoresse. « Contrairement à ce qu’elle affirme, je n’ai pas peur de souffrir. Mais pourquoi s’acharner encore quand il vous reste cette vie-là et que c’est sans espoir de s’améliorer ? »

Il y a une semaine, Jean-Marie est finalement transporté dans un grand hôpital bruxellois, où un médecin et un psychologue le prennent en charge. Son état est objectivé, l’absence d’état dépressif est constatée. Jean-Marie remplit parfaitement les conditions de la loi. Mais il craint que le contenu du dossier consigné à Sainte-Hélène entrave la tâche du nouveau médecin. Qu’il doive procéder à davantage de vérifications afin d’étayer clairement la demande.

Pour Jean-Marie, qui est pourtant déjà sous morphine, le transfert est un calvaire : « Comme ultime vexation, l’hôpital a refusé de prêter, le temps de mon transfert, le lit dans lequel je me trouvais. J’ai dû être transféré sur une civière, ce qui a été un véritable enfer. Malgré les précautions des ambulanciers, ma jambe a bougé et cela a déclenché une hémorragie. Je sais que la clinique où l’on m’a refusé de pratiquer l’euthanasie mise beaucoup sur une nouvelle vaste unité de soins palliatifs avec laquelle elle fait son beurre. Mais est-ce une raison pour refuser de m’accorder un départ digne et de m’infliger des souffrances inhumaines ? J’ai vécu l’enfer sur terre. »

Lundi, Jean-Marie Tesmoingt, qui nous a demandé, pour témoigner dans nos colonnes, d’attendre que son calvaire soit terminé, a bénéficié du geste de libération de la part de son nouveau médecin. Qui a courageusement accepté d’admettre Jean-Marie dans son hôpital, alors qu’il était chassé comme un lépreux de l’établissement où il était soigné pendant trois semaines. Simplement parce qu’il avait demandé de bénéficier d’un droit garanti par la loi belge. Depuis dix ans.

(1) Le nom de l’hôpital a été modifié.

Pour la Syrie, aujourd’hui dimanche à la Bourse


  • dimanche
  • 14:00 – 16:00
Manifestation de solidarité avec le peuple syrien: pour la protection des civils et l’arrêt immédiat des violences en Syrie.Où? à La Bourse
Bld Anspach, 1000 BruxellesQuand? dimanche 25 mars 2012
De 14 à 16hVenez nombreux et n’hésitez pas à diffuser!- Pour soutenir le peuple syrien qui se lève courageusement crier sa liberté!
– Pour dénoncer les crimes commis par le régime de Bashar el Assad!
– Pour le droit à la dignité et.. le respect des droits de l’homme!

Il n’est plus question de discussion : il faut agir pour la Justice!!
Rejoignez-nous! Crions notre colère! Nous n’acceptons pas!

Bachar est un assassin et les massacres qu’il est en train de commettre sont impardonnables !!

ICI quelques slogans pour la manif : http://www.saida7.com/t12436-topic