Syrie: Arrestation d’Ali Mahmoud Othman, les yeux de Baba Amr


source :  contresubversion

La pétition pour la libération d’Ali Mahmoud Othman ne compte que 120 signatures depuis une semaine:

avril 8, 2012

Le Monde, dimanche 8 et lundi 9 avril 2012:

Inquiétudes sur le sort du journaliste-citoyen Ali Othman, arrêté le 1er avril:

Avant le début de larevolution syrienne, Ali Othman était un simple vendeur de légumes a Homs. Mais au fil des mois, il est devenu l’un de ces journalistes-citoyens qui filment les manifestatns et les exactions des forces de sécurité afin de faire passer des images a l’étranger a travers des réseaux militants.

Ali Othman est devenu une figure du petit ” bureau de presse” improvise de Baba Amro, le principal quartier insurge de Homs. On le surnommait “al-jedd”, le grand père en arabe a cause du collier de barbe qui vieillissait un peu cet homme de 33 ans.

Ali Othman a donne des interviews, en direct et a visage decouvert, a plusieurs chaines de télévision internationales, décrivant le al. aire de Homs au monde entier. Il a aide et accompagne plusieurs journalistes dans leurs reportages clandestins a Homs. Il a assiste une équipe d’i-Télé ainsi que Manon Loizeau, dont le reportage, ” Syrie interdite”, a été diffuse a l’automne 2011 dans ” Envoyé spécial”, sur France2.

Quelques mois plus tard, Ali Othman a joue un rôle important dans les heures et les jours dramatiques qui ont suivi la mort de deux journalistes occidentaux, l’Americaine Marie Colvin et le Français Rémi Ochlik, tues lors du bombardement du ” bureau de presse” de Baba Amro, le 22 février 2012.

La journaliste Edith Bouvier, blessée dans l’attaque, raconte dans Le Figaro: ” Quand les obus sont tombes sur la maison, tuant Remi et Marie Colvin, me blessant à la jambe ainsi que Paul Conroy du Sunday Times, il a contribue a nous sortir de ce piège et nous a accompagnes a l’hôpital pour y recevoir les premiers soins.

Présents tout au long de notre séjour dans le quartier meurtri et ravage, Ali Othman a joue un rôle clé dans notre exfiltration de BabaAmro, prenant de grands risques pour nous sauver la vie.”

Aujourd’hui, c’est la vie d’Ali Othman qui est en danger. Selon des militants de Baba Amro, il a été arrête, dimanche 1er avril dans la ville d’Alep, ou il s’etaitrefugie dans la clandestinité. Depuis la chute de Baba Amro, le 1er mars, la plupart des activistes ainsi que les combattants de l’armée syrienne libre (ASL) se sont éparpilles dans la nature.

Une autre journaliste citoyenne et militante humanitaire de Homs, Noura Al-Jizawi, avait été arrêtée, le 28 mars, a Damas en possession de cameras et de vidéos. Peut être cette arrestation a-t-elle conduit a celle d’Othman.

Dans un communiqué les révolutionnaires de Homs disent craindre d’être soumis “aux pires tortures” lors de leur arrestation, afin de leur arracher des renseignements. Lors de conversations par Skype en février avec la journaliste Sofia Amara, qu’il avait rencontre a plusieurs reprises a Homs, Ali Othman disait, selon elle: “si le régime l’attrape vivant, il va refaire la peau a cause de mes activités, il va aussi m’accuser de collusion avec un pays hostile [la France] Ne m’oubliez pas si cela arrive.”

Le ministère des affaires étrangères français a condamne, lundi 2 avril, ” avec la plus grande fermeté cette arrestation ” et a demande la ” libération immédiate” de M. Othman. ” Selon des informations très préoccupantes (…), son état de santé serait inquiétant et sa vie rait en danger”, a ajoute le porte-parole du Quai d’Orsay”.

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Le billet suivant fait partie du dossier de Global Voices sur le soulèvement en Syrie 2011/12
Ecrit par Leila Nachawati Rego · Traduction par Suzanne Lehn, publiée le 3 Avril 2012:

Syrie : Ali Mahmoud Othman, les “Yeux de Baba Amr”, arrêté

Le vidéo-activiste Ali Mahmoud Othman, chef du bureau de presse de Bab Amr, a été capturé par les autorités syriennes. Ses amis et collègues le croient soumis à une torture impitoyable. Sa détention met en danger tous les militants du bureau et est un coup très sévère au journalisme citoyen en Syrie.

Othman, à l’origine un marchand de légumes, documentait l’agitation à Homs depuis les débuts de la révolution syrienne. Il était indispensable dans l’assistance à ceux qui couvraient les combats depuis Baba Amr, aidait à évacuer les journalistes étrangers hors du quartier. Il avait décidé de demeurer à Baba Amr même après la reconquête du quartier par l’armée syrienne à la suite de trois mois de bombardements.

Selon Mónica G.Prieto, correspondante du site d’information espagnol Periodismo Humano, “il ne voulait pas partir tant qu’il resterait un seul individu dans le quartier, il refusait toutes les propositions de partir”.

Ali Mahmoud Othman à Baba Amr, Homs. Source photo : Baba Amro News

La vidéo ci-après montre Othman, affectueusement appelé les “yeux de Baba Amr,” parler au monde des souffrances de la population de Baba Amr. Il s’adresse à la caméra sans s’inquiéter d’être identifié, convaincu que son message serait plus fiable et atteindrait une audience plus large s’il se montrait à visage découvert :

[باباعمرو تقرير عن الدمار 2 2 2012
Publiée le 2 févr. 2012 par live19820]

Les révolutionnaires ont créé une page Facebook pour partager les nouvelles sur sa localisation et réclamer sa remise en liberté. Le Committee to Protect Journalists a pour sa part appelé les autorités syriennes à libérer immédiatement Othman et tous les journalistes retenus à cause de leur travail :

Les journalistes citoyens syriens documentent le soulèvement au péril de leurs vies. Le régime doit mettre fin à sa campagne pour les intimider et réduire au silence le récit de sa brutale répression.

Sa détention a retenu l’attention des médias généraux et des personnalités politiques de différents pays. Le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague a demandé sa remise en liberté :

J’appelle les autorité syriennes à relâcher immédiatement M. Othman et les autres prisonniers politiques. Le régime syrien sera tenu responsable de la sécurité de M. Othman et de son traitement et je soulèverai l’affaire à Istanbul à la réunion des Amis de la Syrie.

Le Sénateur américain John McCain a tweeté :

Ai appris que le journaliste syrien Ali Mahmoud Othman est retenu & torturé par les forces d’Assad – le monde doit appeler à sa remise en liberté

La détention d’Othman a été amplement rapportée sur Twitter, principalement sous le mot-clé #freeothman (libérez Othman). Les internautes ont aussi lancé une pétitionpour exiger sa remise en liberté.

La journaliste Randa Habib a attiré l’attention sur le danger où se trouvent Othman et la militante Noura Aljiwazi, disparue à Damas le même jour :

Les figures de la résistance en #Syria Ali Mahmoud Othman & l’activiste, arrêtés, leur vie en danger : Reporters Sans Frontières (RSF)

Six jours après l’arrestation d’Othman, des amis ont publié ce message sur Facebook :

C’est la 6e nuit sans la voix d’Ali et ses paroles chaleureuses. La 6e nuit qu’Ali dort les mains liées, épuisé par la torture. C’est la 6e nuit et le nom d’Ali est allé aussi loin que l’Australie, les gens réclament sa liberté. La 6e nuit que la révolution n’a pas d’Ali. Un des héros de Baba Amr, maintenant un héros de la révolution. Ses bonnes actions rappelées journellement par ceux qu’il a sauvés des blessures, journalistes, amis et famille. Liberté pour Ali Othman, un des hommes les plus courageux qui existent.

Deir Yassine le 9 avril 1948


Par Deir Yassin Remembered

 

A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l’Irgun (dirigé par Menachem Begin) et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.
Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l’Etat Juif;
En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l’Etat juif;

Il avait la réputation d’être paisible.

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.

Il avait été prévu l’occupation de Deir Yassine dans le cadre du Plan Dalet et la principale Force de Défense Juive, la Haganah, a autorisé les forces terroristes irrégulières de l’Irgun et du Gang Stern d’en prendre le contrôle.

En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

53 orphelins ont été littéralement déposés le long du mur de la Vieille Ville, où ils ont été trouvés par Mlle Hind Husseini qui les a ramené à sa maison située derrière l’hôtel American Colony, qui devait devenir l’orphelinat Dar El-Tifl El-Arabi.

Une partie de la lutte pour l’autodétermination des Palestiniens a été de dire la vérité au sujet des Palestiniens en tant que victimes du Sionisme.

Pendant trop long leur histoire a été niée, et ce démenti a seulement servi à augmenter l’oppression et à déshumaniser de façon délibérée les Palestiniens enIsraël, à l’intérieur des Territoires Occupés, et à l’extérieur dans leur diaspora.

Des progrès ont été faits.

Les Occidentaux se rendent compte maintenant que les Palestiniens, en tant que peuple, existent.

Et ils commencent à savoir que pendant la création de l’état d’Israël, des milliers de Palestiniens ont été tués et plus de 700.000 ont été expulsés ou poussés par la peur à quitter leurs maisons et leurs terres sur lesquelles ils avaient vécu depuis des siècles.

Deir Yassin Remembered cherche à effectuer le même progrès au sujet des victimes du Massacre de Deir Yassine.

Déroulement des évènements

Début de l’attaque du commando 

A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l’Irgun, dirigé par Menachem Begin, et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.

C’était quelques semaines avant la fin du Mandat Britannique.

Le village était situé à l’extérieur de la zone que les Nations Unies avaient recommandé pour faire partie du futur Etat Juif.

Deir Yassine avait la réputation d’être un village paisible.

Un journal Juif avait préconisé d’en expulser plusieurs militants Arabes

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.

Un projet, le Plan Dalet, gardé secret jusque bien des années plus tard, demandait sa destruction et l’évacuation de ses habitants pour construire un petit terrain d’aviation qui desservirait les habitants juifs cernés de Jérusalem.

Plus de 100 morts

A midi, plus de 100 personnes, dont la moitié étaient des femmes et des enfants, avaient été systématiquement assassinés.

Quatre membres des commandos avaient été tués par la résistance Palestinienne équipée de vieux Mausers et de vieux mousquetons.

Vingt-cinq villageois masculins ont été chargés dans des camions, exhibés dans le quartier Zakhron Yosef à Jérusalem, et puis emmenés dans une carrière de pierres située le long de la route entre Givat Shaul et Deir Yassine et abattus.

Les habitants restants ont été conduits à dans Jérusalem-Est Arabe.

Manipulation de la presse

Ce soir-là, les Irgunistes et les Sternistes ont escorté une partie des correspondants étrangers jusqu’à une maison à Givat Shaul, une colonie juive voisine fondée en 1906.

En buvant le thé et des biscuits, ils ont amplifié les détails de l’opération et les ont justifiés, en disant que Deir Yassine était devenu un point de concentration pour les Arabes, les Syriens et les Irakiens, qui prévoyaient d’attaquer les banlieues ouest de Jérusalem.

Ils ont dit que 25 membres de la milice de la Haganah avaient renforcé l’attaque et qu’un Juif parlant Arabe avait averti les villageois depuis le haut-parleur d’un véhicule blindé.

Ceci a été dûment rapporté dans le New York Times le 10 avril.

Un décompte final de 254 corps a été rapporté par le New York Times le 13 avril, un jour après qu’ils aient été finalement enterrés.

Après cela, les dirigeants de la Haganah ont pris des distances vis à vis de leur participation à l’attaque et ont publié une déclaration dénonçant les dissidents de l’Irgun et du Gang Stern, tout comme ils l’avaient fait après l’attaque sur l’Hotel King David en juillet 1946.

Une étude de 1987 effectuée par le Centre de Recherche et de Documentation de la Société Palestinienne de l’Université de Birzeit a trouvé que « le nombre de tués ne dépassait pas 120 ».

Les dirigeants de la Haganah ont admis que le massacre « déshonorait la cause des combattants juifs et déshonorait les armes et le drapeau juifs. »

Ils ont été discrets sur le fait que leur milice avait renforcé l’attaque des terroristes, bien qu’ils n’aient pas participé à la barbarie et au pillage pendant les opérations consécutives de « nettoyage ».

Objectifs atteints

Ils ont également été discrets sur le fait que, selon les paroles de Begin, « Deir Yassine a été pris avec la connaissance de la Haganah et avec l’approbation de son commandant « comme partie de son » plan pour établir un terrain d’aviation. »

Ben Gurion a même envoyé des excuses au Roi Abdullah de la Trans-Jordanie. Mais cet acte terrifiant a bien servi le futur état d’Israël.

Selon Begin :
‘Les Arabes de tout le pays, induits à croire les récits s de la « boucherie de l’Irgun, » ont été saisis d’une panique sans limites et ont commencé à fuir pour sauver leurs vies.
Ce départ massif s’est bientôt développé en un sauve-qui-peut de panique et incontrôlable.
La signification politique et économique de ce développement peut difficilement être surestimée
. »

Conséquences

Sur les 144 maisons, 10 ont été dynamitées.

Le cimetière était plus tard rasé au bulldozer et, comme des centaines d’autres villages palestiniens suivront, Deir Yassine a été rayé de la carte.

En septembre, des immigrés juifs orthodoxes de Pologne, de Roumanie, et de Slovaquie ont y été installés en dépit des objections de Martin Buber, Cecil Roth et d’autres dirigeants juifs, qui pensaient que le site du massacre devrait être laissé inhabité.

Le centre du village a été renommé Givat Shaul Bet.

Lors de l’expansion de Jérusalem, la terre de Deir Yassine est devenue une partie de la ville et est maintenant connue tout simplement comme le secteur entre Givat Shaul et la colonie d’Har Nof sur les pentes ouest de la montagne.

Le massacre des Palestiniens de Deir Yassine est l’un des événements les plus significatifs dans l’histoire palestinienne et israélienne du 20ème siècle.

Ce n’est pas en raison de son importance ou de sa brutalité, mais parce que ce fut le début d’une véritable dépopulation calculée de plus de 400 villages et villes arabes et de l’expulsion de plus de 700.000 habitants palestiniens pour faire de la place aux survivants de l’Holocauste et des autres juifs venant du monde entier.
(liste des villages détruits)

A lire aussi, « Entretien avec Benny Morris » par Ari Shavit du 9 janvier 2004.

Voir le film sur Deir Yassin – durée 33 mn et 17 s

Source : http://www.deiryassin.org/

Traduction : MG pour ISM

Soixante ans après Deir Yassin*

Ronnie Kasrils, jeudi 10 avril 2008

Ronnie Kasrils est Ministre des Services Secrets d’Afrique du Sud

Comme gamin de 10 ans élevé à Johan­nesburg, j’ai célébré la nais­sance d’Israël, il y a 60 ans. J’ai accepté sans conteste les récits dra­ma­tiques des actions de soi-disant auto­dé­fense contre la vio­lence arabe pour pro­téger l’Etat juif.

Lorsque je me suis engagé dans notre lutte de libé­ration, je me suis rendu compte des simi­li­tudes avec la cause pales­ti­nienne dans la dépos­session de la terre et du droit de nais­sance par l’occupation colo­niale expan­sion­niste. J’en suis venu à réa­liser que le caractère racial et colonial des deux conflits com­portait des com­pa­raisons plus impor­tantes qu’avec toute autre lutte.

Lorsque Nelson Mandela déclarait que nous savons, en tant que Sud-Africains, « que notre liberté est incom­plète sans la liberté des Pales­ti­niens » (1), il ne parlait pas seulement à notre com­mu­nauté musulmane, dont on pouvait attendre qu’elle soit en empathie directe, mais à tous les Sud-Africains, pré­ci­sément à cause de notre expé­rience d’assujettissement racial et colonial, et parce que nous com­prenons bien la valeur de la soli­darité internationale.

Lorsque j’ai eu connais­sance de l’histoire des Pales­ti­niens, j’ai été secoué jusqu’au plus profond de l’âme, et plus par­ti­cu­liè­rement lorsque j’ai lu les témoi­gnages des témoins d’un mas­sacre de vil­la­geois pales­ti­niens qui a eu lieu un mois avant la décla­ration uni­la­térale d’indépendance d’Israël. C’était à Deir Yassin, un village tran­quille juste à l’extérieur de Jéru­salem, qui a eu la mal­chance de se trouver sur la route de Tel Aviv. Le 9 avril 1948, 254 hommes, femmes et enfants ont été mas­sacrés par les forces sio­nistes pour « pro­téger » la route.

Parce que ce fut un des rares épisodes qui ait reçu l’attention des médias en Occident, la direction sio­niste ne l’a pas nié, mais a cherché à le faire passer pour une folie des extré­mistes. En fait, l’atrocité faisait partie d’un plan plus large conçu par le Com­man­dement en Chef sio­niste, dirigé par Ben Gourion lui-même, qui pro­jetait le net­toyage eth­nique des Pales­ti­niens du ter­ri­toire man­da­taire bri­tan­nique et la saisie du plus de terre pos­sible pour l’Etat juif prévu.

Beaucoup de récits cor­robore l’orgie de mort à Deir Yassin, qui a été bien au-delà du mas­sacre de Sharp­ville en 1960 qui m’a poussé à rejoindre le Congrès National Africain (ANC) (2). Ma réaction fut : si Sharp­ville m’a hor­rifié, puis-je rester indif­férent aux souf­frances de Deir Yassin ?

Fahimi Zidan, un enfant pales­tinien qui a survécu en se cachant sous les corps de ses parents, se sou­vient : « Les Juifs nous ont ordonné… de nous aligner contre le mur… ils ont com­mencé à tirer… tous… ont été tués : mon père… ma mère… mon grand-père et ma grand-mère… mes oncles et mes tantes et cer­tains de leurs enfants… Halim Eid a vu un homme tirer une balle dans le cou de ma sœur… qui était… enceinte. Ensuite, il lui a ouvert le ventre avec un couteau de boucher… Dans une autre maison, Naaneh Khalil… a vu un homme prendre un… sabre et frapper mon voisin… » (3)

Une des atta­quants, un soldat juif choqué appelé Meir Pa’el, a rap­porté à son com­mandant de la Haganah :

« La bataille s’est ter­minée à midi… Tout était calme, mais le village ne s’était pas rendu. Les irré­gu­liers du Etzel (Irgun) et du Lehi (Stern)… ont com­mencé… les opé­ra­tions de net­toyage… Ils ont tiré avec toutes les armes qu’ils avaient, et ont jeté des explosifs dans les maisons. Ils ont tiré aussi dès qu’ils voyaient quelqu’un… les com­man­dants n’ont rien fait pour arrêter… le mas­sacre. Avec plu­sieurs habi­tants, j’ai supplié les com­man­dants qu’ils donnent des ordres… pour arrêter les tirs, mais sans succès… on a sorti quelques 25 hommes des maisons : on les a chargés sur un… camion et on a fait une « parade de la vic­toire » à travers… Jéru­salem (puis)… emmenés dans une car­rière… et tués… Les com­bat­tants… ont mis les femmes et les enfants qui étaient tou­jours en vie sur un camion et les ont emmenés à la Porte Man­delbaum » (4).

Un officier britannique, Richard Catling, a rapporté :

« Il ne fait pas de doutes que les atta­quants Juifs ont commis de nom­breuses atro­cités sexuelles. Beaucoup d’écolières ont été violées et ensuite assas­sinées… Beaucoup de nour­rissons ont aussi été mas­sacrés. J’ai aussi vu une vieille femme… qui avait été frappée à la tête à coup de crosse de fusil… » (5)

Jacques de Reynier, du Comité Inter­na­tional de la Croix Rouge, a ren­contré l’équipe de « net­toyage » à son arrivée dans le village :

« La bande… était très jeune… des hommes et des femmes, armés jusqu’aux dents… et ils avaient aussi des cou­teaux dans les mains, la plupart tou­jours tâchées de sang. Une belle jeune fille, au regard cri­minel, m’a montré les siennes dégou­li­nantes de sang. Elle les arborait comme un trophée. C’était l’équipe de « net­toyage », et il est évident qu’elle rem­plissait sa tâche très consciencieusement. »

Il a décrit ce qu’il a vu en entrant dans les maisons :

« … au milieu des meubles éventrés… j’ai trouvé quelques corps… le « net­toyage » avait été fait à la mitraillette… à la grenade à main… terminé au couteau… j’ai retourné les corps… j’ai trouvé… une petite fille… mutilée par une grenade à main… partout c’était la même vision hor­rible… ce gang était admi­ra­blement dis­ci­pliné et n’a agi que sur ordre. » (6)

L’atrocité de Deir Yassin est le reflet de ce qui s’est passé ailleurs. L’historien israélien Ilan Pappe a méti­cu­leu­sement décompté 31 mas­sacres, de décembre 1947à Janvier 1949. Ils attestent d’un règne sys­té­ma­tique de la terreur, conduit pour pousser les Pales­ti­niens à la fuite de leur terre de nais­sance. En consé­quence, presque toutes les villes pales­ti­niennes se sont rapi­dement dépeu­plées et 418 vil­lages ont été sys­té­ma­ti­quement détruits.

Comme l’a déclaré le premier Ministre de l’Agriculture d’Israël, Aharon Cizling, lors d’une réunion du gou­ver­nement le 17 novembre 1948 : « Je suis souvent en désaccord lorsque le terme de Nazi est appliqué aux Bri­tan­niques… même si les Bri­tan­niques ont commis des crimes nazis. Mais main­tenant, les Juifs aussi se sont conduits comme des Nazis et mon être tout entier en est secoué » (7).

En dépit de ces sen­ti­ments, Cizling a accepté que les crimes soient cachés, créant un pré­cédent durable. Qu’une telle bar­barie soit l’œuvre du peuple juif à peine trois années après l’Holocauste aurait été trop atroce à envi­sager, parce que cela aurait constitué un pro­blème majeur pour l’Etat d’Israël, élevé au rang de « lumière des nations » ; de là les ten­ta­tives d’enfouir la vérité der­rière un voile de secret et de dés­in­for­mation. Quelle meilleure manière de museler toute enquête que l’alibi global du droit d’Israël à l’autodéfense, fermant les yeux sur l’usage dis­pro­por­tionné de la force et les puni­tions col­lec­tives contre tout acte de résistance.

C’est jus­tement parce qu’on a permis à Israël de se dédouaner de tels crimes qu’il continue sur sa voie san­glante. Selon Ilan Pappe, « A quinze minutes en voiture de l’Université de Tel Aviv se trouve le village de Kfar Qassim où, le 29 octobre 1956, les troupes israé­liennes ont mas­sacré 49 vil­la­geois qui ren­traient chez eux après le travail dans leurs champs. Ensuite il y a eu Qibya dans les années 1950, Samoa dans les années 1960, les vil­lages de Galilée en 1976, Sabra et Shatila en 1982, Kfar Qana en 1999, Wadi Ara en 2000 et le Camp de Réfugiés de Jenine en 2002. Et en plus, il y a les nom­breux mas­sacres dont B’Tselem, l’organisation israé­lienne de défense des droits de l’homme, garde la trace. Les mas­sacres des Pales­ti­niens par Israël n’ont jamais pris fin. » (8)

Le mas­sacre de 1.500 civils libanais dans un bom­bar­dement israélien aveugle dans ce pays en 2006 ; les morts quo­ti­diennes dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, les 120 à Gaza en une semaine – dont 63 le même jour – en mars 2008, dont un tiers étaient des enfants, font partie du même fil san­glant qui relie le passé honteux d’Israël avec celui d’aujourd’hui.

Israël va bientôt fêter le 60ème anni­ver­saire de sa création. Ce faisant, les Israé­liens et leurs sou­tiens sio­nistes feraient bien de se demander pourquoi, pour les Pales­ti­niens et les par­tisans de la liberté de par le monde, il n’y a pas de raison de se réjouir. Bien sûr, ce sera une période de deuil et de pro­tes­tation, le moment de se sou­venir des vic­times sans nombre qui gisent dans le sillage d’Israël, comme incarnées par les souf­frances infligées aux habi­tants de Deir Yassin, dont le site ori­ginel se trouve, ironie de l’histoire, à un jet de pierre de Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste.

Mais tant qu’Israël n’affrontera pas son passé, comme de si nom­breuses per­sonnes ont essayé de le faire en Afrique du Sud, il conti­nuera d’être vu avec répulsion et sus­picion. Les Israé­liens conti­nueront à consi­dérer que la vie arabe n’a aucune valeur et ils conti­nueront à vivre par l’épée et le mépris, fei­gnant la sur­prise lorsque les Pales­ti­niens répondent par la violence.

Tant qu’ils ne pren­dront pas en compte les innom­brables souf­frances qu’ils ont créées, il ne peut y avoir ni apai­sement ni solution. C’est créer la base pour chérir toute vie et pour les Pales­ti­niens et les Israé­liens de vivre en paix, avec justice.

Connaissant les racines du conflit, et pro­mettant notre soli­darité, nous, Afri­cains du Sud, pouvons aider à trouver une solution juste et la liberté à laquelle Nelson Mandela se référait. Je crois que c’est exac­tement ce que font des Sud-Africains comme Zapiro.

Notes de lecture :

[1] Nelson Mandela, Inter­na­tional Day of Soli­darity with the Pales­tinian People, Pre­toria, 4 December 1997.

[2] Simha Flapan, The Birth of Israel, Pan­theon, 1988 ; David Hirst, The Gun and the Olive Branch, Faber and Faber, 2003 ; Benny Morris, Birth of the Pales­tinian Refugee Problem Revi­sited, Cam­bridge Uni­versity Press, 2004) ; Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine, One­world Publi­ca­tions, 2006.

[3] David Hirst, The Gun and the Olive Branch, Faber and Farber, 2003, p. 249-50.

[4] Yediot Aha­ronot, April 1972. This letter only came to light with Pa’el’s consent in 1972. David Hirst ibid p. 251.

[5] David Hirst, ibid and Report of the Cri­minal Inves­ti­gation Division, Palestine Government, No. 179/110/17/GS, 13, 15, 16 April 1948. Cited in David Hirst, p. 250.

[6] David Hirst ibid and Jacques de Reynier, A Jèru­salem, un Drapeau flottait sur la Ligne de Feu, Edi­tions de la Bacon­nière, Neu­châtel, 150, p. 71-6 and Hirst ibid p. 252.

[7] Tom Segev, The First Israelis, Owl Books, 1998, p. 26.

[8] Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine, One­world Publi­ca­tions, 2006, p. 258.

Source : Electronic Intifada Traduction : MR pour ISM

Objectif atteint pour le poème de Günter Grass


L’écrivain Allemand Günter Grass vient de publier sous forme de poème un texte qui veut alerter l’opinion de son pays sur la menace que fait peser l’arsenal nucléaire sioniste sur la paix mondiale.

Bien sûr, les partisans du régime sioniste n’ont pas tardé à pourfendre aussi bien le texte que l’homme en rappelant que le prix Nobel de littérature avait un sombre passé nazi.

Effectivement, comme beaucoup d’Allemands de sa génération, le Pape Benoît XVI par exemple, il a servi dans l’armée nazie, la Waffen-SS plus précisément.

Il convient cependant de rappeler que Günter Grass avait 17 ans en 1944…

Les autorités sionistes viennent de le déclarer persona non grata dans l’Etat voyou où on s’est empressé de le taxer d’antisémite.

M. Grass, nous dit-on aurait été unanimement cloué au pilori dans son propre pays.

Certes, il a été cloué au pilori par cette classe politique qui prétend lier indissolublement le destin de l’Allemagne à l’entité sioniste pour prix des crimes commis dans la première moitié du 20ème siècle.

Au point de prétendre dissuader le gouvernement sioniste de lancer une agression en lui offrant à prix réduit un 6ème sous-marin Dolphin capable d’emporter des missiles balistiques (plus intelligent, plus bête disait mon père).

Pourtant Günter Grass n’a fait qu’interpeller l’opinion de son pays sur la menace que fait peser l’entité sioniste sur la paix mondiale. Une menace qui est d’ailleurs claironnée par les responsables sionistes eux-mêmes qui n’ont de cesse d’annoncer leur volonté de bombarder l’Iran, si possible avec l’accord des Etats Unis, ou mieux leur participation.

Et les commentateurs Occidentaux ne se préoccupent que de la riposte éventuelle de l’Iran contre le régime sioniste, sans se préoccuper des victimes et des destructions infligées à l’Iran, sans parler de la catastrophe écologique entraînée par le bombardement d’installations atomiques.

Reste que contrairement à ce qui a été dit, Gunter Grass n’a pas été cloué au pilori dans son pays puisque nous pouvons lire que

Plusieurs manifestations pour la paix se rangent derrière Gunter Grass

ou

Nombreux soutiens à Günter Grass

Günter Grass voulait simplement lancer un débat sur la menace sur la paix que pose le gouvernement sioniste et son objectif a semble-t-il été atteint si on en juge par les soutiens qu’il a recueillis ou encore par cet édito paru dans le Spiegel, sous la plume de Jakob Augstein.

On notera bien que l’auteur de l’édito ne se départit pas d’une attitude prosioniste et hostile à l’Iran puisqu’il met dos à dos les deux pays dans le chantage à la guerre dans le contexte d’une course à l’armement atomique. Ce faisant il s’expose d’ailleurs à une charge pour antisémitisme car comment oser mettre dos à dos l’Etat juif et l’Iran ?

Or, c’est bel et bien le régime sioniste qui menace l’Iran d’une agression, et non l’inverse. C’est le régime sioniste qui dispose déjà de l’arme atomique et des vecteurs pour l’utiliser. Enfin, c’est l’Iran et non le régime sioniste qui fait l’objet de sanctions unilatérales destinées à asphyxier son économie.

Mais quand on en vient à l’Iran et au régime sioniste, comme dans l’inconscient freudien la contradiction n’existe pas.

Par exemple, Jakob Augstein écrit que

Israël, un pays qui a été entouré d’ennemis depuis des dizaines d’années, beaucoup d’entre eux considérant qu’Israël n’a pas le droit d’exister – quelles que soient ses options politiques.

Pourtant, si on examine les pays qui sont à proximité de l’Etat sioniste, nous en voyons deux (l’Egypte et la Jordanie) qui sont liés par traité avec lui ; Chypre qui fait partie de l’Union Européenne et est de ce fait tout sauf ennemie de l’Etat sioniste, et la Turquie qui a longtemps été le seul pays musulman à reconnaître l’Etat juif. Restent deux pays en état de conflictualité armée avec Tel Aviv : le Liban et la Syrie, aucun des deux ne représentant une menace réelle. On peut ajouter l’Arabie Saoudite qui est plutôt une alliée objective du gouvernement sioniste.

Alors où Jakon Augstein trouve-t-il ce « beaucoup » ? Mystère !

Un point de vue sur Günter Grass

Pourquoi nous avons besoin d’un débat ouvert sur Israël

Un commentaire de Jakob Augstein, Der Spiegel (Allemagne) 6 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Israël est-elle une menace pour la paix mondiale? L’écrivain Allemand Günter Grass a été taxé d’antisémite cette semaine pour l’avoir affirmé dans un nouveau poème. Mais si ces vers n’auront peut-être pas de prix littéraire, Grass a donné le coup d’envoi d’un débat important –  et attendu depuis longtemps. Et il a raison.

Ce n’est pas un grand poème. Ce n’est pas non plus une brillante analyse politique. Mais les quelques lignes que Grass a publiées sous le titre « Ce qui doit être dit » seront vues un jour comme ses mots qui auront eu la plus forte influence. Ils marquent une rupture. C’est cette simple phrase que nous ne pourrons pas ignorer à l’avenir : «La puissance nucléaire d’Israël met en danger une paix mondiale déjà fragile.»

C’est cette phrase qui a déclenché un tollé. Parce qu’elle est vraie. Parce que c’est un Allemand, un prix Nobel qui l’a dite. Parce que c’est Günter Grass qui l’a dite. Et c’est là que réside la rupture du tabou. Et c’est pour cela qu’il faudrait remercier Grass. Il a pris sur lui de dire ces mots pour nous tous. Un dialogue très tardif a commencé.

C’est une discussion sur Israël et sur l’éventualité de préparatifs d’Israël pour une guerre contre l’Iran, un pays dont le président Mahmoud Ahmadinejad a menacé Israël dont il parle comme d’un «cancer» qui doit être «rayé de la carte.» Israël, un pays qui a été entouré d’ennemis depuis des dizaines d’années, beaucoup d’entre eux considérant qu’Israël n’a pas le droit d’exister – quelles que soient ses options politiques.

C’est une guerre qui pourrait précipiter le monde dans l’abîme. Quand un Allemand parle de ce genre de choses, l’Allemagne doit participer à la discussion avec sa responsabilité historique.

Ce genre de débat suit un modèle préétabli. Grass savait qu’il serait taxé d’antisémite – un risque pris par n’importe quel Allemand qui critique Israël. De fait, Mathias Döpfner – le responsable de la maison d’adition Axel Springer, la société mère de Bild, le plus grand journal quotidien du pays – a accusé Grass « d’antisémitisme politiquement correct » dans un éditorial paru jeudi. Döpfner, un homme qui se targue d’être le gardien des relations israélo-allemandes, suggérait aussi que Grass devrait être envoyé dans un centre de réhabilitation historique tout en lançant quelques piques sur la participation longtemps tenue secrète de Grass à la Waffen-SS. Oui, Grass dait faire face également à ce genre d’accusation.

Grass est un réaliste

Mais Grass n’est ni un antisémite, ni un zombie de l’histoire allemande. Grass est un réaliste. Il dénonce le fait que les installations nucléaires israéliennes « ne soient pas accessibles à des inspections.» Il objecte à la politique allemande en matière d’exportations d’armes avec la livraison à Israël d’un autre sous-marin capable de lancer des missiles nucléaires. » Et il rejette d’un ton las « l’hypocrisie de l’Occident,» qui – il ne le dit pas explicitement – a été le principe directeur de nos politiques au Moyen Orient, de l’Algérie à l’Afghanistan.

Grass écrit aussi des absurdités. Il poursuit en expliquant pourquoi il s’est tu si longtemps et pourquoi il ne gardera plus le silence maintenant – « âgé et avec mes dernières gouttes d’encre » – et qu’il veut libérer les autres du sentiment de devoir rester silencieux. Cette partie n’est pas très bien formulée. Il avertit aussi du risque d’annihilation du peuple iranien, ce qui n’est certainement pas prévu dans l’agenda politique israélien. Le teste aurai pu être mieux protégé contre la critique. Mais il atteint néanmoins son objectif.

Après tout, quelqu’un nous a enfin tirés de derrière l’ombre des paroles prononcées par la chancelière Angela Merkel lors d’une visite à Jérusalem en 2008. A l’époque, elle avait dit que la sécurité d’Israël relevait de la raison d’Etat pour l’Allemagne. Pour éviter tout malentendu, avait-elle ajouté, « C’est une réalité, et non des paroles qui resteraient vaines si venaient des temps difficiles.»

Helmut Schmidt, chancelier Allemand de 1974 à 1982, avait dit qu’avoir un sentiment de responsabilité pour la sécurité d’Israël est « compréhensible émotionnellement » mais est une conception  téméraire qui pourrait avoir des conséquences graves.». Si une guerre éclatait entre Israël et l’Iran, poursuivait-il, « alors, selon cette conception, les soldats Allemands devraient combattre également.» Depuis cette époque, Israël a considéré l’Allemagne comme étant le seul pays, avec les Etats Unis, sur lequel elle peut compter.

Le monde retient son souffle

Actuellement, avec le soutien des Etats Unis dont les présidents doivent s’assurer du soutien des organisations du lobby juif en période électorale ainsi qu’avec celui d’une Allemagne où la repentance historique a pris une dimension militaire, le gouvernement Netanyahou tient en haleine le monde entier. « L’Israël de Netanyahou a dicté l’ordre du jour au reste du monde comme aucun petit Etat n’a jamais pu le faire auparavant, » écrit le journal israélien Haaretz. Des cours du pétrole au terrorisme, le monde a de nombreuses raisons de craindre une guerre entre Israël et l’Iran.

Personne ne prétend que l’Iran dispose déjà d’une bombe atomique. Personne ne sait si l’Iran travaille vraiment à une telle bombe. Au contraire, les responsables des services secrets américains pensent que l’Iran a stoppé son programme de développement d’armes atomiques en 2003.

Ces éléments n’intéressent cependant pas les Israéliens. Pour eux, la question n’est plus d’empêcher les Iraniens d’obtenir la bombe atomique. Il s’agit maintenant d’empêcher – et plus d’être en mesure d’empêcher – les Iraniens d’être en capacité de produire une telle bombe. Ils ne veulent pas s’embarrasser du problème qu’ont eu les USA avec l’Irak. Les Américains continuaient à penser qu’ils devaient donner la preuve que leur adversaire disposait d’armes de destruction massive. Mais ces preuves n’avaient pas pu être trouvées en Irak – pas plus que de telles armes. Alors, les Américains avaient simplement fabriqué les preuves dont ils avaient besoin.

Israël a lancé un ultimatum au monde. Elle ne veut pas fournir de preuves que l’Iran possède une bombe. Elle ne veut pas non plus apporter de preuves que l’Iran serait en train de construire une bombe. La position d’Israël est simple : elle ne veut pas que l’Iran atteigne la «zone d’immunité.»

En conséquence, Israël menace de lancer une attaque avant que les Iraniens soient en mesure d’enterrer leurs installations atomiques si profondément sous la roche que même les bombes anti-bunkers les plus puissantes ne pourraient plus les atteindre.

Il est temps de faire pression sur Israël

Israël et l’Iran jouent une partie de poker que tous les deux peuvent gagner tant qu’il n’y a pas de guerre. La presse tabloïd qualifie Ahmadinejad de «cinglé de Téhéran.» Mais il n’est pas fou. Il veut rester au pouvoir et a réprimé l’opposition dans son pays dans ce but. Le sang avait coulé il y a trois ans quand il avait écrasé des manifestations contre son pouvoir, mettant en prison de nombreux opposants dans la foulée.

Ahmadinejad laisse intentionnellement le monde dans le flou sur ses intentions pour le nucléaire. Il profite de son ambigüité stratégique tout comme les Israéliens profitent de leurs menaces de guerre. Les deux pays s’aident l’un l’autre à étendre leur influence bien au-delà de ce que leurs dimensions méritent réellement.

De façon perverse, ils se retrouvent en état de dépendance mutuelle. Et les choses auraient pu rester leur problème propre s’ils n’avaient pas pris le monde entier en otage. Comme l’écrit Grass, le temps est venu d’exiger « un contrôle permanent et sans entraves du potentiel nucléaire d’Israël et des installations nucléaires de l’Iran par une entité internationale qui aurait l’approbation des gouvernements des deux pays » .

En ce moment, l’Iran éprouve la pression des sanctions. Mais le temps est venu d’exercer certaines pressions sur Israël aussi. Remarquez que celui qui dit ce genre de chose n’est pas en train d’essayer « de relativiser la culpabilité des Allemands en transformant les Juifs en fautifs» comme l’affirme Mathias Döpfner. Nous ne parlons pas ici d’histoire de l’Allemagne. Nous parlons du monde. Et nous parlons du temps présent.