Grève de la faim et bras de fer


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LOOS,BAUDOUIN dans LeSoir de lundi

Page 10

Lundi 14 mai 2012

Proche-Orient Quelque 1.550 prisonniers palestiniens jeûnent volontairement

Un bras de fer. Inégal puisqu’il oppose des prisonniers à un État. Un drame national en Palestine. L’indifférence, ou presque, en Israël et dans le reste du monde. Quelque 1.550 détenus palestiniens – soit environ un tiers du total – sont en grève de la faim pour réclamer la fin des incarcérations en isolement, la fin des détentions administratives, et l’autorisation des visites de proches pour les prisonniers originaires de Gaza.

Le sort des prisonniers affecte tout le monde chez les Palestiniens. Car tout le monde a ou a eu un ou des prisonniers dans sa famille. Les deux prisonniers qui ont lancé le dernier mouvement de grève de la faim le 29 février en sont à leur 76e jour de jeûne volontaire. Leur santé – leur vie – est clairement en danger. Bilal Diab et Thaer Halahla, membres de l’organisation radicale du Jihad islamique, sont en détention administrative. Un statut hérité de l’occupation britannique de la Palestine (1917-1948). C’est-à-dire qu’ils ont été initialement incarcérés pour six mois sans connaître les charges retenues contre eux et sans savoir pour combien de temps : les six mois sont renouvelables indéfiniment.

Alain Gresh, le directeur adjoint du Monde diplomatique, citait le 8 mai sur son blog une déclaration à propos de la détention administrative datant de 1946. Elle émane d’un juriste, Moshe Dunkelblum, qui allait siéger plus tard à la Cour suprême d’Israël : « Ces ordonnances constituent une menace constante contre les citoyens. Nous, juristes, voyons en elles une violation flagrante des principes fondamentaux de la légalité, de la justice, de la discipline. Elles légalisent le plus parfait arbitraire des autorités militaires et administratives. Elles dépouillent les citoyens de leurs droits et confèrent aux autorités des pouvoirs illimités ».

Après sa création, Israël a pourtant continué à utiliser ces lois d’exception ; des dizaines de milliers de Palestiniens les ont subies. Actuellement, il y a environ trois cents Palestiniens embastillés selon cette méthode dite de la détention administrative.

Des protestations commencent à fleurir ci et là. Même Tony Blair, l’inconsistant envoyé spécial du Quartet (USA, UE, ONU et Russie) au Proche-Orient s’est dit « de plus en plus inquiet de la dégradation de l’état de santé des prisonniers en grève de la faim ». Les chefs de mission diplomatiques de l’Union européenne à Jérusalem ont émis un communiqué disant la même chose, rappelant aussi que l’UE estime que « les prisonniers ont les droits d’être informés des motifs de leur détention et ont droit à un procès sans retards indus ».

L’un des initiateurs du mouvement, Thaer Halahla, a écrit à sa fille de deux ans une lettre dont voici un extrait : « Quand tu seras plus grande, tu comprendras l’injustice qui a frappé ton père et les milliers de Palestiniens que les occupants ont jetés dans des camps et dans des cellules, réduisant en miettes leur existence et leur avenir uniquement parce qu’ils voulaient la liberté, la dignité et l’indépendance. Tu sauras que ton père n’acceptait pas l’injustice et la soumission, qu’il n’acceptait pas l’humiliation et le compromis et qu’il s’était engagé dans une grève de la faim pour protester contre les tentatives de l’État juif de faire de nous des esclaves, un peuple humilié, sans la moindre dignité nationale ».

Une médiation égyptienne pourrait donner des résultats. Le temps presse.

p.s.

Proche-Orient Les prisonniers palestiniens en Israël et l’administration pénitentiaire ont signé hier un accord sous médiation égyptienne pour lever la grève de la faim de plus d’un millier de détenus palestiniens, un mouvement inédit dont la prolongation risquait de dégénérer en violences. Au moins un tiers des quelque 4 700 détenus palestiniens en Israël (dont près de 310 en détention administrative) étaient en grève de la faim à la suite d’un mouvement collectif lancé le 17 avril, sept autres ayant cessé de s’alimenter depuis un mois et demi à deux mois et demi. Israël a accédé aux trois principales revendications des grévistes : levée de la détention administrative, de l’isolement carcéral et autorisation des visites pour les prisonniers originaires de Gaza, en échange d’un engagement signé à « s’abstenir de tout acte de terrorisme » ainsi que de toute nouvelle grève de la faim.
« Tous les mouvements palestiniens ont signé un accord dans la prison d’Ashkelon (sud d’Israël) pour arrêter la grève de la faim », a déclaré le président du Club des prisonniers palestiniens, Qaddoura Farès. « Les principales divergences portaient sur la détention administrative, l’isolement carcéral et les visites de Gaza », a-t-il rappelé, précisant qu’un « haut responsable militaire égyptien avait participé » aux négociations. Une source palestinienne proche du dossier avait indiqué dimanche soir qu’un accord avait été conclu au Caire, précisant qu’il devait encore être ratifié par les détenus. La porte-parole de l’administration pénitentiaire israélienne, Sivan Weizman, a confirmé la conclusion d’un accord « à la suite d’ententes formulées ces derniers jours ». Le service de sécurité intérieure, le Shin Beth, a affirmé dans un communiqué que « tous les détenus administratifs seront libérés à l’issue de leur période de détention en cours, à moins que de nouvelles preuves ne soient présentées contre eux ».
« En réponse à la demande du président palestinien Mahmoud Abbas, Israël a négocié l’arrêt de la grève de la faim », a déclaré Mark Regev, porte-parole du Premier ministre israélien, disant « espérer que ce geste servira à établir la confiance entre les parties et conduire à la paix ».
(Source : AFP)