Ne laissez pas mourir Mahmoud dans les geôles israéliennes


Pour la pétition allez sur :
http://www.avaaz.org/fr/petition/Ne_laissez_pas_mourir_Mahmoud_dans_les_geoles_israeliennes/?fxKoFab&pv=4

Cette pétition doit être validée par la Communauté Avaaz avant publication
Ne laissez pas mourir Mahmoud dans les geôles israéliennes
2,000
786

786 signatures. Atteignons 2,000

Pourquoi c’est important

Mahmoud Sarsak était capitaine de l’équipe nationale palestinienne de football. Capturé par Israeliens, il est depuis 3 ans en prison alors qu’il n’est poursuivi pour AUCUN délit (il est en « rétention administrative »). Le but : briser sa carrière et le moral de son peuple.
Après 80 jours de grève de la faim, il va mourir..La Fédération Française de football, à laquelle les membres d’Europalestine se sont adressés, a donné une fin de non-recevoir et conseillé de nous adresser au Ministre des Affaires étrangères, qui peut faire pression sur ses homologues Israélien, pour qu’ils sauvent ce jeune homme innocent.Signez et diffusez cette pétition à tous vos proches avant qu’il ne soit trop tard! Demandons à Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères d’exiger du gouvernement israélien qu’il mobilise sa diplomatie et sauve ce footballeur de 25 ans.

Appel urgent ! Mahmoud Sarsak est mourant !
LIBEREZ-LE DES MAINTENANT !!

Hèlène

La vidéo de l’interpellation de la FFF par Europalestine: http://www.europalestine.com/spip.php?article7328

SYRIE. Le chef de l’opposition appelle à la démission générale


Abdel Basset Sayda a été élu ce week-end à la tête du Conseil national syrien.

Mots-clés : SyrieDamasal-Assadoppositioncnssayda

Abdel Basset Sayda (SAYGIN SERDAROGLU / AFP)

Abdel Basset Sayda (SAYGIN SERDAROGLU / AFP)

Le nouveau chef de l’opposition syrienne Abdel Basset Sayda a appelé dimanche 10 juin tous les responsables du régime et des institutions d’Etat « à faire défection », lors d’une conférence de presse à Istanbul.

« Nous appelons tous les officiels du régime et dans les institutions à faire défection », a-t-il déclaré dans des propos en arabe traduits en anglais.

Abdel Basset Sayda, qui a été élu ce week-end à la tête du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, a par ailleurs appelé les Syriens dans le monde entier à manifester contre les violences perpétrées par le régime de Damas.

Kurde

« Je veux lancer un appel à tous les Syriens expatriés pour qu’ils organisent des sit-in devant les ambassades syriennes », a-t-il dit.

« Nous voulons réaffirmer à tous les groupes et à toutes les communautés, spécialement les alaouites et les chrétiens, que l’avenir de la Syrie sera l’avenir de tout le monde (…) Il n’y aura pas de discriminations basées sur le sexe ou l’appartenance à des communautés, et la Syrie nouvelle sera un état démocratique », a ajouté Abdel Basset Sayda, qui est lui-même membre de la minorité kurde de Syrie.

Exilé de longue date en Suède, il a tenu cette première conférence de presse en présence de son prédécesseur, Burhan Ghalioun, auquel il a donné une accolade.

Un « parapluie »

Le nouveau président du CNS a souligné que l’élargissement de la base de son organisation et une meilleure prise en compte notamment des opposants de l’intérieur de la Syrie serait une priorité de son mandat.

« Nous annonçons notre détermination à élargir la base du CNS pour en faire un parapluie sous lequel toute l’opposition se rassemble », a-t-il dit.

Interrogé sur les moyens de parvenir à cet objectif, il a rappelé qu’une réunion de toute l’opposition était prévue à la fin de la semaine prochaine à Istanbul.

C’est une occasion pour d’autres groupes de rejoidre le CNS, a-t-il estimé.

Il a également indiqué que le comité exécutif du CNS venait d’accueillir trois nouveaux membres, représentant les forces de l’intérieur.

syrie.be redux


anniebannie : je vis essentiellement dans le présent, mais j’ai récupéré les textes que j’avais écrits pendant mes cinq années syriennes. Ils avaient été publiés sur le site http://syrie.be, deux fois hacké et finalement abandonné. Je suis en train de les trier et  ceci est un peu une avant-première. Le nom du site : http://syriebe.wordpress.com

Je dois encore récupérer les images, à l’époque téléchargées à grands renforts de patience. Mais là, vous avez les textes jusqu’en 2003; les images suivront. Vous verrez que je n’étais en rien critique de ce pays, que je m’efforçais de parler de ce qui était bien. Les gens surtout.  Cela n’empêchera pas les autorités de me placer sur la liste noire, décision jusqu’à ce jour inexplicable, même si je faisais partie de la charrette de quelque 700 auditeurs libres étrangers expulsés à cette époque et dont certains sont passés par la prison.

A présent, cette liste noire je revendiquerais d’y figurer.

Syrie : « Un voyage en enfer »


Rédaction en ligne

lundi 11 juin 2012, 08:22

Le Belge Pierre Piccinin s’est rendu en Syrie récemment. Ce professeur d’histoire, enlevé puis torturé raconte sa plongée hallucinante d’un Belge dans l’univers répressif syrien.

Syrie : « Un voyage en enfer »©ap

Professeur d’histoire, le Belge Pierre Piccinin s’est pris de passion pour le monde arabe. Très critique de la guerre en Libye, il s’était également insurgé contre le traitement des troubles en Syrie par la presse occidentale. Lors de son troisième et dernier déplacement en Syrie, commencé le 15 mai dernier, les choses ont mal tourné. Pris pour un espion dans une petite ville, il a été emmené par les services de sécurité, puis torturé. Il a aussi côtoyé de nombreux Syriens atrocement torturés dans les prisons où il a été conduit avant d’être libéré. Sur la Syrie, Pierre Piccinin a changé d’avis et l’annonce sans détour. Il livre ici son témoignage bouleversant.

« Voyage en enfer »

« C’est une lourde responsabilité que celle d’écrire. Il est donc important de savoir reconnaître ses erreurs, de réparer ses omissions, surtout lorsqu’il en va de la vie d’êtres humains…

Le 15 mai 2012, je suis entré en Syrie pour un troisième séjour d’observation, dont le but était cette fois de réaliser une cartographie et un état des lieux précis des bastions de l’opposition, et d’évaluer sur le terrain le potentiel réel de l’Armée syrienne libre (ASL) et sa capacité de renverser le régime en place.

Pour ce faire, je me suis intéressé, dans un premier temps, aux villes frontières, où se concentrent les attaques de l’ASL contre l’armée régulière, à savoir les villes de Deraa, Zabadani, Qousseir, Tal-Kalakh, Homs, Tal-Biseh, Rastan et Idleb, tenues, en tout ou en partie, par l’ASL, qui reçoit logistique et appui de ses bases arrière en Turquie et en Jordanie et des partisans du clan Hariri au Nord-Liban.

Lors de mes précédentes approches du terrain, en juillet 2011 et en décembre-janvier ensuite, j’avais obtenu l’accord des autorités et reçu un visa de l’Ambassade de Syrie à Bruxelles. Ce n’a pas été le cas, cette fois, et, suivant une autre filière, j’ai traversé la frontière libanaise, au poste de Masnaa, gagnant Jdaidit, où, aussi étrange que cela puisse être, avec un peu de chance, il est possible d’obtenir un visa sans formalité aucune. C’est donc tout à fait légalement que je suis entré en Syrie, à partir du Liban (où, profitant de mon passage, j’ai assisté aux affrontements qui opposaient les Alaouites de Tripoli aux Sunnites hariristes qui assiégeaient leur quartier, événement révélateur de l’extension du conflit syrien au territoire du voisin libanais).

Ayant loué une voiture à Damas, j’ai commencé de circuler dans le pays. J’ai pu me rendre à Homs et photographier les quartiers rebelles bombardés par l’armée syrienne, en ruines, à Tal-Biseh, tenue par l’opposition, où j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec des miliciens de l’ASL, mais également avec le staff du commandement de la place, bien organisé, équipé, et en relation logistique avec les autres positions tenues par la rébellion, puis à Rastan, où l’armée fait face à la ville, elle aussi entièrement aux mains de l’ASL, où j’ai assisté aux combats, mais sans pouvoir y entrer. J’ai de même gagné Hama.

Le 17 mai, je me suis présenté au check-point de l’armée régulière devant Tal-Kalakh, dans la région de Homs. J’attendais depuis près de deux heures l’autorisation d’accéder à la ville, lorsque des hommes en armes se sont présentés : je pouvais entrer, à la condition qu’ils m’accompagnassent et que je montasse dans un de leurs véhicules, ce que j’ai accepté.

Le piège s’est refermé en quelques minutes et mon voyage en Enfer a commencé, ce jour-là, vers 17h00…

En effet, à peine monté dans leur véhicule, j’ai été menotté dans le dos et conduit dans leurs locaux, où j’ai été abandonné quelques heures dans un cachot en béton surchauffé, en plein soleil. Mon téléphone portable m’a été enlevé : je n’avais plus aucun moyen de communiquer et il n’était plus possible de me localiser.

De là, en soirée, j’ai été transféré au centre des services de renseignement de Homs, où l’on m’a dépouillé de mes effets personnels dans un premier bâtiment, tandis que, déjà, j’entendais, inquiet, des cris assourdis ; et j’imaginais bien ce qui devait se passer là.

Après un moment, deux agents m’ont conduit dans un autre bâtiment. Les cris avaient cessé. On y nettoyait le sol à grandes eaux, de ce qui, manifestement, était du sang. Tout y était sale, sordide, usé, abîmé ; les portes, les murs, le carrelage, tout était crasseux.

Dans un premier temps, j’ai été mis à croupir, dans une petite pièce, toujours menotté, assis sur une chaise devant un bureau couvert de traces de sang, de vomissures, de morceaux d’ongles et d’aiguilles en métal. Après une petite heure, peut-être, de cette mise en condition, un officier qui parlait l’anglais m’a rejoint, suivi d’un subordonné qu’il a fait mine de sermonner et qui a immédiatement nettoyé le bureau de ce qui s’y trouvait, tandis que son supérieur me souriait.

Ce dernier a ensuite procédé à un contrôle d’identité de routine, puis m’a pris par le bras et conduit dans un autre bureau, où les menottes m’ont été retirées et où un interrogatoire très aimable a eu lieu. N’ayant rien eu à cacher, j’ai répondu à toutes les questions et croyais avoir satisfait l’officier, jusqu’à ce qu’il me montrât sur un ordinateur portable, dans le bureau voisin, celui du commandant de la place, les photographies qu’il avait extraites de ma clef-usb, prises à Tal-Biseh et sur lesquelles je me trouvais en compagnie de combattants de l’ASL, des « terroristes ».

Toutefois, il m’a assuré qu’il comprenait bien que, dans le cadre de mes recherches, c’était là chose normale et que, même si j’avais commis un délit en rencontrant ces « terroristes », il m’aiderait dans cette affaire et que, dans les quelques heures, je serais libéré. « You are our guest and this place is now your second home », m’a-t-il lancé ; je ne savais pas comment interpréter son sourire…

On m’a alors proposé de me reposer, non pas dans une cellule, mais dans le dortoir des agents de la sécurité, où on m’a donné une couchette.

Très rapidement, toutefois, deux agents, que je n’avais pas encore rencontrés, sont venus m’y chercher et m’ont amené dans une salle où attendait un officier. Ce dernier m’a fait signe d’enlever ma chemise et mes chaussures. J’ai obéi, très inquiet par la tournure que prenaient brusquement les choses. Ses deux acolytes m’ont sanglé les mains à un tuyau du plafond. Les choses se précisaient… Un quatrième homme a apporté deux seaux d’eau et des linges, pendant qu’on me menottait les chevilles, et est ressorti en fermant la porte derrière lui. Un des subordonnés m’a retiré mes chaussettes, qu’il m’a enfoncées dans la gorge. Puis, j’ai été battu, sur le dos, les reins, l’abdomen et le torse : on pourrait croire que cela n’est pas grand-chose, mais, après quelques coups seulement, la douleur devient si intense que j’ai cru étouffer et perdre connaissance à plusieurs reprises.

Pendant que ses hommes frappaient, l’officier me posait des questions, dans un très mauvais anglais, tout en m’ordonnant, dans le même temps, de me taire. Mais, bâillonné, comment aurais-je pu lui répondre ? Surtout, je ne l’entendais même plus.

Après je ne sais combien de temps de ce traitement, on m’a enlevé le bâillon ; j’ai été détaché, menotté et assis sur une chaise, à un bureau sur lequel l’officier a renversé une boîte d’aiguilles en métal. Il m’a laissé le temps de reprendre mon souffle, tandis qu’il jouait avec une aiguille entre ses doigts.

Les deux subordonnés m’ont chacun saisi un avant bras et un poignet, qu’ils ont fermement tenus à plat sur le bureau. L’officier a pris mon index gauche entre ses doigts et à introduit l’aiguille sous l’ongle, sans l’enfoncer, la promenant lentement sous l’ongle. Il m’a parlé de mes relations avec les « terroristes » et m’a demandé pourquoi je me déplaçais seul en Syrie, en prenant des photos ; si je travaillais pour un service de renseignement étranger, pour les Français ; pourquoi je me rendais d’un endroit à l’autre, occupés par les « terroristes »…

J’ai répété tout se que j’avais dit déjà, ce qui a semblé le contenter. Mais il a ordonné que l’on me suspende à nouveau au tuyau et qu’on me bâillonne, tandis qu’il appelait dans le couloir. Un quatrième homme entra dans la pièce avec un boîtier muni d’un gros bouton et de cadrans à aiguilles. C’est lui qui m’a appliqué deux petites pinces dentelées en métal sur la poitrine, reliées au boîtier. Il a alors fait tourner lentement le bouton: au début, je n’ai ressenti que de légers picotements, mais, en quelques secondes, la douleur est devenue aiguë ; plus il tournait le bouton et plus la sensation de brûlure, une brûlure lancinante, devenait vive. L’officier s’est approché de moi et a craché sur mon torse ; avec ses doigts, il a mouillé de salive la peau en contact avec les pinces ; ce qui a provoqué une accélération soudaine du flux électrique, et une douleur violente. L’agent a joué avec le bouton, diminuant et augmentant l’intensité du flux. Ils m’ont débarrassé de cet attirail et détaché, menotté dans le dos et couché sur le bureau, toujours bâillonné, sans qu’on ne me pose plus aucune question.

Les agents me maintenaient fermement, un par les épaules, les deux autres par les chevilles, toujours menottées. L’officier m’a dit de me calmer, que tout était en ordre ; qu’il restait seulement une formalité : il a saisi une badine en plastic blanc, qui pendait à la vanne du radiateur, on m’a étendu les jambes, à plat sur le bureau, ma tête dans le vide, et il m’a infligé vingt-trois coups sur la plante des pieds. Je les ai comptés. L’officier m’a regardé, avec un sourire presque amical : « you don’t need handcuffs, now »… Ses subordonnés m’ont ramené sur ma couchette, et ils m’y ont attaché.

Combien de temps tout cela a-t-il duré ?

Je m’en suis bien sorti : des côtes froissées et quelques brûlures légères ; presque rien, en comparaison de tout ce que j’allais voir, et de tout ce qu’allaient me raconter plus tard mes compagnons de cellule de la prison Bab al-Musalla, à Damas. « Parce que tu est de l’Ouest, m’ont-il expliqué, ils n’ont pas osé aller plus loin ; si tu avais été arabe, tu aurais subi la même chose que ce journaliste d’Al-Jazeera : il était là, quelques jours avant toi ; ils lui ont broyé les mains et cassé les deux genoux ».

La tête de ma couchette se trouvait devant la porte de la chambre, qui donnait sur le couloir. Quelques minutes après y avoir été reconduit, j’ai entendu tout un remue-ménage derrière cette porte. Et le bruit des coups a commencé, les claquements ; et les cris ; très forts, d’abord, puis sourds, étouffés par des bâillons. Les plaintes, les gémissements, quand les bourreaux laissaient souffler leurs victimes, quand le claquement des coups cessait, pour un moment. Et les coups reprenaient ; « halas, sidi ; halas, sidi ! ». « Assez, monsieur ; assez, monsieur ! ». Et les pleurs.

Je comprenais, maintenant, cette chose étrange, pourquoi les agents, dans leur dortoir, dormaient avec la radio allumée à plein volume. En vérité, je m’en étais douté.

Au début, les agents, qui se relayaient, allant et venant dans le dortoir, prenaient soin de refermer la porte ; plus tard, la porte est restée grande ouverte à plusieurs reprises : j’entendais tout, et j’ai tout vu.

L’horreur la plus pure ; sans effet de manche ; sans voile ; nue ; simple ; telle que le cinéma, avec tous ses effets spéciaux, ne pourrait la restituer ; et que je ne parviens pas, au moment où j’écris ceci, à peindre avec des lettres. Et j’en demande pardon à ceux-là, qui gisaient dans ce couloir, dans leur propre sang, dans leur urine, dans leur vomi.

J’étais là ; j’ai tout vu ; et je n’ai rien fait ; je n’ai rien dit. Un immense désespoir m’envahissait.

Un agent est entré brusquement dans la pièce ; il m’a fixé des yeux ; il tenait dans une main deux paires de menottes et, dans l’autre, un fil électrique double, aux extrémités dénudées, au bout duquel pendait une prise. J’ai cru que c’était pour moi.

C’est que les choses étaient claires, dans mon esprit : je ne devais plus espérer quitter l’endroit ; pas vivant. S’ils me laissaient voir tout ça, c’est parce que la décision était prise : tôt ou tard, ils allaient reprendre le travail sur mon corps, plus sévèrement cette fois, aller jusqu’au bout, tirer le maximum d’informations et m’achever. Et ils mettraient ça sur le compte de l’opposition, de l’ASL.

Juste avant d’être kidnappé, j’avais donné deux interviews, pendant que j’attendais au check-point, à l’entrée de Tal-Kalakh ; une pour Jacques Aristide, de Voice of America ; et une pour Laurent Caspari, de la Radio Suisse Romande, la dernière, quelques secondes à peine avant mon arrestation. J’avais expliqué à Laurent Caspari que je venais d’avoir l’autorisation d’entrer dans Tal-Kalakh, ville en partie contrôlée par les rebelles…

L’homme à la prise électrique est reparti ; ce n’était pas pour moi. Quelques minutes après, une fois de plus, les lumières des ampoules qui éclairaient la chambre ont vacillé et des cris ont déchiré l’air, dominant les autres cris. La porte s’est rouverte et j’ai vu : les brûlures sont profondes ; l’électricité entre dans les chairs et les carbonise là où elle passe.

L’aube est venue ; un peu de lumière du jour pénétrait dans la chambre par une petite lucarne. Pas très loin, j’entendais les bombardements des chars du gouvernement, sur le quartier de Baba Amr, ai-je supposé, où j’avais appris que s’activaient encore quelques poches de résistance.

J’en étais convaincu : je n’avais plus rien à espérer ; c’était là que tout s’achevait pour moi ; que tout allait s’achever, lentement, dans les souffrances atroces auxquelles j’avais assisté toute la nuit durant. Dans cet endroit sale et sordide.

J’ai tourné mon visage vers le mur qui faisait face à la porte et, avec l’ongle du pouce, j’ai gravé une petite croix dans le plâtre ; catholique, je me suis confessé à Dieu ; je lui ai promis que, si j’en réchappais, je dirais partout ce que j’ai vu cette nuit-là ; je l’ai aussi promis à ceux qui gisaient dans ce couloir ; et j’ai attendu.

Les cris ont cessé ; je n’entendais plus que quelques plaintes, à travers la porte. Les agents étaient rentrés dans la chambre, les uns après les autres ; ils s’étaient couchés ; la radio était éteinte.

Vers 9h00 (j’ai vu l’heure dans le bus), on est venu me chercher : l’agent m’a détaché et m’a fait entendre que je devais passer mes chaussures et mettre ma chemise. Lorsqu’il a ouvert la porte, j’ai blêmi à la vue des corps, sans vie, attachés à travers le couloir ; l’agent m’a regardé, comme s’il était étonné de ma réaction, et m’a poussé dans l’escalier, vers la sortie, dans un autocar de la police, qui nous a emmenés, quatre détenus et moi, dans un autre centre des services de renseignement, à Damas. Tout le trajet s’est passé au son de chants patriotiques, haut-parleurs hurlant, à la gloire du président Bashar al-Assad.

Il s’agissait du centre de Palestine Branch, qui avait fait l’objet d’un attentat à la bombe quelques jours plus tôt.

Après m’être complètement déshabillé et être passé par deux fouilles physiques minutieuses, j’ai à nouveau été interrogé. Cette fois, on ne m’a plus touché ; je n’ai subi que des intimidations indirectes : pendant qu’on me posait les questions, un homme frappait, juste à côté de moi, sur une armoire en fer, avec une longue latte de bois ; et plusieurs agents torturaient juste à côté de moi un vieil homme, à qui ils avaient bandé les yeux ; ils le poussaient pour le faire tomber, le frappaient à terre, le relevaient et recommençaient.

Plus de couchette, cette fois-ci, mais le sol froid.

Lorsque les autorités syriennes ont compris que je ne présentais aucun danger pour elles, j’ai été jeté dans un sous-sol, la prison civile de Bab al-Musalla, pour être expulsé du territoire.

J’y ai été transféré en camionnette, aux fenêtres aveugles. Un garçon de quatorze ou seize ans, menotté dans le dos, les yeux bandés, me faisait face. Ses jambes, nues, étaient brûlées par l’électricité, couvertes de cratères noirs de la dimension d’un bouton de culotte.

J’ai été descendu du véhicule avant lui. Je ne sais ni où il a été emmené, ni ce qu’il est devenu. Et je ne connais pas son nom.

On m’a interné dans une cellule avec des prisonniers politiques, dont la solidarité a été exceptionnelle : ils m’ont soigné, m’ont donné à manger, m’ont aidé à me laver, m’ont prêté une natte et une couverture.

Certains d’entre eux se trouvaient dans ce sous-sol depuis plus de deux ans, sans même un soupirail, sans voir le soleil, ni savoir si, dehors, il faisait jour ou nuit. La plupart avaient été torturés avant de finir là. Ahmed m’a raconté ses vingt-huit jours entre les mains des services de renseignement, comment il avait été frappé, à coups de câble et de bâton, plusieurs fois par jour, pendant près d’un mois, un martyre sans fin…

J’ai rencontré dans cette prison des détenus de toutes nationalités : Algériens, Saoudiens, Irakiens, Soudanais, Somaliens, Palestiniens, Syriens bien sûr, dont bon nombre, censés être expulsés du territoire, attendent depuis une éternité, l’éternité humaine de l’enfermement, un ordre ou une aide qui les fasse sortir de ce trou à rats.

L’histoire la plus poignante est celle de Mouhammad, Cachemirien, enfermé là depuis plus de six mois : pour l’ambassade de l’Inde, il est Pakistanais ; pour celle du Pakistan, il est Indien. Toute sa famille étant décédée, il est seul au monde. Plusieurs fois par jour, il s’assied dans un coin et pleure en silence. Il y a aussi Ali, un Kazakh, arrêté, passeport perdu : son ambassade lui a signifié qu’il n’était pas inscrit dans les registres de la population ; depuis des mois, il croupit là, sans plus d’identité ; il n’existe plus. Abandonné à son sort, tout comme plusieurs réfugiés bénéficiant pourtant d’un passeport onusien : corrompus jusqu’à l’os, les fonctionnaires syriens de l’ONU préposés aux réfugiés à Damas traitent uniquement les dossiers de ceux qui peuvent payer le matabiche.

Car tout se paie. A son arrivée, le prisonnier vide ses poches et ouvre son bagage, s’il en a un. Les gardiens deviennent fébriles ; leurs yeux s’écarquillent à la vue des billets de banque. Ils confisquent ce qui leur plaît : vêtements, chaussures, parfum… Ils se partagent une partie de l’argent, parfois la totalité. Dans mon cas, ils ont pris tout ce qui m’avait été rendu par les services de renseignement. Celui qui n’a pas de famille à l’extérieur, pour payer, ne reçoit rien d’autre qu’un repas par jour, toujours le même, et pas tous les jours : des galettes de pain ; des oignons ; une bassine de riz est balancée au milieu de la cellule et les détenus se ruent dessus.

Pas de savon. Pas de brosse à dent. Pas de vêtement propre.

Sans argent et interdit de téléphone, je me trouvais moi-même dans cette situation kafkaïenne : comme expulsé, il faut, pour sortir de cette geôle, que quelqu’un produise un billet d’avion au nom du détenu, qu’une brigade conduit alors à la prison de l’aéroport, en attendant le vol. Or, personne ne savait que je me trouvais à Bab al-Musalla…

Avec la complicité de mes camarades de cellule, j’ai pu faire passer un message à l’extérieur, en payant un gardien. Le ministère des Affaires étrangères belges a immédiatement mis tout en œuvre pour me sortir de Syrie. J’ai été libéré le 23 mai.

La veille de ma libération, un jeune Syrien était arrivé à Bab al-Musalla. Il avait été arrêté par la police, car il s’était fait fabriquer un faux passeport et se cachait, pour se soustraire au service militaire. « Ils vont m’obliger à tuer des gens innocents », m’a-t-il dit. « Mais je préfère me tuer moi ». Alors que je quittais la prison pour la liberté, lui, il était livré aux services de renseignement. Il m’a donné son nom et, via son compte Facebook, j’essaie de le joindre depuis lors. En vain.

Les six jours d’Enfer que j’ai vécus, la nuit durant laquelle j’ai été torturé, à Homs, et, surtout, durant laquelle j’ai vu mes compagnons d’infortune se faire torturer, de manière autrement plus violente que je l’ai été moi-même, ont été des moments de souffrances physiques et psychologiques intenses. Néanmoins, je ne regrette pas d’avoir été témoin de tout cela : maintenant, je dois témoigner, au nom de tous ceux que j’ai laissés derrière moi.

Jusqu’à présent, concernant la Syrie, j’ai toujours défendu les principes du droit westphalien et ceux de la souveraineté nationale et de la non-ingérence. J’ai dénoncé les guerres néocoloniales menées en Afghanistan, en Irak ou en Libye, motivées par les appétits économiques et les considérations géostratégiques, et dont les buts « humanitaires » n’étaient que prétextes et grossiers vernis.

Mais, face à toute l’horreur que j’ai découverte, pour chacun de ces hommes que j’ai vus mutilés atrocement par des barbares au service d’une dictature dont je n’imaginais pas les audaces et le degré de férocité, je me rallie à leur appel pour une intervention militaire en Syrie, qui puisse renverser l’abomination du régime baathiste : si ce passage difficile est nécessaire, il doit être emprunté, pour qu’il soit mis un terme à quarante-deux ans de terreur organisée dans des proportions dont je n’avais pas idée.

Jamais je ne parlerai au nom des Syriens. Je relaie simplement le message que m’ont confié les combattants de l’ASL, les compagnons de cellule torturés à mort, les amis de Bab al-Musalla, unanimes : « la majorité de la population ne veut plus vivre dans ce pays qui n’est pas un pays, mais un régime. L’ASL est prête. Elle tient déjà plusieurs bastions et est présente dans les grandes villes aussi, à Damas et Alep, invisible, attendant le moment pour une insurrection générale. Mais ce moment ne peut arriver que si les démocraties occidentales lui apportent un appui concret, militaire. L’ASL n’a pas les moyens militaires de faire face à l’armée du régime, une armée bien équipée, qui s’impose depuis plus d’un an sans avoir même utilisé ses unités spéciales de blindés ni son aviation et ses hélicoptères, une armée que le régime a façonnée pour qu’elle lui reste fidèle. L’ASL ne peut vaincre le régime que si l’Occident détruit le matériel lourd, les chars et les avions. Et, si l’Occident apporte ce soutien, des flots de gens se déverseront dans les rues, et nombre des militaires eux-mêmes rejoindront la révolution ; mais, pour le moment, ils savent que le régime est fort et qu’il est en train de gagner ; ils ont peur. Hélas, personne ne veut nous aider. Les pays occidentaux parlent beaucoup ; ils regardent, mais ils ne font rien. Car il n’y a rien à prendre, chez nous. Le régime le

sait. C’est pour cela qu’il n’hésite pas à torturer, à tuer, à bombarder. Il sait que personne ne fera rien. Qu’il n’a rien à craindre. Nous sommes seuls. » (J., à Bab al-Musala).

La Syrie ne présente aucun intérêt économique qui pourrait appâter les puissances occidentales et les motiver à y intervenir. Tout au contraire : sur un plan géostratégique, le gouvernement de Bashar al-Assad a le soutien objectif des États-Unis, qui mène à son égard une politique de rapprochement depuis 2001, d’Israël, qui se félicite de ce voisin au verbe haut, mais qui lui garantit une parfaite sécurité sur la frontière du Golan, de l’Union européenne, qui achetait 98% du pétrole syrien et regarde d’un œil inquiet la déstabilisation de ce pays pivot au Moyen-Orient, de la Chine, et de la Russie, dont la Syrie est le dernier allié arabe, avec une façade sur la Méditerranée.

Une réponse occidentale favorable à l’appel à l’aide de l’ASL, qui forcerait la position russe, constituerait certainement un cas unique d’engagement des puissances dans une entreprise dont elles ne retireraient aucun profit.

Incha’Allah. »

Pendant les massacres syriens, les affaires continuent à Paris


 – Natalie Nougayrède
10 juin 2012

Rosoboronexport, principal fournisseur d’armes au pouvoir syrien, aura son stand au Salon Eurosatory, du 11 au 15 juin à Villepinte. La présence de ce géant russe du matériel militaire, contrôlé par le Kremlin, émeut les ONG

Fournie par l’agence de presse officielle syrienne SANA, cette photo, prise en janvier, montre le porte-avions russe  » Amiral-Kouznetsov  » relâchant dans le port de Tartous, en Syrie.

La coïncidence est pour le moins fâcheuse. Alors que la Russie poursuit une politique d’appui au régime de Bachar Al-Assad, marquée en particulier par des livraisons d’armes à Damas malgré la férocité de la répression, et tandis que la France s’affiche comme l’un des fers de lance des efforts diplomatiques pour tenter de mettre fin à ce sanglant engrenage, voici que le principal fournisseur d’armes au pouvoir syrien, la centrale étatique russe Rosoboronexport, s’apprête à bénéficier d’une formidable tribune d’autopromotion… à Paris, et avec la pleine caution du gouvernement français.

Rosoboronexport, le géant russe des exportations d’armes, placé sous le contrôle étroit du Kremlin, aura ainsi, comme si de rien n’était, son stand au salon international Eurosatory consacré au matériel pour les armées de terre, qui se tient à Villepinte du 11 au 15 juin. Quinze mois de bain de sang en Syrie, accompagné par une tenace ” protection ” russe offerte à Damas, n’auront pas suffi, manifestement, pour décourager pareille présence commerciale. La Syrie s’enfonce dans la guerre civile, mais sur le marché des armes, c’est ” business as usual “. Eurosatory sera inauguré lundi 11 juin par le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian. Une centaine de délégations officielles étrangères, dont une russe, ont été invitées.

Les défenseurs des droits de l’homme s’émeuvent de ce ” couac ” à ce stade de la crise en Syrie, où les massacres de femmes et enfants semblent entrés dans une terrifiante routine. ” La France devrait annuler l’autorisation de participer à ce salon d’armements accordée à Rosoboronexport “, commente Lotte Leicht, la représentante à Bruxelles de Human Rights Watch, organisation qui a lancé une campagne pour que les pays de l’Union européenne mette à l’index le marchand d’armes russe.

Rosoboronexport s’abrite depuis des mois derrière un argument très rodé par les autorités russes : il n’existe aucun embargo décrété par l’ONU contre les livraisons d’armes à la Syrie. Ce n’est guère étonnant, puisque la Russie bloque depuis des mois toute résolution allant dans ce sens, au Conseil de sécurité. L’UE a bien adopté, elle, une telle mesure, mais elle ne contraint en rien la Russie, qui se considère dans son bon droit pour poursuivre des déchargements d’armes dans le port syrien de Tartous, où elle dispose d’une base militaire. Au moins quatre livraisons de ce type ont eu lieu depuis décembre 2011 – la dernière datant du lendemain du massacre de Houla, commis le 25 mai.

” C’est une question de morale plus que de droit, réagit Lotte Leicht. La question est : où la France veut-elle se situer, dans ce débat ? Les pays européens engagés dans la lutte contre la répression en Syrie devraient s’abstenir de procurer la moindre occasion à Rosoboronexport de se mettre en valeur. Cette structure poursuit ses transactions avec l’armée syrienne, dont les crimes sont assimilés par les instances de l’ONU à des crimes contre l’humanité. ”

Contacté par Le Monde, le directeur d’Eurosatory, Patrick Colas des Francs, précise qu’il n’a fait l’objet d’” aucune ” démarche de la part des autorités françaises pour annuler la présence de Rosoboronexport au salon des armements. ” Annuler Rosoboronexport, cela coûterait un paquet d’argent à la Russie “, observe-t-il, ” et cela ferait un incident diplomatique “.

Vendredi, ni le Quai d’Orsay ni le ministère de la défense n’ont souhaité faire de commentaire. La Russie a été pointée du doigt avec plus ou moins de véhémence par les Occidentaux pour son soutien à Damas. En particulier par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton qui déclarait début juin : ” L’afflux continu d’armes à la Syrie en provenance de Russie a renforcé le régime Assad, et la poursuite de ce commerce soulève de sérieuses préoccupations “. Mais la Russie a aussi réussi, par son obstruction à l’ONU, à s’imposer comme la ” clef ” d’une hypothétique solution politique en Syrie, rôle qu’elle entend monnayer dans le cadre de tractations plus larges avec les Etats-Unis.

La France apparaît en position bien inconfortable, alors qu’elle doit accueillir le 6 juillet le Groupe des amis du peuple syrien, où le thème des livraisons d’armes à Damas pourrait être mis en exergue. Paris jongle avec des priorités contradictoires : comment poursuivre une coopération militaro-industrielle avec la Russie sans piétiner les grands principes que l’on défend au plan international ? Peut-on accueillir Rosoboronexport en fermant les yeux sur ses activités au coeur d’une zone où se perpétuent les pires atrocités ? D’autant que la France défend, à l’ONU, un projet de traité international sur le commerce des armes, dont la négociation doit s’intensifier cet été et qui vise à empêcher les fournitures aux Etats répressifs.

Rosoboronexport était frappé jusqu’en 2010 de sanctions américaines en raison de ses livraisons à l’Iran, mais le Pentagone a récemment décidé d’acheter une vingtaine d’hélicoptères à cette structure russe pour équiper l’armée afghane. Des élus du Congrès ont protesté contre ce choix, en invoquant le drame de la Syrie. En 2011, à deux reprises, l’UE a adopté des sanctions contre des entités iraniennes (les pasdarans) accusées d’apporter un soutien ” technique et en matériel à la répression ” en Syrie. Vladimir Poutine se sent manifestement à l’abri de pareilles mesures, lui qui assurait, lors d’une récente tournée en Europe, qu’aucun armement russe fourni à Damas, n’était utilisé dans ” la guerre civile “. Mais qui, parmi ses interlocuteurs, lui a demandé d’en fournir la preuve ?

Sur son site internet, Rosoboronexport annonce que ses ” plus performantes ” productions seront présentées à Eurosatory, dont des systèmes de véhicules blindés BMPT ” méritant bien le surnom de “Terminator” “. Moscou a livré ces dernières années des avions de combats, des missiles, des tanks et des munitions à la Syrie. Rosoboronexport se félicite par ailleurs de sa ” coopération croissante avec la France “, citant en particulier les sociétés Thalès, Safran et Sagem. Une coopération qui ” n’entre pas dans la catégorie vendeur-acheteur “, mais devrait inclure un volet ” plus large ” pouvant bénéficier à des ” pays tiers “. Des pays tiers ? On ose espérer que la Syrie n’en fait pas partie.

Natalie Nougayrède

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