Mahmoud al-Sarsak a fait plier ses tortionnaires ! Il sera libre le 10 juillet prochain !


mardi 19 juin 2012 –

Ma’an News


Mahmoud al-Sarsak, en grève de la faim dans une prison israélienne depuis 92 jours, a accepté de recommencer à manger, suite à un accord qui verra sa libération le 10 juillet, a déclaré lundi son avocat.

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Mahmoud al-Sarsak a réussi à faire plier ses geôliers sionistes. Les dirigeants du football palestiniens ont exhorté l’UEFA à éliminer Israël en tant que pays hôte de la coupe de l’UEFA en 2013, pour cause d’emprisonnement sans procès ni accusation de joueurs de l’équipe nationale palestinienne.

Mohammad Jaberein, a annoncé que al-Sarsak a signé un accord lors de sa visite au prisonnier ce lundi. Les autorités carcérales israéliennes ont demandé à al-Sarsak de manger quelque chose en leur présence pour ratifier l’accord, après quoi Mahmoud a pris un morceau de chocolat donné par son avocat, a encore dit Jaberein.

Une porte-parole israélien de l’administration pénitentiaire n’a pas pu être joint pour un commentaire.

Selon l’accord, Al-Sarsak se rendra dans un hôpital civil pour y être soigné ce mardi, mais le même jour, il retournera à la clinique de la prison de Ramle pour y rester jusqu’à sa libération qui interviendra le 10 Juillet, toujours selon l’avocat.

L’organisation Physicians for Human Rights – Israel estime cependant que la clinique n’est pas équipée pour traiter les grévistes de la faim à long terme ou pour gérer les risques pour la santé quand ils se remettent à manger, et elle a demandé le transfert des grévistes de la faim vers des installations civiles.

Le joueur de football, âgé de 25 ans et originaire de la bande de Gaza, est emprisonné par Israël sans inculpation ni jugement depuis juillet 2009.

Selon l’organisation de défense des prisonniers Addameer, al-Sarsak s’était d’abord vu proposer une libération au 22 août. Une offre faite plus tôt pour le libérer le 1° juillet en échange de la fin de sa grève de la faim a été retirée quand il a exigé que la transaction se fasse par écrit, a indiqué l’organisation.

Mahmoud al-Sarsak est la seule personne emprisonnée en vertu d’une « loi » israélienne sur les combattants illégaux, qui fait que les Palestiniens de Gaza peuvent être kidnappés et détenus pour une durée illimitée, sans inculpation ni jugement.

Al-Sarsak avait rejoint l’équipe de football locale dans son camp de réfugiés de Rafah au sud de Gaza à 14 ans, devenant à ce moment-là le plus jeune footballeur à jouer dans la Ligue A de la Palestine. Le milieu de terrain a attiré l’attention d’un entraîneur allemand alors qu’il jouait pour l’équipe nationale de Palestine en Norvège.

La première étape dans la progression de sa carrière était de jouer pour une équipe en Cisjordanie. Mais les forces israéliennes d’occupation l’ont kidnappé le 22 juillet 2009 au passage d’Erez à la frontière de la bande de Gaza assiégée, seule voie vers la Cisjordanie sous occupation.

Lire également :

-  Pas de coupe de l’UEFA au pays de l’Apartheid ! – 14 juillet 2012
-  La FIFA intervient en faveur de Mahmoud al-Sarsak – 13 juin 2012
-  Mahmoud al-Sarsak entre la vie et la mort – 13 juin 2012
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-  Israël interdit à des médecins indépendants de visiter les grévistes de la faim – 1e juin 2012
-  Il faut sauver la vie de Mahmoud al-Sarsak, en grève de la faim depuis 73 jours – 31 mai 2012
-  Appel du père et des frères de Mahmoud Sarsak pour sauver sa vie ! – 29 mai 2012

18 juin 2012 – Ma’an News – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.maannews.net/eng/ViewDet…
Traduction : Info-Palestine.net

Piccinin: l’histoire d’une conversion


LE SOIR du 19 juin 2012

Pierre Piccinin est fâché. Contre le journal Le Monde, rien moins. Dame! ce quotidien français lui a fait le déshonneur d’un portrait assassin en page 2 le 6 juin. Le titre: « Les mésaventures de  »Tintin » au pays de Bachar ». Avec un sommaire en une plus explicite encore: « Pierre Piccinin, enseignant belge de 39 ans, a été l’idiot utile du régime de Bachar el-Assad. Il vient de se réveiller ». L’idiot utile! C’est décidé et déjà envoyé: le plus prestigieux journal français devra publier un droit de réponse.
Mais que s’est-il passé au juste? Reprenons.

C’est l’histoire d’un homme plein de bonnes intentions, plein d’enthousiasme. Plein de candeur aussi, sans doute. Mais pas « le chercheur sans qualification » dénoncé par notre collègue parisien, clame-t-il. « Cela fait une dizaine d’années que je m’intéresse au monde arabe, nous raconte-t-il, avant, j’avais accumulé une licence d’histoire à l’ULB, un troisième cycle à la Sorbonne, et enfin un master à l’ULB en sciences politiques avec un mémoire sur l’Iran, ce n’est tout de même pas le concessionnaire de voitures à la retraite qui se lance sur des sujets dont il ignore tout! ».

Mais alors, qu’est-ce qui a donc bien pu susciter l’acrimonie du Monde à l’égard de Pierre Piccinin? La même chose, en fait, que ce qui a pu agacer tant d’autres journalistes ou chercheurs, à Bruxelles ou ailleurs depuis plus d’un an! A savoir, la propension du jeune professeur d’histoire à distribuer les bons et surtout les mauvais points à la presse occidentale dans le dossier syrien, presse coupable, selon lui, de ne pas disposer des sources nécessaires, de le savoir et de s’en satisfaire.

Car Pierre Piccinin, lui, il va sur le terrain. Puisqu’il reçoit les visas syriens nécessaires, contrairement à d’autres. Notre Belge s’est donc rendu trois fois en Syrie depuis le début de la révolte, en mars 2011. Ses articles, il faut le dire, plaisaient au régime, qui en a traduit certains pour sa « presse ». L’un ou l’autre site français pro-Bachar a fait de même. « Embêtant, dit Piccinin, car cela me donne l’image fausse d’un soutien du régime. »

Mais la dernière fois, les choses ont très mal tourné. C’était à la mi-mai. Pris pour un espion français, il a été arrêté par les services syriens de sécurité à l’orée d’une petite ville, puis interrogé et torturé. Il a aussi vu de près les sévices infligés aux suspects . En prison, il a noué des liens de solidarité avec les prisonniers du camp anti-régime. Il a réussi à contacter les Affaires étrangères belges et il a finalement été libéré… (Son récit hallucinant dans les geôles syriennes a été publié le 11 juin dernier sur lesoir.be.)

Après ce dernier voyage, Pierre Piccinin a changé d’avis. Quitte à créer un froid avec ses amis du camp « anti-impérialiste ». Comment, en effet, pourraient-ils supporter de l’entendre désormais réclamer un soutien militaire de l’Occident pour les rebelles syriens? « Ce sont des gens honnêtes, dit-il d’eux, mais ils sont coincés par leurs postulats (consistant notamment à voir la main maléfique des Etats-Unis d’Amérique partout, NDLR). En tout cas, je ne suis pas complotiste, une dérive à ne pas confondre avec l’utile travail de ceux qui tentent de mettre au jour les manoeuvres dont l’Histoire est jonchée. »

Pierre Piccinin a été fâché contre Le Soir. Pour un article au moment de sa libération, qui citait… Jonathan Littell, qui vient de publier un livre sur son séjour en janvier dans Homs sous les bombes. L’auteur y avait entendu parler du passage de Piccinin dans la ville et d’une allégation de ce dernier qui n’avait « pas vu de bombardements »; le prix Goncourt 2006 concluait: « En vérité, il y a un dieu pour les crétins de Gembloux » (allusion à la ville d’où notre professeur est originaire).

Après avoir mis le talent littéraire de Littell en cause sur son blog, Pierre Piccinin balaie l’affaire d’un revers de la main devant nous: « Moi je ne me contente pas des frissons à bon marché, Littell est allé à Homs une seule fois et dans un seul camp, moi j’y suis allé trois fois! »

Mais foin de ces détails. Notre professeur d’histoire veut donner sa version de sa conversion. « Qu’on arrête de me bassiner avec la torture que j’ai subie. Si mon analyse a changé c’est que les choses ont évolué en Syrie. Les gens ont compris que le régime ne se réformera pas. Le tournant a eu lieu le 7 mai, lors des élections.

Jusque-là, ils espéraient que les choses s’assoupliraient; là le désenchantement a été global, massif. Le vent tourne. Les désertions augmentent. On voit des portrait de Bachar déchirés, la police est de plus en plus présente à Damas, où j’ai entendu des officiers de l’armée libre me dire qu’ils étaient prêts pour le soulèvement de la capitale. Mais ils ont besoin d’aide. »

Au rappel d’une interview à une télévision russe, peu avant son dernier et funeste voyage en Syrie, quand il avait déclaré que le régime ne faisait que se défendre contre une agression extérieure, Pierre Piccinin avance d’abord que la traduction manquait de nuance. Puis, il se ravise et sourit: « OK, j’ai eu quelques outrances. Une vision trop carrée ».

BAUDOUIN LOOS

Pierre Piccinin, 39 ans, célibataire, est professeur à l’Ecole européenne. Passionné par le monde arabe, il a parcouru la Tunisie, la Libye, l’Egypte, le Yémen et la Syrie l’an dernier à la faveur de ce qu’on a appelé « le printemps arabe ». Il prépare plusieurs livres sur ces sujets. Il tient un blog: www.pierrepiccinin.eu.

source

« Ma seule arme c’est la parole »


LOOS,BAUDOUIN; AFP

Syrie Yahia Hakoum, un étudiant réfugié en Belgique, veut témoigner

RENCONTRE

Il s’appelle Yahia Hakoum. Il a 26 ans. Il vient d’une petite ville de 70.000 habitants appelée Ennabek, entre Damas et Homs. Après bien des péripéties, il a pu gagner la Belgique en février ; il avait quitté son pays le 1er novembre pour le Liban puis l’Egypte. Ici, l’UCL lui a offert le minerval.

« A Ennabek, cela a commencé en juin 2011, explique-t-il. Des manifestations tout de suite durement réprimées. Dès mars, moi j’avais été arrêté et détenu pendant 27 jours et torturé par tous les moyens imaginables. C’était l’enfer. Pendu par les pieds, torturé à l’électricité. J’ai perdu 30 kilos. Des enfants étaient torturés. Des femmes aussi. Des vieux. Il y avait ce gamin dont le dos était cassé, il était sur une civière dans le couloir de la prison. Il faisait ses besoins sur lui ; chaque fois qu’un bourreau passait près de lui il lui assenait un coup. »

Jusqu’à ce que l’exil apparaisse comme la seule solution. « J’ai refusé de travailler pour les services secrets. J’ai été relâché mais réarrêté pour un jour et à nouveau torturé. Un avocat ami a disparu, on ne l’a jamais revu. Deux de mes amis ont été abattus chez eux, balles dans la tête. J’ai compris que je devais partir. »

« Une balle dans la tête »

Yahia Hakoum sait pourquoi les premiers soldats ont déserté. « Je suis d’un village à l’entrée d’Ennabek d’où le premier soldat tué était originaire. Quand le corps d’un second soldat mort est arrivé au village, on a exigé d’ouvrir le cercueil. Il avait une balle dans la tête. On est alors allé ouvrir le cercueil du premier soldat : il avait subi le même sort. C’était clair : ils avaient refusé d’obéir aux ordres de tirer dans la foule, et on les avait froidement abattus. La grande majorité des soldats proviennent de villes et village sunnites. Ennabek est sunnite à 99 %. »

L’avenir ? Une guerre civile ? « Le régime fait ce qu’il peut pour confessionnaliser le conflit. Il croit qu’il pourra régler la révolte par la violence. Il tuerait un million de personnes s’il le faut. Mais il n’y aura plus de retour en arrière après ces 15.000 morts, après ces massacres. Les gens veulent continuer jusqu’au bout, jusqu’à la chute du régime. »

Malgré tout, Yahia Hakoum croit encore à une issue non violente. « Moi je crois qu’un succès reste possible par des moyens pacifiques : la semaine dernière, 937 manifestations ont été organisées à travers le pays. La majorité des citoyens n’a pas pris les armes. Un départ de Bachar est possible si la communauté internationale met une pression suffisante sur lui, qu’on lui coupe l’approvisionnement en armes. Si on impose des zones protégées, 15 millions de Syriens descendront dans la rue ! La grève générale pendant six jours des commerces du centre de Damas après le massacre de Houla est très importante, elle montre que la classe bourgeoise ne soutient plus les crimes du régime et va se tourner vers la révolution. Damas a basculé ! »

Yahia Hakoum n’a plus peur de dire son nom. Même si sa famille, dont ses dix frères et sœurs, est restée au pays. « Ma seule arme c’est la parole. Je dois parler. Mes amis en Syrie me disent de témoigner. Tous les Syriens sont de toute façon en danger de mort… »