Moubarak condamné, mais pas son régime


lundi 04 juin 2012

Une « farce », une « escroquerie »… Beaucoup d’Egyptiens ont laissé éclater leur colère samedi après que le verdict du procès de leur ancien dictateur, Hosni Moubarak, a été rendu. La peine de prison à vie infligée au vieil homme (84 ans) n’a en effet semblé satisfaisante que quelques instants, le temps de comprendre que l’ex-« raïs » et son ministre de l’Intérieur de l’époque, n’étaient condamnés que pour « complicité » dans la répression qui a fait plus de huit cents morts – on dit « martyrs » en Egypte – car les juges se sont dits incapables de désigner les commanditaires du bain de sang.

Certes, il convient de saluer une grande première dans le monde arabe : jamais un despote n’a été traîné devant la justice de son pays, si l’on excepte la scandaleuse parodie de procès subie par Saddam Hussein en 2006 à Bagdad.

Mais, si on se gardera bien d’appeler à la condamnation à mort de Hosni Moubarak comme le firent des foules frustrées en Egypte ce week-end, il reste que le premier procès de l’ex-chef d’Etat inspire un vrai malaise.

Pourquoi Hosni Moubarak n’a-t-il dû répondre des actes de la répression qui concernaient seulement trois jours de contestation et de manifestations en janvier 2011 alors que durant les presque trente ans de son règne la torture – parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive – était devenue la marque du régime avec aussi la corruption ?

Qui a décidé de ne pas juger un « système », un régime, en même temps que son chef ? Ne serait-ce pas l’armée, vraie source du pouvoir en Egypte ? D’innombrables Egyptiens soupçonnent leur armée, malgré ses promesses répétées, de ne pas avoir l’intention d’abandonner ses vastes prérogatives et ses immenses privilèges.

Ils en sauront bientôt plus : le second tour de l’élection présidentielle mettra aux prises les 16 et 17 juin le frère musulman Mohamed Morsi et l’ex-général et ex-ministre de Moubarak Ahmad Chafiq. Comme le déclarait le 29 mai au Courrier international le célèbre écrivain cairote Alaa Al-Aswany, qui n’a rien d’un intégriste, « si Chafiq est élu, la révolution est morte ».

Ce n’est sûrement pas par hasard que les mots « impunité » et « révolution » ne riment pas du tout…
BAUDOUIN LOOS

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Bachar al Assad condamne la tuerie de Houla


dimanche 3 juin 2012, par La Rédaction

Le président syrien Bachar al Assad a énergiquement condamné dimanche le massacre de Houla qui a fait plus de 100 morts il y a dix jours et a appelé les Syriens à s’unir pour mettre fin à la crise qui secoue le pays depuis 15 mois.

Le chef d’Etat syrien, qui s’est rarement montré ou exprimé en public depuis le début de l’insurrection dans son pays, à la mi-mars 2011, a prononcé un discours d’une heure devant le Parlement, dans lequel il a redit qu’il continuerait à réprimer ses opposants décrits comme des terroristes chargés de mettre en oeuvre un complot étranger.

Il a parallèlement offert le dialogue aux opposants n’ayant pas pris les armes ou qui ne sont pas appuyés par l’étranger.

La veille, l’émissaire de la communauté internationale Kofi Annan avait estimé que la Syrie, en proie à une escalade de la violence qui menace de déstabiliser son voisin libanais, était en train de basculer dans un « conflit généralisé avec une dimension confessionnelle alarmante ». Le monde doit agir et ne pas se contenter de mots, a dit Kofi Annan.

« Cette crise n’est pas une crise interne. C’est une guerre extérieure menée par des éléments internes », a déclaré le président syrien, qui semblait détendu. « Si nous travaillons ensemble, je confirme que la fin de cette situation est proche. »

Le 25 mai, le massacre de 108 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, dans la bourgade de Houla, dans le centre du pays, a suscité un tollé international et fait craindre un embrasement de la région.

« Ce qui s’est passé à Houla (…) et ce que nous décrivons comme des massacres horribles et abominables, ou de véritables monstruosités, même des monstres ne commettent pas ce que nous avons vu », a déclaré Bachar al Assad.

Les puissances occidentales estiment que les forces armées syriennes et les milices pro-Assad sont responsables de la tuerie.

Pour Bachar al Assad, la Syrie subit une escalade du terrorisme en dépit des réformes politiques, comme la tenue d’élections législatives le mois dernier, et affronte une guerre venue de l’étranger.

« Nous n’affrontons pas un problème politique parce que, si c’était le cas, ce parti proposerait un programme politique. Ce que nous affrontons est une (tentative de) semer le conflit intercommunautaire et l’instrument en est le terrorisme », a dit Assad.

« Le problème auquel nous faisons face est le terrorisme. Nous avons devant nous une vraie guerre venue de l’étranger ».

Les pays musulmans sunnites, notamment les monarchies du Golfe, soutiennent le soulèvement contre Bachar al Assad, un alaouite proche de l’Iran chiite et du Hezbollah.

Le chef de l’Etat syrien s’est dit prêt à renouer le dialogue avec les opposants, « s’ils ne se sont pas livrés à des actes de terrorisme » et s’ils ne sont pas soutenus par des puissances étrangères, a-t-il précisé.

« Nous allons continuer avec fermeté à faire face au terrorisme, laissant la porte ouverte pour tous ceux qui veulent y renoncer », a-t-il ajouté. « J’exhorte tous ceux qui hésitent toujours à y renoncer, à prendre cette décision. L’Etat ne se vengera pas ».

Dans l’opposition, Abdelbaset Sida du Conseil national syrien, a estimé que le discours du président n’était que des paroles en l’air.

« Assad veut rester à tout prix le chef d’un système répressif. Il ne veut pas reconnaître qu’il a fait son temps et que le peuple syrien ne le veut pas », a-t-il déclaré.

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Bachar al-Assad dénonce une « guerre menée de l’étranger »

Le président syrien Bachar al-Assad, confronté à une insurrection populaire depuis plus de 15 mois, a affirmé dimanche sa détermination à en finir avec la révolte, en affirmant que son pays faisait face à un « plan de destruction » et à une « guerre menée de l’étranger ».

M. Assad a aussi écarté tout dialogue avec les opposants liés à l’étranger, en allusion notamment au Conseil national syrien basé à l’étranger.

La Syrie fait face à un « plan de destruction », a-t-il martelé, dans un discours devant le nouveau Parlement retransmis par la télévision, dans lequel il s’est posé en rempart contre le « terrorisme qui augmente ».

Il a dit que son régime avait « essayé tous les moyens politiques » mais ajouté que ces efforts étaient vains « car nous faisons face à une véritable guerre menée de l’étranger et les moyens de l’affronter sont différents ».

M. Assad a souligné que les responsables selon lui du « terrorisme ne sont pas intéressés par le dialogue ou les réformes. Ils sont chargés d’une mission et ne s’arrêteront que s’ils accomplissent cette mission ou si nous arrivons à les arrêter ».

« La Syrie est ouverte à tous les Syriens quelles que soient leurs opinions mais le terrorisme ne peut faire partie du processus politique et nous devons lutter contre le terrorisme pour guérir la nation. Nous allons continuer à faire face avec vigueur au terrorisme », a-t-il ajouté.

« Il n’y aura pas de compromis dans la lutte contre le terrorisme et ceux qui le soutiennent », a dit le président syrien, qui ne reconnaît pas le mouvement de contestation, assimilé au « terrorisme ». « La sécurité de la nation est une une ligne rouge », a-t-il poursuivi.

« Nous allons continuer à faire front au terrorisme tout en ouvrant la porte à ceux qui n’ont pas porté les armes », a poursuivi le président syrien.

M. Assad a au début de son discours rendu hommage à « tous les martyrs, civils ou militaires », en soulignant que leur « sang n’aura pas coulé en vain ».

Le président syrien a toujours accusé l’étranger, notamment les Occidentaux, de fomenter un complot contre son pays.

Ce discours, le premier de M. Assad depuis janvier, intervient alors que le plan de sortie de crise du médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan est resté lettre morte et que le pays est désormais au bord de la guerre civile, selon de nombreux dirigeants internationaux.

A son arrivée dans le Parlement, M. Assad a été applaudi par les députés réunis en première session depuis les élections du 7 mai. Une minute de silence a été observée à la mémoire des « martyrs ».

Plus de 13.400 personnes, en majorité des civils, ont été tuées depuis le début, en mars 2011, de la révolte populaire, qui s’est militarisée au fil des mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

(03 juin 2012 – Avec les agences de presse)

Ilan Pappe : le boycott d’Israël est la bonne méthode


J’ai été militant politique pendant presque toute ma vie d’adulte. Durant toutes ces années, j’ai cru profondément que la réalité insupportable et inacceptable d’Israël et de la Palestine ne pourrait être changée que de l’intérieur. C’est pourquoi je me suis sans cesse consacré à persuader la société juive – à laquelle j’appartiens et dans laquelle je suis né – que sa politique fondamentale était erronée et désastreuse.

Comme pour tant d’autres, les options pour moi étaient claires : Je pouvais m’engager dans la politique par le haut ou m’y opposer par le bas. J’ai d’abord adhéré au parti travailliste dans les années 80, puis au Front démocratique pour la Paix et l’Égalité (Hadash). Ce fut le moment où j’ai refusé de devenir membre de la Knesset.

En même temps, je me suis concentré sur la collaboration avec d’autres au sein des ONG d’éducation et de paix, et même sur la présidence de deux de ces institutions : l’Institut sioniste de gauche des études de la paix à Givat Haviva et l’Institut non-sioniste Emil Touma d’Études Palestiniennes. Dans ces deux groupes, les collègues âgés comme les plus jeunes ont cherché à ouvrir un dialogue constructif avec nos compatriotes, dans l’espoir d’influencer la politique du moment en vue d’une réconciliation à venir. C’était principalement une campagne d’information sur les crimes et les atrocités commis par Israël depuis 1948 et un appel à un avenir qui reposerait sur les droits humains et civiques.

Pour un militant, se rendre compte que le changement de l’intérieur est inaccessible, non seulement résulte d’un processus intellectuel ou politique, mais surtout c’est admettre la défaite. C’était précisément cette peur de la défaite qui m’a très longtemps empêché d’adopter une position plus résolue.

Après presque trente ans de militantisme et de recherche historique, je me suis convaincu que l’équilibre des forces en Palestine et en Israël, faisait obstacle à toute possibilité de transformation au sein de la société israélienne juive dans un avenir prévisible. Bien que plutôt sur le tard, j’en suis venu à me rendre compte que le problème n’était ni une politique particulière ni un gouvernement particulier, mais un enracinement très profond dans l’infrastructure idéologique qui influence les décisions israéliennes sur la Palestine et les Palestiniens depuis 1948. J’ai déjà décrit cette idéologie comme un hybride entre le colonialisme et le romantisme romantique. [1]

Aujourd’hui, Israël est un redoutable état colon-colonialiste qui refuse de changer et de compromettre et qui ne demande qu’à écraser par tous les moyens nécessaires, la résistance – quelle qu’elle soit – à son contrôle et à son autorité en Palestine historique. À commencer par le nettoyage ethnique de 80 pour cent de la Palestine en 1948, et l’occupation par Israël des derniers 20 pour cent du pays en 1967, les Palestiniens d’Israël sont enfermés dans des méga-prisons, des bantoustans et des cantons assiégés, et mis à part au moyen de politiques discriminatoires.

Pendant ce temps, des millions de réfugiés palestiniens partout dans le monde n’ont aucune possibilité de retourner chez eux, et les années n’ont fait qu’affaiblir, si ce n’est annihiler, toute contestation contre cette infrastructure idéologique. À ce moment précis où j‘écris ces lignes, l’état-colon israélien continue sans cesse sa colonisation et le déracinement de la population autochtone de la Palestine.

L’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, l’oppression des Palestiniens à l’intérieur d’Israël, et la négation du droit au retour des réfugiés continueront tant que ces politiques (occupation, oppression et déni) seront présentées comme un accord de paix global destiné à être approuvé par des interlocuteurs palestiniens et arabes obéissants.

Message que les pays étrangers envoient à Israël : la paix n’exige pas une transformation issue de l’intérieur. En conséquence, on peut conclure sans risque de se tromper que le processus de paix a dissuadé le colonisateur et l’occupant de transformer sa mentalité et son idéologie. Tant que la communauté internationale attendra que les opprimés transforment leurs positions, alors qu’elle approuve celles tenus par l’oppresseur depuis 1967, cette occupation restera la plus brutale que le monde ait jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les annales du colonialisme et de la décolonisation nous apprennent que la fin de la présence et de l’occupation militaires était une condition sine qua non pour qu’au moins commencent les sérieuses négociations entre colonisateurs et colonisés.

La fin inconditionnelle de la présence militaire dans la vie de plus de trois millions de Palestiniens devrait être la condition préalable pour n’importe quelle sorte de négociation, ce qui ne peut se développer qu’à partir du moment où les relations entre les deux partis ne sont pas oppressives, mais au contraire, sur pied d’égalité.

Dans la plupart des cas, l’occupant ne s’est pas décidé à partir. On l’a forcé à s’en aller, généralement à la suite d’un long combat sanglant. On a tenté cela sans grand succès dans le conflit israélo-palestinien. Dans quelques cas, le succès s’est réalisé au moyen d’une pression extérieure sur la puissance ou l’état hors-la-loi à l’ultime stade de décolonisation. Cette dernière stratégie est plus séduisante. En tout cas, le paradigme israélien de « paix » ne changera pas, à moins qu’une pression s’exerce de l’extérieur ou qu’il y ait une contrainte sur le terrain.

Avant même de commencer à définir plus précisément ce que suppose la pression extérieure, il ne faut pas confondre les moyens (la pression) avec le but (trouver une formule pour vivre ensemble). En d’autres termes, il est important de souligner que la pression a pour objectif de déclencher de sérieuses négociations, de ne pas prendre leur place. Par conséquent, tandis que je pense toujours que le changement de l’intérieur est essentiel pour une solution durable au problème des réfugiés, à la situation difficile de la minorité palestinienne en Israël et à l’avenir de Jérusalem-Est, on doit prendre d’abord d’autres mesures pour y arriver.

Quelle sorte de pression est-il nécessaire d’exercer ? L’Afrique du Sud a fourni l’exemple historique le plus éclairant et édifiant à ceux qui dirigent ce débat, tandis que, sur le terrain, les militants et les ONG sous occupation ont cherché des moyens non-violents pour à la fois résister à l’occupation et développer les formes de résistance qui se distancient des attentats suicides et de la kyrielle de roquettes Qassam tirées depuis Gaza. Ces deux impulsions ont provoqué la campagne BDS contre Israël. Ce n’est pas une campagne coordonnée menée par quelque cabale secrète. Elle a commencé sous la forme d’un appel venu de la société civile sous occupation, sanctionné par d’autres groupes palestiniens et transformé en actions individuelles et collectives partout dans le monde.

Les formes et les objectifs de ces actions varient, du boycott des produits israéliens à la rupture des liens avec les institutions académiques d’Israël.

Certaines sont des manifestations individuelles de protestation ; d’autres sont des campagnes organisées. Ce qu’elles ont en commun, c’est leur message d’indignation devant les atrocités sur le terrain en Palestine – mais l’élasticité de la campagne l’a transformée en un vaste processus capable de produire un état d’esprit et un climat nouveaux parmi le public, sans point central clairement déterminé.

Pour les quelques Israéliens qui ont soutenu la campagne dès le début, ça a été un moment définitif qui exposait nos positions sur les origines, la nature et la politique de notre état. Mais avec du recul, cela semble avoir apporté un soutien moral qui a contribué au succès de la campagne.

Soutenir le mouvement BDS reste un acte radical pour un militant de la paix israélien. Celui-ci s’exclut immédiatement du consensus et des idées répandues en Israël. Les Palestiniens paient plus chèrement leur combat, et ceux parmi nous qui choisissent ce chemin ne doivent s’attendre ni à une récompense ni même à des éloges.

Au contraire, cette action exige qu’on se confronte directement avec l’état, sa propre société et très souvent les amis et la famille. En réalité, c’est franchir la dernière ligne rouge – dire adieu à la tribu. Mais il n’y a vraiment aucune autre alternative. Toute autre option – de l’indifférence, à travers la critique modérée et jusqu’à l’adhésion totale à la politique israélienne – est une décision volontaire d’être le complice des crimes contre l’humanité. L’esprit fermé du public en Israël, l’emprise continuelle des colons sur la société israélienne, le racisme inné dans la population juive, la déshumanisation des Palestiniens, l’armée et l’industrie directement intéressées au maintien des territoires occupés – tout ceci veut dire qu’on doit s’attendre à une très longue période d’occupation brutale et oppressive. Ainsi, la responsabilité des Juifs israéliens est bien plus grande que celle de quelqu’un d’autre qui participe à la promotion de la paix en Israël et en Palestine. Les Juifs israéliens en viennent à se rendre compte de ce fait, et c’est pourquoi le nombre de ceux qui sont d’accord pour faire pression sur Israël de l’extérieur, grandit de jour en jour. C’est encore un très petit groupe, mais il forme vraiment la base du futur camp de la paix israélien.

On peut tirer beaucoup de leçons du processus d’Oslo. Là-bas, les Israéliens ont utilisé le langage de la paix comme moyen de maintenir l’occupation (avec l’aide des dirigeants palestiniens qui sont devenus la proie des tactiques de déception israéliennes), ce qui veut dire que les « colombes » aussi bien que les « faucons » ont mis leur veto à la fin de l’occupation, lesquels n’avaient aucun intérêt à y mettre fin. C’est pourquoi le monde dans son ensemble doit exercer une pression concentrée et efficace sur Israël. Une telle pression s’est montrée fructueuse dans le passé, particulièrement dans le cas de l’Afrique du Sud ; et la pression est également nécessaire pour empêcher les pires hypothèses de devenir des réalités.

Après le massacre de Gaza en janvier 2009, il était difficile de voir comment les choses pouvaient empirer, pourtant elles le peuvent : sans aucune fin à l’expansion des colonies, avec les assauts ininterrompus contre Gaza, le répertoire israélien du mal n’est pas encore épuisé. Le problème est que les gouvernements européens, et les États-Unis en particulier, ne sont pas près de sanctionner la campagne BDS. Mais on se souvient des tribulations de la campagne de boycott contre l’Afrique du Sud, qui avait son origine dans les sociétés civiles, non dans les allées du pouvoir.

À bien des égards, la nouvelle la plus encourageante arrive d’un endroit plutôt inattendu : les campus des États-Unis. L’enthousiasme et l’engagement de centaines d’étudiants de ce pays ont aidé, dans les dix dernières années, à introduire l’idée de désinvestissement dans la société américaine – société que les militants de la campagne internationale pour la Palestine considéraient comme une cause perdue. Ils font face à des ennemis redoutables : l’ « AIPAC » cynique et efficace et aussi les fanatiques chrétiens sionistes. Mais ils offrent une nouvelle façon de s’engager auprès d’Israël, non seulement pour les Palestiniens, mais aussi pour les Juifs partout dans le monde.

En Europe, une admirable coalition de Musulmans, de Juifs et de Chrétiens fait avancer ce programme, face aux accusations d’antisémitisme. La présence de quelques Israéliens parmi eux aide à repousser ces allégations méchantes et totalement fausses. Je ne considère pas le soutien moral et actif d’Israéliens comme moi, comme l’élément le plus important de cette campagne. Mais les relations avec les dissidents progressistes et radicaux israéliens sont essentielles pour la campagne. Ils constituent en Israël un pont avec un public plus large qui devra, en fin de compte, être incorporé. Traité en paria, Israël abandonnera, avec un peu de chance, sa politique de crimes de guerre et d’abus des droits de l’homme. Nous espérons donner les pleins pouvoirs à ceux qui se trouvent à l’extérieur, engagés dans la campagne, et nous avons nous-mêmes les pleins pouvoirs de par leurs actions.

Il semble que nous devons tous avoir des objectifs clairs et rester vigilants contre les généralisations simplistes sur le boycott qui est « contre Israël du fait que celui-ci est juif, ou contre les Juifs du fait qu’ils sont en Israël ». C’est tout simplement faux. Il faut compter avec les millions de Juifs d’Israël. C’est un organisme vivant qui fera toujours partie d’une future solution. Cependant, notre devoir sacré est en premier de mettre fin à l’occupation oppressive et d’empêcher une autre Nakba ; et le meilleur moyen d’y arriver est une campagne soutenue de boycott et un désinvestissement. »

Ilan Pappé : the boycott will work, an Israeli perspective

http://www.odsg.org/co/index.php?op…

(Traduit par Chantal C. pour CAPJPO-EuroPalestine)

CAPJPO-EuroPalestine

Il est absurde de dire que le régime d’Assad ne peut pas avoir commis le massacre de Houla


Quand les nouvelles du massacre de Houla sont arrivées, elles ont été accueillies avec le scepticisme réservé uniquement à la révolution syrienne. Beaucoup ont affirmé qu’ils voulaient attendre,  « attendre que les faits soient avérés », parce que, comme vous le savez, l’opposition syrienne est souvent accusée de «truquer» les massacres afin de recueillir la sympathie du public.

Alors que les nouvelles continuaient à déferler, nous avons finalement appris que les observateurs de l’ONU étaient arrivés sur place à Houla, et qu’ils avaient confirmé qu’un massacre avait bien eu lieu. Les nouvelles ont été confirmées par des militants sur le terrain, des médias étrangers, et les observateurs de l’ONU, et nous attendions tous les communiqués du régime pour voir ce qu’ils allaient dire sur la question.

Lorsque les organes de presse du régime ont finalement mentionné le massacre, ils ont repris  ce qu’ils avaient dit au sujet d’un autre massacre, celui d’al-Shumariyeh, que de nombreux partisans du régime avaient qualifié de «contre-massacre».

Pourtant, lorsque toutes les parties ont finalement confirmé le massacre de Houla, nous sommes passés à  la deuxième étape du scepticisme radical: qui  avait fait ça ? Le régime a parlé de «bandes armées terroristes», et l’opposition a accusé des agents du régime.

Depuis lors, pour tenter d’innocenter le régime, on utilise de plus en plus l’ argument de l’intérêt. Selon cet argument « fonctionnaliste », illustré par cet article, le régime ne pouvait pas avoir commis le massacre de Houla parce que les États fonctionnent généralement en fonction de leurs intérêts, et le régime d’Assad ne profitant pas du tout du massacre de Houla, il ne pouvait pas l’avoir perpétré .

Tout d’abord, avancer un tel argument signifie que l’on ferme complètement les yeux sur les milliers de Syriens déjà tués par le régime. Le régime avait-il intérêt à ouvrir le feu contre les manifestants; à emprisonner des milliers de personnes? Était-ce dans l’intérêt du régime d’arrêter et de déporter Salameh Kaileh (ce que beaucoup de gens, même ceux qui défendent normalement le régime syrien, ont critiqué)? Était-ce dans l’intérêt du régime de détruire Baba Amr?

Pour avancer l’argument fonctionnaliste en ce qui concerne Houla,  il faut procéder comme si le régime syrien avait été innocent jusqu’ici. Après tout, pour poser la question: «Pourquoi le régime d’ Assad commettrait-il des massacres? », il faut avoir fermé les yeux pendant plus d’un an. Il faut aussi ignorer le massacre de Hama en 1982. Comment le régime a-t-il bénéficié de ce massacre? Eh bien, il a écrasé un soulèvement. Cette fois-ci, il a essayé de faire la même chose, sauf qu’il a foiré parce que les gens ont su.

Deuxièmement, l’argument fonctionnaliste affirme à juste titre que les Etats opèrent généralement en fonction de leurs propres intérêts. Cependant, avancer cet argument en ce qui concerne l’Etat syrien prouve bien que l’on ne connaît pas la constitution de l’Etat syrien. L’Etat syrien a deux composantes: l’une est formelle, l’autre est informelle. La composante formelle est l’appareil «officiel» de l’État composé des institutions normales de l’Etat, c’es-à-dire, l’armée, la police etc. La composante informelle de l’Etat syrien est l ‘«état chabiha. » Les chabiha sont des groupes de bandits et de mercenaires qui sont loyaux au régime mais qui ne relèvent pas de l’appareil officiel de l’État.

Pourquoi il y a-t-il des chabiha en premier lieu? Parce que, contrairement à l’appareil officiel de l’Etat, qui est (au moins, en théorie) inspiré par des objectifs logiques, rationnels et définis  (par exemple, écraser le mouvement de protestation), les chabihas sont l’élément  irrationnel, brutal, vindicatif, régressif, et tribal du régime Assad. Ils ressemblent à une mafia plus qu’à un appareil de l’Etat, et ils sont donc une partie informelle de l’Etat. Le fait que les chabiha ne fonctionnent pas selon la logique de l’Etat est illustré dans cet article du dissident syrien Yassin Al Saleh Haj. Dans l’article, Saleh raconte une anecdote des années 1980 qui nous donne un aperçu de la façon dont fonctionnent les  chabihas syriens: « Quand arrivèrent les années 1980, les chabiha étaient intouchables et opéraient en toute impunité dans la ville côtière de Lattaquié. Feu l’intellectuel syrien respecté Elias Marcos, rappelait qu’il avait vu des chabiha entrer dans un café de Lattaquié et s’amuser à forcer les clients à se coucher par terre sous leurs tables. Ils ont tué un jeune homme qui se rebiffait devant leurs insultes; sous la menace, ils ont obtenu des effets et des articles à prix réduit ou gratuitement ; leurs chefs  ont violé de jolies jeunes femmes, et ils ont proposé de résoudre des différents en échange d’une commission confortable à verser par les deux parties, tranchant en faveur de celle qui avait versé la plus grosse somme ».

En quoi l’État syrien profite-t-il de telles actions de la part des chabihas ? Si on prend chaque incident isolément, il n’en tire aucun profit. En quoi forcer tous les clients d’un café à se coucher par terre profite-t-il à l’État syrien ? À court terme certainement pas. Mais avec le recul, des incidents de ce genre suscitent la peur des chabihas qui savent qu’en fin de compte l’État les soutient. L’État ne profite pas de tels incidents, mais il a intérêt à faire règner la peur des chabihas, et donc la peur de l’État.

Revenons à Houla. Les Chabiha sont des mercenaires qui ne sont pas guidés par l’habituelle logique d’un État. Leur but est de susciter la terreur sans avoir à craindre les conséquences. L’histoire est que l’armée a bombardé les quartiers résidentiels de Houla, et que les chabihas ont suivi et ont perpétré le massacre . Il se peut que le régime n’ait pas donné directement l’ordre au chabihas de massacrer les enfants de Houla. Il a peut-être donné l’ordre d’attaquer et  a envoyé ses troupes ainsi que les chabihas sans savoir exactement jusqu’où ils iraient. Mais les chabihas ne fonctionnent pas conformément à la logique de survie du régime, ils ont une logique primaire. Ils ne font pas de calculs. Leur but est de terroriser un maximum. C’est pourquoi le régime dispose des chabihas, c’est parce qu’ils terrorisent la population. Étant donné que les chabihas font un usage irrationnel de la force pour effrayer l’ennemi, ou tout ennemi de potentiel, l’argument selon lequel le régime ne pourrait pas avoir perpétré le massacre de Houla  parce qu’il n’a aucun intérêt à le faire tombe de lui-même.

Et même si le régime n’a pas ordonné directement le massacre de Houla, il porte l’entière responsabilité des actions de ses chabihas à Houla. Le régime utilise ses chabihas parce qu’il sait qu’ils peuvent être excessivement brutaux et sauvages dans leur violence. Par conséquent envoyer des chabihas dans un quartier résidentiel était une garantie de désastre même si ce n’est pas ce que le régime avait l’intention de faire. Mais que personne ne dise que le régime ne pourrait pas avoir commis le massacre parce que ce n’était pas dans son intérêt.

Un état de chabihas fonctionne avec impunité et sans crainte des conséquences. Ce n’est pas parce que cette fois-ci (pour une fois) il y a des conséquences sous forme d’indignation internationale que le régime était incapable de commettre ce forfait.

Article publié en anglais ici

Traduction : anniebannie

Syrie. Le romancier Khaled Khalifa remis en liberté… la main cassée


 

Les services syriens de sécurité ont remis en liberté, le 26 mai, l’écrivain et romancier Khaled Khalifa. Ils l’avaient arrêté la veille alors qu’il participait, en compagnie d’intellectuels et d’artistes, aux funérailles du jeune musicien Rabi’ Al Ghazi. Mais, pour conserver leur standing et ne pas décevoir ceux qui attendaient d’eux une fermeté conforme à leur réputation, ils avaient pris soin, avant de le relâcher, de lui briser la main.

Khaled Khalifa

C’est du moins ce que suggère le site All4Syria, de l’opposant Ayman Abdel-Nour. En revanche, pour le journal libanais Al Akhbar, proche de la Syrie, l’accident serait moins délibéré puisqu’il serait le simple résultat d’un coup porté par un des agents de la sécurité chargés de disperser – on aurait aimé savoir pourquoi, mais Al Akhbar ne le dit pas… – les amis du défunt. Si tout cela apparaît effectivement « normal »,puisqu’on est en Syrie, on rappellera néanmoins que Rabi’ Al Ghazi avait été tué d’une balle dans la nuque alors qu’il conduisait la voiture de sa sœur, l’activiste Rim Al Ghazi. Diplomée d’études théâtrales et cinématographiques, en partie formée en France à Avignon, elle avait été emprisonnée le 27 novembre 2011 et libérée sous caution le 8 janvier 2012, dans l’attente de répondre devant la Justice du crime de « participation à des protestations ». La dépouille du jeune homme avait été dissimulée par ses meurtriers dans le coffre du véhicule qu’ils avaient abandonné à proximité de l’Hôpital du Croissant rouge, près de la place Tahrir et de la rue de Bagdad où avait été commis le crime.

Rabi’ Al Ghazi

Parmi ceux qui s’étaient donné rendez-vous pour assister à sa mise en terre, figuraient en particulier deux artistes de renom, le graphiste Youssef ‘Abdelké et le peintre Fadi Yaziji. Ils n’ont été ni arrêtés, ni estropiés, mais, avec un autre intellectuel, le critique littéraire Hassan Abbas, ils ont subi les coups qui sont la sanction minimum appliquée par les moukhabarat à ceux qui prennent le risque de manifester leur solidarité avec le mouvement populaire, en assistant pacifiquement aux obsèques de victimes de la répression.

Hassan Abbas

Khaled Khalifa, qui est né à Alep en 1964 et qui appartient donc à la génération des années 1980, a fait des études de Droit avant de se consacrer à l’écriture. Il est l’auteur des scénarios de plusieurs films et séries télévisées. Il a fondé la revue littéraire Aleph. C’est l’un des romanciers syriens contemporains les plus connus. L’une ses œuvres, parue en 2007, a été traduite en plusieurs langues, dont le français aux Editions Actes Sud, sous le titre Eloge de la haine.

Le personnage principal de ce roman est une jeune femme née dans une famille traditionnelle d’Alep, qui a passé toute son enfance et son adolescence auprès de ses trois tantes, dans un quartier de la vieille ville, et qui, devenue lycéenne, se lie à des militantes islamistes et finit par adhérer à leur organisation. Elle entre alors de plain-pied dans une autre réalité, où la haine marque chaque geste de la vie quotidienne. Elle rompt avec ses anciennes amies, déteste son corps et tout ce qui lui rappelle sa féminité, et voue aux gémonies “l’autre” communauté, celle à laquelle appartiennent les principaux dirigeants du pays. Des attentats jihadistes frappent à l’aveugle militaires et civils alaouites, ce qui entraîne une répression d’une brutalité inouïe, menée par les milices du régime, qui fait des dizaines de milliers de victimes innocentes. Dans ce récit imprégné d’une poignante amertume, la narratrice ne raconte pas seulement sa chute mais aussi sa rédemption, amorcée au contact d’autres femmes de différentes origines confessionnelles ou ethniques qu’elle a rencontrées après son arrestation. En restituant ainsi l’affrontement entre les deux forces qui ont ravagé la Syrie tout au long des années 1980, l’islamisme et le despotisme, Khaled Khalifa met fin à l’amnésie que les Syriens se sont longtemps imposés, que ce soit par peur ou par souci de restaurer la paix civile, mais qui est loin de les avoir guéris de leurs traumatismes.

Au début du mois de février, le site rue89.com avait publié une lettre ouverte de Khaled Khalifa, dans laquelle le romancier attirait l’attention de ses amis, écrivains et journalistes du monde entier, sur le redoublement des massacres dans les villes syriennes entrées en rébellion. Longtemps avant, en mai 2011, il avait livré au site grotius.fr son analyse sur le mouvement en cours dans son pays, qui, « différent de celui des années 1980, s’est véritablement transformé en révolution au cours du mois d’avril » 2011.

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Il est possible que le hasard seul ait voulu que Khaled Khalifa et Hassan Abbas soient membres d’une nouvelle association, créée au début de janvier 2012 sous le nom de Ligue des Ecrivains Syriens. Considérée comme « le premier rejeton de la révolution syrienne », elle s’est fixée pour objectif de réunir, dans un cadre délivré de l’omniprésence du Parti Baath et du carcan de la très officielle Union des Ecrivains Arabes que celui-ci chapeaute et contrôle, les poètes, les philosophes et les écrivains désireux d’apporter un soutien apolitique au mouvement de contestation déclenché à Daraa en mars 2011.

Certes, la Ligue a veillé, depuis le début, à répartir ses critiques entre le régime et l’opposition, auxquels elle reproche également de monopoliser l’action nationale. Elle se veut une sorte de conscience critique du peuple syrien. Evidemment non reconnue, elle se pose par le fait même en concurrente de l’Union, une attitude d’autant plus insupportable pour le régime en place que l’initiative des écrivains est susceptible de donner des idées d’émancipation à d’autres secteurs professionnels, les médecins, les ingénieurs, les avocats.., dont les ordres et les syndicats, uniques et obligatoires, sont tous placés, depuis les évènement du début des années 1980, sous la tutelle du parti au pouvoir.

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Pour éclairer la stratégie d’émiettement de la société en Syrie sous Hafez et Bachar Al Assad, « Un Oeil sur la Syrie » proposera très prochainement à ses lecteurs un texte qui aurait dû trouver place dans l’article « Syrie, 2011. D’une société atomisée à une révolution organisée et citoyenne » (à paraître dans  Mondes Emergents/Afrique du Nord Moyen-Orient 2012-2013, La Documentation Française, Paris 2012), mais qui en a été retiré en raison des contraintes éditoriales.

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