Nouvelles défections d’officiers syriens


Le Monde.fr avec AFP | 02.07.2012 à 22h59 • Mis à jour le 02.07.2012 à 22h59

 

Cette défection porte à 14 le nombre de défections de généraux syriens sur le sol turc. D'autres officiers ont déserté de l'armée syrienne au cours des dernières semaines.

 

De nombreux soldats syriens, dont un général, fuyant le conflit dans leur pays se sont réfugiés lundi 2 juillet en Turquie, a affirmé l’agence semi-officielle turque Anatolie. Parmi les 85 militaires qui ont fait défection, figurent un général, un colonel, un lieutenant-colonel et 18 autres officiers, déclare l’agence, citant les autorités locales. Cela porte à 14 le nombre de généraux qui ont fui en Turquie.

Anatolie a ajouté que les militaires étaient entrés en Turquie à Reyhanli, une ville du Sud, au sein d’un groupe comprenant au total 293 personnes, dont de nombreuses femmes et enfants. La Turquie abrite plus de 35 000 réfugiés syriens et des déserteurs de l’armée syrienne dans des camps situés dans plusieurs provinces se trouvant à la frontière entre la Turquie et la Syrie.

Depuis la destruction d’un des avions de combat de la Turquie par la Syrie, le 22 juin, la tension est vive entre les deux pays voisins, autrefois alliés. La destruction de l’avion, dont les deux pilotes n’ont pas été retrouvés, a accru la tension déjà forte en raison du conflit intérieur en cours en Syrie et du soutien apporté par Ankara à l’insurrection contre le président Bachar Al-Assad. Depuis, la Turquie a renforcé sa frontière et fait décoller des chasseurs après que des hélicoptères syriens eurent volé près de la frontière entre les deux pays.

 

Photographie de manifestation le 1er juillet à Damas, prise par un "journaliste citoyen" et diffusée par Kafarsouseh Revolt.

 

  • L’ONU DEVRA FERMER OU RÉDUIRE SA MISSION D’OBSERVATEUR, ESTIME LA FRANCE

Le Conseil de sécurité des Nations unies devra réduire, voire fermer, sa mission d’observation en Syrie si pouvoir et opposition ne lancent pas rapidement un processus de transition politique, a estimé lundi l’ambassadeur français à l’ONU Gérard Araud.

« S’il n’y a pas de processus politique de transition, nous ne pourrons pas nous contenter de laisser les observateurs sur place », a-t-il déclaré à la presse. Les 300 observateurs militaires non armés ont suspendu leurs patrouilles en raison des combats et le mandat de cette Mission de supervision de l’ONU (Misnus) expire le 20 juillet.

« La question est de savoir si nous allons retirer la mission en totalité ou en partie, maintenir les observateurs dans la région ou à Damas », a expliqué M. Araud. « S’il y a le lancement d’un processus politique, les observateurs seront utiles et même nécessaires, si ce n’est pas le cas, nous devrons envisager des options allant de la réduction à la fermeture », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’ONU, doit soumettre mardi ses recommandations sur le sort de la Misnus aux 15 membres du Conseil de sécurité.

  • L’ONU DÉNONCE DE NOUVELLES VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME

Le gouvernement syrien et les forces de l’opposition sont coupables de nouvelles violations « graves » des droits de l’homme en s’en prenant notamment à des hôpitaux, a dénoncé lundi la Haut Commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme Navi Pillay.

Lors d’un exposé devant les 15 pays membres du Conseil de sécurité, Mme Pillay a renouvelé son appel à porter le conflit syrien devant la Cour pénale internationale, « étant donné que je crois qu’il y a des indications de crimes contre l’humanité ». Elle a toutefois reconnu qu’il s’agissait d’une décision « politique ».

« Il y a un risque d’escalade », a estimé Mme Pillay, ajoutant : « La fourniture d’armes au gouvernement syrien et aux opposants alimente la violence et il faut éviter à tout prix une militarisation supplémentaire du conflit ». Elle n’a pas cité les pays armant les deux camps. La Russie et l’Iran sont les principaux fournisseurs d’armes au régime syrien tandis que des pays du Golfe se sont déclarés prêts à équiper l’opposition armée.

  • DE NOUVELLES LOIS « ANTITERRORISTES » EN SYRIE

Le président Bachar Al-Assad a ratifié, lundi 2 juillet, trois lois qui condamnent notamment à de lourdes peines ceux qui commettent des actes « terroristes » visant à changer la nature du régime, a annoncé l’agence d’information officielle SANA.

« Ceux qui forment, dirigent ou sont membres d’un groupe terroriste risquent de dix à vingt ans de travaux forcés, mais la punition peut être plus sévère si le but est de changer le régime ou la nature de l’Etat », selon ces textes approuvés jeudi 28 juin par le Parlement. « Si ces actes entraînent la mort ou des handicaps pour les victimes, des sentences de mort peuvent être prononcées », ajoute le texte.

Par ailleurs, « le financement du terrorisme, c’est-à-dire toute action visant à collecter, fournirdirectement ou indirectement de l’argent, des armes, des munitions, des explosifs, des moyens de communication, des informations pouvant être utilisées dans des actes terroristes sont passibles de quinze à vingt ans de prison ».

  • HOMS TOUJOURS BOMBARDÉE

 

Selon l'OSDH, plus d'un millier de familles sont bloquées à Homs et manquent de tout.

Au moins 30 personnes ont été tuées lundi dans plusieurs régions, tandis que l’armée a pilonné les quartiers rebelles de la ville de Homs, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

 

« Beaucoup de quartiers de Homs sont toujours assiégés et c’est très difficile pour nous de faire entrerde la nourriture et des médicaments, a affirmé un militant de Homs contacté sur Skype. Les médecins dans les hôpitaux de campagne sont en train d’amputer les blessés, car ils n’ont pas le matériel nécessaire pour les soigner et les blessés ne peuvent pas être non plus évacués. […] Les gens ne peuvent pas sortir, les bombardements ne s’arrêteront pas, il y a des tanks partout », poursuit le militant.

Selon l’OSDH, plus de un millier de familles sont bloquées dans la ville et manquent de tout. D’après cette ONG, les habitants sont parfois obligés de manger du pain moisi en raison du manque de farine, sans compter les coupures d’électricité et d’eau. Le Comité international de la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge syrien ont tenté à plusieurs reprises d’entrer dans ces quartiers pour évacuer des civils et notamment les blessés, mais leurs efforts se sont soldés à chaque fois par un échec.

  • PLUS DE 16 500 MORTS

Plus de 16 500 personnes ont perdu la vie dans les violences en Syrie depuis le déclenchement de la révolte contre le régime de Bachar Al-Assad, en mars 2011, selon l’OSDH. Au moins 11 486 civils, 4 151 membres des forces régulières et 870 déserteurs ont été tués, a indiqué lundi cette organisation basée en Grande-Bretagne, qui s’appuie sur un vaste réseau de militants et de témoins.

Les bilans des dernières semaines ont été les plus lourds depuis plus de quinze mois, dépassant régulièrement la centaine de victimes, selon l’OSDH. Les accrochages se sont multipliés entre les troupes fidèles au régime et les déserteurs. Il est impossible d’obtenir un bilan de source indépendante depuis que l’ONU a cessé de comptabiliser, à la fin de 2011, les victimes de ce conflit sanglant.

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Syrie: l’opposition est réunie au Caire pour évoquer l’après-Assad


2 juillet 2012 à 20:37
L'émissaire Kofi Annan (d) s'entretient avec le chef de la diplomatie russe Sergeï Lavrov, le 30 juin 2012 à Genève.

L’émissaire Kofi Annan (d) s’entretient avec le chef de la diplomatie russe Sergeï Lavrov, le 30 juin 2012 à Genève. (AFP)

Des opposants syriens tentaient lundi au Caire, sous l’égide de la Ligue arabe, d’élaborer une vision commune de l’après-Assad, après avoir rejeté une feuille de route internationale prévoyant un gouvernement de transition malgré la poursuite des violences.

Cette réunion, qui doit se dérouler sur deux jours, « est une opportunité qu’il ne faut perdre en aucun cas », a déclaré à son ouverture le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, en appelant l’opposition à s’unir.

En plus de 15 mois de révolte, la répression puis, depuis quelques mois, les combats entre l’armée de Bachar al-Assad et les rebelles ont fait plus de 16.500 morts, en majorité des civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Le temps ne joue pas en notre faveur », a ajouté M. al-Arabi, en soulignant la nécessité d’un « système démocratique pluraliste qui ne fasse pas de discrimination » entre Syriens.

Nasser al-Qidwa, adjoint du médiateur international Kofi Annan, a également appelé l’opposition à s’unir. « Ce n’est pas un choix, mais une nécessité si l’opposition veut gagner la confiance de son peuple », a-t-il dit.

Les ministres des Affaires étrangères égyptien, turc, irakien et koweïtien étaient également présents.

L’objectif est de « parvenir à une vision unifiée concernant la période de transition et l’avenir de la Syrie », avait indiqué à l’AFP Georges Sabra, porte-parole du Conseil national syrien (CNS). Cette formation, la principale coalition de l’opposition, participe à la réunion.

En revanche, les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL), force armée d’opposition principalement composée de soldats déserteurs, ont boycotté la rencontre qualifiée de « complot », rejetant toute négociation avec le régime, selon un communiqué signé de l’ASL et de militants « indépendants ».

Ils reprochent aux participants de « refuser l’idée d’une intervention militaire étrangère pour sauver le peuple » et « d’ignorer la question des zones tampons protégées par la communauté internationale, des corridors humanitaires, de l’embargo aérien et de l’armement des rebelles ».

La réunion intervient alors que les violences se poursuivent en Syrie et que le président Bachar al-Assad a ratifié lundi trois lois prévoyant de lourdes peines pour les responsables d’actes « terroristes » visant à changer la nature du régime.

manque de moyens médicaux

Selon des militants, l’armée syrienne a continué lundi de bombarder des quartiers rebelles de Homs (centre), où des médecins sont forcés d’amputer des blessés en raison du manque criant de moyens médicaux.

Selon l’OSDH, plus d’un millier de familles sont bloquées et manquent de tout dans certains quartiers de la ville, où le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Croissant-rouge syrien ne parviennent pas à se rendre.

Dans la journée de lundi, les violences ont fait au moins 30 morts, dont cinq rebelles, dans plusieurs provinces de Syrien, a annoncé l’OSDH dans l’après-midi.

A la frontière avec le Liban, deux policiers syriens ont été blessés lundi par une roquette tirée à partir du territoire libanais, selon un communiqué de la Sûreté générale libanaise. C’est la première fois que le Liban fait état de tirs contre le territoire syrien à partir du Liban.

Samedi à Genève, le Groupe d’action sur la Syrie, réunissant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne) mais aussi la Turquie et des pays représentant la Ligue arabe, a trouvé un accord sur les principes d’une transition en Syrie.

L’accord prévoit un gouvernement de transition politique qui pourra inclure des membres du gouvernement actuel et de l’opposition, et doit être formé sur la base d’un consentement mutuel.

Les autorités syriennes n’ont pas officiellement réagi à l’accord, qualifié d’échec dans la presse officielle car « pas basé sur l’avis du peuple syrien ».

L’opposition, en particulier le CNS, a dénoncé le fait que l’accord ne prévoie « pas de mécanisme de travail clair ni de calendrier, laissant le régime impuni », et réclamé à nouveau « le départ de Bachar al-Assad et de sa clique ».

Les membres du Groupe d’action eux-mêmes ont divergé sur l’interprétation de l’accord, les Etats-Unis estimant qu’il ouvrait la voie à l’ère « post-Assad » tandis que la Russie et la Chine, alliés du président Assad, réaffirmaient qu’il revenait aux Syriens de choisir leur avenir.

Le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a appelé lundi la communauté internationale à s’entendre sans délai pour mettre en oeuvre une solution politique en Syrie, en réaffirmant qu’une intervention militaire de l’Alliance n’était pas envisagée.

Chypre, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne, s’est dite « inquiète » de la façon dont la Turquie gérait la crise, évoquant « une certaine instrumentalisation », tout en affirmant que Nicosie travaillerait « avec toutes les parties afin de promouvoir une transition vers la démocratie en Syrie ».

Le Conseil des ministres saoudien a pour sa part réclamé des mesures « décisives » pour mettre fin aux « massacres ».

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