Les Palestiniens dénoncent les propos « racistes » de Romney


AFP

Mis en ligne le 30/07/2012

« Il est clair qu’il ignore que l’économie palestinienne ne peut pas décoller et atteindre le niveau souhaité tant que l’occupation (israélienne) continue »

Les Palestiniens ont vivement dénoncé lundi les propos qualifiés de « racistes » du candidat républicain à la présidentielle américaine, Mitt Romney, qui a expliqué l’écart entre leur niveau économique et celui d’Israël par une différence de « culture ».

« Quand on vient ici en Israël et qu’on voit que le PIB par habitant est d’environ 21.000 dollars, alors qu’il est de l’ordre de 10.000 dollars tout juste de l’autre côté dans les secteurs gérés par l’Autorité palestinienne, on constate une différence énorme et dramatique de vitalité économique », a déclaré lundi à Jérusalem M. Romney lors d’un petit-déjeûner organisé pour lever des fonds au profit de sa campagne.

« C’est la culture qui fait toute la différence. Et lorsque je regarde cette ville (Jérusalem) et tout ce que le peuple de cette nation (Israël) a accompli, je reconnais pour le moins la puissance de la culture et de quelques autres choses », a-t-il ajouté.

Dans leurs rapports, la Banque mondiale et le Fonds Monétaire international (FMI) soulignent régulièrement que les restrictions imposées par Israël à la liberté de mouvement des personnes et des marchandises constituent un facteur clef freinant le développement économique des Territoires palestiniens.

Mais M. Romney s’est abstenu de mentionner ce fait avant de s’envoler pour la Pologne, dernière étape de sa tournée à l’étranger.

« Les propos de Romney sont racistes. Il a beaucoup à apprendre, il ne connaît pas la région, sa culture et son histoire », a affirmé à l’AFP le négociateur palestinien Saeb Erakat.

« Il est clair qu’il ignore que l’économie palestinienne ne peut pas décoller et atteindre le niveau souhaité tant que l’occupation (israélienne) continue », a-t-il ajouté.

Dimanche, le candidat républicain à la Maison Blanche avait déjà suscité la colère des Palestiniens en qualifiant Jérusalem de « capitale d’Israël ». Les Etats-Unis ne reconnaissent pas officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël. Leur ambassade, comme pratiquement celles de tous les pays représentés dans l’Etat hébreu, se trouve à Tel Aviv.

Israël considère pour sa part que l’ensemble de Jérusalem, y compris la partie orientale conquise et annexée en 1967, est sa « capitale éternelle et indivisible ». La communauté internationale ne reconnaît pas cette annexion, et les Palestiniens veulent établir à Jérusalem-Est la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Sur le même sujet:

Source

Syrie : continuer l’« irresponsabilité exemplaire » ? BAUDOUIN LOOS



lundi 30 juillet 2012, 07:41

Jamais le différentiel de traitement entre la Libye et la Syrie n’a sauté aux yeux comme ces derniers jours. Une partie de la communauté internationale, dont l’Europe et les Etats-Unis, s’était portée au secours de Benghazi en mars 2011, alors que la ville entrée en rébellion armée se voyait menacer de massacre par la soldatesque loyale à Mouammar Kadhafi. Le massacre avait été empêché par l’intervention énergique décisive des aviations alliées. En Syrie, Damas puis Alep se sont insurgées contre l’oppression d’un régime sans scrupules. L’armée de ce régime a contre-attaqué. Elle a vaincu, pour le moment, dans la capitale. Et Alep, sous les bombes et les mitraillages, risque le pire.

Les alliés en question, embarrassés, multiplient les condamnations… rhétoriques. Même les armes légères n’arrivent qu’au compte-gouttes, quand elles arrivent, jusqu’aux rebelles. Les témoignages abondent en ce sens.

Les insurgés ont pour eux une foi inébranlable en la justesse de leur cause et en face on peut parier que d’aucuns renâclent à tirer sur le peuple dont ils sont issus. Mais le combat reste très inégal : les unités d’élite loyales disposent de chars d’assaut, d’hélicoptères de combat et n’ont sans doute pas encore utilisé toute la puissance de feu de leur artillerie et de leur aviation (pour ne pas évoquer les armes chimiques).

L’ampleur de la répression, les bombardements, les tueries, ne trompent pas. Comme le dit le Belge Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie, « le régime a été forcé de tomber le masque et de révéler sa vraie nature : il n’est ni un Etat ni un gouvernement mais une force d’occupation militaire dont la survie repose sur la seule force brute ».

Alors, que faire ? La communauté internationale va-t-elle continuer à faire preuve, comme le note avec rancœur le père Paolo, ce jésuite expulsé de Syrie il y a deux mois, d’« une irresponsabilité exemplaire dans cette guerre entre le régime et son peuple » ?

L’Occident, dont Israël, craint que les « djihadistes », certes présents en Syrie mais très minoritaires, ne tirent les marrons du feu et ne s’emparent d’armes qu’ils retourneraient ensuite contre lui. Sans doute. Mais laisser le peuple mourir sous les bombes et les balles ne constitue pas la meilleure réponse à ce danger.

Les perspectives d’« après-Assad » demeurent floues et inquiétantes, mais le devoir des démocraties, si elles chérissent encore des valeurs morales, est d’aider une population agressée par un régime sans foi ni loi
Source