Syrie: aux côtés des cyber-opposants, des « hacktivistes » parisiens s’engagent


Créé le 17-08-2012 à 12h55 – Mis à jour à 12h55

 Comme Tom, membre parisien du groupe Loop installé dans un squat du 14ème arrondissement, ils sont des dizaines dans le monde à épauler les activistes anti-Bachar dans leur cyber-guerre contre les autorités syriennes.

Pour les membres du « Laboratoire ouvert ou pas » (Loop), la coupure totale d’Internet par le régime d’Hosni Moubarak, lors de la révolution égyptienne, a été une révélation, et le signal de départ d’une mobilisation internationale.

« Ils ont osé, on pensait tous qu’aucun pays n’oserait couper l’Internet! », raconte à l’AFP ce jeune homme brun au regard brillant, installé dans la petite salle mise à la disposition du groupe dans le squat baptisé « Gare XP », proche du périphérique.

« Des geeks du monde entier se sont ligués pour aider l’opposition égyptienne à revenir en ligne. Cela a marché. Et aujourd’hui ce sont les Syriens qui ont besoin de nous », dit-il.

Le Loop, c’est une dizaine « d’hacktivistes » (hackeurs-activistes) motivés et actifs, une trentaine d’intermittents qui passent de temps à autre donner un coup de main et 250 personnes sur la liste de diffusion.

Ils agissent aux côtés de l’opposition syrienne sur internet en collaboration avec le groupe international d’hacktivistes Telecomix, fondé en 2009.

Le 15 septembre 2011, ils sont parvenus pendant quelques minutes à détourner tout le trafic Internet sortant de Syrie sur une page d’accueil dans laquelle ils prévenaient les internautes des risques d’être surveillés, donnaient des conseils pour mieux se dissimuler et proposaient leurs services et leurs compétences pour rendre le plus anonymes possibles les communications.

Crypter, éviter la traçabilité

« Nous avons créé, installé et configuré des salons de discussions en direct (IRC) 100% anonymes et sûr, sur lesquels les opposants syriens peuvent nous contacter et même se contacter entre eux en étant sûrs qu’ils ne pourront pas être identifiés par le régime, même s’il dispose de technologies de pointe achetées en France ou aux Etats-Unis », poursuit Tom.

Depuis, ils ont gagné la confiance de dizaines d’activistes et d’opposants syriens, qui risquent leurs vies pour faire sortir films et informations du pays via le réseau.

« Leurs demandes: comment anonymiser les échanges de courriels, comment crypter des SMS sous Androïd, comment ne pas de faire repérer en ligne, éviter la traçabilité ? Des gars de Telecomix, de Loop et d’ailleurs se retrouvent pour leur proposer des solutions, étudier leurs problèmes », explique-t-il.

« Pas question d’être des utopistes qui font ça pour s’amuser et mettent la vie des gens en danger. Nous portons une sacré responsabilité: s’ils utilisent les technologies que nous leur apportons, il faut qu’elles soient sûres à 100%! On ne peut pas se gourer. Tu ne peux pas te dire: +Hoops! Je viens de faire tuer cinquante personnes…+ »

« Parfois, des relations se nouent avec des gars à l’intérieur de la Syrie. On apprend à se connaître, malgré les pseudos. Et puis un jour, plus de nouvelles du gars. Plus jamais de nouvelles… Là, ton ordinateur, tu ne le regardes pas de la même manière… »

Récemment des questions sont arrivées sur les possibilités d’utiliser des « quadcopters », petits drones hélicoptères dotés de quatre hélices, faciles à fabriquer et à faire voler par télécommande.

« Les plans sont partout, en logiciels libres », sourit Tom. « Ce serait pas mal de les aider à fabriquer ça. Trois quadcopters avec de petites antennes radio: tu les fait voler sur les toits de trois immeubles du quartier. Et hop, tu as un mini-réseau. Facile à monter, à démonter, difficile à détecter! »

Figure publique de Loop, habitué à représenter le groupe dans les médias, le jeune homme explique et détaille les aspects « ouverts » de « l’Opération Syrie ». « Mais, vous comprenez bien, il y a pas mal de choses qui doivent rester secrètes… »

source

Après les militaires, les diplomates syriens tentés par la défection


Avant de quitter sa fonction à la tête de la Sécurité d’Etat (Renseignements généraux), pour occuper le poste laissé vacant à la direction du Bureau de la Sécurité Nationale par le décès du général Hasan Tourkmani, le 18 juillet 2012, le général Ali Mamlouk avait signé une décision. Elle enjoignait à 5 diplomates syriens en poste à l’étranger de regagner immédiatement leur pays. Il s’agissait de Mamoun Al Hariri (Erevan), Housam Hafez (Erevan), Dani Ba’aj (ONU/Genève), Ghiyath Ibrahim (Kiev) et Anas Al Miqdad. Elle s’inscrivait dans la ligne de l’ordre de retour en Syrie adressé quelques mois plus tôt par Bachar Al Assad à plusieurs de ses hauts représentants dans d’importants pays occidentaux. Mais, alors que l’ordre présidentiel visait à prévenir l’humiliation qu’aurait constitué pour la Syrie l’expusion des diplomates concernés, la décision d’Ali Mamlouk était destinée à empêcher ses destinataires de faire défection et de rejoindre les rangs de l’opposition et de la révolution.

(Dessin de Pinter)

Les diplomates syriens, quel que soit leur rang, n’échappent pas davantage aux oukases des moukhabarat que les autres agents de l’Etat. Qu’ils exercent leur métier à l’administration centrale ou dans les missions à l’étranger ne change rien à l’affaire. Le ministre des Affaires étrangères Walid Al Moallem, lui-même, n’a pas plus d’autorité dans sa propre maison que ses collègues des Finances, de l’Economie, des Communications, de l’Agriculture ou de la Santé… Comme eux, il n’a la possibilité ni de choisir son vice-ministre, ni de désigner ses ministres adjoints. Avant d’installer dans leurs fonctions le directeur et les membres de son cabinet, il doit avoir obtenu l’aval des différents services de renseignements dont la mission consiste à exercer un contrôle croisé des activités de son administration. D’ailleurs, pour prévenir toute velléité de la part du ministre d’en faire à sa tête, les services de renseignements disposent au sein du ministère d’un agent d’influence en la personne d’un analphabète honni de tous qui se comporte en véritable ministre : Hicham Al Qadi.

Les diplomates syriens n’ont pas de mots assez crus pour dénoncer les privilèges, les interventions, les passe-droits, les tripatouillages et les détournements de biens publics reprochés à cet analphabète originaire de Sarghaya. Il a commencé sa carrière au sein de la diplomatie syrienne, en 1991, en accompagnant Walid Al Moallem à Washington pour lui servir de chauffeur personnel. Il est rapidement devenu son prête-nom pour la création de sociétés où son statut interdisait à l’ambassadeur d’apparaître. Il s’est finalement emparé avec son tacite assentiment des clés du ministère, au sens propre et au sens figuré. Les mêmes diplomates affirment que, en son temps, avant d’être promu vice-président de la République sans affection ni prérogative, Farouq Al Chareh en avait interdit l’accès à ce douteux personnage.

Faut-il le rappeler ? Selon le site All4Syria, au milieu du mois de décembre 2011, Hicham Al Qadi a directement trempé, à la demande de ses amis des services, dans l’achat auprès de Syriatel, la compagnie de téléphonie mobile de Rami Makhlouf, d’une quinzaine de cartes à puce. Acquises au nom du Service du protocole du ministère, ces cartes se sont étrangement retrouvées deux jours plus tard entre les mains des « terroristes », auteurs des attentats de Kafr Sousseh contre un centre de la Sécurité militaire et le siège des Renseignements généraux. Ces deux opérations, qui avaient provoqué des dégâts matériels importants mais n’avaient fait de victimes que parmi le petit personnel des deux agences, sentaient leur moukhabarat à plein nez.

Hicham Al Qadi (au centre, au troisième plan)

Dès la réception de la décision d’Ali Mamlouk, Walid Al Moallem s’est empressé de la transmettre à leurs destinataires. Figuraient parmi eux des proches de personnalités importantes au sein de son administration et du gouvernement : le père de Ghiyath Ibrahim, Hajem Ibrahim, est directeur des Affaires administratives au ministère, et l’oncle d’Anas Miqdad, Faysal Miqdad, n’est autre que le vice-ministre des Affaires étrangères… Visiblement les intéressés, mais peut-être aussi leurs parents, ne présentaient pas toutes les garanties d’allégeance attendues aujourd’hui plus que jamais des employés du régime.

Cet ordre a eu l’effet inverse de ce qui en était attendu. Housam Hafez, consul de Syrie en Arménie, et Dani Ba’aj, en charge du dossier des Droits de l’Homme à la mission permanente syrienne auprès de l’ONU à Genève, ont annoncé qu’ils faisaient défection. Le chef de mission à Erevan, Mamoun Al Hariri, s’apprête à suivre leur exemple. On peut penser que les intéressés n’ont pris leur décision qu’après avoir fait sortir leur famille de Syrie et l’avoir mise en lieu sûr, pour éviter de voir leurs proches pris en otages à leur place pour les contraindre à rentrer chez eux… Largement utilisée par les moukhabarat à l’encontre des opposants en général, et des Frères musulmans en particulier sous Hafez Al Assad, la prise d’otage n’a nullement été abandonnée sous le règne du président en exercice. Elle a parfois même concerné, au cours des années récentes, des enfants mineurs, eux-mêmes accusés, pour justifier leur arrestation et leur procès, de crimes et délits les plus saugrenus.

Dani Ba’aj

La concurrence et la surenchère entre appareils de sécurité étant la règle en Syrie, où les chefs des moukhabarat ont à cœur de démontrer au chef de l’Etat, pour gagner ses faveurs, qu’ils font plus et mieux que leurs prédécesseurs et leurs collègues des autres services, le successeur d’Ali Mamlouk, le général Dib Zitoun, a pris, à peine installé dans ses nouvelles fonctions, une décision identique. Sa liste est deux fois plus longue et comporte une dizaine de noms. Mais, plus rusé qu’Ali Mamlouk et instruit par l’expérience, il a apporté un soin particulier à la forme. Il a « recommandé » au ministère des Affaires étrangères de préciser aux diplomates dont il lui avait fourni les noms, que leur retour dans le pays était nécessité par les « besoins du service ». Il devait leur faire valoir qu’il avait l’intention de confier à certains d’entre eux, à l’administration centrale, la gestion de quelques dossiers. D’autres seraient requis pour des formalités administratives les concernant ou pour boucler des affaires en suspens. Il ne fallait surtout pas qu’ils comprennent que, dès leur arrivée, ils connaitraient le sort de leur collègue Oqba Ali, naguère encore premier secrétaire à l’ambassade de Syrie à Téhéran. Rentré dans son pays le 15 juin 2012, il a « disparu » dans l’une des multiples geôles des moukhabarat. Si tel a été son sort, il y avait tout lieu pour les autres de se montrer extrêmement prudents. De notoriété publique, ce jeune et brillant diplomate membre de la communauté alaouite avait des relations au plus haut niveau, au palais présidentiel, dans le parti Baath… et jusque dans les services, au sein desquels des parents à lui occupent d’importantes fonctions.

Il y a quelques mois, déjà préoccupés par la perspective de défections, les services de renseignements avaient imposé au ministère de suspendre le versement des rémunérations de ses diplomates, de manière à disposer sur eux de moyens de pression. Près de 90 % des missions diplomatiques n’ont ainsi rien reçu depuis 2 mois. Des « garanties » ont évidemment été données aux agents concernés : ils percevraient l’intégralité de ce qui leur est dû dès le premier pied posé sur le territoire national ! En dépit de cette incitation, il n’est pas sûr que les intéressés, objet de la sollicitude du nouveau chef des Renseignements généraux, s’empresseront de regagner leurs pénates. Certains paraissent tentés de rejoindre plutôt la dizaine de collègues qui se sont déjà ralliés à la révolution : Bassam Al Imadi (ancien ambassadeur en Suède), Nawwaf Al Cheykh Fares (ambassadeur en Irak), Lamia Al Hariri (chargée d’affaires à Chypres), Abdel-Latif Al Dabbagh (ambassadeur aux Emirats Arabes Unis), Mohammed Tahsin Al Faqir (attaché de sécurité près l’ambassade à Oman), Farouq Taha (ambassadeur en Biélorussie), Mohammed Housam Hafez (conseiller et consul en Arménie), Khaled Al Ayyoubi (chargé d’affaires au Royaume Uni), Khaled Al Saleh (chargé d’affaires au Nigéria), Dani Ba’aj (deuxième secrétaire à la représentation permanente auprès de l’ONU à Genève)… pour ne mentionner ici que ceux qui ont pris le risque de donner de la publicité à leur défection.

Lamia Al Hariri et son mari Abdel-Latif Al Dabbagh

On remarquera en effet que la désaffection à l’égard du régime et la conviction que celui-ci est sur la voie de l’effondrement, un point de vue récemment exprimé par le Premier ministre Riyad Hijab depuis la Jordanie où il a trouvé refuge après avoir pris ses distances, sont toutes deux en voie d’accélération au sein du ministère. Neuf des dix diplomates dont les noms sont plus haut mentionnés ont abandonné leur poste entre le 10 juillet et le 10 août dernier…

Certes, leur nombre reste modeste. Mais l’annonce de la création, le 17 juillet 2012, d’un rassemblement des « Diplomates syriens pour un Etat civil démocratique », signifie que s’ils restent minoritaires, ils sont loin d’être isolés. Ce rassemblement est en effet composé de retraités de la diplomatie, de diplomates en poste à l’extérieur ayant déjà rejoint l’opposition et de fonctionnaires en activité à l’administration centrale en Syrie. Les premiers et les derniers ont préféré, en raison de la surveillance à laquelle ils sont soumis, dissimuler leur identité.

Housam Hafez, coordonnateur de Diplomates syriens pour un Etat civil démocratique

On se souviendra, pour apprécier ce dernier développement à sa juste valeur, que, si le ministère syrien des Affaires étrangères est ouvert à des candidats de toutes les communautés et que l’intégration se fait, depuis quelques années, au terme d’une formation et d’un concours tous les deux mis en place en étroite collaboration avec notre Ecole Nationale d’Administration, les déroulements de carrière y sont tributaires, comme dans de nombreux secteurs de la vie publique en Syrie, de l’appartenance communautaire des individus. Or des membres des communautés minoritaires, volontiers présentées comme acquises au pouvoir en place, font partie des fondateurs de ce rassemblement. Comme leurs collègues de la communauté majoritaire, ils sont excédés de se voir préférer, pour occuper les postes d’ambassadeurs, des anciens ministres, des hauts responsables du parti Baath, des militaires à la retraite et des chefs de services de renseignements remerciés… – et parfois, comme c’est actuellement le cas à Paris, une architecte urbaniste ayant à peine vécu dans son pays – qui ne connaissent généralement rien à la diplomatie et qui ne maitrisent aucune autre langue que l’arabe. Comme eux, ils sont fatigués de se voir marginalés dans leurs propres ambassades par les représentants des services qui, comme en Syrie, détiennent la réalité de la décision. Comme eux, ils ne veulent plus, dans l’exercice de leur métier, être constamment sous le contrôle de ces même moukhabarat et être eux-mêmes assimilés, par leurs compatriotes de leurs pays de résidence, étudiants ou hommes d’affaires, à de simple garde-chiourmes. Comme eux, enfin, ils se refusent à cautionner plus longtemps un régime dont le comportement sanguinaire constitue une menace pour l’ensemble des Syriens, pour leur pays, pour la région… et pour sa propre survie.

Alors que ce mouvement paraît voué à prendre de l’ampleur et, espérons-le, à connaître une accélération, on notera que bien d’autres secteurs d’activité connaissent en ce moment des défections en Syrie. Elles sont moins médiatisées pour la simple et unique raison que, habitant à l’intérieur du pays et non à l’étranger, ceux qui choisissent de répudier le régime sont contraints, pour leur sécurité et celle de leurs proches, d’entourer leur démarche de mille précautions. Des dizaines d’hommes d’affaires ont d’ores et déjà pris le large, justifiant leur départ et leur installation à l’extérieur par des obligations professionnelles et par la nécessité de faire fructifier ailleurs les capitaux bien ou mal acquis qui ne leur rapportent plus rien en Syrie. Quand ils n’ont pas pris eux-même la poudre d’escampette, comme Mohammed Makhlouf, oncle du chef de l’Etat, ils ont expédié dans les Emirats ou en Russie, nouvelle terre d’accueil des capitaux syriens en quête de sécurité, leurs femmes et leurs enfants. Comme Mohammed Hamcho.

Abed Yakan

L’Université n’est pas épargnée. Dimanche 12 août, alors que la reprise des cours était censée occuper son esprit et son temps, le président de l’Université d’Alep a vendu la mèche. Soucieux de mettre un terme aux rumeurs qui gonflaient à son sujet, le Dr Abed Yakan a fait savoir qu’il n’avait pas quitté la Syrie pour le Canada. Il se trouvait toujours dans son pays. Certes, il avait sollicité un congé qui s’étendrait au-delà de la fête de rupture du jeûne (le 18 août). Mais celui-ci était justifié par des « raisons familiales sans rapport avec les évènements en cours ». Elles pourraient reporter à une date ultérieure la reprise de ses activités. Honnis soit donc qui mal y pense. Toutefois, inconsciemment ou non, il a livré une information sensible. Il a en effet indiqué qu’une centaine de professeurs de son établissement se trouvaient en ce moment hors du pays. Selon lui, leur absence était régulière, puisque, avant de voyager, tout fonctionnaire doit requérir et obtenir l’autorisation de son autorité de tutelle. Mais ses propos ont été rectifiés dans son dos par l’un de ses collègues, qui a affirmé que le nombre d’enseignents de la seule Université d’Alep actuellement hors de Syrie dépassait la centaine. Surtout, faute d’avoir obtenu l’autorisation qu’ils avaient sollicitée, désormais refusée par le ministre de l’Enseignements supérieur… pour les raisons qu’on imagine, plus de la moitié d’entre eux s’étaient placés en situation irrégulière. On a de la peine à croire que les contrevenants auraient pris un tel risque, avec les conséquences qui s’attachent aujourd’hui plus qu’hier à ce genre de transgression, s’ils avaient l’intention de revenir dans leur pays.

Quoi qu’il en soit, le chef de l’Etat syrien paraît jour après jour dans un isolement croissant. Il n’hésite même plus à afficher le peu de confiance qu’il place désormais dans son proche entourage. Le 6 août, soit le jour même de la défection de Riyad Hijab, il avait convoqué à une réunion immédiate l’ensemble des membres du conseil des ministres, afin de s’assurer de visu qu’aucun autre ne manquait à l’appel. L’incapacité du ministre des Awqafs d’arriver dans le délai imparti avait provoqué un début de panique et alimenté la rumeur selon laquelle Mohammed Abdel-Satar Al Sayyed, pourtant l’une des créatures les plus soumises au régime, avait accompagné le Premier ministre dans sa fuite.

Le lendemain, Bachar Al Assad recevait seul une délégation du Conseil de Sécurité nationale iranien, conduite par Saïd Jalili Amin. De manière tout à fait exceptionnelle qui en dit long sur les doutes qu’il éprouve envers ses collaborateurs, le chef de l’Etat n’avait auprès de lui pour cet entretien aucun de ceux qui auraient normalement dû y assister : ni Mohammed Nasif Khayr Bek, en quelque sorte l’équivalent de son visiteur iranien, ni Ali Mamlouk, nouveau chef du Conseil de Sécurité nationale syrien, ni le ministre des Affaires de la Présidence, Mansour Azzam, ni l’un ou l’autre des membres de son cabinet.

Bachar Al Assad et la délégation du CSN iranien

Personnage de confiance s’il en est, sa conseillère politique et médiatique Bouthayna Chaaban brillait aussi par son absence. Peut-être le chef de l’Etat avait-il déjà appris qu’elle pressait sa fille Nazek de regagner au plus vite les Etats-Unis, en compagnie de son mari, Mouthanna Al Saleh, un Syrien devenu américain par union antérieure avec une citoyenne de ce pays. Elle espérait que, sa fille ayant régularisé sa situation et ayant acquis à son tour la nationalité américaine, elle serait en mesure, le moment venu, d’obtenir pour sa mère le visa et l’asile dont elle pourrait avoir besoin…

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D’où vient l’intox des « 6000 mercenaires de la CIA en Syrie‏ » ?


2012/08/17

Par Rudy Reichstadt, conspiracywatch.info le 17 aout 2012:

D’où vient l’intox des « 6000 mercenaires de la CIA en Syrie‏ » ?

Louis Denghien, rédacteur en chef du site InfoSyrie.fr, lors d'une manifestation de soutien à Bachar El-Assad

Depuis plus de trois mois, le web conspirationniste bruisse de la rumeur selon laquelle «6000 mercenaires recrutés par la CIA terrorisent la Syrie».

Le 15 juin dernier, le site de l’agence de presse officielle syrienne SANA rapportait les propos d’un obscur homme politique turc, Bülent Esinoglu, selon lesquels la CIA serait, via la société américaine Blackwater, derrière les massacres de civils en Syrie. Les propos d’Esinoglu ont été relayés en français le 17 juin sur les sites d’Al-Manar (la chaîne de télévision du Hezbollah) et de l’IRIB (l’audiovisuel iranien), sur Alterinfo.net (le site de Zeynel Cekici, condamné en 2009 pour négationnisme) puis sur InfoSyrie.fr (le site de l’ex-dirigeant « gudard » Frédéric Chatillon ) avant d’être repris sur de nombreux autres sites complotistes (LesMoutonsEnragés.fr, AlgerieNetwork.com, PartiAntiSioniste.com, Palestine-Solidarité‎.org, etc.).

La source dont sont extraits les propos d’Esinoglu n’est toutefois jamais citée. Il s’agit d’une tribune publiée le 14 juin 2012 sur le site web de la chaîne de télévision turque Ulusal. Dans ce texte, Bülent Esinoglu est plus explicite sur la vision du monde qui l’anime, déclarant sans ambages que « du fait que le capital en Amérique est en grande majorité entre les mains des Juifs, une guerre entre la Syrie et la Turquie serait menée au nom des riches Juifs ».
« D’où Bülent Esinoglu tire-t-il ce chiffre de 6 000 volontaires-mercenaires ? Nous ne le savons pas » concède Louis Denghien, le rédacteur en chef du site pro-Assad InfoSyriefr. « Mais proférer une accusation aussi grave, poursuit-il, laisse supposer que le vice-président du CHP n’est pas “sans biscuits” ».

Bülent EsinogluDélibérément ou non, Louis Denghien trompe ses lecteurs : Bülent Esinoglu n’est pas vice-président du CHP – qui est le principal parti d’opposition en Turquie. Il n’est pas non plus vice-président du Parti travailliste turc (EMEP) comme on le lit parfois. Bülent Esinoglu est vice-président d’une petite formation politique ultra-nationaliste qui n’a jamais été représentée au Parlement, le Parti des travailleurs (İşçi Partisi), fondé et dirigé par l’ex-militant maoïste Dogu Perinçek (lire : Pour Dogu Perinçek, le génocide arménien est un complot impérialiste contre la Turquie).

Pour savoir si Bülent Esinoglu a du « biscuit », comme le dit le responsable d’InfoSyrie.fr, encore faut-il identifier la source première de l’accusation. C’est l’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram, Mohammad Hassanin Heikal, aujourd’hui âgé de 88 ans, qui est à l’origine de la rumeur des « 6000 mercenaires » : « Je sais que la société Blackwater, qui est célèbre pour son histoire clandestine et sanglante, est impliqué dans la crise syrienne sous un nouveau nom, et qu’environ 6000 de ses hommes travaillent à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie » a-il affirmé dans une interview à Al-Manar en mai 2012. De qui tient-il cette “information” qui va à rebours des rapports de tous les journalistes indépendants qui se sont rendus sur le terrain ? Impossible à dire : il faut croire Mohammad Hassanin Heikal sur parole. Exactement comme on est prié de le croire lorsqu’il explique que la Syrie est victime d’une conspiration de l’OTAN visant à semer la discorde entre pays musulmans sunnites et chiites, le tout pour servir les intérêts stratégiques d’Israël…

Si des sources sérieuses font état d’un soutien logistique et matériel apporté aux insurgés syriens par les services de renseignement américains, aucune ne se risque à affirmer que les massacres commis en Syrie le sont par des mercenaires à la solde des Occidentaux. Et pour cause : la rumeur des « 6000 mercenaires » fait partie de ces innombrables informations non recoupées et jamais vérifiées que la complosphère s’ingénie à relayer avec un empressement inversement proportionnel à son souci de la véracité des faits.

Elle prolifère aussi sur la complexité de la situation qui prévaut actuellement sur le terrain, par définition rétive à toute réduction manichéenne. En effet, pour les avocats du régime de Bachar El-Assad, la crise syrienne est d’une simplicité biblique : le pays est victime d’un « complot international » et ce que l’ONU, l’Occident, les pays du Golfe et « les médias aux ordres » tentent de faire passer pour une répression sanglante est en réalité l’œuvre de combattants sans foi ni loi à la solde de l’impérialisme « américano-sioniste » (Lire : Oui, la répression en Syrie est bien réelle, n’en déplaise à Meyssan et Cie).
L’intox des « 6000 mercenaires » fait enfin échos à des rumeurs du même type comme celle qui veut que 600 combattants libyens porteurs du virus du SIDA ont été « envoyés » en Syrie pour y commettre des viols à grande échelle ou encore que des militaires français auraient été capturés en Syrie par l’armée régulière.

Voir aussi : * Quand Bachar al-Assad envoyait des vidéos conspirationnistes * Sur la Syrie, la propagande à longueur de commentaires * L’écœurante propagande du régime syrien (Courrier International)

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Quelques compléments d’information à propos des organes de propagande francophones mentionnés par l’article de Rudy Reichstadt, la nébuleuse conspirationniste, la complosphère, la “Galaxie Dieudonné“, la collabosphère des dictateurs alliés a la Russie et l’Iran:

Les sites lesmoutonsenrages.fr et l’intox des “agents de la DGSE aretes en Syrie” (Les collabos enragés).

AlgerieNetwork de Salim Bouterfas qui rapportait en novembre 2011 une interview de Marc George a son retour de Syrie, ou il fut invite par la dictature et a eu l’occasion de s’adresser a une foule pro-Assad et pro-Hezbollah avec ces mots “Longue vie a Bachar el Assad“.

Le Parti anti Sioniste et ses liens privilegies avec la desinformation de la dictature iranienne et le Centre Zahra France.

Alterinfo.net et sa condamnation, reportage de France3.

Frédéric Chatillon est un coordinateur du réseau de propagande des dictateurs, ses activités subversives ont été financées par la Syrie, c’est en 1994qu’il rencontre le général syrien et ministre de la défense Mustapha Tlass. Il etait conseiller de Marine Le Pen pendant la campagne electorale de cette derniere pour les élections présidentielles francaises en 2012. Les articles tagués Al-Manar, Sana, Irib, infosyrie.fr, Louis Denghien.

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