« En Syrie, la situation passe de mauvaise à épouvantable »


Jeudi 23 août 2012

La commissaire européenne à l’Aide humanitaire et à la Réponse aux crises, la Bulgare Kristalina Georgieva, n’est pas en vacances. Mercredi après-midi, elle a reçu Le Soir pour lancer un cri d’alarme au sujet de la situation en Syrie : « La situation était mauvaise, elle est passée à épouvantable, nous a-t-elle déclaré. Que faire ? L’action humanitaire n’est pas la solution. Il faut une solution politique. Mais on ne la voit pas encore. Ce que nous demandons à présent à la communauté internationale, c’est que l’absence de solution politique ne soit pas un obstacle à l’aide humanitaire. L’aide ne doit pas être l’otage d’un manque de consensus. Il faut une unanimité sur les questions humanitaires. » Un appel du pied destiné, sans le dire, aux Russes et aux Chinois, qui persistent à défendre le régime de Damas…

La responsable européenne estime que quelque 2,5 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire en Syrie (sur 23 millions d’habitants). Elle insiste sur la menace de « contagion » de la crise syrienne dans les trois pays où 175.000 Syriens ont trouvé refuge jusqu’ici : la Turquie, le Liban et la Jordanie

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« En Syrie, nous nous préparons au pire »

LABAKI,MAROUN; AFP

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Jeudi 23 août 2012

Syrie La commissaire européenne Georgieva lance un crime d’alarme : il faut accroître l’aide humanitaire, et faire cesser les exactions

Entretien

Mercredi après-midi, au Berlaymont, le siège de la Commission européenne, à Bruxelles. Un calme inhabituel règne dans le bâtiment – c’est les vacances ! Mais certains, au huitième étage, guettent l’écho des fureurs du monde.

« Ces dernières semaines, les conditions humanitaires ont empiré de façon spectaculaire, en Syrie et dans les pays voisins, nous dit Kristalina Georgieva, la commissaire européenne à l’Aide humanitaire et à la Réponse aux crises. Depuis juillet, il n’y a plus de refuge possible en Syrie, il n’y a plus de place où fuir dans le pays. Les Syriens fuient donc à l’étranger : en Jordanie, au Liban, en Turquie. Or, c’est une région très sensible. La contagion pourrait y être dramatique… »

Avant la réunion du 30 août du Conseil de sécurité de l’ONU, la responsable européenne lance un appel : « La communauté internationale doit s’unir sur l’humanitaire ! Ce que nous demandons à la communauté internationale, c’est que l’absence de solution politique ne soit pas un obstacle à l’aide humanitaire ».

Kristalina Georgieva soulève un premier point : « Nous ne sommes toujours pas convaincus que la communauté internationale a été assez ferme avec le gouvernement syrien – et aussi avec l’opposition – sur le respect de la loi humanitaire internationale : il faut protéger les civils et permettre aux travailleurs humanitaires de faire leur travail. Des choses horribles sont en train de se produire, dont sont victimes des civils, il y a de la torture… »

Des deux côtés ? « Oui, mais évidemment le gouvernement a plus de responsabilités sur ses épaules, parce que… c’est le gouvernement, et aussi parce que l’armée est extrêmement bien armée. Elle utilise de l’armement lourd contre des civils. Il faut être très clair ; ça doit cesser ! Dans une guerre civile, les parties ont des obligations. Tuer des civils, c’est un crime de guerre ! Tirer sur des ambulances, c’est un crime de guerre ! Le conflit se terminera un jour, mais les crimes de guerre resteront là, sombre héritage, suspendu au-dessus du pays… »

Deuxième point : « Les besoins augmentent de façon exponentielle. Le Croissant-Rouge syrien fait du très bon travail, mais il faut augmenter le nombre de travailleurs humanitaires sur place. Le gouvernement syrien a accepté un plan d’action humanitaire : que l’ONU augmente sa présence dans le pays, que les organisations de l’ONU se déploient dans les quatre villes les plus touchées, que huit ONG internationales puissent travailler en Syrie – en plus du CICR. Mais le gouvernement n’agit pas assez vite : il ne donne pas de visas… Nous, Européens, déjà premiers donateurs, si nous avons plus d’accès, nous augmenterons encore notre aide : je m’y engage. Mais il faut des capacités d’action et de contrôle en Syrie même – dans tout le pays ».

Mais où est le problème avec la communauté internationale ? « Au plus haut niveau au Conseil de sécurité », répond la commissaire européenne. La Russie, la Chine ? « Fin août, je crois qu’il y a une chance d’“embarquer tout le monde” sur la question humanitaire, ajoute-t-elle prudemment. Nous sommes tous signataires de la Convention de Genève. Nous voulons tous sauver des vies innocentes ».

Et sur le front politique ? « Le retrait des observateurs de l’ONU équivaut à une reconnaissance du fait que les efforts jusqu’ici n’ont pas abouti. Dans la communauté humanitaire, nous espérons le meilleur, mais nous nous préparons au pire. Les perspectives n’incitent pas à l’optimisme. Mais nous ne voulons pas nous retrouver otages de l’absence de solution politique. Au contraire : parce qu’il n’y a pas de solution politique, l’accès humanitaire est encore plus obligatoire ».

Faits du jour

Les combats ont continué à faire rage, mercredi, en Syrie. Leur bilan est de 109 morts, dont 65 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’OSDH a accusé l’armée d’avoir perpétré une tuerie mardi dans la région de Damas, où le bilan dans la seule ville de Maadamiyat al-Cham s’élevait à 42 civils tués, dont certains auraient été sommairement exécutés.

Paris et Washington ont répété hier leur volonté de voir Bachar al-Assad quitter rapidement le pouvoir, après la déclaration mardi à Moscou du vice-Premier ministre syrien Qadri Jamil, disant que le régime était prêt à discuter de cette question dans

le cadre de négociations avec l’opposition. (afp)

Les chiffres

2,5 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire.

1,2 million de Syriens sont considérés comme des « déplacés » dans leur pays.

175.000 Syriens ont trouvé refuge dans les pays voisins : Turquie, Liban, Jordanie.

146,4 millions d’euros : tel est montant total de l’aide humanitaire européenne, si l’on additionne les contributions des Etats membres (77,5 millions, dont 2 de la Belgique) et celle de la Commission. Cela fait 41,3 % de l’aide internationale.

Source : LeSoir

J-6: « forcible rape » et retrait forcé


Une fois de plus, voilà les républicains piégés par leur obsession pour l’avortement. Depuis que le représentant Todd Akin, candidat au Sénat du Missouri, a eu sa sortie sur le viol n’entraînant pas grossesse parce que « le corps féminin a les moyens d’empêcher la fécondation » si c’est un « viol légitime », c’est la panique au parti républicain.

Non seulement, ce genre de déclaration relance l’argument démocrate de la « guerre contre les femmes » menée par le parti républicain, alors que la page venait d’être tournée sur la controverse autour de la contraception, et que « Mitt » rattrapait un peu l’écart (de 15 points) avec Obama chez les femmes, et notamment les indépendantes qui vont décider de l’élection dans certains Etats clefs…

Non seulement le pays se voit de nouveau entraîné dans des débats moyenâgeux (qu’est-ce qu’un « viol forcé » ? un viol « légitime » ? Quel est le taux de naissance en cas de viol ?) au lieu du nombre de jobs créés par Obama  – et les télés se font une fête de retrouver des déclarations passées de conservateurs sur les « sécrétions » que les femmes produisent et qui empêchent les naissances post-viols (néanmoins au nombre de 32.101 par an).

Mais ce sont les espoirs du « GOP » d’emporter la majorité au Sénat qui sont en péril. Le siège du Missouri est l’un des plus fragiles pour les démocrates dans une année où le renouvellement des sièges est plutôt favorable aux républicains.

Last but not least, Todd Akin est un proche de Paul Ryan, la candidat à la vice-présidence. Tous les deux ont présenté un texte à la chambre (HR 3) qui dénie tout financement public aux avortements sauf en cas de « viol par la contrainte » (forcible rape, une catégorie qui figure il est vrai dans les listes du FBI, par opposition à statutory rape, si la victime est mineure).

Pour le tandem Romney-Ryan, il est urgent de  couper le cordon avec Todd Akin, un intégriste il est vrai, qui n’était pas le choix sans risque que le parti aurait voulu pour affronter Claire McCaskill dans le Missouri (pour lui Obama a entraîné le pays vers le « stade 3 du cancer du socialisme » et il ne reste qu’à se « tourner vers Dieu et prier »).

Bref, Todd Akin est prié de se sacrifier pour le bien du parti et de renoncer à sa candidature. Il a jusqu’à 17h00 (heure du Missouri) pour le faire avant la fermeture du bureau d’enregistrement.

Tout le parti cherche à le joindre ce mardi mais il ne prend même plus son ami Paul Ryan au téléphone…  Il n’a parlé qu’à Mike Huckabee, l’ancien pasteur-candidat et animateur de talk show.  Tel un forcené retranché dans sa cabane, il a envoyé une video (Forgiveness) implorant le pardon et la mansuétude de ses compatriotes

L’histoire ne sera pas tendre pour le régime syrien…


Le grand philosophe palestinien, ancien membre de la Knesset, Azmi Bishara, parle de la révolution syrienne.

1)     supposons que l’appauvrissement de la population et la suppression de ses libertés soit marginaux dans le contexte d’un but supérieur tel que la défense de la patrie. Ceci n’aurait de sens que pendant une période  limitée comme par exemple pendant une guerre. De toute façon, de tels buts ne justifient pas la manière dont le peuple doit vivre dans la pauvreté tandis que ses dirigeants vivent dans le luxe. De tels slogans ne justifient pas non plus le déni institutionnalisé et systématique de ses droits. Rien ne justifie la tyrannie et la corruption ni l’appropriation des fruits du travail des masses. Essayer d’exploiter une cause chère au coeur du peuple et du régime pour atteindre ce but est le début de la démagogie et un outil pour préserver uniquement l’existence d’un régime corrompu et tyrannique.

Bien entendu ceci n’enlève rien à la justesse de la cause ainsi exploitée, mais on s’en sert pour légitimer un régime illégitime. La rébellion contre cette tyrannie placera nécessairement l’élimination du régime en première ligne, mais il faut également préserver le caractère sacré des causes justes que le régime exploite. Ceci est d’application quand on en vient au projet étasunien de domination de notre région, par le biais de politiques pour les états arabes favorisant les intérêts d’Israël,  ainsi que la question de la Palestine et le devoir que nous avons de résister à l’occupation à tous égards.

2)     aucun peuple, où que ce soit dans le monde n’accepte la torture, l’emprisonnement injuste, la corruption financière et le musèlement des médias génération après génération peu importe la justification évoquée. Personne non plus n’a le droit d’exiger que ceux qui sont persécutés restent silencieux pour un intérêt  supérieur et sans aucun espoir de changement tout ceci pour apaiser les commentateurs qui semblent penser que la souffrance du peuple est secondaire par rapport à la « question centrale » d’autant plus que tout montre que cette même « question centrale » n’enregistre aucun progrès .

3)     Personne n’a le droit de prétendre avoir « compris » la douleur du peuple et le bien-fondé de ses revendications tout en demandant que ce peuple reste simplement en marge tandis que les dirigeants entreprennent quelques réformes. Aucun être humain n’aime se faire tirer dessus et bombarder et vous ne pouvez pas compter que le peuple qui est mitraillé alors qu’il proteste pacifiquement, reste sans réagir. Si vous ne pouvez pas obliger le régime à réagir pacifiquement à des manifestations pacifiques, alors demander que la rébellion se termine équivaut à exiger que le peuple accepte de se faire tuer et que par conséquent ceux qui sont morts pour la révolution sont morts en vain.

4)     L’histoire ne sera pas tendre pour un régime syrien qui a donné l’ordre aux soldats de tirer sur des manifestants pacifiques. Ces manifestations pacifiques sont ce que le régime craignait le plus et il a donc tout fait pour les écraser dans l’oeuf.

5)     Il semble inévitable que si vous vous faites bombarder, expulser de chez vous, que l’on saccage vos biens, vous tendrez la main à quiconque vous la tend. Ceux qui ont abandonné les révolutionnaires dans la difficulté n’ont pas le droit de leur faire la leçon quant à l’origine de leur soutien spécialement si personne n’est à même de persuader le régime d’entreprendre un quelconque processus de réforme vers la démocratie, voire de céder le pouvoir progressivement.

6)     Il n’y a rien de mal à ce qu’un peuple cherche sa dignité et sa liberté ; ce n’est pas un péché que ces jeunes aient pris les armes face à un régime barbare. Le seul coupable est le régime. On prétend que les premières protestations ont été le fait d’une conspiration étrangère et on passe sous silence les démarches diplomatiques arabes , toutes refusées par le régime, en faveur d’un transfert progressif de pouvoir, comme le plan de août 2011 pour la formation d’un gouvernement d’unité nationale-qui semble maintenant fantaisiste-  qui aurait préparé des élections présidentielles en 2014,  et comme  le plan de janvier 2012 pour le transfert du pouvoir au vice-président. Aucune de ces propositions n’a jamais visé à démanteler l’armée syrienne ou à saper le moral de l’armée

7)     le devoir du leadership révolutionnaire et de l’opposition politique à ce stade est de rester vigilant en ce qui concerne les puissances qui soutiennent leurs efforts et à l’égard de leurs motivations politiques. Il incombe à ce leadership révolutionnaire de préserver la souveraineté et l’identité de la Syrie, d’empêcher que le soutien étranger à la révolution devienne une tête de pont pour les plans ultérieurs de ces puissances étrangères.

8)     Malgré ce qui précède je peux comprendre la confusion et l’angoisse ressentie par bon nombre de patriotes arabes au sujet des événements de Syrie. Ce n’est pas seulement l’angoisse partagée par ceux qui sont choqués par les vastes étendues de cette partie de la patrie arabe touchées par la décision du régime de choisir l’option de Samson, c’est aussi une angoisse politique plus nuancée. À considérer les états qui soutiennent actuellement la révolution syrienne, ou qui du moins le prétendent, on peut voir qu’aucun d’entre eux n’a jamais été démocratique et qu’ils se sont en fait opposés à toutes les autres révolutions arabes. Incontestablement, ces états le font pour des raisons entièrement différentes : la politique étrangère de la Syrie et le soutien de ce pays aux mouvements de résistance de Palestine et du Liban. Le recours au sectarisme pour souffler sur les flammes de la révolution est également présent et très inquiétant : dans notre partie du monde, le sectarisme est non seulement répugnant, il est mortel. Néanmoins, quelles que soient l’angoisse et la confusion éprouvées par un observateur extérieur devant ces questions, l’angoisse et la confusion ne peuvent pas être la politique du peuple syrien et de la révolution syrienne. Le peuple syrien n’est pas un observateur extérieur ; il doit choisir entre aller de l’avant ou se replier et avoir affaire à une nouvelle série de bandits enhardis et méprisables. Le peuple syrien ne peut pas se permettre de se poser des questions au sujet de l’identité de ceux qui soutiennent sa révolution car son seul souci porte sur le nombre limité de ses partisans et du caractère limité et prudent  de leur soutien.

9)     Un intellectuel véritablement patriotique acquis aux valeurs démocratiques ne doit jamais renoncer à expliquer les dangers d’un sectarisme potentiel et doit dire clairement que les véritables composantes d’un État démocratique se fondent sur la citoyenneté et la justice sociale et qu’il faut éviter de remplacer un type de tyrannie par une autre. Nous ne devons pas non plus oublier le rôle historique joué par la Syrie dans la cause palestinienne et dans le monde arabe plus vaste. Pourtant cet enthousiasme doit se fonder avant tout sur notre souci de soutenir le peuple syrien et de défendre  sa révolution contre la tyrannie. Chanter les louanges du régime Assad est une faute impardonnable qui ne servira qu’à discréditer les causes sur lesquelles se fonde ostensiblement ce soutien au régime syrien.

10)   En ce qui concerne le peuple syrien aucune cause ne peut être plus sacrée que la défense de la vie de ses enfants ; pour lui aucune cause ne peut être plus urgente que la nécessité de renverser le régime d’Assad et de le remplacer par le gouvernement démocratique qu’il mérite.

Source
traduction : anniebannie

A Damas, une prière de l’Aïd al Fitr présidentielle pleine de leçons


A l’occasion de la prière de l’Aïd al Fitr, qui marque la fin du mois de Ramadan, le président syrien Bachar Al Assad a fait sa première apparition publique depuis le 18 juillet. On se souvient que, ce jour-là, une explosion au siège du Bureau de la Sécurité nationale, au cours d’une réunion de la Cellule centrale de Gestion de Crise, avait abouti à la mort de 5 hauts responsables sécuritaires : son beau-frère, le général Asef Chawkat, le ministre de la Défense, le général Dawoud Al Rajiha, le directeur et le directeur adjoint du Bureau de la Sécurité Nationale, les généraux Hicham Al Ikhtiyar et Amin Charabeh, enfin le chef de la Cellule de crise, le général Hasan Tourkmani. On n’est pas obligé de considérer que cette liste, établie au terme d’une série de révélations partielles, est désormais exhaustive et définitive. Le débat relancé par les confidences du vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov au quotidien Al Watan – qui ont été démenties par son administration… mais confirmées, enregistrement à l’appui, par le journal saoudien – , concernant la présence de Maher Al Assad à cette réunion dont il serait sorti très… diminué, confirment ce que beaucoup pensaient. A savoir qu’il serait étonnant qu’une opération de cette ampleur n’ait fait de victimes que parmi les participants de premier plan, épargnant la totalité des seconds couteaux et du personnel administratif.

Prière de l’Aïd al Fitr à la mosquée Al Hamad (19.08.2012)

Quoi qu’il en soit, en accomplissant la prière, le matin du dimanche 19 août, à la mosquée Al Hamad de la capitale, le chef de l’Etat syrien aura permis de constater que, en dépit des efforts qu’il déploie pour donner le change, il vit désormais dans la crainte de subir le même sort que ces anciens hauts collaborateurs.

Il a d’abord choisi – ou on aura choisi pour lui – pour sacrifier au rite, un lieu dont l’emplacement à l’extrémité du quartier de Mouhajirin, et dont la proximité avec l’esplanade du Mausolée du Soldat inconnu, à quelques centaines de mètres plus à l’ouest, devaient lui permettre de prendre la fuite en quelques secondes en cas de menace et de regagner sa forteresse, le Palais du Peuple, de l’autre côté de la vallée du Barada. En comparaison, le chef de l’Etat s’était montré presque audacieux lorsqu’il s’était rendu, le 6 novembre 2011, dans la ville de Raqqa située à plus de 350 km à vol d’oiseau de son palais, pour y célébrer l’Aïd al Adha en présence de fidèles triés sur le volet.

Alors que, par précaution, la télévision syrienne s’est abstenue de mentionner le nom de la mosquée où Bachar Al Assad accomplissait son devoir jusqu’à son départ des lieux, des mesures exceptionnelles de sécurité avaient été mises en place la veille tout le long du trajet que celui-ci devait emprunter… dévoilant prématurément ce qui devait rester secret. L’arrivée de plusieurs cars d’officiers et soldats de la Garde républicaine dans le secteur Khorchid du quartier de Mouhajirin, dont ils avaient interdit l’accès après la prière de l’après-midi du samedi 18 août, avait fait comprendre à ses habitants de quoi il retournait. Quant aux habitants de Doummar, ils n’avaient guère eu plus de peine à imaginer pourquoi, au lieu de les laisser emprunter la voie menant de chez eux à la capitale via l’esplanade du Mausolée, des agents de la sécurité les avaient soudain refoulés, provoquant un immense embouteillage.

Emplacement de la mosquée Al Hamad

Le chef de l’Etat a ensuite opté pour une mosquée à la capacité d’accueil limitée. Le décompte des fidèles réunis autour de lui dans la mosquée Al Hamad permet d’affirmer, sans crainte de susciter les habituelles querelles de chiffres qui accompagnent les mouzâharât (manifestations) de l’opposition et les masîrât (marches) des partisans du régime – qui accompagnaient, devrait-on dire à propos de ces dernières, car à cela aussi le régime a désormais renoncé… -, qu’ils ne dépassaient pas les 150. Parmi eux figuraient des membres du gouvernement et d’autres personnalités politiques : le ministre des Awqafs, Mohammed Abdel-Sattar Al Sayyed, le secrétaire régional adjoint du parti Baath, Mohammed Saïd Bakhitan, le nouveau Premier ministre, Wa’el Al Halqi, tous les trois à la droite du chef de l’Etat ; le mufti général de la République, Ahmed Badreddin Hassoun, et le président de l’Assemblée du Peuple, Mohammed Jihad Al Lahham, à sa gauche ; le ministre des Affaires de la Présidence, Mansour Azzam, au second rang, au côté de l’inévitable Dhou al Himmeh Chalich, assis immédiatement derrière son cousin dont il est le chef des gardes du corps ; le ministre des Affaires étrangères, Walid Al Moallem, discrètement installé au fond de la salle de prière… Le reste de l’assistance était composée d’hommes de religion, de hauts fonctionnaires et des agents de la sécurité présidentielle. Il ne restait donc plus de place pour les habitants du quartier qui ont été refoulés.

Encore une fois, l’absence du vice-président Farouq Al Chareh a été remarquée. Mais, si sa participation à cette prière aurait été bienvenue pour mettre un terme définitif aux rumeurs qui enflent de jour en jour à son sujet, force est de reconnaître que sa présence aurait été contraire aux usages protocolaires en la matière. Il est en effet de règle, en Syrie, que le chef de l’Etat et son premier vice-président n’assistent jamais en même temps à la prière. Cette règle de sécurité instaurée par Hafez Al Assad, qui considérait sans doute que les mosquées ne constituaient pas pour lui des lieux sûrs, n’a jamais connu de dérogation sous Bachar Al Assad. Les Syriens et les autres continueront donc de s’interroger sur la signification de l’occultation prolongée de l’ancien ministre des Affaires étrangères. Certains croient savoir qu’il a déjà pris le large mais qu’il n’est pas encore parvenu à quitter son pays, l’Armée Syrienne Libre attendant le moment opportun pour l’aider à franchir la frontière et à se réfugier dans un pays voisin.

Farouq Al Chareh

Une autre présence aurait apporté réponse à la question que les Syriens se posent, par curiosité plus que par compassion, sur le sort du secrétaire national adjoint du parti Baath, Abdallah Al Ahmar. On le dit détenu ou assigné à résidence depuis plusieurs semaines, suite à l’expression de doutes sur la stratégie du tout répressif choisie et ordonnée par le chef de l’Etat. Il faudra donc attendre encore pour savoir ce qu’il en est.

Plusieurs autres « anomalies » ont été relevées par les observateurs.
Le reportage de la cérémonie n’a pas commencé à l’extérieur, à l’arrivée du cortège du chef de l’Etat devant la mosquée, mais alors que celui-ci, déjà entré dans la salle de prière, se dirigeait vers sa place au centre du premier rang.
Le sermon du prédicateur, le cheykh Mohammed Kheir Ghantous, n’a duré que cinq minutes. C’est peu pour un homme si savant, sur qui le choix présidentiel ne s’était pas porté par hasard. Cela signifie surtout que Bachar Al Assad, en dépit de l’intérêt qu’il aurait pu prendre à ses propos, ne tenait pas à s’attarder.
Au total, l’ensemble de la cérémonie, prière et prône compris, n’aura pas duré plus de 11 minutes.
Dès la fin du sermon, la caméra a fait un plan fixe de plusieurs minutes sur le mihrab de la mosquée, avant de mettre fin subitement à l’émission. Les téléspectateurs n’ont donc pas vu, contrairement à l’habitude, le chef de l’Etat quitter la mosquée. Ils n’ont donc pas vu non plus que, à l’inverse de l’Aïd al Fitr du 30 août 2011 et de l’Aïd al Adha du 6 novembre 2011, Bachar Al Assad ne prenait pas le temps de recevoir les félicitations des fidèles, à l’intérieur et à l’extérieur de la mosquée.

Bachar Al Assad durant la prière de l’Aïd al Fitr

Tout cela confirme que le chef de l’Etat, qui est apparu à certains moments perdu dans d’étranges pensées, n’est guère rassuré sur sa propre situation.

source

Rapport : « 4550 Palestiniens, dont 220 enfants, emprisonnés par Israël »


dimanche 19 août 2012 – 09h:30

Saed Bannoura – Imemc et Agences

Abdul-Nasser Farawna, chercheur palestinien et ancien prisonnier politique, rapporte qu’Israël détient actuellement en captivité 4550 Palestiniens, enfermés dans 17 prisons, centres de détention et centres d’interrogatoires, et il ajoute que 220 enfants palestiniens sont toujours emprisonnés par Israël.
(JPG)

(archives Palestinian Detainees Paltimes)

S’entretenant avec Maan News Agency, Farawna déclare que l’armée procède à des invasions et des arrestations sur une base quotidienne, et que les soldats enlèvent généralement une dizaine de Palestiniens chaque jour.

Farawna indique que 220 enfants sont en ce moment emprisonnés par Israël et confrontés à des violations permanentes, en plus de subir de mauvais traitements et de tortures durant leurs interrogatoires, les mêmes que ceux auxquels sont alors confrontés les détenus adultes.

Deux cent cinquante Palestiniens sont actuellement emprisonnés en vertu d’ordres de détention administrative, sans chefs d’accusation ni procès. Six Palestiniennes sont également détenues par Israël, notamment Lina Al-Jarbouni, des territoires de 1948. Al-Jarbouni a été faite prisonnière il y a plus de dix ans.

Israël détient également captifs 17 parlementaires démocratiquement élus et trois anciens ministres.

Selon Farawna, il y a une diminution notable du nombre de détenus en détention administrative illégale, il attribue ce fait aux grèves de la faim répétées par les prisonniers, pour protester contre les violations constantes à leur encontre, et contre la politique de détention administrative.

Le chercheur déclare en outre que des dizaines de prisonniers de différents pays arabes, principalement de Jordanie, Syrie et Égypte, sont toujours enfermés par Israël.

Farawna évoque ce prisonnier, Sidqi Al-Maqt, qui est l’un des plus anciens détenus palestiniens ; enlevé par Israël en août 1985, Al-Maqt est en prison depuis 27 ans, et il sera libéré le 25 août.

Concernant la ventilation géographique des détenus, Farawna dit que la grande majorité (82 %) des détenus sont de Cisjordanie, 10,3 % de la bande de Gaza, et 7,5 % de Jérusalem et des territoires de 1948.

Il déclare que 537 prisonniers ont été condamnés au moins à une perpétuité, et qu’ils sont 113 à être emprisonnés depuis avant la création de l’Autorité nationale palestinienne en 1994 ; ces détenus ont été condamnés à au moins 20 ans de prison et plus, 85 d’entre eux sont notamment condamnés à passer leur vie en prison, et 28 à plus de 25 ans, dont le détenu Karim Younis, du village d’Ar’ara dans les territoires de 1948, fait prisonnier en janvier 1983.

Bien qu’Israël ait rétabli les droits de visite pour les détenus de la bande de Gaza pour la première fois en cinq ans, 320 détenus gazaouis se voient toujours refusé leur droit à des visites.

Il est toujours refusé aux parents de milliers de détenus de Cisjordanie de rendre visite en raison de considérations de sécurité alléguées par les Israéliens.

18 août 2012 – IMEMC – traduction : JPP (source)

Pétition israélienne : appel aux pilotes des forces aériennes pour refuser de bombarder l’Iran – traduction et texte complet.


19 août 2012

A l’attention des
Pilotes des Forces Aériennes
Forces de Défense d’Israël

Salutations,

Nous publions cet appel qui vous est adressé suite à notre profonde préoccupation et angoisse devant la situation actuelle de ce pays. Nous savons un peu à travers les médias, mais il y a bien plus qui se déroule en coulisses, et dont nous pourrions ne prendre connaissance qu’une fois trop tard. Nous ne connaissons pas vos noms, vos familles, votre situation, vos points de vue ou vos opinions. Mais nous savons une chose – en ce moment, notre destin, notre propre avenir, est pour une bonne part entre vos mains.

Dans un avenir proche, peut-être dans quelques semaines, vous pourriez recevoir l’ordre fatal – d’armer les avions et de décoller pour bombarder l’Iran. Vous aurez, bien-sûr, le choix d’obéir à cet ordre, en acceptant les arguments et les affirmations de ceux qui le donneront sans poser de questions, et tenter de remplir cette mission avec le maximum de professionnalisme. Ceci reviendrait à accepter l’argument selon lequel le bombardement des sites nucléaires iraniens serait essentiel pour la défense de l’état d’Israël, et accepter par conséquence de tirer la première salve d’une guerre dont les conséquences pourraient se révéler catastrophiques pour nous.

Cependant, ce n’est pas le seul choix qui vous est offert. Vous avez l’option de dire « non ». Évidemment, ce n’est pas une option simple. Elle implique de profonds dilemmes professionnels et moraux, et fait courir le risque de perdre un emploi qui est important pour vous et aussi la possibilité d’être poursuivis en justice. Néanmoins, il est de votre devoir d’examiner très soigneusement et sérieusement la possibilité qu’en prononçant ce simple petit mot « non », vous rendrez un service important et vital à l’état d’Israël et à tous ceux qui vivent ici. Ce service serait infiniment plus important qu’une obéissance aveugle à un tel ordre.

Nous aimerions rappeler quelques points que vous connaissez probablement déjà, mais chacun de ces points mérite d’être examiné au moment de prendre la décision.

– De toute évidence, une attaque israélienne, même avec un maximum de succès dans ses objectifs, n’apporterait rien de plus sinon de retarder le programme nucléaire iranien d’un an ou deux.

– Une telle attaque pourrait renforcer le régime iranien et obliger ses opposants les plus virulents à l’intérieur de rentrer dans le rang. Une telle attaque pourrait aussi affecter la situation instable de toute la région, d’une manière imprévisible qui pourrait porter gravement tort à Israël.

– Une attaque contre les sites nucléaires iraniens pourrait provoquer la dispersion de matériaux radioactifs auprès de la population civile, et dans ce cas Israël en tant que pays ainsi que ceux qui ont personnellement effectué le bombardement pourraient être mis un accusation pour crimes de guerre.

– Une attaque israélienne contre l’Iran et la guerre qui éclaterait dans la foulée pourrait aboutir au blocage de détroit d’Ormuz, provoquant une rupture majeure de l’approvisionnement du pétrole, une forte augmentation des prix du pétrole, et une sérieuse aggravation de la crise économique mondiale. Dans ce cas, les opinions publiques en Europe et aux Etats-Unis pourraient rejeter la faute sur Israël, avec des conséquences très graves et d’une grande portée.

Et finalement : nous savons que lorsque vous partez en mission, vous êtes prêts à accepter les risques personnels inhérents à son exécution. Pourtant, vous devriez prendre en compte la possibilité que dans le cas malheureux où ne serait-ce que l’un d’entre vous soit capturé, l’état d’Israël aurait à faire face à des dilemmes moraux et politiques infiniment supérieurs à ceux qui se sont posés dans le cas de Gilad Shalit.

Pour résumer, nous considérons qu’une décision de lancer une attaque contre l’Iran constitue un très mauvais pari, qui ferait courir des risques énormes pour l’état d’Israël sans résoudre son problème principal. Comme nous l’avons déjà dit, même une opération la mieux réussie n’arrêterait pas le programme nucléaire iranien mais ne ferait que le retarder – et pour ce retard temporaire nous aurons tous à payer un prix exorbitant, peut-être un prix terrible. Vous, les pilotes des Forces Aériennes – plus que tout autre – ont entre vos mains le véritable pouvoir d’éviter cette catastrophe.

Personne ne peut prendre la décision pour vous. Nous espérons – pour vous comme pour nous – que si la question devait se poser, vous serez capables de prendre la bonne décision.

http://www.atzuma.co.il/tayasim

Traduction de l’anglais par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles

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