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Homs en danger : dégâts infligés au quartier historique de Bab al-Turkman
Si vous connaissez l'anglais, il y a aussi mon site parallèle, mais non identique http://bandannie.wordpress.com
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Le Monde.fr | 09.08.2012 à 20h06 • Mis à jour le 09.08.2012 à 20h56
Par Shahzad Abdul
Après une journée marquée par de violents bombardements à Alep, l’ASL réclame l’instauration d’une « zone d’exclusion aérienne ». Sa mise en place comme son efficacité restent incertaines.

En Libye déjà, l’installation d’un couloir aérien protégé, ou « zone d’exclusion aérienne », était l’une des principales revendications des opposants au feu Mouammar Kadhafi. On connaît la suite : la surveillance aérienne du pays par la coalition s’est transformée en appui militaire pour les forces au sol. Poussés hors du quartier symbolique de Salaheddine, à Alep, par une journée d’intenses bombardements aériens des forces armées syriennes, les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL, opposition) en appellent à leur tour à cette « no fly zone », qui impliquerait une interdiction de survol de son propre territoire par les aéronefs du régime.
Lire : Syrie : les rebelles ont quitté leur bastion de Salaheddine
Cette initiative requerrait un mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies, impliquant un consensus peu évident sur une intervention internationale en Syrie. Les vetos russe et chinois à répétition condamnent a priori cette issue. « Passer outre [ce mandat] – comme on l’a déjà fait au Kosovo en 1999, laisserait forcément la France de côté, qui a martelé ne pas souhaiter agir en dehors du cadre de l’ONU. En réalité, cela signifie que les Etats-Unis et leur allié Britannique iraient seuls sur ce front. Mais là encore, la Maison Blanche n’interviendrait sûrement pas en période électorale », explique Philippe Migault, spécialiste des questions de défense à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Une telle intervention nécessite également un déploiement militaire considérable. « Les bases pour les avions chasseurs sont rares dans la région. La première se trouve en Turquie. Mais le précédent irakien de 2003 montre que sa coopération avec les Etats-Unis reste fragile. Et Israël, pour des questions politiques, ne prêtera pas ses bases. Il faudrait donc frapper de plus loin, depuis des porte-avions dans l’océan Indien ou la Méditerranée », poursuit le chercheur. L’autre solution consiste à anéantir les bases de l’armée de l’air syrienne à l’aide de missiles de croisière.
« S’ENGAGER, C’EST ACCEPTER QU’IL Y AIT DES PERTES »
L’efficacité d’une telle zone d’exclusion reste aussi incertaine. Car même sans aviation, l’armée de Bachar Al-Assad compte des milliers de chars et d’hommes. « Seule, elle ne suffira pas », estime Philippe Migault. Il y a quelques mois, l’ASL a déjà demandé une sorte de couloir aérien humanitaire, vers la frontière turque, qui lui aurait permis d’y établir une sorte d’état-major. Une version que Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l’IRIS, juge « plus réaliste ». Déjà mis en place après la première guerre du Golfe (1980-1988), lorsque Saddam Hussein lançait des offensives contre les chiites au sud ou les kurdes au nord, « le ‘outhern watch’ et le ‘northern watch’ avaient été efficaces », se souvient le chercheur et spécialiste de la défense aérienne.
Les combattants de l’ASL pris sous les bombardements voient toujours peser au-dessus de leurs têtes la menace aérienne. Wassel Ayoub, commandant de la brigade Nour Al-Haq, a affirmé avoir subi un bombardement « inouï » ce matin. Mais pour Philippe Migault, l’armée syrienne n’a rien de comparable avec celle de la Libye : « Ici, décider de s’engager, c’est accepter qu’il y ait des dommages collatéraux, et des pertes en hommes. »
Shahzad Abdul
LE MONDE | 09.08.2012 à 16h23 • Mis à jour le 10.08.2012 à 06h46

Discount garage, Degriff électroménager, Dya shopping, Babou, Lidl… Bienvenue au royaume des « 99 » après la virgule. « En fonction des promotions, il m’arrive de faire mes courses dans plusieurs grandes surfaces dans une même journée, explique une assistante maternelle à la sortie de l’un de ces supermarchés discount. Je compare les prix et je sais si un produit a augmenté de 10 centimes d’une semaine sur l’autre. » Elle vient de renoncer à du hachis de boeuf, passé depuis la semaine précédente de 3,99 à 4,29 euros, et s’apprête à l’acheter ailleurs. « Avant, pour 50 euros, on avait plus ou moins un charriot plein, commente une autre. Maintenant, on en a moins pour la même somme. Le Caddie se vide de plus en plus. »
Face à la hausse continue des prix du carburant, au passage à l’euro dont on a le sentiment de ne toujours pas avoir fini de payer la facture, face à la crise et son lot de petits boulots, de temps partiels et d’allocations, chacun improvise sa solution. On bricole, on rationne, on calcule, on plante et on récolte, on économise sur les « petits plaisirs »… Bref, on survit.
A La Courneuve (Seine-Saint-Denis), c’est Annie qui s’emporte contre sa petite fille : « Elle se rend pas compte : elle fait préchauffer le four dix minutes et ensuite c’est encore dix minutes pour cuire sa pizza surgelée. Mais c’est une cuisinière électrique, et moi je peux pas me permettre de voir augmenter la facture EDF ! Vaut mieux aller acheter une grande pizza à emporter pour tout le monde, ça revient moins cher. »
Des calculs anecdotiques ? Des économies de bouts de chandelle ? Mises bout à bout, ces pratiques minuscules racontent cette France qui galère. Pour comprendre ce qui se joue chaque jour dans les replis de ces existences modestes, il a fallu du temps. Pousser la porte d’un jardin ouvrier, franchir le perron d’un appartement, s’asseoir dans le canapé d’un salon, boire un soda dans la cuisine, parler de tout et de rien.
CORNED-BEEF
Ce jour-là, à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), c’est au détour d’une conversation que notre interlocuteur nous fait part d’une recette de cuisine de son cru : les « pâtes à papa ». Il n’a pas envie qu’on le raconte. Toujours cette même histoire de chômage honteux. Ancien tailleur de pierre, licencié économique en 2002, il avait enchaîné les petits boulots avant d’entrer dans une période de chômage indéterminée, il y a trois ans. Après avoir épuisé toutes les aides disponibles, les derniers revenus de ce père de 48 ans marié à une vendeuse de supermarché étaient l’allocation de solidarité spécifique (ASS), soit 473 euros par mois.
Les « pâtes à papa », donc : un plat unique et complet (féculents, légumes, protéines) préparé dans un grand faitout que l’on pourra réchauffer plusieurs fois dans la semaine. Ses ingrédients ? Des pâtes, des carottes, des tomates et un fond de sauce réalisé avec un aliment présentant l’avantage « d’avoir du goût et d’être bon marché » : du corned-beef en boîte. Nous qui pensions que cette préparation à partir de viande de boeuf, popularisée par les Américains à la fin de la seconde guerre mondiale, avait disparu des rayonnages… Erreur ! Comment ne pas voir dans son utilisation, même ponctuelle, la résurgence d’une époque où les populations étaient démunies et avaient faim ?
A Avallon (Yonne), trois enfants entrent dans la petite épicerie de Patrick Prugnaud, près de la place du marché. L’aîné a une liste à la main. Coquillettes, gâteaux, sauce tomate, beurre. « Ils sont quatre, leur mère les élève seule avec un salaire d’aide-soignante. Un jour, elle m’a demandé si elle pouvait me payer le lendemain, puis le surlendemain. Et, en décembre, il y a eu les cadeaux des enfants, et elle m’a demandé encore un petit délai. Je lui fais confiance, elle règle toujours vers le 28, quand le salaire tombe. »
Même si sa femme « n’aime pas trop ça », depuis quelques années, Patrick Prugnaud est bien obligé d’accepter des « petits crédits ». « Je suis épicier, moi, je ne suis pas seulement commerçant. Je gagne ce que je gagne, je sais bien que la vie est difficile. » Punaisée sur le tableau de liège, une liasse de tickets raconte les petits arrangements avec le calendrier, rythmé par le virement du petit salaire unique, des allocations familiales, de l’aide au logement, de la pension de retraite, du RSA ou des bons d’achat du service social. « Au début du mois, ça achète un peu plus. Et à partir du 15, ça freine. Ou même dès le 10 maintenant, avec la crise. »
RIZ CONTRE HARICOTS VERTS
En trente-quatre années passées dans les écoles de La Courneuve, Françoise Tirante a vu la population se paupériser, jusqu’à ne peut plus pouvoir s’en sortir. « Les gens sont étranglés. Même ceux qui travaillent, car ils ont de petits salaires ou sont à temp partiel. On n’a pas de parents ingénieurs par ici ! L’autre jour, un parent d’élève qui travaille en CDI dans une cuisine collective me dit : « Moi j’ai toujours un travail, mais je ne vais peut-être plus pouvoir payer mon loyer »… «
Les appartements trop petits pour la grande famille, les factures impayées, les mères seules avec enfant qui peinent à joindre les deux bouts, ce sont des situations que l’on connaît trop bien ici. « Comment voulez-vous faire, tout augmente sauf les salaires ! Il y a deux ans, lorsqu’ils ont refait les quotients familiaux en mairie, 60 % des gosses sont passés au tarif minimum ! 60 % ! » Elle s’emporte : « Et ensuite on entend partout qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour ? Mais je rigole moi ! Vous avez vu les prix ? Avec un kilo de riz ou de semoule, vous faites manger votre famille à sa faim ! Pas avec un kilo de haricots verts ! »
Au cours de l’année, plusieurs personnes nous ont raconté comment elles passent leur temps à « recycler » des plats préparés en début de semaine afin d’optimiser au mieux le contenu de leur réfrigérateur. Les « anciens », auxquels on ne s’est jamais autant référé, ne faisaient-ils pas pareil quand les temps étaient « durs » ? A cette époque, grand nombre de familles possédaient un lopin de terre où faire pousser leur consommation personnelle.
LE RETOUR DES JARDINS OUVRIERS
Signe qui ne trompe pas : les jardins familliaux – on ne dit plus ouvriers, même dans une ville aussi prolétaire que Saint-Pierre-des-Corps – connaissent une deuxième jeunesse. Ici, une attente de trois ans est nécessaire pour acquérir le droit de louer une parcelle de 200 m2. Avec un budget limité, un jardinier amateur peut produire en une année « de quoi nourrir trois foyers en légumes », nous expliquait l’un d’eux. Le prix d’une salade en supermarché vaut, peu ou prou, celui d’un sachet de graines avec lequel on fera pousser 50 salades.
« Nos adhérents sont en grande majorité des retraités qui touchent des petites pensions ou des bénéficiaires de minima sociaux, raconte Marie-France Puéchavy, la présidente de l’association. Tous vivent en immeuble et, s’ils viennent ici, c’est d’abord pour produire et consommer des légumes et des fruits qui leur coûteront moins cher qu’en supermarché. » Depuis « environ quatre ou cinq ans, estime-t-elle, le nombre des demandeurs est en augmentation constante ». Une dizaine de jardins se libèrent tous les ans ; il en faudrait deux ou trois fois plus. Une extension a certes été ouverte il y a quelques années : la liste d’attente des requérants n’en cesse pas moins de s’allonger.
A la campagne aussi, les jardins potagers permettent – plus que jamais – de réduire le budget alimentation des familles nombreuses. A Mézères (Haute-Loire), ce matin-là, Félix Ramel a déjà sorti de terre plus de 100 kg de pommes de terre. Au bord du potager attend sa voiture et une remorque pour ramener sa lourde cargaison. « On est cinq familles à se nourrir là-dessus », plaisante-t-il. Le budget « légumes » de ses enfants en est grandement allégé. « Ils n’achètent presque rien », confirme Félix.
Autre activité dont le succès en dit long sur les difficultés actuelles : les lotos. A Saint-Pierre-des-Corps, il s’en organise au moins un par week-end, entre octobre et mars. Finie l’époque où les lots à gagner étaient exclusivement composés d’appareils électroménagers à l’obsolescence programmée (cafetière, grille-pain, télé…). La mode est désormais aux bons d’achat et aux chariots remplis de victuailles. Là n’est pas l’unique raison qui pousse les gens à jouer, bien sûr. Comme pour les jardins ouvriers, la convivialité est autant si ce n’est plus importante. Reste que la perspective d’améliorer l’ordinaire est bien là.
Au « pays où la vie est moins chère », on a ressorti vélos et cyclomoteurs des garages. Oui, ces bonnes vieilles « mobs » robustes et pétaradantes aux couleurs bleu passé ou orange éteint et aux sacoches fatiguées. Et tant pis si plus aucune station-service ne vend de « mélange » pour cyclomoteur, on confectionne soi-même sa mixture huile-essence. Ce sera toujours moins cher qu’un plein.
Le Point.fr – Publié le 07/08/2012 à 17:53
Ses yeux fixent la camionnette qui s’éloigne. Sur le pas de sa porte, cet homme à la djellaba blanche voit partir sa famille et une partie de son mobilier. Toute sa vie. Lui reste sur le palier de sa petite maison à Alep, au nord de la Syrie, à surveiller l’avion de combat qui survole la zone. Les fumées blanches des obus fendent le ciel. Son souffle se coupe. Il rentre, le temps que le bruit sourd de l’explosion retentisse. Cet homme âgé, à la barbe blanche, préfère rester chez lui, là où il a toujours vécu, dans ce quartier de Sakhur à l’est d’Alep. De peur d’être pillé. Depuis le 4 août, la capitale économique du pays est pilonnée par l’armée loyaliste.
Sur la route menant au nord du pays, une voiture, les amortisseurs pliés par le poids, est arrêtée sur le bas-côté. Mohamed remet de l’essence coupée à l’eau, vendue dans des bouteilles en plastique. Le fuel manque et les prix flambent. Le coût du litre flirte avec les 4 dollars. Lui aussi a fui la deuxième ville du pays avant l’assaut de l’armée de Bachar el-Assad. La nuit précédente, avec sa famille, il dit avoir dormi dans un champ, à l’ombre des oliviers, pour se cacher des hélicoptères et des avions qui survolent la zone. « On est plus en sécurité dehors », pense-t-il.
Difficile de déterminer le nombre de familles qui ont pris la fuite d’Alep pour regagner la Turquie ou le nord du pays. Selon le ministère turc des Affaires étrangères, quelque 47 500 Syriens auraient franchi la frontière. Dans les villages du nord de la Syrie, les écoles ont souvent été réquisitionnées par l’armée syrienne libre et transformées en abri. Comme à Souran.
Un drapeau aux couleurs de la révolution syrienne (vert, blanc et noir, frappé de trois étoiles) flotte en haut d’une ligne à haute tension. Au pied du pylône, malgré la chaleur écrasante, des enfants jouent dans la cour de cette école. Ils viennent du quartier de Tarik el-Bab, à Alep. Et sont arrivés au début des violences, le 20 juillet, lorsque des hélicoptères ont commencé à tirer sur leur quartier. « Nous ne sommes pas habitués à une telle violence. Nous sommes partis vite, avec nos enfants sous les bras », raconte Raba Hani, 60 ans, une jupe à fleurs et un foulard crème. Dans les salles de classe, des enfants dorment sur des matelas. Des femmes ont improvisé une cuisine dans une autre avec des ustensiles emportés à la va-vite. Pas de travail, pas d’argent, les hommes présents dans le couloir énumèrent les difficultés, et n’omettent pas de remercier l’armée syrienne libre de les aider en leur distribuant de la nourriture. « On espère que la révolution va nous apporter une vie meilleure », souhaite Abou Djassem, 30 ans, père de quatre enfants et mécanicien qui vivait avec moins de 250 euros par mois pour plus de 12 heures de travail par jour.
Du linge sèche sur les grilles du couloir de l’école. Alors que sa grand-mère se montre peu loquace, Abdellatouf est plus bavard. Du haut de ses cinq ans, un visage poupin, il s’exprime remarquablement bien. Lui « n’aime pas Bachar el-Assad ». « Il nous tue », répète-t-il. Entouré de ses frères et soeurs et de ses cousins, ce bout de chou en jogging noir imite le bruit de l’avion et des bombardements. La tête haute, il avoue avoir eu peur, et même avoir pleuré. Mais ce qui l’a le plus marqué reste sûrement le fait d’avoir vu sa famille ne pas savoir comment fuir : « On ne trouvait pas d’endroit où aller. » Le soir, il entend les hélicoptères au-dessus de sa tête, comme la veille, lorsqu’il a voulu s’acheter une glace. Il l’a vu, assure-t-il. En fin de journée, alors que l’heure de l’iftar, la rupture du jeûne, est annoncée par le chant du muezzin, un hélicoptère survole plusieurs villages au nord d’Alep. Parfois, quelques lumières rouges fendent le ciel noir. « Des roquettes », disent les habitants, mais difficile de savoir.
Les déplacements ne concernent pas que les Aleppins. Et des familles des villages du Nord ont aussi pris la fuite, il y a plusieurs mois, à l’image d’Abderrahman. Âgé de 64 ans, cet homme aux cheveux blancs a quitté le village d’Azzaz il y a cinq mois, conduisant toute sa famille sur un tricycle à moteur à Toukli, une petite bourgade. « Un hélicoptère tirait sur nous. Notre maison a été détruite par des obus quand on est partis », raconte-t-il depuis la petite école municipale. Les villageois leur ont donné de la vaisselle, des matelas et quelques vêtements. Quelques bouteilles d’huile, sur lesquelles sont collées les étiquettes du Programme alimentaire mondial, sont posées dans une salle où un large tableau noir est accroché au mur, qui sert désormais de cuisine. Sans gaz, sa femme cuisine à l’extérieur, dans un pot en terre cuite, comme le faisait sa mère, il y a plus de 50 ans, dit-elle. Les chaises et tables d’écoliers sont entassées les unes sur les autres à l’extérieur. Un de leurs fils, Hassan, parti sans chaussures, était importateur de prêt-à-porter. Son magasin a également été la cible des tirs.
À Azzaz, une des premières villes du nord du pays à être libérée le 19 juillet, les habitants réinvestissent les rues. Nettoient les dégâts, balaient les rues. Certains rentrent chez eux pendant que les enfants jouent sur les chars de l’armée de Bachar el-Assad, encore stationnés sous les décombres. Abderrahman, lui, aimerait rentrer : « Mais comment on reconstruit ? On n’a pas de travail et pas d’argent… »
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Au cours d’une prestation, lundi 6 août au matin, sur la chaîne de radio France Info, le Dr Bassam Tahhan, professeur de géopolitique et de Lettres arabes au Lycée Henri IV à Paris et porte-parole du « Collectif pour la Syrie« , a tenu sur la situation à Alep, la ville dont il est originaire, et sur la révolution en cours dans son pays, des propos caricaturaux qui ont surpris, fait réagir et scandalisé un certain nombre d’auditeurs.
Le professeur Bassam Tahhan © France Info
Ils auraient trouvé cocasse, si les temps n’étaient pas si dramatiques pour les Syriens en général et pour les habitants d’Alep en particulier, de l’entendre déclarer que « ce qui se passe est très simple. On voit le quartier Hanano qui est investi par une sorte d’exode rural des gens qui ont fui les combats des villages. Mais ce sont des gens anti-Assad. Donc ils ont investi et ils essayent, eux, de pénétrer dans la vieille ville. Alors l’armée, effectivement, les bombarde (ces quartiers). C’est des sortes de HLM qui remontent aux années 1960. Mais ce ne sont pas des Alépins. C’est-à-dire que le gouvernement a été pris (sic) par cela. Il a offert l’hospitalité à ces réfugiés, hein, voilà… ». Autrement dit, si vous n’avez pas compris, les véritables Alépins ne sont pour rien dans une situation de guerre qui leur serait en quelque sorte imposée par de méchants villageois hostiles au pouvoir en place, que les autorités, dans leur très grande mansuétude, avaient pourtant acceptés sur leur territoire.
Selon le Dr Tahhan, « les autres combats qui se déroulent, c’est entre la citadelle et les quartiers chrétiens. Comme sur Internet les islamistes ont menacé les chrétiens d’Alep, il y a actuellement des Unités spéciales qui encerclent tous les quartiers chrétiens d’Alep et les combats se déroulent entre la citadelle et ces quartiers chrétiens« . Autrement dit, si vous n’avez pas compris, de méchants islamistes s’emploient à terroriser à Alep d’innocents chrétiens qui ne leur ont rien fait, mais qui peuvent heureusement compter sur le dévouement des Forces spéciales d’un régime, ultime rempart des minorités. En dépit des 3 contacts téléphoniques qu’il se prévaut d’avoir quotidiennement avec des habitants de la ville, le professeur Tahhan semble ignorer que bien d’autres quartiers, suspectés d’abriter eux aussi des rebelles, sont la cible depuis plusieurs jours de violents bombardements, non pas des seules Forces spéciales, mais de l’artillerie, des blindés, des hélicoptères de combat et des avions de guerre de l’armée du régime, qui préparent le terrain en vue de l’assaut final et de l’intervention des soldats, des moukhabarat et des autres combattants à la solde du régime.
Le quartier de Salaheddin à Alep, après son bombardement par l’armée syrienne
Selon le professeur, « les habitants d’Alep ne manquent de rien. Ils ne manquent pas de pain. Pas du tout. Ils ne manquent que de bonbonnes de gaz« … Interrogé sur la raison des files d’attente qui s’allongent alors devant les boulangeries, le Dr Tahhan a nié le fait. Il a préféré mettre en cause la crédibilité de la presse et les médias, qu’il a accusés de reprendre sans les filtrer les fausses informations diffusées par une organisation… dont il a été incapable de citer le nom exact. On rappellera donc à cet expert qu’il n’existe pas d’Office des Droits de l’Homme de Londres, et que, si la capitale britannique héberge un tel bureau, celui-ci n’a rien à voir avec l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) [Créé à Londres autour de 2006 pour attirer l’attention sur les multiples violations des Droits de l’Homme en Syrie sous la présidence de Bachar Al Assad, cet organisme auquel journalistes et experts se réfèrent souvent comme à une création récente, n’avait jamais posé problème avant le début de la révolution. Il a alors été accusé, sans aucune preuve, d’être sous l’influence des Frères musulmans et de diffuser des informations tendancieuses contre le régime syrien, alors que son directeur, Rami Abdel-Rahman est un laïc avéré et que les Frères disposent, avec la Commission Syrienne des Droits de l’Homme, de leur propre organisation]. En revanche, le Dr Tahhan savait « comme tout le monde » – c’est du moins ce qu’il affirme – que l’Office en question est « aidé par les services secrets britanniques… et c’est très peu fiable quand on vérifie cela« . Comprenne qui peut.
Echappant en spécialiste aux manipulations dont seraient victimes les médias, le Dr Tahhan a manqué faire mourir de rire ses auditeurs en expliquant doctement que la pénurie de bouteilles de gaz à Alep était due au fait que « les bonbonnes sont utilisées par les rebelles pour faire des explosions, pour commettre des attentats« … Il suffit pour démontrer l’ineptie de ce genre de propos de mettre en rapport le nombre d’opérations de ce type intervenues à Alep et la quantité de bouteilles de gaz nécessaires à la population d’une ville de plus de 2 millions et demi d’habitants… Même un journaliste d’une chaîne syrienne de télévision publique ou privée aurait hésité à utiliser un argument aussi peu convaincant pour expliquer le manque de gaz et l’incapacité ou le refus du gouvernement de fournir aux Alépins le nombre de bonbonnes correspondant à leurs besoins.
File d’attente devant une boulangerie © syrianchange.com (05.08.2012)
Interrogé sur le soutien à Bachar Al Assad que ses réponses précédentes suggéraient, le Dr Tahhan s’est défendu en faisant remarquer que « la Syrie est le seul pays du monde arabe où, dans la Constitution, la religion de l’Etat n’est pas l’Islam« . Cet argument, qui n’avait rien à voir avec la question, est utilisé à tort et à travers par les Syriens et les non-Syriens qui préfèrent à toute autre forme d’état le régime actuel, dont la prétendue laïcité compenserait le caractère fondamentalement anti-démocratique. Or, que l’on s’en tienne aux textes ou à la pratique, cet argument est doublement erroné. D’une part, aucune mention de la religion de l’Etat ne figure non plus dans la Constitution libanaise, promulguée en 1990, au lendemain des Accords de Taef de 1989. Qui plus est, notre expert semble oublier que, dans la Constitution syrienne adoptée en 1973 sous le règne de Hafez Al Assad, comme dans la nouvelle Constitution promulguée par Bachar Al Assad le 15 février 2012, « la religion du président de la République est l’Islam » (art. 3, § 1) et que « la jurisprudence islamique est une source principale de la législation » (art.3, § 2). Ces deux points introduisent des limites à la laïcité et à l’impartialité de l’Etat, dont celui qui se dit « pour une Syrie démocratique et laïque » ne semble pas s’émouvoir.
Pour lui éviter de s’engager trop loin dans l’impasse où il était en train de se fourvoyer, la journaliste qui l’interviewait lui a opportunément demandé si, selon lui, « le président Bachar Al Assad peut encore rester au pouvoir ou s’il doit partir ». Au lieu de répondre à la question, le Dr Tahhan a louvoyé en déclarant que ce n’est « ni aux Etats-Unis, ni à Fabius – dont la mention du nom a provoqué chez lui un ricanement étrange – de décider que tel président part ou reste« . Il considérait pour sa part « qu’il faut négocier, continuer dans la légalité« . Après une nouvelle digression dont le contenu et la forme devaient beaucoup aux lieux communs des partisans du régime sur « les faux opposants« , qualifiés « d’aventuriers et d’arrivistes » et accusés de « se remplir les poches de l’argent déversé à flot par l’Arabie saoudite et le Qatar« , le Dr Tahhan a soutenu à nouveau que, « si Bachar Al Assad doit partir, il faut qu’il parte dans la légalité, d’une manière démocratique et qu’il passe la main à d’autres forces« . Il aurait donc échappé à notre professeur, que les opposants n’ont jamais vu aux manifestations hebdomadaires organisées depuis plus d’une année à Paris sur la Place du Châtelet, que c’est précisément ce que les révolutionnaires syriens ont réclamé durant des mois. Mais ils ont dû prendre acte du fait que le chef de l’Etat ne se retirerait jamais, qu’il était prêt et qu’il avait commencé à décimer sa population, et que, plutôt que de céder la place, il mettrait en oeuvre jusqu’à son terme la politique de la terre brûlée dont les agents étaient ses soldats et ses services de sécurité.
« Bachar Al Assad ou la terre brûlée »
Sans y être invité, le Dr Tahhan est spontanément revenu à une idée qu’il avait été empêché de développer plus haut à sa guise mais qui lui tenait à coeur : « la Syrie est victime de cette lutte américaine qui vise à casser l’axe anti-américain« . Tout en se défendant d’être un adepte de la théorie du complot, il a estimé que la responsabilité de la situation actuelle n’incombait pas d’abord au chef de l’Etat syrien, parce que la Syrie, qui n’était pas pire que les autres régimes autocratiques de la région, était « dans le colimateur bien avant » le 15 mars 2011. S’en sont suivis les poncifs habituels sur « la Syrie (qui) a toujours été un phare politique pour le monde arabe, par son panarabisme, par sa vie politique« , et sur la volonté de certains de « casser l’axe chiite« . Autrement dit, si vous n’avez pas compris, c’est pas la faute à Bachar. C’est la faute aux Américains et à ceux qui, en Occident, n’acceptent pas qu’on leur résiste. Quant à la situation politique prévalant dans son pays avant la révolution et à la légitimité des revendications qui avaient poussé dehors ses compatriotes, le Dr Tahhan n’en a étrangement pas dit un mot…
En revanche, après avoir exprimé sa rancoeur pour la marginalisation de son Collectif, qui était « pour une passation pacifique du pouvoir » mais qui n’avait pas été invité, le 6 juillet 2012, à la réunion de Paris des Amis du Peuple syrien, le professeur Tahhan a fini sa prestation en mettant en garde le gouvernement français contre « la continuation de sa politique d’armement des barbus« … qu’il a comparée à la stratégie des Américains en Afghanistan et à leur soutien aux Taliban. Les Syriens qui luttent sur le terrain contre les agressions du régime ignoraient, mais sans doute notre initié dispose-t-il d’informations propres, que la France avait commencé à livrer des armes aux combattants syriens. Ils ignoraient plus encore qu’elle avait choisi pour ce faire des destinaires dont le port de la barbe suffisait à faire des symboles de l’obscurantisme, de l’intolérance, de la violence et du terrorisme. A moins que, dans le langage impressionniste du Dr Tahhan, le terme de « barbus » soit synonyme de « révolutionnaires »…
Compassion internationale pour l’opposition syrienne (Ali Farzat)
On a oublié de mentionner que, prétendant résumer la situation en Syrie, il avait affirmé plus haut, sans craindre les généralisations ridicules, que « ce qu’on voit à la télé, ce sont des barbus avec des moustaches rasées. Vous saurez, n’est-ce pas, en islamologie, que ce look est celui des salafistes« … S’il ne voit d’abord lui-même à la télé que des barbus à la moustache rasée, on pourrait lui conseiller de changer de chaîne. Et puisqu’il n’accorde aucune crédibilité à Al Jazira et à l’OSDH, il pourrait consulter les milliers de films vidéo mis en ligne par les Comités Locaux de Coordination en Syrie qui montrent sur Internet des révolutionnaires au visage plus glabre que le sien.
Surtout, il aurait été mieux inspiré de ne pas se laisser abuser par les apparences. Cela fait longtemps que le caricaturiste Ali Farzat, qui n’affiche aucune prétention géopolitique, a montré dans ses dessins comment lui-même et ses compatriotes voyaient les chabbiha que le régime paye pour accomplir ses plus sales besognes : comme « des barbus avec des moustaches rasés »… Etrange, non ?
Chabbi-slamiste (caricature d’Ali Farzat)
De cet entretien, on tirera trois conclusions : entre le géopoliticien et le caricaturiste, le meilleur connaisseur de la Syrie n’est pas forcément celui qu’on croit ; le ministre français des Affaires étrangères a sans doute bien fait d’oublier d’inviter le Collectif pour la Syrie à siéger lors de la dernière réunion des Amis du Peuple syrien ; le Collectif Urgence Solidarité Syrie a eu raison, pour éviter toute confusion, de publier, le jour même de l’intervention du Dr Tahhan, un communiqué destiné à prévenir tout amalgame entre ceux dont la priorité est de dénoncer la dictature et ceux qui semblent « ignorer les dizaines de milliers de morts, la torture massive, y compris d’enfants et plus généralement les crimes contre l’Humanité perpétrés par le régime syrien contre son peuple ».
Ceux qui souhaitent lire d’autres « témoignages » sur la situation à Alep n’ont que l’embarras du choix. Outre les articles des journalistes qui se trouvent ou ont récemment séjourné dans la ville, contrairement aux affirmations du Dr Tahhan, ils peuvent se reporter, par exemple, à l’article « Nouvelles d’Alep« , mis en ligne le 7 août sur le site SouriaHouria.com.
vendredi 3 août 2012, par Alain Gresh
Parmi les sujets les plus controversés sur ce blog, il y a, bien sûr, le conflit israélo-palestinien, mais aussi l’islam, sa place, son rôle. S’agit-il d’une religion à part, fondamentalement différente des autres croyances ? La doctrine religieuse, voire le Coran, permettent-ils de comprendre ce qui se passe dans le monde dit musulman ? Existe-t-il d’ailleurs une entité cohérente « monde musulman » (ou « islamique ») ? Ou « une société musulmane », « une science musulmane », « une histoire musulmane » ?
Que cette religion reçoive un traitement à part en France et en Europe, cela ne fait aucun doute. Imagine-t-on un éditorialiste français écrivant « je suis un peu judéophobe » ? Et pourtant Claude Imbert a écrit, sans en être discrédité, « je suis un peu islamophobe ».
J’en suis persuadé, il existe en France, et plus largement en Europe, une islamophobie. Mais elle couvre évidemment des phénomènes différents :
pour certains, il s’agit simplement d’une reconversion du racisme anti-arabe en un racisme culturel plus facile à défendre ; c’est le cas du Front national ou des droites populistes en pleine expansion ;
pour d’autres, il ne s’agirait que de la poursuite de la lutte pour la séparation des Eglises et de l’Etat, lutte qui a été menée par les républicains au début du XXe siècle. Certains, comme le site Riposte laïque, affirment que l’islam est la seule menace et sont prêts à toutes les alliances, y compris avec l’extrême droite, pour libérer la France. D’autres, refusent cet amalgame, et prétendent lutter contre tous les intégrismes, mais n’expliquent jamais pourquoi, dans nos sociétés, seul l’intégrisme musulman est de fait visé. Certains dénoncent toutes les religions, comme si c’était un combat abstrait qui se menait en dehors de tout contexte politique : mesure-t-on, par exemple, que la critique de la religion juive dans les années 1930 pouvait être légitime pour ceux qui combattaient toutes les religions, mais avoir en même temps des implications graves ?
Quoiqu’il en soit, une des erreurs essentielles que l’on retrouve chez nombre de commentateurs est leur tentative d’expliquer le monde musulman actuel, ses forces politiques, ses conflits, par l’islam. Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire que le prophète Mohammed ayant été chef militaire, cela expliquerait le caractère guerrier de l’islam (ce qui serait fondamentalement différent du christianisme) ; ou que telle ou telle sourate du Coran, éclairerait les actions d’Al-Qaida ?
Cette vision n’est pas nouvelle (« Une seule âme arabe, religieuse, fanatique et fataliste »), mais elle est dangereuse. Paradoxalement, elle est partagée par les groupes islamistes les plus radicaux : pour eux aussi, il existerait une religion musulmane intemporelle, un corps de dogmatique inamovible, une charia immuable (depuis la prédication de Mohammed).
C’est tout l’intérêt du livre de Sami Zubaida, professeur émérite de sciences politiques et de sociologie à l’université Birkbeck de Londres, Beyond Islam. A New Understanding of the Middle East (I. B. Tauris, Londres, 2011). Je reprendrai ici les principaux arguments défendus dans sa longue introduction.
Dès le départ, l’auteur annonce sa volonté « de “désacraliser” la région (le Proche-Orient), en mettant en question le rôle prédominant attribué à la religion dans beaucoup d’écrits qui appliquent le qualificatif d’islamique (ou musulman) à leur culture et à leur société ». Existe-t-il vraiment, s’interroge-t-il, un art islamique, une musique islamique, une science islamique, une politique islamique ?
La région concernée a connu, depuis la fin du XVIIIe siècle, « un processus de modernisation qui a entraîné une déconnexion (dis-embedding) entre la religion et les pratiques et institutions sociales. (…) Ce processus, que nombre d’historiens et de sociologues, ont appelé “sécularisation”, n’a pas de rapport avec l’intensité ou la force des croyances et des pratiques religieuses, mais fait référence à la séparation structurelle et institutionnelle des sphères sociales de la religion et des autorités religieuses ».
Un autre aspect de la religion doit être pris en compte, elle « a toujours représenté un marqueur communautaire et politique, créant des frontières autour de groupes de foi et de leurs institutions, qui peuvent se transformer en frontières de conflit dans certaines circonstances ». Cela est particulièrement vrai pour l’islam, car le capitalisme, la modernité et la sécularisation ont été imposés de l’étranger et souvent considérés par les populations locales comme « chrétiens ». Et l’islam a joué un rôle important dans les idéologies de résistance à cette domination occidentale.
Et l’on arrive donc à cette situation paradoxale :
« Au Proche-Orient, comme dans le monde dit musulman, nous avons des sociétés et des systèmes politiques largement sécularisés qui se combinent avec des idéologies sacrées défendues aussi bien par les pouvoirs que par les oppositions. (…) Et plus les sociétés sont sécularisées, plus les autorités religieuses et les mouvements d’opposition veulent les décrire comme islamiques. »
Zubeida n’accepte pas l’idée qu’il y aurait différentes modernités (ce que défend, par exemple, Ernest Gellner, à qui il consacre un chapitre de son ouvrage). Pour l’auteur, le moteur de la modernité est le capitalisme qui produit différents changements sociaux dans le monde entier et qui n’est pas le produit d’influences culturelles de l’Occident. Bien sûr l’expansion du capitalisme a eu des effets différenciés – y compris en Angleterre ou en France –, mais ils ont des points communs :
« Les processus communs et les conséquences du capitalisme qui constituent la modernité comprennent la destruction des communautés primaires de production et d’échange fondées sur les liens de parenté, gouvernées par une autorité patriarcale, consolidées par la religion et la tradition, et défendues par des institutions et des pouvoirs politico-religieux. » Cela se traduit par la production de marchandises, des échanges monétisés, l’individualisation du travail, etc., favorisant l’émergence de l’individu autonome.
Dans ce contexte, il n’existe pas de « modernités alternatives » : il s’agit simplement, que ce soit en Arabie saoudite ou en Iran, de la volonté des dirigeants de s’opposer à cette modernisation (notamment la libération de l’individu), tout en appliquant les règles du capitalisme.
Existe-t-il alors, s’interroge Zubeida, une culture et une civilisation distincte qui devrait être comprise par l’Occident ? Peut-on parler de culture musulmane, alors que les musulmans appartiennent à de multiples nationalités ou ethnies, et que leurs manières de s’identifier à leur religion, leurs styles de vie, leurs idéologies sont si différents ? Malgré les quelques constances de la religion – la référence au Coran et à l’unicité de Dieu, et encore soumis à de multiples déclinaisons –, il existe d’autant moins une culture musulmane que toute culture est en mouvement et en transformation permanente.
Zubeida rappelle que les trois religions monothéistes ont des corps de doctrine similaires sur la sexualité, le blasphème, les pratiques morales, etc. L’affirmation que les vérités religieuses ont la prééminence sur les vérités scientifiques se retrouve aussi bien dans l’islam que dans le christianisme. Et la peur née dans les sociétés européennes de la fatwa contre Salman Rushdie ne provient-elle pas du fait que ces sociétés ont connu les mêmes condamnations religieuses en d’autres temps ?
L’auteur en vient ensuite à la charia, qui est le point clef de la doctrine de toutes les forces islamistes. « Un grand nombre de personnes sont convaincues que la charia est un corps déterminé de droit fondé sur les sources canoniques, qui incarne les vertus islamiques. On suppose également que cette forme de droit a prévalu dans les sociétés musulmanes à travers l’histoire, et a été perturbée par le colonialisme ou par les intrusions occidentales qui ont imposé des systèmes juridiques étrangers que les élites occidentalisées et les dirigeants corrompus ont accepté. »
Le problème c’est que personne n’est d’accord sur le contenu de la charia ni sur les institutions qui doivent la mettre en oeuvre. Il en existe de nombreuses interprétations dont on a pu voir l’évolution à travers l’histoire.
Je ferai une digression pour donner un exemple que j’ai déjà évoqué : le droit de vote des femmes. Au début des années 1950, les femmes égyptiennes sont descendues dans la rue pour demander le droit de vote. L’Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite, publie une fatwa affirmant que ce droit serait contraire à la loi musulmane. Soixante ans plus tard, les femmes votent partout dans le monde musulman (à l’exception de l’Arabie saoudite où personne ne vote, si ce n’est dans des scrutins locaux qui n’ont aucune portée). La question « est-ce que l’islam (ou la charia) est compatible avec le droit des femmes ? » est ainsi résolue dans la pratique (comment les autorités musulmanes le justifient est leur affaire, même si les débats internes sur cette question sont intéressants).
Sur la charia, on lira avec profit La charia aujourd’hui, sous la direction de Baudouin Dupret (La Découverte, 2012).
Zubeida se penche ensuite sur divers aspects du débat sur la loi islamique : la finance islamique, les rapports de sexe, l’homosexualité, l’alcool.
Il rappelle ainsi que la finance dite islamique n’a émergé que dans les années 1970, qu’elle est « une innovation totale, sans aucune racine dans l’histoire ». Et que les banques dites islamiques, malgré la suppression de l’intérêt, fonctionnent comme les autres banques à travers le monde, avec le même taux de profit pour les investisseurs.
Quant aux questions de genre et au statut des femmes, là aussi on assiste à une évolution et à une lutte pour les droits de celles-ci, souvent menées au nom d’une lecture renouvelée des textes religieux. Il existe même désormais un courant qui se réclame du féminisme islamique.
L’auteur consacre un développement à l’homosexualité, rappelant combien sa pratique a longtemps été acceptée dans des pays musulmans, mais sans jamais l’identifier, comme c’est le cas aujourd’hui en Occident, à une orientation sexuelle ou à une identité (sur le même sujet on lira le livre de Joseph Massad, Desiring Arab, University of Chicago Press, 2007).
En conclusion, Zubeida revient sur l’adjectif islamique accolé à l’histoire, la science, l’art, etc. « L’usage de ce terme implique que l’essence de ces régions est l’islam et confirme leur opposition à l’Occident chrétien. Pourtant, cet Occident est rarement qualifié de chrétien quand on évoque son histoire, ses arts, ses sciences, etc. » : l’histoire de l’Europe n’est pas une histoire chrétienne, même si l’Eglise a joué un rôle important.
On peut résumer le propos de Zubeida en reprenant le grand penseur Edward Said sur l’islam : « Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps. » Et il ajoute : « Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui compte un milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences différentes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé islam […]. » (cité dans Alain Gresh, La République, l’islam et le monde, Hachette, 2006).
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Qui es-tu? Qui est le Syrien ? Le Syrien est celui qui est un citoyen inconnu, il n’est pas célèbre pour avoir choisi la mort, la prison, l’endurance au lieu de la souffrance et l’abaissement comme chemin de liberté. Le Syrien est un citoyen qui séjourne hors de la Syrie et un citoyen qui séjourne là-dedans et qui s’apprête à en sortir lorsque il en est capable, et ce qui unifie les Syriens dedans et dehors c’est la répugnance pour les tyrans et leurs régimes de A à Z. Le petit est mangé et le grand est mangé Le grand brigand a avalé des petits brigands puis le peuple a échangé des regards contents, et ils disaient tout bas en chuchotant: La justice vient toujours en retard, et le grand voleur va être avalé par un voleur même plus grand, et le plus grand voleur sera avalé par le sang des martyrs. Les aveugles Le sheikh Mahmoud a dit à ses petits élèves d’aller à la fenêtre et d’y regarder le ciel, donc les élèves ont couru vers la fenêtre, et le sheikh Mahmoud leur a demandé : Qu’est-ce que vous voyez dans le ciel? Les élèves ont dit : Un avion qui vole. Le sheikh Mahmoud a dit: Regardez bien! Qu’est-ce que vous voyez d’autre? Les élèves ont dit : Nous voyons des nuages et un soleil. Puis le sheikh Mahmoud a dit , les interrogeant avec insistance : Qu’est-ce que vous voyez d’autre à part le soleil, les nuages et l’avion? Les élèves ont donc regardé fixement le ciel, puis ils ont dit avec confiance : Rien , à part le soleil et les nuages, car l’avion a disparu. Puis le sheikh Mahmoud leur a dit d’une voix pleine de colère : Vous êtes inutiles ! C’est comme si j’enseignais à des aveugles qui ne s’aperçoivent de rien! Et lorsque les petits élèves sont sortis de l’école , ils ont marché dans les rues ayant l’impression qu’ils étaient des mendiants aveugles qui frappaient à toutes les portes pour demander de l’aide, mais nulle porte ne s’est ouverte, et ils ont regardé le ciel, mais ils n’y ont rien vu que les nuages et le soleil. Ce qui reste Chaque écrivain est ce qu’il écrit et c’est tout, ni plus ni moins, et chaque autre bruit (qu’il fait) n’a pas plus de valeur que des grains de sable qui soutiennent d’autres grains de sable. Aujourd’hui des écrivains abordent les places publiques syriennes exprimant avec des gémissements prolongés leur soutien pour les révolutions, mais tout ce qu’ils ont écrit avant la révolution ne dépassait pas les chuchotements et les insinuations dans des chambres fermées où des femmes s’apprêtent à se déshabiller. En fait ils ne sont que ce qu’ils avaient écrit et non pas ce qu’ils prétendent maintenant. Ne soyez pas timides ! L’écrivain : Je vais écrire au sujet du nombre croissant de mendiants, et j’en présenterai les raisons dans une analyse en profondeur. Le stylo : Pourquoi n’écris-tu pas sur les hommes dont la timidité les empêche de se rallier aux mendiants ? voir aussi Quand la peur change de camp |
Le Point.fr – Publié le 07/08/2012 à 07:24 – Modifié le 07/08/2012 à 09:35
Moins de 24 heures après sa spectaculaire arrivée sur Mars, le robot Curiosity a déjà régalé la Nasa de superbes images de sa descente vers la planète rouge et du paysage environnant, alors que les scientifiques le préparent patiemment pour sa mission. Après l’excitation, la joie et le soulagement de voir Curiosity se poser sans encombre sur le sol martien, lundi à 7 h 32 (heure de Paris), les équipes du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadena (Californie) se sont immédiatement remises au travail pour vérifier que leur robot était en ordre de marche.
Après une première série de tests concluants sur les instruments scientifiques embarqués, les ingénieurs s’apprêtaient à vérifier, dans la nuit de lundi à mardi, l’état des outils de communication de Curiosity. « C’est le matin sur Mars » et le soleil va bientôt se lever, a précisé lundi à 16 heures locales (mardi à 1 heure du matin en France) Jennifer Trosper, l’une des responsables de la mission Mars Science Laboratoy (MSL) au JPL. « Quand Curiosity va se réveiller, nous allons vérifier ses capacités de communication directe avec la Terre », assurées par deux antennes, a-t-elle ajouté, précisant que Curiosity est également capable de communiquer à travers le relais des sondes en orbite autour de la planète rouge.
La première journée martienne – appelée Sol 1 – sera aussi l’occasion de poursuivre « les exercices de tests sur plusieurs outils », a-t-elle dit. Mais le plus impressionnant, moins de 24 heures après l’arrivée du robot sur Mars, est la série de photos parvenues jusqu’à la Terre. Au premier cliché de l’ombre portée du robot sur le sol de la planète rouge est venue s’ajouter lundi une splendide image panoramique du mont Sharp, en face duquel s’est posé Curiosity. Le cliché montre une vaste étendue plate couverte de galets, de laquelle s’élève la masse blanche du mont Sharp, une montagne de 5 000 mètres d’altitude sur laquelle Curiosity est censé grimper d’ici à un an pour analyser ses roches, dont certaines remontent à un milliard d’années.
Joy Crisp, l’une des scientifiques en chef de la mission, a précisé qu’il était trop tôt pour savoir si la couleur blanche du mont Sharp était due à la neige : le traitement du cliché en noir et blanc pourrait avoir altéré les couleurs réelles. La Nasa a également présenté une animation des dernières minutes de la descente de Curiosity sur Mars et de son atterrissage en mettant bout à bout les centaines de photos prises par un appareil fixé sous le robot. Dans cette impressionnante animation, visible sur le site de la Nasa, on voit très clairement le détachement du bouclier thermique, puis la descente vertigineuse du vaisseau et le nuage de poussière provoqué par les rétrofusées avant l’atterrissage.
Des images haute définition de la descente, d’une qualité 8 fois supérieure à celles dévoilées lundi, devraient être disponibles dans une quinzaine de jours. Curiosity, un robot de 900 kilos et de la taille d’une petite voiture, a coûté 2,5 milliards de dollars à la Nasa et devrait permettre de découvrir si l’environnement de Mars a un jour été propice au développement de la vie. Le succès de son atterrissage est déjà une victoire en soi pour la Nasa, qui n’avait jamais envoyé un robot aussi lourd et perfectionné sur une autre planète. Si tout continue à bien se passer, le robot viendra s’ajouter à la liste des missions martiennes américaines réussies, après Viking 1 et 2 (1976), Pathfinder (1997), Mars Exploration Rovers (2004) ou Phoenix (2008).
Son arrivée lundi a été accueillie par une explosion de joie des employés du JPL et avec fierté par les autorités américaines, le président américain Barack Obama saluant immédiatement « un exploit technologique sans précédent ». De nombreux pays ont apporté leur savoir-faire à Curiosity, notamment la France, le Canada, la Finlande, l’Espagne, la Russie et l’Allemagne.
Voici plusieurs photos du sol martien prises par Curiosity lors de son arrivée sur la planète rouge :

