Libérez Georges Abdallah


01 août 2012

 

Libérez Georges Abdallah: Beyrouth, 14 juillet 2012

Beyrouth, 14 juillet 2012: rassemblement pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, devant la résidence de l’ambassadeur de France au Liban.
Communiste révolutionnaire, militant pour une Palestine libre et démocratique, Georges Ibrahim Abdallah est emprisonné en France depuis 1984. Il est libérable depuis 1999.
Durée : 3’00

Réalisation: chris den hond

SYRIE: Le profil du régime des Assad


ARTICLE A LIRE AVEC LA VIDEO

http://syrianfacts.wordpress.com/2012/03/14/le-profil-du-regime-des-assad/

Un régime clanique, dont le cœur est alaouite.

Il est d’usage de dire que le régime syrien est alaouite. Ceci n’est pas totalement faux, mais il convient d’apporter des explications afin de clarifier une formulation peu précise :
Le régime syrien est un régime dont la tête est le clan Assad, dont le cœur est alaouite, et où le reste du régime est plus dilué, bien qu’à majorité alaouite.

 

L’histoire de la Syrie baathiste débute le 8 mars 1963, date de la révolution du parti Baath, conduite par le Comité Militaire et dont les membres les plus importants sont Mohamed Omran, Salah Jedid et Hafez Al-Assad, tous alaouites. La Syrie est alors dirigée par le Commandement National du Conseil de la Révolution.
Lorsque Hafez Al-Assad prend le pouvoir par un coup d’état, en 1970, il ne prétend pas faire la révolution mais s’inscrit au contraire dans le cadre de la révolution de 1963 dont il dit vouloir accomplir les objectifs, raison pour laquelle Hafez parle de « mouvement rectificatif ». Hafez continuera les purges initiées à l’ère Jedid pour ne s’entourer que d’hommes loyaux. Alors que Jedid a éliminé toute concurrence sunnite, druze ou ismaélienne, Hafez neutralise ses concurrents alaouites, dont Jedid ou Omran, ce dernier étant assassiné au Liban en mars 1972.

De fait, tous les postes clés, les postes qui comptent, sont dirigés par des alaouites proches de Hafez Al-Assad. D’une Syrie baathiste, on passe à une Syrie assadienne : on peut d’ailleurs entendre dans les manifestations des pro-Assad des slogans vantant la « Syrie des Assad ». Les Assad se sont appropriés la Syrie comme d’autres l’Arabie en l’appelant Arabie Saoudite.
La dictature de Hafez se structure alors autour de l’armée, de réseaux de cooptation, du parti Baath qui, vidé de sa fonction officielle, ne sert que de porte voix au discours officiel et de la mise en place du Ministère de l’Information qui se charge de la propagande d’Etat, en particulier afin de discréditer les adversaires de Hafez Al-Assad : ils sont systématiquement accusés d’être des ennemis de la révolution, de la nation arabe, des alliés des sionistes, etc… En bon dictateur, Hafez Al-Assad se confond avec l’Etat et toute critique envers sa personne est vue comme une trahison à la Syrie.

Le règne des moukhabarat

A cela, il faut ajouter les toutes puissantes moukhabarat qui ont pour mission le contrôle de l’ensemble de la société syrienne. Douze branches qui surveillent les moindres faits et gestes des syriens… et qui se surveillent entre elles ! Il n’est pas rare que les différentes branches interfèrent entre elles. Ainsi, il est possible d’avoir à demander une autorisation pour ouvrir un commerce aux moukhabarat de l’Armée de l’Air…

Un point méconnu : les moukhabarat œuvrent également à l’étranger. Les ambassades sont utilisées pour espionner les syriens expatriés. C’est ce qui explique que le mur de la peur, ce fameux mur tombé avec le début des révoltes en Syrie, touche l’ensemble des syriens. Hafez Al-Assad a pu affirmer qu’il se débarrassera physiquement de tous ses opposants, en Syrie et à l’étranger. Effectivement, dans les années 1980, des assassinats ciblés touchent des syriens expatriés, en particulier des membres de la confrérie des  Frères Musulmans. La vidéo cite le cas de Issam Al-Attar; celui ci s’est réfugié en Allemagne et se savait recherché par les moukhabarat. Sa femme avait reçu la consigne de n’ouvrir à personne hormis leur voisins allemands. Les moukhabarat ont donc pointé une arme sur les voisins pour les forcer à frapper à la porte de Issam Al-Attar. Ce dernier étant absent, c’est sa femme qui a ouvert et qui a été exécuté, le 17/03/1980 (Issam Al-Attar est toujours vivant).

Récemment, Damas a envoyé des voyous, avec des passeports diplomatiques, pour insulter et frapper les manifestants anti-régime à Paris !(lien) De nombreux autres cas ont été signalés.(lien)

Sans foi. Ni loi.

Le régime des Assad est, pour finir, un régime sans foi ni loi. La différence entre la Constitution et la réalité de ce que vivent les syriens est énorme. Par ailleurs, les membres du régime ne connaissent pas non plus de morale capable de les freiner dans leur folie.

Le récit de Moustapha Khalifé dans son livre « La Coquille » est intéressant car il  permet de voir tous ce qui définit le régime syrien.
Parce qu’il a critiqué la personne du président Hafez, à Paris, devant une connaissance syrienne qui s’avère être un indic, il est accusé, sans aucun jugement, d’être des frères musulmans…bien qu’il soit chrétien. Cela lui vaudra des années de prison, un calvaire où les traitements absolument inhumains, les insultes à la religion, et autres caractéristiques du régime des Assad apparaissent clairement.

« La Coquille » ne se lit pas d’un trait, mais force le lecteur à prendre des pauses, comme pour reprendre son souffle,   pauses pendant lesquelles il se pose toujours la même question : Pourquoi ? Et surtout : comment est-ce possible ?

Un régime de psychopathes

Bien que, comme nous l’avons mentionné, la dictature des Assad ne s’appuie pas exclusivement sur la répression, le recours à cette dernière reste le moyen principal  qui permet au régime de gouverner. La violence et la répression sont érigées en politique d’état : le criminel de guerre nazi Alois Brunner enseigne dans les prisons de Hafez Al-Assad des techniques « élaborées » de torture. Cette politique a naturellement favorisé et produit de véritables monstres qu’il est difficile de rattacher à la race humaine. Il est possible de diagnostiquer la psychopathie, au sens clinique du terme,  pour les membres du régime assadien, à tous les niveaux :

– Pas d’empathie : Les actes de cruauté qu’ils sont capables de commettre s’expliquent par un manque total d’empathie. Tous les témoignages de syriens torturés, montrent cet aspect cruel. Si le livre « La Coquille » revient sans cesse comme conseil de lecture, c’est parce qu’il est un des rares livres en français. Mais les témoignages et les récits sont nombreux :
« De l’Enfer à Harvard » de Bara Sarraj
« Trahisons du silence » du poète communiste Faraj Bayrakdar (lire à ce propos)
« Seulement cinq minutes… : neuf ans dans les prisons syrienne» de Heba Dabbagh (disponible en anglais)
La liste est longue, bien trop longue…

Il est également possible de consulter les rapports d’Amnesty International. Quoi qu’il en soit,  les images de la répression qui nous parviennent se suffisent à elles même : des blessés par balles qu’on frappe à coups de bâtons, des handicapés mentaux torturés, ou les enfants torturés de Deera sur ordre du cousin de Bachar Al-Assad : Atef Najib. Aucun de ces actes ne s’accompagne de remords, Atef Najib est toujours libre, et Bachar Al-Assad lui a promis de lui redonner un poste de responsabilités une fois les troubles finis.

–  Mensonge naturel : Le mensonge est pour eux un acte naturel, tellement naturel que rien ne vient trahir, dans le comportement de l’individu, son mensonge. Même devant l’évidence des faits, l’individu peut les nier sans sourciller. Comment expliquer autrement le déni de réalité de l’ensemble du régime syrien ?

–  Violence et impulsivité : Les membres du régime sont impulsifs et ont recours à la violence, quel qu’en soient les conséquences,  qu’ils n’ignorent pas pourtant. Quasiment tous les débats télévisés impliquant des membres du régime s’achèvent par des menaces, des insultes ou des petites bagarres !

Même au plus haut niveau de l’Etat syrien : Maher Al-Assad a ainsi tiré à bout portant sur son beau frère, Asef Chawkat lors d’une dispute en 1999 !

Respect de la hiérarchie : La hiérarchie est respectée par les voyous composant le régime, tant qu’ils en font partie ! Partout dans la chaîne de commandement, l’officier acceptera les insultes et menaces de son supérieur tant qu’il pourra user des mêmes méthodes sur qui se trouve en dessous de lui dans la hiérarchie.  C’est ainsi qu’il faut comprendre les « Il n’y a de dieu que Bachar Al-Assad» : C’est grâce à ce système des Assad que les voyous du régime peuvent exercer leur méfaits ; pour eux, celui qui est à la tête de l’état de la barbarie est effectivement un dieu.

Un profil pour mieux comprendre

Le profil du régime tel que présenté servira au lecteur pour mieux comprendre ce qui se passe en Syrie et pour mieux contextualiser les informations sur le régime. Ainsi, il est connu que la Syrie était un pays extrêmement calme avant mars 2011. Ce qui est à première vue un point à mettre à l’actif du régime doit être relativisé : d’une part, ceci est la conséquence de l’absence total de liberté, notamment l’interdiction de se réunir. D’autre part, la sécurité proposée est celle des mafias : le régime vous propose de vous protéger de ses propres méfaits. Osez vous rebeller, et c’est celui là même qui prétendait assurer votre sécurité, celui qui est censé vous protéger, c’est celui là qui vous mettra en insécurité. Les événements en Syrie le prouve largement depuis un an. Un peu comme dans les films de mafia, où les voyous cassent tout dans la boutique de l’honnête commerçant qui n’a pas voulu souscrire au “service de sécurité” des mafieux.

Le conflit syrien aimante les djihadistes


LOOS,BAUDOUIN

Mercredi 1er août 2012

SYRIE Les militants extrémistes se font plus nombreux mais restent très minoritaires

ANALYSE

Selon les allégations du régime syrien depuis le début de la contestation (devenue révolte) en mars 2011, les opposants appartiennent à la mouvance « terroriste », à savoir à l’islam extrémiste façon Al-Qaïda. Ce qui n’a longtemps été qu’un moyen pour Bachar el-Assad d’apeurer l’Occident devient peu à peu partiellement vrai.

Si quelques « fous d’Allah » étrangers avaient été repérés ici ou là en Syrie l’an passé – mais curieusement jamais arrêtés par l’armée loyale au régime… –, il apparaît maintenant que des djihadistes provenant d’une multitude de pays y arrivent par dizaines sinon plus pour combattre la secte « hérétique » alaouite dont le pouvoir provient.

Les témoignages se multiplient en ce sens. L’un de ceux-là est dû à deux photographes, hollandais et britannique, qui ont été détenus entre le 19 et le 26 juillet par un groupe de djihadistes étrangers. Leur mésaventure débuta tout juste après leur entrée en Syrie par la Turquie ; les militants qui les avaient arrêtés venaient du Bangladesh, du Pakistan, de Grande-Bretagne et de Tchétchénie.

« Ils étaient entre 30 et 100, tous étrangers, ont déclaré les journalistes au New York Times. Ils étaient extrêmement religieux. Ils n’étaient pas d’Al-Qaïda, ils étaient trop amateurs pour cela. » Les deux hommes ont été menacés de mort puis finalement libérés grâce à l’intervention énergique d’un groupe de combattants « sans doute de l’Armée syrienne libre » (ASL).

Un reporter de l’Agence France Presse a aussi rencontré des djihadistes dans la même région de Bab al-Hawa. Sans pouvoir vérifier leurs dires, il cite les origines revendiquées par les militants : Algérie, Maroc, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Egypte, Libye, Tunisie, Tchétchénie ou Somalie… Ils sont souvent venus dans le pays grâce aux informations recueillies sur des sites de propagande ultra-islamistes qui appellent les jeunes musulmans du monde entier à rejoindre le djihad en Syrie.

Ayman al-Zawahiri, l’Egyptien qui a pris la tête d’Al-Qaïda après la mort de Ben Laden, avait d’ailleurs lancé un appel en ce sens le 12 février dernier destiné « à tout musulman et à chaque personne honorable et libre en Turquie, Irak, Jordanie et au Liban », soit les voisins de la Syrie.

Le quotidien allemand Die Frankfurter Allgemeine Zeitung écrivait il y a un mois que les services secrets allemands estimaient à 90 environ le nombre d’« attentats » perpétrés par des groupes proches d’Al-Qaïda ou d’organisations similaires.

Mais les renseignements confirmés sur l’importance de la mouvance djihadiste étrangère en Syrie manquent. Même la CIA éprouve des difficultés à s’y retrouver, clame un article du Washington Post du 24 juillet en citant des sources officielles américaines. Pour ces sources, toutefois, si « la présence d’Al-Qaïda a pris de l’ampleur en Syrie ces six derniers mois, elle ne représente toujours qu’une petite fraction de l’opposition à Assad ». Un officiel précise : « Les rebelles tentent de garder leurs distances avec Al-Qaïda, ce qui laisse le groupe déconnecté du reste de l’opposition ». Une opinion corroborée par divers témoignages recueillis sur le terrain.

Cette méfiance est peut-être accentuée par des phénomènes comme certaines horreurs (tortures, notamment) attribuées par des vidéos à ces militants exaltés, et aussi par des bruits insistants sur les manipulations par le régime de certains groupes islamistes extrémistes comme ceux qui concernent l’un des principaux d’entre eux, Jabhat al-Nusra.

L’Armée syrienne libre, de son côté, a officiellement rejeté les djihadistes mais, sur le terrain, les choses se passent parfois autrement, hors de son contrôle. Ainsi, par exemple, le cas documenté par un reporter du Guardian à Deir el-Zouhour, non loin de la frontière irakienne : là, l’équipe d’un certain « Abou Khouder » se revendique à la fois d’Al-Qaïda et proche de l’ASL : nous apportons notre expérience acquise en Irak qui manque cruellement à nos frères de l’ASL, explique en substance le chef du groupe.

Enfin, comble de l’ironie, des témoignages donnent à penser que l’absence d’aide occidentale pousse certains dans les bras du militantisme religieux, comme l’explique au New York Times un Syrien exilé à Paris : « Le radicalisme est résultat de la perte de l’espoir ».

faits du jour

Les combats continuent à Alep

Les rebelles syriens ont usé de ruse et d’audace pour s’emparer mardi du plus important commissariat du sud d’Alep et abattre son chef, un général connu pour sa participation à la

répression. Cette bataille était l’un des principaux objectifs

des rebelles. Les forces gouvernementales et les rebelles envoient des renforts vers Alep, où des milliers de civils cherchent refuge dans les écoles, universités et mosquées. Par ailleurs, plus de 900 Syriens se sont installés dans le premier camp de réfugiés syriens en Jordanie. (afp)

Gouvernement en exil ?

L’opposant Haytham al-Maleh a annoncé mardi avoir été chargé par une coalition de Syriens « indépendants sans affiliation politique » de former un gouvernement en exil qui sera basé au Caire. Le principal groupe d’opposition, le Conseil national syrien, a estimé cette annonce « prématurée ». (afp).

source

Florence Aubenas (Alep, envoyée spéciale)


LE MONDE | 01.08.2012 à 15h10
A quelques mètres d’un poste de police attaqué par l’Armée syrienne libre, au sud d’Alep, près de Salaheddine, le 31 juillet.

C’est l’histoire d’un petit soldat syrien qui arrive en courant à un point de contrôle. Il est 7 heures du matin, le 26 juillet, juste devant le grand central téléphonique d’Alep, tellement massif qu’il a dû être importé directement d’Union soviétique dans les années 1970. Le petit soldat commence par un salut réglementaire, tout en faisant claquer un “Mes respects, mon officier”, sous une moustache si mince qu’elle paraît transparente.

Puis, aussitôt, il expose son cas : il appartient aux troupes du président Bachar Al-Assad, mais son père lui a ordonné de déserter pour rejoindre les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL). Lui ne veut pas. Comment faire pour retrouver son régiment au plus vite ? Au check-point, l’autre militaire penche vers lui sa tête enturbannée d’un chèche rouge : “Tu sais où tu es, mon garçon ? Cette zone est passée sous le contrôle de l’Armée syrienne libre.” Le petit soldat est arrêté et menotté. Il pleure dans la voiture qui le conduit à la prison aménagée en ville par les insurgés.

Dans quel camp combattre ? Qui tient quelle position ? A qui se fier ? En Syrie, les histoires vraies de déserteurs sont celles qui racontent le mieux la panique et la confusion du pays. Elles sont de plus en plus nombreuses à circuler, mais, à quelques exceptions près, toutes fonctionnent sur la même trame : la fuite continue et massive des troupes du régime vers celles de l’ASL.

Le phénomène commence à affoler le gouvernement de Damas : “Le régime ne sait plus à qui il peut faire confiance dans son propre camp”, estime Amar Al-Wawi, général des services secrets (moukhabarat) lui-même passé à la rébellion, voilà presque un an, avec cinq de ses officiers. Comme si les choses pourrissaient de l’intérieur.

Dans une caserne rebelle, vers Mera, à une vingtaine de kilomètres d’Alep, ils sont sept à avoir déserté pour rejoindre l’ASL, sept qui n’ont pas 25 ans, assis sur un matelas, buvant du soda, se chamaillant comme des gamins en dessous d’un long râtelier où sont rangées les kalachnikovs. L’un d’eux, Zine Al-Abidine se souvient du début des révoltes, il y a plus d’un an, alors qu’il était encore soldat au 17e régiment d’Al-Raika.

Assez vite, dans sa caserne, les téléphones portables ont été supprimés. Puis la télévision interdite, sauf pour les discours du président qui, eux, étaient obligatoires. Toutes permissions ou visites aux familles sont devenues exceptionnelles. A ces soldats coupés de tout, les gradés annoncent que des manifestations se préparent et qu’ils vont devoir affronter des terroristes, venus d’Afghanistan ou de Tchétchénie. “On le croyait, on s’attendait à de gros combats”, explique Zine Al-Abidine. Mais quand son régiment a entouré une ville, “on s’est vite rendu compte que les manifestants étaient des simples gens comme nous et qu’ils n’étaient même pas armés”.

“PERMISSION DE VOLER”

Mohamed Al-Assa, lui, faisait partie des forces spéciales à Damas. De son portefeuille, il sort aussi une carte de police à son nom. Elle lui avait été distribuée lorsque, sous l’égide de la Ligue arabe, des observateurs internationaux avaient été déployés en Syrie. “Au cas où ils nous demandaient quelque chose, il fallait la donner et, surtout, ne pas se présenter comme militaire.”

Il se souvient aussi de la ville de Deraa, juste après une manifestation. Ils étaient un groupe de huit, ils avaient “la permission de voler”. Et ils le faisaient. Même lui ? Mohamed Al-Assa fixe droit devant lui, les yeux ronds comme des billes. Il hésite une seconde. Et lâche : “Oui, moi aussi.” Puis, aussitôt se met râler que, de toute façon, “ce n’était pas juste”. Lors du pillage d’un supermarché, par exemple, il avait fallu couper le butin en deux : la moitié pour les huit hommes et l’autre pour le seul gradé. Le soldat Al-Assa en tremble encore d’indignation.

Son engagement dans les forces spéciales, Mohamed Al-Assa l’avait vécu comme un honneur, surtout pour quelqu’un du Nord comme lui, cette région loin de la capitale, sans grands réseaux ni influence. Sa famille devait lui verser de l’argent chaque mois, pour qu’il puisse au moins fumer, tant sa solde était faible. Elle le faisait avec le sourire. “En Syrie, on aime l’armée, les armes, le prestige”, dit-il. C’était il y a trois ans à peine. Cela lui paraît des siècles.

Un autre déserteur raconte qu’à l’intérieur même de la caserne, une séparation s’est creusée entre les soldats à mesure que la situation se durcissait : d’un côté, les musulmans sunnites (majoritaires dans le pays) ; de l’autre, les alaouites, minorité confessionnelle accusée de bénéficier des largesses du régime – qui en est issu – et qui occupe dans l’armée l’essentiel des postes d’officiers. Dans certaines casernes, alaouites et musulmans sunnites ont été logés dans des pièces séparées, ne mangeant plus la même nourriture, sans plus de contact ou presque. “Eux avaient de la viande, des fruits, et nous de la soupe de pomme de terre. L’hiver, ils avaient du chauffage et pas nous”, proteste un autre déserteur.

“ALORS, IL A FALLU SE METTRE À TUER”

Les premières défections commencent, sous prétexte d’aller acheter quelques provisions. Toute sortie est alors supprimée. “Des espions se sont mis à suivre les sunnites partout, jusqu’aux toilettes”, reprend Zine Al-Abidine, du 17e régiment. Quelques-uns affirment que des agents des forces de sécurité auraient infiltré certaines unités, pour dénoncer ceux qui renâclent au combat.

“Alors, il a fallu se mettre à tuer”, dit Ali Abbas, ancien soldat dans l’artillerie à Damas. Il a tiré des roquettes sur un quartier de Damas, celui où habite une de ses tantes. Puis, il a été placé à un point de contrôle à l’ouest de la capitale. Il y reçoit les listes avec les noms d’opposants “présumés” ou ceux de quartiers ciblés, dont toute la population est massivement considérée comme rebelle. “Dans ce cas-là, il fallait arrêter surtout les hommes jeunes. Au début, ils étaient embarqués, on ne savait pas où. Ensuite, j’en ai vu au moins treize tués sur place.”

Les désertions se font massives. Douze dans la seule chambrée d’Ali Abbas : “Les officiers les accusaient d’être des agents infiltrés d’Al-Qaida ou du Mossad.” Au check-point, les listes des déserteurs sont ajoutées à celles des gens recherchés, estampillées “priorité numéro un”. Dans la ville d’Azzaz, à la mi-juillet, l’un d’eux a été rattrapé et brûlé devant ses camarades.

Beaucoup de sunnites voudraient s’enfuir, estime Zine Al-Abidine, comme la plupart des déserteurs rencontrés. “Mais, pas les alaouites : eux se battront pour Bachar jusqu’à la mort.” Aucun, en tout cas, n’a rejoint l’ASL, selon ces hommes. “Pourtant, tout le monde est accepté dans l’ASL”, avance un autre. Et, comme surpris de sa propre générosité, il précise : “Même les femmes.” Elles seraient quelques-unes à porter les armes, près d’Homs.

“REJOINS-NOUS, ON VA GAGNER”

Ahmed, simple soldat dans l’infanterie, s’est tiré une balle dans le pied pour être conduit à l’hôpital et pouvoir s’en évader. Il a fui tout droit à l’ASL, sans même se poser de question. Où pourrait-il aller ? “C’est le seul endroit où on sera protégé des représailles et notre famille aussi”, explique-t-il. Les déserteurs représenteraient aujourd’hui environ 25 % de l’ASL, d’après nos constatations, même si cette estimation reste à manier avec précaution.

L’autre jour, dans un faubourg d’Alep, trois tanks de l’armée officielle s’approchent. En face, il y a un soldat insurgé, sans armes antichars mais avec des baskets de contrefaçon Giorgio Armani, qui lance dans un haut-parleur : “Nous avons déjà tué beaucoup d’entre vous. Rejoignez-nous, nous ne vous ferons aucun mal.” Ça tire. Ça court.

Un peu plus loin, près du quartier général de l’ASL en proie à la panique, le téléphone d’un rebelle se met à sonner. C’est un camarade de régiment, resté du côté de Bachar Al-Assad. Il lui demande : “Tu es à Alep ?” “Oui, et toi ? ” “Moi aussi.” Et le rebelle de répondre, tout en cherchant à se protéger des tirs d’un hélicoptère apparu entre-temps et contre lequel il ne peut rien : “Rejoins-nous, on va gagner.”

Florence Aubenas (Alep, envoyée spéciale)

source

Syrie : une journée ordinaire de guerre à Alep


Pierre Piccinin

mardi 31 juillet 2012, 20:57

Entre les chants d’espoir et les hurlements des mitrailleuses, Pierre Piccinin nous fait le récit d’une journée dans ce qui fut le coeur économique syrien. Chroniques de la révolution syrienne

Syrie : une journée ordinaire de guerre à Alep© Reuters

Nous poursuivons la publication des chronique de Pierre Piccinin, cet enseignant belge qui se trouve à Alep avec les rebelles. Rappelons que l’auteur avait visité plusieurs fois la Syrie sans préjugés défavorables pour le régime. Mais, en mai dernier, il avait été arrêté, torturé puis expulsé. De cette expérience, Pierre Piccinin en est sorti persuadé que le régime ne va jamais se réformer, comme il l’avait un temps espéré. Il a repassé clandestinement la frontière turco-syrienne samedi dernier.

Alep (31 juillet 2012) – La nuit s’est achevée, hier, dans les chants joyeux des jeunes du quartier de Tarik al-Bab, qui manifestaient, comme tous les soirs, pour exhorter le président al-Assad à quitter le pouvoir et à rendre la liberté à son peuple.

Elle n’a pas été reposante : toutes les demi-heures, ou presque, un soldat frappait à ma porte pour vérifier que tout était en ordre. C’est la procédure, depuis que des miliciens pro-Assad ont attaqué l’hôpital, il y a quelques jours : chaque pièce est surveillée, en permanence.

En outre, ce matin, le réveil est brutal, dès l’aube : un hélicoptère survole la rue et mitraille à l’aveuglette les façades des immeubles. Des miliciens de l’Armée syrienne libre (ASL) qui défendent l’hôpital entrent en trombe dans ma chambre et m’éloignent des fenêtres…

C’est une journée ordinaire qui commence, une journée de guerre, à Alep.

Déjà, les premières ambulances se succèdent devant l’hôpital où je suis hébergé, ainsi que mon compagnon de route, Domenico Quirico, reporter à La Stampa. Je redoute ces nouveaux arrivages. Je descends cependant les trois étages ; sans me presser dans les escaliers : j’imagine bien les horreurs qui m’attendent.

En débouchant dans le hall d’entrée, je tombe sur un groupe de miliciens de l’ASL, qui entourent un adolescent en pleurs ; il est blessé, torse nu ; son sang coule le long de son bras et de sa jambe. Il n’a pas d’uniforme. On m’explique qu’il fait partie d’une des polices du régime et qu’il vient juste d’être capturé dans le quartier de Salaheddine, où les combats ont été les plus violents de ces derniers jours.

Ses blessures ne sont pas très graves : il a pris quelques éclats de grenade dans l’épaule et une balle lui a déchiré le haut de la cuisse. Les miliciens lui ont donné à manger, une galette de pain, du fromage et du thé. Mais l’un d’entre eux, un homme déjà âgé, le prend à partie pour avoir pris les armes du côté de la dictature. Ses invectives sont violentes et ses gestes, menaçants. Le garçon, effrayé, lui répond qu’il n’est pas de la police secrète ; qu’il fait son service militaire et qu’il a été obligé de se battre. « Une fois qu’ils sont pris, ils disent tous ça », me lance l’infirmier qui se tient à côté de moi. La grosse colère du vieil homme passera, et il offrira une cigarette au gamin.

Un peu plus loin, sur une civière, un autre garçon attend. Il a reçu une balle dans le ventre. Il a été fait prisonnier avec le premier et a été blessé par accident, par un jeune milicien apeuré, alors qu’il avait pourtant jeté son arme et s’avançait les mains levées. Lui aussi est terrorisé et se demande ce qu’il adviendra de lui ; il me saisit par le bras et m’interroge : « est-ce que je suis en sécurité ? ».

Je me tourne vers le directeur adjoint de l’hôpital, qui devise avec le commandant des miliciens. Je leur demande ce qu’il adviendra de ces deux gamins. L’officier m’assure qu’ils n’ont rien à craindre : « l’ASL ne torture pas ni n’exécute ses prisonniers ; si l’un ou l’autre groupe de miliciens a commis de telles ignominies, il n’est pas digne de se revendiquer de l’ASL, car nous ne voulons pas nous comporter comme se comportent ceux que nous combattons ; si nous les combattons, c’est pour que tout ça s’arrête, pas pour les remplacer ».

Abdel, 17 ans, originaire d’un village près de Deir-es-Zor, sur l’Euphrate, dans l’est de la Syrie, blessé à la cuise et à l’épaule, et Ahmed, 19 ans, originaire de Damas, seront tous les deux soignés à l’hôpital de l’ASL.

Quelques minutes plus tard, c’est un chabbiha, un membre de la milice du régime, qui est amené à l’hôpital, une balle dans le genou et une autre dans le bras. Les chabbihas sont les soutiens les plus féroces du gouvernement et commettent régulièrement des atrocités sur la population des quartiers en révolte. Il sera cependant soigné, lui aussi.

Je ne suis par certain que les choses se passent ainsi de l’autre côté…

Suivront voitures et ambulances qui, comme la veille, jour de mon arrivée à Alep, débarqueront leur chargement de blessés et de morts. C’est terrible à voir, un mort, éclaboussé de son sang, le visage déjà bouffi, sur lequel s’accumulent les mouches du torride été syrien ; c’est très dur à regarder.

L’entrée principale de l’hôpital, qui donne sur le hall, a été condamnée, fermée par de lourdes grilles de métal, pour empêcher l’entrée des militaires du régime, en cas d’attaque sur le quartier. Le seul accès autorisé passe par la salle d’opération des urgences et la morgue. Chaque fois que j’entre ou que je sors, ce sont les mêmes scènes ; impossible de ne pas les voir.

De toute façon, quand bien même cela ne serait-il pas, on ne peut pas échapper au terrible spectacle : on opère partout, même dans le hall d’entrée et, la journée, dans les chambres qui nous ont été prêtées –au soir, il faut nettoyer le sang, par terre, et essayer de trouver un drap propre pour pouvoir se coucher.

Et tout le monde est mis à contribution : les chirurgiens manquent ; ils forment les infirmiers aux tâches les plus simples et les leur confient ; un vétérinaire, également, opère avec eux.

Domenico et moi sommes sortis assez tôt. Dans la rue, les soldats de l’ASL surveillent chaque carrefour, sur le qui-vive, craignant à tout moment d’être surpris par une incursion de l’armée régulière dont les premières lignes se trouvent à quelques pâtés de maisons seulement.

Accompagné d’un officier de l’ASL, nous gagnons la ligne de front, dans le quartier de Share Osman, dans le sud-est de la ville. En fait de ligne de front, il s’agit plutôt d’un entrelacs de rues de chaque côté desquelles les deux camps se font face.

Pendant plusieurs heures, l’ASL va tenter de prendre la position tenue par l’armée régulière. En courant d’un pilier à l’autre, je rejoins la première ligne, c’est-à-dire le premier coin de rue derrière lequel se protègent les soldats. Quelques rafales de Kalachnikov sont tirées. Les militaires du régime répliquent. Les balles ricochent sur le mur et nous couvrent de poussière.

Chacune des positions des deux adversaires est imprenable, et même les hélicoptères qui tournent au-dessus de nos têtes et ouvrent le feu à la mitrailleuse lourde ne parviendront pas à faire reculer l’ASL.

Au cri de « Allah Akbar ! », un camion de l’ASL fait son entrée dans la rue perpendiculaire au front. Il progresse en marche arrière et se dirige tout droit sur les barricades de l’armée régulière. C’est un tank improvisé, un char d’assaut de fortune : sur sa remorque, un container, renforcé de plaques de métal, dont les portes arrières sont ménagées de meurtrières. Mais rien n’y fera : les tirs des hélicoptères sont trop puissants et percent la carapace ; c’est le massacre.

Sans aide des démocraties occidentales, les insurgés se débrouillent comme ils peuvent. Mais la bataille d’Alep pourrait bien tourner en leur défaveur, car, tandis que les Russes continuent d’approvisionner le régime en armement, les munitions, déjà, commencent à manquer du côté de la révolution; et c’est cela qui pourrait bien déterminer le sort de la bataille.

La confrontation se poursuivra jusque tard dans l’après-midi, sans qu’aucun des deux camps ne réussisse à progresser d’une rue.

Nous quittons les lieux ; des cris sourdent dans une rue voisine, puis une foule surgit, portant le corps d’un homme, dans une caisse peinte en vert. Il est couvert de gros morceaux de glace. Le frère du défunt nous explique qu’il a été tué par un sniper devant chez lui ; leur père me prend par l’épaule et m’invite à le suivre dans maison, où le cercueil est déposé. Je le suis, mais ne m’attarde pas. J’ai mon compte de morts.

Un homme nous propose alors de l’accompagner : il se targue de pouvoir « conduire les journalistes à al-Qaïda » ; à ces mots, d’autres personnes qui assistent aux funérailles nous entourent ; « c’est un fou ; ne l’écoutez pas, n’allez pas raconter que, notre révolution, c’est al-Qïeda ; vous voyez bien que nous sommes de simples citoyens qui nous battons pour être libres ». La foule devient agressive ; il vaut mieux partir. Nous essaierons de retrouver cet homme et de tirer cela au clair, demain…

Deux pâtés de maisons plus loin, je rejoins un groupe de miliciens et leur commandant, Abou Ahmed, dans le quartier de Bab al-Neirab. Ils se sont établis dans une école, qui leur sert de caserne. Ils m’expliquent que l’endroit est dangereux : depuis quelques dizaines de minutes, un hélicoptère tourne au-dessus de la place. Il a peut-être repéré les mouvements des soldats autour des bâtiments. Et, de fait, alors que nous traversons la cour de récréation pour rejoindre le gros du groupe, l’hélicoptère survient et lance deux roquettes, dont une fait éclater le revêtement en béton de la cour, à quelque vingt mètres de nous. Nous avons juste eu le temps de nous jeter au sol. Nous nous relevons, couverts de ciment et de débris, et courons nous mettre à l’abri.

Il est difficile de sortir, à présent. L’hélicoptère tourne toujours. Au bout d’un moment, la situation se complique : se sont deux avions qui apparaissent dans le ciel ; un Mig-21, très reconnaissable, et, selon un des miliciens, un L-39. Je suis stupéfié : je ne savais pas que le gouvernement syrien avait décidé d’engager l’aviation dans la bataille d’Alep ; qu’il avait osé franchir ce pas, cette limite que l’ONU et la communauté internationale considéraient comme une ligne rouge.

Les deux avions font plusieurs passages et frappent ; des explosions retentissent dans un quartier voisin. Mais ce n’est pas nous qui sommes visés : il s’agit du quartier d’al-Barry, tenus par les partisans de la famille du même nom, soutien du régime (un de ses membres, Hassan Chabaan, appartient au parlement, précise un jeune milicien). Environ deux cents chabbihas, soutenus par une vingtaine de combattants du Hezbollah, s’y trouvent encerclés par l’ASL ; l’aviation essaie de les désenclaver en frappant les positions des rebelles.

Nous, nous restons la cible de l’hélicoptère ; quelques roquettes s’abattent encore autour de l’école ; c’est devenu trop dangereux, et je profite d’une accalmie pour m’extraire de l’endroit et rejoindre Domenico qui, de l’autre côté de la rue, avait suivi le bombardement : « les roquettes, c’est une guerre de lâche ! », me dit-il. « Regarde ça ! Elles tombent n’importe où, sur de pauvres gens. »

Je prends alors la décision de pousser en direction du quartier al-Barry, au-dessus duquel s’élève un épais nuage de fumée noire. Nous y pénétrons, accompagné de deux miliciens de l’ASL. Je souhaite avancer le plus près possible de la ligne de combat. Domenico me demande de rester prudent. Nous nous engageons dans un dédale de ruelles et nous nous apercevons, trop tard, que nous avons dépassé les lignes de l’ASL et sommes dans la zone tenue par les chabbihas. Un homme, qui observe l’incendie depuis la rue dans laquelle nous avançons, se tourne vers nous en nous insultant, ameutant d’autres hommes qui se ruent vers nous.

Nous nous sauvons sans chercher à comprendre et repassons derrière les lignes de l’ASL.

C’est tout le danger de cette guerre urbaine, dans laquelle on peut facilement s’égarer dans la zone ennemie, sans s’en rendre compte…

Nous décidons de regagner l’hôpital. Nous nous en sommes éloignés plus que nous l’avions prévu, et il est impossible de trouver un véhicule ; les rues sont presque désertes. Nous nous adressons aux habitants que nous rencontrons ; personne ne peux nous aider : « mâfi benzin ; mâfi ! » (« plus d’essence ; plus du tout ! »). Depuis quelques jours, si les quartiers insurgés d’Alep reçoivent encore des denrées alimentaires acheminées par l’ASL, en revanche, le carburant est presque épuisé ; il est bien évident qu’un camion citerne est plus repérable, depuis un hélicoptère, qu’une camionnette de boulanger…

En arpentant les rues, nous nous rendons compte qu’un autre problème risque de se présenter : les tas d’ordures accumulées un peu partout commencent à prendre des proportions considérables ; les risques de voir apparaître certaines maladies virales, par ces fortes chaleurs, ne sont pas imaginaires.

Arrivés à l’hôpital, il nous faut repasser par la morgue en plein air qui précède les urgences. Un jeune garçon pleure, enlaçant sa mère dans ses bras. Une chaussure, sur le sol, couverte de sang. Je m’attends au pire.

Et c’est à nouveau le désespoir : des cadavres, tout gonflés, et des hommes, le corps détruit, du sang ; je ne parviens plus à supporter ces salles d’opération, ni le couloir qui les dessert et qu’il me faut emprunter ; on y marche dans le sang. Les semelles de mes chaussures en sont maculées…

source

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑