Conversation d’un confrère de l’AFP à Alep avec des… Libyens


Très instructif.

Des combattants libyens soutiennent la « révolution » en Syrie

REPORTAGE Par Antonio PAMPLIEGA ALEP (Syrie), 19 sept 2012 (AFP)

« La guerre en Syrie est bien pire qu’en Libye », soutient Firas, un jeune Libyen venu à Alep soutenir ses « frères » syriens. « Pendant la révolution libyenne, beaucoup de Syriens combattaient à nos côtés, le moment est venu à présent de leur rendre la pareille ».

« En Libye, nous avions une zone d’exclusion aérienne et les civils pouvaient se réfugier sans craindre des bombardements systématiques. Mais ici, les villes sont devenues des souricières où le régime punit son peuple froidement », explique Firas qui a vécu la chute de Mouammar Kadhafi et la libération de Tripoli.
Le jeune homme a quitté ses études en Grande-Bretagne pour aider les rebelles syriens. Il s’élève contre l’inaction de la communauté internationale alors que le conflit est entré dans son 19è mois et a fait plus de 27.000 morts, selon un bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
« Je suis fatigué des sanctions de l’ONU imposées au gouvernement d’Assad qui ne servent à rien. J’en ai assez que l’on détourne les yeux pendant que la Russie et la Chine fournissent des armes au régime », tempête-t-il.
« Pendant que le monde discute, ici en Syrie des enfants et des femmes meurent tous les jours sous l’artillerie du régime ».
Un autre combattant libyen Abou Omar explique avoir tout laissé en Libye et ressenti le besoin et le devoir d’aider les rebelles en Syrie, en suivant les nouvelles de la Syrie à la télévision. « Il fallait que je fasse quelque chose pour eux. Le plus important pour l’instant est d’être ici, avec mes frères ».
Firas et Abou Omar font partie d’une brigade qui combat les forces du régime dans le quartier de Saïf el-Dawla, à Alep, la métropole du Nord du pays, en proie depuis bientôt deux mois à de violents combats.
« Avec 30.000 morts vous pensez que les Syriens attendent encore que les Occidentaux viennent les aider? Personne ne fera rien pour eux, car pour l’Occident la vie d’un enfant syrien n’est pas comparable à celle d’un enfant occidental », s’élève Abou Abdo, un autre combattant d’origine libyenne.
« Combien d’enfants doivent mourir encore pour que les Occidentaux agissent? », demande-t-il, assurant « lutter contre un tyran qui utilise des armes achetées aux occidentaux avec lesquelles il massacre son peuple ».
« Nous ne sommes pas venus faire la guerre sainte, ce n’est pas un jihad, c’est une révolution », insiste Abou Abdo, selon qui « en Syrie il y a beaucoup de combattants étrangers. Cela fait longtemps qu’on ne croit plus aux promesses qui viennent de l’Occident », dit-il.
Pour Firas, la non intervention de l’Occident dans le conflit en Syrie comme il l’a fait en Libye s’explique par le fait qu' »en Libye il y a du gaz et du pétrole, et l’Occident cherche toujours des guerres desquelles il peut tirer des avantages économiques même si c’est au prix de milliers de morts, comme cela a été le cas en Irak ».
« La seconde raison est le fait que la Libye est loin d’Israël, une guerre là-bas n’éclabousserait pas Israël alors qu’ici un conflit à grande échelle serait dévastateur », souligne-t-il.
Quand on lui parle de la présence de groupes jihadistes aux côtés des rebelles en Syrie, Firas se met en colère: « Porter la barbe et faire la prière, cela fait-il de nous des terroristes ou des membres d’Al-Qaïda? ».
« Kadhafi a utilisé la même technique, il a dit que nous étions couverts par Al-Qaïda pour que l’Europe n’intervienne pas pendant qu’il nous anéantissait. Ici on lutte contre un dictateur qui viole tous les jours les droits de l’Homme et massacre son propre peuple ».
Cependant, il prévient que la passivité de l’Occident pourrait provoquer une émergence de groupes pro-Al-Qaïda au sein de la population et des rebelles qui verraient en eux le seul soutien à leur combat « même si leurs objectifs ne
sont pas toujours clairs ».
« Il est indéniable qu’en Syrie, comme ailleurs, il y a des gens qui soutiennent Al-Qaïda », observe Firas. « J’ai moi-même rencontré plusieurs combattants d’un groupuscule étroitement lié au réseau et ça fait très peur de leur parler: ils sont très radicaux et ils haïssent tout ce qui vient de l’Occident ».
« Ces gens-là commencent à salir la révolution syrienne », se lamente Abou Omar.
« Mais ce qu’il faut comprendre c’est qu’il ne s’agit pas d’une guerre de religions, c’est une guerre pour la liberté d’un peuple », assure-t-il. « Nous ne sommes pas venus de Libye lutter contre les chiites ou les alaouites, mais contre les troupes qui soutiennent le régime, quelle que soit sa confession ».

En Suisse : Syrie: solidarité avec le peuple syrien. Bachar dégage!


Publié par Alencontre le 18 – septembre – 2012

Un peu partout dans le monde, des Syriens et Syriennes se mettent en grève de la faim pour alerter l’opinion publique sur les massacres commis par le régime de Bachar el-Assad sur le peuple syrien (plus de 27’000 mort·es); mais aussi pour dénoncer l’inertie de la communauté internationale.

C’est également le cas en France où le groupe de jeunes syriens a suspendu la grève de faim jusqu’au 20 septembre, dans l’attente de la concrétisation de quelques promesses d’interventions concrètes, pour l’instant orales.

Au moins 200 morts tombent chaque jour sous les coups d’un régime qui veut écraser la révolution par le sang. Soutenons les révolutionnaires syrien-nes qui sont en mesure de prendre en main leur destin! L’Union syndicale Solidaires participe à la constitution en France d’un «Collectif de secours à la population syrienne», qui rassemble des associations, syndicats et organisations politiques.

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En Suisse et ailleurs, un groupe de femmes («Syriennes pour la Syrie») vient de lancer un appel aux femmes du monde entier pour les inviter à montrer leur solidarité avec les femmes syriennes en faisant une grève de la faim un seul jour, le 22 septembre 2012.

Le «Collectif des Femmes Syriennes pour la Démocratie» diffuse, à son tour cet appel commun (voir ci-dessous «Manifeste d’appel à la solidarité avec le peuple syrien»): «Femmes du monde, les Syriennes (activistes, détenues, déportées, réfugiées, mères, sœurs, femmes ou filles de martyrs) ont besoin de la solidarité féminine pour sauver les enfants et l’humanité tout entière en Syrie».

Si vous, hommes ou femmes, souhaitez nous soutenir en vous joignant à cette action de grève de la faim des femmes, pour un jour, vous êtes prié(e)s de nous faire parvenir votre nom, prénom, nationalité et résidence à l’adresse : femsyr.lausanne@gmail.com

Nous serons aussi présent·e·s ce jour de solidarité, le 22 septembre 2012, à la Place de la Palud à Lausanne (Vaud) de 10h30 à 14h00. Rejoignez-nous !

Une manifestation de solidarité avec le peuple syrien aura lieu également à Berne le 29 septembre 2012,, Place fédérale, à 14h30. (Voir l’appel à cette manifestation après le manifeste.)

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Manifeste d’appel à la solidarité avec le peuple syrien

En Syrie, à peine un massacre est-il commis que le régime en orchestre-t-il un second, encore plus sanguinaire. Le terrible massacre de Daraya, qui a fait plus de 221 morts en un jour, n’est certainement pas le dernier de la sorte.

Tous ces crimes et ces massacres se font dans l’indifférence de la communauté internationale, dont les négociations et déclarations ne font que donner plus de temps au régime.

En outre, les médias continuent à caricaturer, simplifier la situation et la réduisent à un conflit entre sunnites et chiites.

Pour condamner ce manque d’engagement de la communauté internationale et montrer notre attachement à notre révolution pour la liberté et la dignité, nous entamons une grève de la faim afin de faire entendre nos revendications:

  1. Unir les efforts de l’opposition syrienne pour former un gouvernement de transition chapotant l’Armée syrienne libre
  2. Exiger la mise en place de couloirs humanitaires pour aider les civils (au moins deux couloirs sous la protection des Nations Unies)
  3. Expulser tous les diplomates, les représentants du régime syrien et hisser le drapeau de la révolution syrienne sur toutes les ambassades et consulats du monde entier
  4. Mettre en place des sanctions sévères à l’encontre de la Russie et de l’Iran pour sanctionner leur implication directe dans les massacres de civils. Imposer un avertissement du Conseil de sécurité au gouvernement égyptien pour faire pression afin qu’il s’engage à ne pas permettre le passage de quelconque navire, quelque soit sa nationalité, transportant armes ou aide au régime syrien via le canal de Suez.
  5. Présenter le dossier syrien à la Cour pénale internationale et demander la poursuite de Bachar el-Assad comme criminel de guerre devant cette dernière
  6. Assurer le suivi de la situation des réfugiés dans les camps installés dans les pays voisins et mettre ces camps sous supervision des Nations Unies
  7. Assurer la libération des prisonniers politiques des prisons du régime, sous la supervision d’une mission des Nations Unies. Permettre aux organisations internationales de visiter les prisons, notamment la prison de l’aéroport militaire de Mezzeh.

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#MUSLIMRAGE – Non, « Newsweek », tous les musulmans ne sont pas « en colère »


C’est l’histoire d’un coup médiatique manqué. L’hebdomadaire américain Newsweek avait pourtant tout prévu. Le magazine du 24 septembre devait donner la parole à tous les musulmans qui avaient « la rage » après la diffusion du film Innocence of Muslims, cet ovni vidéo qui a provoqué une vague de colère d’une violence rarement atteinte dans le monde musulman.

Sur la couverture, deux hommes à la barbe touffue, le haut du crâne enturbanné, les poings serrés, hurlent leur colère à travers le papier glacé. Au-dessus de ces visages crispés par la fureur, de grosses lettres noires forment les mots « Muslim rage » (« la colère musulmane »). En sous-titre, l’annonce d’un article de la féministe Ayaan Hirsi Ali figure sous la phrase-clé « Comment j’y ai survécu, comment on peut en finir. » Pour promouvoir son édition choc, Newsweek ne lésine pas sur les moyens et lance, lundi 17 septembre, un appel sur Twitter « Vous voulez parler de notre dernière couverture ? Faites-vous entendre avec le hashtag : #MuslimRage » [#ragemusulmane].

Las, cet appel au « buzz » – et, implicitement, au commentaire islamophobe – de Newsweek a été largement ridiculisé par les abonnés du réseau social. A la clé, un déferlement de tweets ironiques pour désamorcer la polémique. « J’ai peut-être la #ragemusulmane mais c’est caché sous mon niqab », plaisante @missyasin, « Tu perds ton neveu à l’aéroport mais tu ne peux pas crier son nom parce qu’il s’appelle Jihad #muslimrage », écrit Hijabi Girl, « Quand tu es le seul au pub à boire du pepsi #muslimrage » ou « Quand tu décapites un infidèle mais que ton iPhone ne l’a pas enregistré correctement alors tu n’es pas reconnu à ta juste valeur #MuslimRage », pouvait-on encore lire mardi sur le réseau.

You lose your nephew at the airport but you can’t yell his name because it’s JIHAD. 

#MuslimRage When you behead an infidel but your iPhone did not record properly so you don’t get the credit you deserve.

Les médias ne sont pas les derniers à moquer la mauvaise tournure de l’opération marketing de Newsweek. Il faut dire que l’hebdomadaire n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Le correspondant au Pakistan du quotidien britannique The Telegraph en profite ainsi pour dénoncer la vision « démodée et bigote » du monde musulman véhiculée par le magazine. « La photo en plan serré [en une du journal] élimine tout contexte. Il pourrait très bien s’agir de deux hommes qui viennent de voir leur équipe de foot perdre un match. Cela pourrait être un enterrement. Ces hommes peuvent être au milieu d’un groupe de cinq personnes ou de 5 000. Cela n’a pas d’importance. On nous demande seulement de penser : ils sont à nos trousses. » En résumé, c’est « un article de journalisme choc écœurant, qui rabaisse ce qui fut un jour un grand magazine. » 

Pour The Atlantic, l’hebdomadaire américain a méprisé non seulement son lectorat, mais aussi le journal lui-même. Les internautes « ont transformé le cynisme du magazine en quelque chose de mieux, quelque chose de drôle et qui a du sens, qui est pertinent et vrai. Ils ont transformé ‘l’expérience déjà écrite à l’avance’ de Newsweek en quelque chose qu’ils ont écrit eux-mêmes. » Le Los Angeles Times dénonce pour sa part la stratégie marketing suicidaire du magazine, dont le seul but est de vendre le maximum d’exemplaires sans réfléchir aux conséquences de la ligne éditoriale.

En recensant un florilège des tweets les plus drôles, le site américain Gawker en profite également pour publier d’autres types de photos qui montre une « colère musulmane » bien différente. Une petite fille emmitouflée dans une doudoune rose, drapeau égyptien à la main, est présentée comme « une démonstration insoutenable de la colère musulmane ». Quatre iraniennes voilées, hilares devant le bonhomme de neige qu’elles viennent d’achever sont une preuve de la « colère de la neige » musulmane. Bref, des clichés qui présentent plutôt la « rage » de vivre de tous ces musulmans, bien plus nombreux, qui restent silencieux et ont – enfin – fait leur« coming out » humoristique sur Twitter. Le plus beau pied de nez aux islamophobes.

source

« Attention, changement en cours ! »


mercredi 19 septembre 2012, par Al Faraby

« Que penses-tu des caricatures publiées par Charlie Hebdo ? »
« je pense que si c’est une provocation, alors il ne faut pas céder à celle-ci »
« le directeur de l’hebdomadaire a affirmé à l’Afp que c’en n’est pas une »
« c’est donc quoi ? »
« Charlie Hebdo est un support satirique »
« une satire est une œuvre dont l’objectif est une critique moqueuse de son sujet, souvent dans l’intention de provoquer ou prévenir un changement »
« et alors ? »
« si l’intention de Charlie Hebdo n’est pas de provoquer, comme l’affirme son directeur, alors il faut qu’il nous explique de quel changement il veut nous prévenir ? »
« eeuuhh… eeuuhh… »
« moi, je vois un grand changement en cours »
« ah oui… lequel ? »
« celui des mouvements populaires qui mettent bas les dictatures arabes soutenues depuis toujours par l’impérialisme et qui sont en train de réussir »
« réussir quoi ? »
« à prendre leur destin en main et à occuper la juste place qui est la leur dans l’histoire de l’Humanité »
« je vois »
« tu vois quoi ? »
« partout, ils organisent la provocation contre le changement en cours »
« … !? »

Al Faraby
Mercredi, 19 septembre 2012