Michel Khleifi sur liste noire ? rev.


Horaire Actor’s studio

Zindeeq
Mercredi 10/10 VO st Fr 19:00
Jeudi 11/10 VO st Fr 19:00
Vendredi 12/10 VO st Fr 19:00

Nicolas Crousse
Vendredi 5 Octobre 2012, 17h49 | mise à jour Vendredi 5 Octobre 2012, 23h5

Le réalisateur de Noce en Galilée se dit black-listé. L’étrange silence qui entoure la sortie de son dernier film, Zindeeq, en témoignerait-il ? Pour le Palestinien de Bruxelles, qui enseigne à l’INSAS, poser la question c’est y répondre.

  • ©AFP

Depuis mercredi, on peut découvrir le nouveau film de Michel Khleifi, Zindeeq. L’auteur palestinien de Noce en Galilée, jadis courtisé par Hollywood, signe un bien joli film, qui plante son décor dans sa ville natale de Nazareth. Le problème, c’est que pratiquement personne n’en parle. Que la vision de presse, organisée il est vrai sur le tard, n’a déplacé qu’une fort maigre poignée de journalistes. Qu’aucune interview ne fut demandée au cinéaste – à part Le Soir. Que le film, tourné en 2009 et présenté peu après aux Etats-Unis, a mis un temps fou à atterrir sur nos écrans. Qu’il n’est en vérité visible qu’au seul Actor’s studio, au centre de Bruxelles, à raison d’une seule séance par jour. Et qu’en somme, la sortie du film de ce cinéaste qui fait partie depuis longtemps du paysage cinématographique belge (il vit ici, et enseigne à l’INSAS) ressemble à une petite catastrophe.

Un incroyable gâchis… d’autant que le film de Khleifi, qui suit le retour à Nazareth d’un Dom Juan cherchant à comprendre les origines du conflit israélo-palestinin, est assez convaincant. Alors quoi ? Qu’est-ce qui coince ? Qu’est-ce qui explique ce ratage quasi complet ?

Nous passons près de deux heures avec Michel Khleifi, mardi passé, à deux pas de la rédaction. Son sentiment, face au silence radio qui entoure son film ? « J’ai dans le milieu la réputation d’être pro-palestinien. Et on me le fait chèrement payer, depuis le film que j’ai réalisé en 2003 avec un cinéaste israélien (Eyan Sivan). » Route 181, le nom du documentaire qui fait alors controverse, est en avril 2004 violemment attaqué par Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah, qui demande qu’il soit retiré de la programmation du festival parisien Cinéma du réel, à Beaubourg. D’autres artistes, tels que Sollers, BHL ou Arnaud Desplechin, se rangent derrière la colère de Lanzmann, à laquelle Jean-Luc Godard, Todorov, Maspero ou Banks réagissent tout aussi virulemment, en signant une contre-pétition.

L’objet de la controverse ? Le documentaire revenait sur le plan de partage de la Palestine, décidé en 1947 par la résolution 181 de l’ONU, en s’appuyant sur des témoignages d’Israéliens et de Palestiniens. Sujet inlassablement sensible. « On a accusé le film de jeter de l’huile sur le feu, explique Khleifi. Tout cela parce que nous revenions sur la carte de 1947. Cela a laissé un très grand traumatisme dans la société palestinienne. Avec une question demeurée irrésolue : que faire avec cette mémoire en forme de blessure ? »

La controverse de 2004 aurait-elle laissé des traces ? Khleifi en est convaincu. « C’est bien simple : depuis, je suis sur liste noire. Les portes se sont fermées. Je ne trouve plus d’argent… même à Arte. Et même les distributeurs qui hier encore étaient amis me tournent le dos. » Reste la CNC, petit distributeur indépendant installé à Schaerbeek, qui a eu le courage mais surtout l’intelligence de sortir Zindeeq : un film paradoxalement moins politique qu’existentiel, qui s’inscrit dans la tradition des films d’errance d’Antonioni, le maître du cinéma italien.

Dans Zindeeq, Khleifi aborde une nouvelle fois la question des origines. Et revient sur l’héritage de 1948, au regard de la transformation de la société palestinienne d’aujourd’hui. « Ce que je regrette, dit-il en guise de conclusion, c’est que mon film, réalisé en 2009, a annoncé d’une certaine façon beaucoup d’événements d’aujourd’hui, tels que la dislocation de la société arabe, le poids du passé, la difficulté de se réinventer… et qu’on en n’aura finalement pas parlé. » Un sacré gâchis, décidément.

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HUMOUR CROISSANT – Le « pain au chocolat » de Jean-François Copé raillé sur Twitter


Après avoir suscité une polémique en dénonçant le « racisme anti-Blancs », une formulation souvent employée par le Front national, Jean-François Copé a dénoncé les conséquences de la présence de nombreux musulmans dans certains quartiers en prenant en exemple… des pains au chocolat. « Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, père ou mère de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan », a affirmé le secrétaire général de l’UMP lors d’un meeting à Draguignan (Var), vendredi 5 octobre à Draguignan.

Jean-François Copé s’est immédiatement attiré la risée de nombreux internautes, notamment sur Twitter, avec le mot-clé #painauchocolat :

Birgitta Jonsdottir : « L’Islande peut être le laboratoire de la démocratie »


Pascal Riché | Redchef Rue89

Birgitta Jonsdottir était de toutes les manifs qui ont fait chuter le pouvoir précédent. Elue, elle promeut la mobilisation « online » pour « exploiter les failles du système ».


Birgitta Jónsdóttir en 2011, devant le parlement islandais (Halldor Kolbeins/AFP/Getty Images)

(De Reykjavik) Chômage en baisse rapide, croissance qui accélère… L’Islande se remet plutôt bien de la crise financière qui l’a mise à terre en 2008 : ses trois banques s’étaient effondrées, la couronne avait plongé, le PIB avait chuté de plus de 10% pendant deux ans.

Les Islandais ont vite repris leur destin en main, forçant la chute du gouvernement (dominé par la droite), élisant un gouvernement de centre-gauche et mettant sur les rails un nouveau texte constitutionnel, selon un processus original. Le 20 octobre, ils sont invités à voter sur certains points clés de cette réforme constitutionnelle.

Derrière plusieurs des récentes initiatives démocratiques islandaises, on retrouve une femme hors du commun : Birgitta Jonsdottir, 45 ans, se définit comme une « anarchiste pratique », « poéticienne plus que politicienne ».

Elle était de toutes les manifestations pour faire tomber le gouvernement conservateur, considéré comme responsable de la crise. Elle s’est ensuite fait élire au parlement, sous l’étiquette du Mouvement, un nouveau parti qui se vante de n’avoir aucun « membre », juste une liste d’e-mails. Une fois élue, Birgitta Jonsdottir a poussé le processus constitutionnel et fait adopter une loi poussant très loin la liberté d’information, l’Initiative islandaise pour la modernisation des médias, qui l’a rendue célèbre dans le monde entier.

Elle a également défendu la cause de WikiLeaks, dont elle a été la porte-parole. La justice américaine a ordonné à Twitter de livrer aux autorités le contenu de ses échanges, dans le cadre de l’enquête ouverte sur la fuite des télégrammes diplomatiques américains. Aujourd’hui, Birgitta Jonsdottir tente de lancer en Islande un Parti des pirates.

Nous l’avons rencontrée dans son bureau du parlement (« Althing »), aux murs couverts d’articles et d’affiches liés à ses aventures militantes. L’interview s’est poursuivie dans le café Paris, en face du parlement, de l’autre côté de la place où s’étaient déroulées les manifestations fatidiques de janvier 2009.

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