Un médecin lorrain au cœur de l’enfer syrien


Spécialisé dans la médecine d’urgence et de catastrophe, le professeur Raphaël Pitti est actuellement à Al Bab, à 40 kilomètres d’Alep. Entre deux interventions chirurgicales, il tente d’alerter les élus français.

Voici une des photos que Raphaël Pitti a réussi à publier sur Facebook. Elle a été prise dans un hôpital qui, depuis, a été rendu inutilisable par les bombardements.  Photo Raphaël PITTI

Voici une des photos que Raphaël Pitti a réussi à publier sur Facebook. Elle a été prise dans un hôpital qui, depuis, a été rendu inutilisable par les bombardements. Photo Raphaël PITTI

«M onsieur le maire, je vous écris depuis la ville d’Al Bab, à 40 kilomètres d’Alep… La France doit savoir trouver le courage politique d’une intervention humanitaire… » Ce message, de nombreux élus lorrains l’ont reçu sur leur compte Facebook ou sur leur boîte mail ces derniers jours. Le SOS est lancé par le professeur Raphaël Pitti, chef du service de réanimation à la polyclinique de Gentilly à Nancy et spécialiste de la médecine de catastrophe.

Il est en Syrie depuis une semaine et pour trois jours encore. Une mission menée avec l’Union des organisations syriennes de secours médicaux. « Nous avons atterri en Turquie avant de rejoindre clandestinement la Syrie par la route », explique celui que nous avons pu joindre par téléphone, hier soir, entre deux pannes de réseau.

Une villa qui sert d’hôpital

Il raconte : « Nous sommes dans une zone libérée, sous le contrôle des rebelles. Mais il y a des bombardements quotidiens de l’armée syrienne. Et les hôpitaux sont de véritables cibles. Celui dans lequel je travaillais à mon arrivée a été détruit. C’était très tôt le matin. Je dormais encore. Le bruit de l’avion s’approchant de l’hôpital m’a réveillé. Je ne peux pas expliquer pourquoi, mais j’ai eu le réflexe d’aller m’accroupir derrière le lit. Quelques dixièmes de seconde plus tard, le matelas était recouvert d’éclats de verre. La vitre avait complètement explosé sous les balles. L’avion est repassé deux fois pour mitrailler l’hôpital… Nous avons dû nous replier dans une villa qui sert d’hôpital clandestin depuis plusieurs mois. »

Une villa dans laquelle Raphaël Pitti voit défiler les blessés sur sa table d’opération. Des plaies thoraciques, des fractures ouvertes, des polycriblages, des énucléations… « Il y a des civils, des militaires qui viennent d’Alep, des enfants… », témoigne-t-il. « On voit aussi beaucoup de malades chroniques qui n’ont plus de médicaments. La situation sanitaire devient critique. »

Il raconte aussi la fatigue des médecins syriens : « Dans l’hôpital clandestin que j’ai rejoint, il y a essentiellement des étudiants de sixième année de médecine. Ils travaillent 24 heures sur 24 depuis des mois. Ils sont épuisés… »

Voilà pourquoi, entre deux opérations, Raphaël Pitti bricole une connexion internet pour écrire aux élus et à tous ceux qui ont un peu d’influence en France. « Il y a quelques semaines, je pensais qu’une trêve humanitaire, même de courte durée, était possible », soupire-t-il. « Mais quand je vois ici la manière avec laquelle l’armée syrienne s’en prend aux hôpitaux, aux médecins, j’ai réalisé que c’était complètement illusoire… L’intervention militaire est devenue nécessaire. Le minimum serait de sécuriser l’espace aérien des zones libérées pour stopper les bombardements. C’est tout à fait possible dans un cadre humanitaire. »

Avant de raccrocher, Raphaël Pitti nous raconte comment on survit à Al Bab : « Une économie de guerre s’est mise en place. Des stations essence clandestines, des magasins de fortune… C’est toujours comme ça. C’est quelque chose que j’ai déjà vécu en Yougoslavie et ailleurs. Rien ne ressemble plus à une guerre qu’une autre guerre. »

Anthony VILLENEUVE.

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Palestine, 64 ans de solitude


À l’automne de l’année dernière, l’élan du printemps arabe a semblé faire avancer d’un pas la bataille diplomatique palestinienne à l’ONU et redonner, après une longue absence, à la Palestine une présence dans les forums internationaux. Puis vint l’adhésion à l’Unesco pour consacrer ce retour et redonner l’espoir d’une reconnaissance internationale d’un État palestinien. Une nouvelle dynamique semblait naître dans la région, après l’échec des négociations, la poursuite de la colonisation, et la finalisation du mur. Aujourd’hui, un an après le discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, pourquoi la cause palestinienne est-elle retombée dans les oubliettes et pourquoi son leadership est-il en faillite ? Nadia Aissaoui et Ziad Majed pour Mediapart.fr

Bon nombre d’intellectuels et d’activistes palestiniens se désespèrent de la situation de ces dernières années. Les Palestiniens ont toujours été les pionniers dans leur dynamisme et de leur diversité politique, d’opinion et de courants dans un monde arabe gouverné pour l’essentiel par le despotisme et le parti unique et/ou clanique, républiques et monarchies confondues. Ils constituaient avec leurs Intifadas successives (en particulier celle de 1987 contre l’occupation, l’impuissance, le silence et la duplicité internationale) une avant-garde de tous les mouvements populaires arabes.
Et voilà qu’avec les transformations majeures (dues aux révolutions) qui touchent la Tunisie, l’Égypte, la Libye, Bahreïn, le Yémen et la Syrie, avec la progression des contestations au Maroc et en Jordanie, les Palestiniens semblent avoir du mal à emboîter le pas des révolutions et à se rebeller contre leur situation interne en premier et l’occupation israélienne ensuite.
L’Autorité palestinienne a cru compenser cette inertie en livrant une bataille diplomatique dans une période qu’elle jugeait favorable. Mais elle s’est vite ravisée face à la pression américaine, la complexité de la situation et le déchirement national dont elle porte autant que le Hamas la responsabilité.
Aujourd’hui, la situation semble être au plus bas tant au niveau interne qu’externe. Les Palestiniens semblent être dépourvus d’options politiques et de possibilités de réconciliation, et peinent à développer une nouvelle politique étrangère. Quelles sont les raisons de cette impasse ?

« Syrie, un peuple sacrifié », parcours au coeur de la barbarie


11 oct 2012

 

Quatre photographes, quatre regards sur un conflit d’une rare bestialité. Le « peuple sacrifié », nom donné à l’exposition en extérieur consacrée à la Syrie, a particulièrement marqué les reporters qui participent au Prix Bayeux. Le massacre organisé par le régime d’une population de manifestants assoifés de liberté rappelle les pires heures de la Bosnie-Herzégovine que beaucoup ont connu il y a maintenant près de vingt ans.

Sur ces photographies, des visages d’enfants et de mères. Dans leurs yeux où les journalistes captent les dernières lueurs fuyantes de l’innocence, on peut lire un incroyable courage. Portraits d’enfants martyrs et de gamins en armes. Portrait d’un peuple qui sacrifie ce qu’il a de plus beau : sa jeunesse.

Rodrigo Abd, Mani, Alessio Romenzi et Laurent Van der Stockt racontent cette guerre d’une armée contre sa propre population. Témoins de cet assassinat à coups de bombes, les rares reporters qui parviennent à franchir les frontières sont devenus, eux aussi, les cibles du régime. Damas ne veut pas de témoins et s’applique à stopper ceux qui veulent raconter de rapporter mots et images. Les journalistes, professionnels ou citoyens, syriens ou étrangers, sont systématiquement arrêtés et torturés, lorsqu’ils ne sont pas pris pour cible par les snipers. Ils sont déjà 15 à avoir perdu la vie en couvrant ce conflit.

Cette année, la Syrie est particulièrement présente au Prix Bayeux. Si les rédactions hésitent chaque jour un peu plus à dépécher des journalistes sur place au vu des risques qu’ils encourent pour leurs vies, les reporters continuent de se démener pour s’y rendre. Damas ne distribue plus qu’une poignée de visas. La Turquie a inondée une grande partie de ses frontières pour empêcher le passage de réfugiés ou de journalistes.

En plus de cette exposition en plein air, leur travail sera visible dans les différentes catégories en compétition.

Romain Mielcarek (www.actudefense.com)

Syrie, un peuple sacrifié. Exposition en plein air à découvrir du 8 au 31 octobre le long des bords de l’Aube. Plan et détail disponibles à l’office du tourisme et dans les lieux publics de Bayeux.

Vernissage de l’exposition en présence des photographes, samedi 13 octobre à 11h30.

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