De l’Orient compliqué, je venais avec des idées simples


30 octobre 2012

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Aucun conflit ne déchire aujourd’hui l’opinion arabe (et au-delà) comme celui que traverse aujourd’hui la Syrie… Vingt mois après le déclenchement des premières manifestations, la situation sur le terrain, la nature des parties en présence et de leurs rapports de force, pour ne rien dire de l’avenir qu’on peut imaginer pour ce pays, tout cela reste aussi difficile à interpréter et source de conflits incroyablement douloureux, de déchirements sans fin.

Pour l’anecdote, si l’on ose un terme comme celui-ci par rapport à la multitude de drames que cela signifie dans la réalité de ceux qui vivent ces événements, on rappellera que la fameuse chanteuse Asala (voir ce billet), célèbre et célébrée pour avoir ouvertement pris parti pour les insurgés, est en procès contre un de ses frères lequel, lui, soutient le régime… Cela fait-elle de la vedette une nouvelle Antigone comme certains le diront rapidement, ou bien au contraire est-ce la preuve qu’elle a trahi les siens, aveuglée par on ne sait quelles promesses ? Ce n’est pas si facile à trancher, quoi qu’on en dise…

Loin des feux de la scène et des médias, le site Nawaat a publié le témoignage (original en arabe ici) d’une Syrienne réfugiée en Tunisie. Avec ses imperfections et même ses contradictions, il permet de percevoir le désarroi des militants syriens découvrant l’image de leur combat dans le pays dont le soulèvement a joué un rôle tellement important pour les autres pays arabes.

Loin des certitudes toutes faites (y compris en partie chez son auteure), il révèle combien ce qui se joue en Syrie sera de toute manière déterminant pour l’histoire de la région et pour l’idée politique arabe, et cela quelle que soit l’issue en Syrie.

Traduction par mes soins, sans coupe, d’un texte pas toujours très précis dans sa formulation mais dont la sincérité, qui ne saurait être mise en doute, ne peut manquer d’interroger…

Tu arrives à Tunis, fuyant l’oppression du régime, l’arrestation … ou même la guerre, Syrien non seulement par la citoyenneté mais mais aussi par les souvenirs, les espoirs et les rêves … Tu arrives “au berceau des révolutions”, fatigué, tu cherches quelqu’un qui te tendra la main…

Tu t’attends à ce que les Tunisiens, eux qui ont modifié le cours de l’histoire en renversant le régime qui les gouvernait, soient proches de toi, qu’ils te comprennent mieux que quiconque à l’heure où ta révolution en Syrie s’est transformée en guerre dont personne ne sait quand elle prendra fin. Tu te retrouves loin de chez toi, en exil, et tu imagines ton prochain rendez-vous avec la révolution…

Mais chaque jour, du type qui te vend les cigarettes au chauffeur de taxi en passant par tes amis, ce sont les mêmes questions qui reviennent, et les mêmes réponses. Tu as l’impression de répéter les mêmes choses comme une bande magnétique, comme un disque rayé, pour rien…

– Tu viens d’où ?
– De Syrie ..
La question suit immédiatement, sans même un temps de réflexion mais après avoir fait allusion au feuilleton Bab al-Hâra dans ses versions syrienne et tunisienne :
– Tu es avec Bachar el-Assad ou contre lui ?
– Je suis …. Je ne suis pas avec un assassin, quel qui soit !

Commencent alors les dialogues syro-tunisiens, avec leurs variantes en fonction des interlocuteurs, de leurs origines, de leurs expériences et des orientations [politiques] et aussi de leurs informations sur ce qui se passe en Syrie. Tout le monde dit que la situation n’y est pas claire, qu’on n’y comprend rien, mais tu te retrouves quand même dans différents milieux tunisiens où l’on parle de la Syrie — ce pays où tu es née et où tu as grandi et vécu toute ta vie — en présence de personnes qui parlent avec le ton de la plus grande certitude, celui de l’expert non seulement de la situation syrienne mais arabe. Cela varie en fonction des opinions politiques de tes interlocuteurs : la majorité de la gauche tunisienne — et je n’exagère pas — ne croit pas à la révolution syrienne, ne la reconnaît pas, à cause de ce qu’elle endure avec les islamistes et le parti au pouvoir Ennadha. Leur seule manière de se positionner c’est de demander : Vous avez envie que les islamistes vous gouvernent comme ils le font en Tunisie?

On répond toujours la même chose : la révolution, ce n’est pas quelque chose qui commence et qui s’arrête… Ceux qui ont été capables de renverser un régime répressif qui a fait tout ce qu’il a pu pour se maintenir pendant des décennies peuvent faire tomber n’importe quel gouvernement. La liberté d’expression des Tunisiens aujourd’hui rend possible un changement, une poursuite de ce qui a été commencé …

Mais ce ne sont que des mots si les Tunisiens, les Égyptiens, les Libyens, les Yéménites, les Syriens, si chaque être humain ne continue pas à lutter pour arriver à faire ce pays auquel tout le monde aspire. Sinon rien ne changera, si ce n’est que tu pourras dire autant de fois que tu le voudras : Je déteste les islamistes…

Quant aux nationalistes [arabes : 3urûbiyyin], ceux qui croient à l’unité arabe et à la primauté de la cause palestinienne déterminante pour le peuple arabe dans son ensemble, oublieux de ce qui s’est passé et de ce se passe dans leur pays et oublieux de l’exploitation éhontée par tous les gouvernements de la souffrance du peuple palestinien pour détourner l’attention des gens de leurs propres souffrances, leur réponse est en forme de question : Vous voulez qu’Israël réalise tous ses plans en occupant tous les pays arabes ? La chute du régime Assad, c’est la chute de la résistance et de l’opposition à l’ennemi israélien !

J’en rirais, et cela me rappelle combien le Maghreb et le Machrek sont distants, combien de fausses informations circulent, et que croient les gens. J’ai ainsi entendu quelqu’un dire que “les salafistes entrent en Syrie par la bande de Gaza”. ” Désolé mais vous avez jamais regardé une carte?

Vous n’avez pas remarqué qu’aujourd’hui Assad utilise tous les types d’armes, qu’il s’agisse d’armes légères ou d’hélicoptères, pour réprimer le soulèvement populaire alors qu’il n’a pas tiré une seule balle contre Israël en quarante ans? Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu déclarer la guerre à Israël ? Mobiliser 23 millions de Syriens plutôt que ses partisans pour réprimer l’opposition ? Au lieu de ces réunions de la Ligue arabe pour tenter de briser le blocus imposé à son peuple, Assad n’aurait-il pas pu mettre la Ligue arabe dans une situation telle que ses membres auraient dû unir leurs efforts pour se débarrasser de l’ennemi israélien ?

Dans l’équation tunisienne, il y a aussi les islamistes tunisiens qui ne soutiennent pas les révolutionnaires syriens mais qui aident leurs frères islamistes en Syrie. Et ici j’ai envie de demander à la gauche, aux nationalistes arabes et à la société civile [en Tunisie] : est-ce que ce n’est pas vous qui nous livrez aux islamistes ?

Bien sûr, je ne nie pas l’existence de militants tunisiens participant à l’action révolutionnaire en Syrie, non plus que les nombreuses tentatives tunisiennes pour aider les Syriens de toutes les manières possibles. Mais je m’étonne vraiment de cette réaction émotive si étrangère à la réalité, de ces positions si diverses chez les Tunisiens par rapport à l’assassinat alors qu’on pourrait penser que c’est une chose refusée par principe. Cette sensibilité, cette sympathie n’a plus rien à voir avec ce que ce que tu ressens en tant que Syrien, avec ce qui te fait souffrir. Tu rencontres des gens qui te disent : “Ne le prends pas mal mais j’aime Bachar.” Et si tu leur dis : “Mais tu aimes un assassin ?” Ils te répondent que cela vaut mieux que les islamistes ou qu’Israël !

C’est tout de même étrange de ne pas avoir d’autre choix que d’aimer un assassin, de le préférer à un autre tueur, d’oublier toute ton humanité, celle qui te fait aimer la vie et lutter pour mettre un terme aux machines de mort partout dans le monde !

Je demande à bien des Tunisiens qui aiment Bachar al-Assad : Avez-vous déjà vécu en Syrie? Avez-vous souffert de la répression du régime ? Avez-vous perdu un frère, un père, une mère, un ami ? L’armée d’Assad a-t-elle fait sauter vos maisons ? Comment pouvez-vous parler de la tragédie que vivent d’autres personnes en oubliant complètement leurs souffrances, en faisant semblant de croire qu’au moment où vous sirotez votre thé ou votre café en exprimant votre amour pour Bachar al-Assad, il est, lui, en train de tuer quotidiennement des centaines d’innocents ? Et vous continuez à dire : Ne le prends pas mal mais on l’aime ! Vous aimiez Ben Ali ?

Là, on a des réponses différentes. Il y en a qui vont dire : du temps de Ben Ali, il y avait la sécurité et les islamistes ne pouvaient pas seulement respirer. Certes, comme le dit la formule bien connue, “celui qui préfère la sécurité à la liberté ne mérite ni l’une ni l’autre!” Il faut bien accepter l’Autre, fut-il islamiste…

Et puis il y a ceux qui répondent : “Bien sur que non!” Vraiment, vous détestiez Ben Ali et vous aimez Bachar ? Ne sont-ils pas les deux côtés d’une même médaille ? Ce n’est pas si curieux si l’on pense à la position du gouvernement tunisien et à la façon dont il gère le dossier syrien : d’un côté il expulse l’ambassadeur syrien (inexistant dans les faits) et il ferme l’ambassade de Syrie en Tunisie en réponse aux exactions du régime à l’encontre de son peuple, de l’autre tout Syrien a besoin d’un visa, accordé ou refusé, pour entrer sur le territoire tunisien. Le président Marzouki lance une déclaration fracassante pour dire qu’il est prêt à accorder l’asile à Bachar al-Assad et à sa famille tandis que le gouvernement tunisien n’accorde pas ce doit aux réfugiés [syriens ] qui n’y ont qu’un droit de transit.

Autant de discussions qui se terminent toujours par un soupir à fendre l’âme et par l’unique phrase sur laquelle tout le monde est d’accord : “De toute façon, c’est le peuple qui trinque toujours !” Mais comment parler ainsi “du peuple”, comme si on n’en faisait pas soi-même partie ?

Bien sûr, chacun a le droit de penser ce qu’il veut et d’exprimer son point de vue. Mais comme je voudrais que cela se fasse toujours correctement, que la discussion ne soit pas conclue d’avance, que ce ne soit pas un tour pour rien faute d’accepter de changer de perspective…

Pour finir, me voici actuellement en Tunisie (en tant que pays de transit). Je publie cet article sur le site d’un pays dont je respecte le peuple, avec toutes ses différences. Si je m’exprime ainsi, c’est aussi parce que j’aime ce beau pays auquel je souhaite un lendemain meilleur, grâce à des lois vraiment humaines…

Rania Badri


 

« Dans les coulisses du Proche-Orient », un témoignage majeur


mercredi 31 octobre 2012, par Alain Gresh

Eric Rouleau a été, pendant des décennies, le plus illustre journaliste français sur le Proche-Orient. Il a couvert les guerres de 1967 et de 1973, a rencontré Gamal Abdel Nasser, Anouar El-Sadate, le roi Hussein de Jordanie, Yasser Arafat, David Ben Gourion, Moshe Dayan, Itzhak Rabin, Shimon Peres et tous les dirigeants qui ont compté dans l’histoire de cette région. Il s’est très tôt lié à Mustafa Barzani, le leader kurde irakien, et sera toujours sensible aux revendications de ce peuple.

Le livre qu’il publie aujourd’hui Dans les coulisses du Proche-Orient (1952-2012) (Fayard, 440 pages, 22 euros) est un témoignage majeur sur l’histoire de la région, notamment sur le tournant de la guerre de juin 1967 et ses conséquences à long terme. Pour tous ceux qui veulent comprendre, ce témoignage constitue une introduction claire et lumineuse à l’histoire contemporaine de cet Orient que l’on prétend si compliqué. Pour les jeunes, ce sera une découverte, pour les autres, une plongée dans des souvenirs parfois oubliés.

L’ouvrage, œuvre d’un journaliste qui a suivi au jour le jour la chronique de la région, contient de nombreuses révélations. Parmi d’autres, la manière dont les militaires israéliens, par un quasi coup d’Etat, ont imposé à leur gouvernement le déclenchement de la guerre contre l’Egypte le 5 juin 1967. Rouleau raconte aussi la mort de Nasser, la prise de pouvoir par Sadate et la façon dont ce dernier allait s’appuyer sur les Frères musulmans pour combattre la gauche et les marxistes.

Futur diplomate, Rouleau ne limita pas son rôle à celui d’observateur. A la fin des années 1960, il tenta, sans succès, d’organiser la visite de Nahum Goldman, ancien président du Congrès juif mondial au Caire. Ce dernier avait été invité par Nasser, mais le gouvernement israélien refusa de lui donner son feu vert. Les dirigeants israéliens n’ont jamais raté une occasion de rater une occasion de faire la paix…

J’ai écrit la préface de ce livre, dont voici quelques extraits :

« Exilé d’Egypte au début 1952, Elie Raffoul, qui deviendra Eric Rouleau, débarque à vingt-quatre ans, muni d’un léger bagage et d’une lourde expérience. Un an de chômage ne le décourage pas et il finit par trouver une place au service des écoutes arabes de l’AFP : à l’époque, les journaux ont peu de correspondants à l’étranger et peu de moyens de savoir ce qui s’y passe. Il faut donc se brancher sur les radios locales pour être tenu informé.

En octobre 1954, il arrache son premier scoop : il annonce que le président égyptien Gamal Abdel Nasser a échappé à un attentat imputé aux Frères musulmans. En 1955, il commence à collaborer au Monde, et c’est encore une fois l’Égypte et la crise qui se noue entre Nasser et l’Occident qui lui donne l’occasion de signer son premier papier en Une : “‘Le barrage d’Assouan sera quand même construit’, assure-t-on au Caire.” (Le Monde daté du 22-23 juillet 1956). Quelques jours plus tard, le 26 juillet au soir, il écoute pour l’AFP le discours de Nasser qui annonce, dans un énorme éclat de rire, surpris peut-être de sa propre audace, la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez, afin de financer la construction du haut barrage d’Assouan puisque les bailleurs occidentaux ne l’ont pas suivi. La direction de l’Agence, interloquée par une telle nouvelle – Nasser ne peut tout de même pas « oser » –, retient un temps l’information et ne se décide à la diffuser que quand la concurrence commence à le faire. »

(…)

« Il est aussi, signe du flair du bon journaliste, à chaque moment, au rendez- vous de l’histoire : au Caire en juin 1967, lors de l’attaque israélienne ; à Amman en 1970, pendant les massacres des Palestiniens par l’armée jordanienne ; au Caire à nouveau, le 28 septembre 1970, le jour où meurt, de manière totalement inattendue, le président Nasser ; à Nicosie en 1974, lors de la tentative de coup d’État contre le président, Mgr Makarios (la Chypre et la Grèce ont longtemps fait partie de son “empire” au Monde, dans une conception très britannique du Middle East, qui englobe la Grèce, Chypre et la Turquie dans un même ensemble).

Éric Rouleau est souvent reçu avec des honneurs exceptionnels, s’installant dans les plus grands hôtels où les responsables font antichambre pour le rencontrer, pour se confier, pour lui révéler leurs vérités, ce qui n’est pas sans attiser la jalousie de certains de ses confrères.

Un seul pays déroge à cette règle : Israël. Bien sûr, il a pu, comme il l’évoque ici, interviewer David Ben Gourion et Golda Meir, Moshe Dayan, Itzhak Rabin et Shimon Pérès. Mais Menahem Begin, le leader de la droite, le dénonce comme “un agent égyptien”, une opinion que partagerait l’establishment. À Paris, se souvient Jean Gueyras, “il était harcelé par l’ambassade d’Israël à travers des lettres quotidiennes de ‘lecteurs indignés’ adressées au directeur du Monde”. Pour les dirigeants de “l’État juif”, dans les années 1970, Éric est plus qu’un ennemi, un traître, habité par “la haine de soi”. Ils ne peuvent comprendre que, au contraire, l’homme est porteur d’une tradition juive que eux cherchent à enterrer, celle qui rejette le nationalisme étroit, celle qui est solidaire de tous les opprimés. Un de ses amis, Chehata Haroun, avocat juif égyptien qui a refusé de quitter l’Égypte jusqu’à sa mort, a fait inscrire sur sa tombe en guise d’épitaphe :

“Je suis Noir lorsque les Noirs sont opprimés.
Je suis juif lorsque les juifs sont opprimés
Je suis Palestinien lorsque les Palestiniens sont opprimés.”

Éric aime raconter son “retour” dans la maison natale, à Héliopolis, à la fin des années 1960. Avec sa femme Rosy, il sonne à la porte et est gentiment accueilli par les occupants, à qui il conte son histoire. Interloqué, il les voit éclater de rire : ce sont des Palestiniens qui occupent son domicile, et l’ironie de la situation leur saute tous aux yeux. Il se liera d’amitié avec ces déracinés, sans demeure et sans patrie, dont il se sent le voisin. »

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Tunisie : l’état d’urgence prolongé


jeudi 1er novembre 2012, par La Rédaction

« Le président de la République provisoire Moncef Marzouki a décidé mercredi de prolonger de trois mois l’état d’urgence à compter du 1er novembre 2012 », a indiqué l’agence officielle TAP.
L’état d’urgence, qui confère des pouvoirs d’intervention accrus aux forces de l’ordre et à l’armée, est en vigueur en Tunisie depuis janvier 2011 et la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali à l’issue d’une révolution. Depuis juillet, il n’était prolongé que par tranche d’un mois. Les autorités assuraient que cela témoignait d’une amélioration des conditions de sécurité.
Cette décision intervient au lendemain d’affrontements entre les forces de l’ordre et des militants islamistes radicaux qui avaient attaqué deux postes de la garde nationale dans un quartier de la banlieue de Tunis de La Manouba. Selon le bilan officiel, un assaillant a été tué par balle et deux agents ont été blessés. Une source policière interrogée par l’AFP et plusieurs médias tunisiens font cependant état de deux morts. Le gouvernement, dominé par les islamistes d’Ennahda, assure être déterminé à lutter contre ce type de violences, alors que l’opposition l’accuse de faire preuve de laxisme, voire de complaisance à l’égard des salafistes djihadistes.
Le ministère de l’Intérieur a averti mercredi que les forces de sécurité allaient recourir à « tous les outils permis par la loi », laissant entendre que des balles réelles seraient utilisées le cas échéant. Il a aussi affirmé avoir déployé de vastes renforts dans le quartier de Douar Hicher, où les violences ont eu lieu mardi. Cependant, sur le terrain, aucun dispositif de sécurité renforcé n’était visible dans la journée et des dizaines de personnes semblant appartenir à la mouvance salafiste, certaines armées de couteaux, étaient rassemblées dans les rues, selon une journaliste de l’AFP. Certains ont assuré se préparer à de nouveaux affrontements. « On ne va pas laisser le meurtre d’hier sans réaction », a affirmé l’un d’eux.
Un autre, âgé d’une vingtaine d’années, a reconnu que les violences avaient été déclenchées par l’interpellation de plusieurs salafistes, estimant : « Ce n’est pas une raison pour tirer dans la tête d’un Tunisien. » Ennahda, qui se pose en partisan d’un islamisme politique modéré, a pour sa part réagi à ces heurts de manière ambiguë. Il a appelé au « calme » et noté que « l’État a le droit de faire face à toute menace à la paix sociale » tout en disant « prier » pour « le citoyen tunisien » mort dans l’attaque des postes de police.
Les salafistes djihadistes, une branche rigoriste de l’islam sunnite, sont considérés comme responsables de nombreux coups d’éclat, certains sanglants, depuis la révolution de 2011. Les évènements de mardi sont les plus graves impliquant cette mouvance depuis l’attaque le 14 septembre de l’ambassade des États-Unis (quatre morts parmi les assaillants, des dizaines de blessés).
Une centaine de personnes suspectées d’avoir participé à ces heurts en représailles à un film islamophobe diffusé sur Internet ont été arrêtées depuis, mais leur chef présumé, Abou Iyadh, est toujours en fuite. La Tunisie peine à se stabiliser depuis la révolution. Des manifestations motivées politiquement, religieusement ou par des revendications économiques et sociales dégénèrent régulièrement en violences. Ainsi, le 18 octobre, un responsable du parti d’opposition Nidaa Tounès à Tataouine (sud) est mort en marge d’affrontements entre ses partisans et des manifestants proches des islamistes au pouvoir.

(01 Novembre 2012 – Avec les agences de presse)

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