Gaza, ça recommence ! – Mazin Qumsiyeh –


Mazin Qumsiyeh

The Popular Resistance

Est-ce que l’histoire est en train de se répéter ?

 

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Trois janvier 2009 : bombardement sur Beit Hanoun
(photo : P. Baz/AFP/Getty Images – boston.com)

Les forces d’Israël ont attaqué Gaza, elles détruisent les réseaux d’électricité, détruisent l’infrastructure et massacrent les civils. Elles ont amplifié leur attaque brutale quand deux roquettes artisanales ont été lancées sur Tel Aviv. Les hôpitaux à Gaza sont rendus au point de rupture, essayant d’accueillir les victimes alors que depuis des années, ils sont en état de siège. Mais les forces de la résistance à Gaza ont signalé qu’un jet israélien a été abattu. Les autorités israéliennes sont prises en flagrant délit de mensonge à leur propre population sur l’ampleur des dégâts causés par la résistance (prétendant par exemple que les roquettes étaient interceptées et qu’elles ne retombaient pas alors même que les citoyens israéliens voyaient les roquettes exploser au sol, ils voyaient les incendies se déclarer et les ambulances qui se précipitaient. J’ai entendu moi-même les sirènes hurler dans les colonies de Gush Etzion et j’ai entendu le bruit sourd d’une roquette largeb (probablement du type Fajr, de grande portée).

Mais maintenant, quelques observations analytiques.

Est-ce que l’histoire est en train de se répéter ? L’attaque israélienne contre Gaza cette semaine a lieu entre les élections présidentielles aux États-Unis et les élections (prochaines) israéliennes. L’attaque contre Gaza il y a quatre ans a eu lieu également après les élections US et avant les élections israéliennes. Certains citoyens israéliens ont ainsi lancé un avertissement dans un journal israélien sous le titre « Non à la guerre des élections ! ».

Netanyahu et compagnie tentent aujourd’hui de refaire ce qu’Olmert et compagnie ont essayé de faire il y a quatre ans : pousser Gaza à la soumission tout en gagnant les voix de droite. Cette attaque pourrait aussi être un test de préparation dans le cas d’une guerre à venir contre l’Iran (Gaza est plus faible que le Liban ou l’Iran). Au vu des premiers résultats, la machine de propagande israélienne (hasbara) n’a pas réussi à faire apparaître l’attaque contre Gaza comme une « légitime défense » et elle ne réussira pas davantage dans ses autres objectifs tout comme en 2006 et 2008.

Lors de la dernière agression contre Gaza il y a quatre ans, les forces israéliennes ont assassinés 1400 palestiniens, dont près de 400 enfants, en à peine trois semaines. C’était, et c’est toujours, une tâche difficile pour la propagande de cacher l’ampleur des atrocités commises contre les natifs de cette terre, spécialement quand des organisations de défense des droits de l’homme et les Nations-Unies qualifient de tels actes de crimes de guerre et de crimes de l’humanité.

A Gaza, rien que dans les dernières quarante-huit heures, les martyrs palestiniens comprenaient deux bébés de dix et onze mois. Netanyahu espère que les réseaux sionistes de communication et sa campagne de bombardements vont réussir en 2012 ce qu’ils ont raté en 2008. Israël en tant qu’occupant/colonisateur espère se tirer de ses assassinats en qualifiant la résistance du peuple occupé de « terrorisme ».

A l’âge de la communication en temps réel, c’est devenu difficile. Après plusieurs guerres d’agression (par exemple, en 1948, 1956, 1967, 1982, 2000, 2006, 2008, et aujourd’hui, 2012), le monde se réveille. Les peuples du monde arabe qui se sont engagés dans de véritables révolutions démocratiques exigent désormais un véritable changement. Il est symboliquement important que des officiels de premier plan d’Égypte et Tunisie se soient rendus à Gaza pendant les attaques en cours.

Les peuplent savent que les lobbies israéliens, tel l’AIPAC (dont le site a été piraté par Anonymous cette semaine (1)), continuent d’inciter à des guerres y compris à une guerre hors-la-loi contre l’Iran, de la même manière qu’ils ont poussé aux guerres illégales précédentes contre le Liban et l’Iraq. La dernière guerre a été imposée à l’opinion publique occidentale grâce à des mensonges (les liens de l’Iraq avec les actions terroristes du 11 Septembre 2001 et les armes à destruction massive). La guerre a coûté des milliers de vies états-uniennes, des centaines de milliers de vies iraquiennes, et trois mille milliards de dollars en coût direct aux contribuables des États-Unis).

Les peuples savent que Gaza est toujours sous occupation selon le droit international, comme les Nations unies elles-mêmes l’ont rapporté. Même les porte-parole israéliens et un document rendu public par une décision de tribunal ont montré qu’Israël s’est lancé dans une punition collective de la population de Gaza, un crime contre l’humanité selon le droit international. Les Nations unies ont mis en garde contre une catastrophe humanitaire si le siège israélien de Gaza se poursuivait. Israël continue aussi de cibler tous les bateaux humanitaires qui tentent de briser le siège.

Les politiciens israéliens trouvent commode toutes les quelques années de lancer une guerre massive pour garder le « front intérieur » dans l’inquiétude et l’unité, et ils espèrent ainsi booster leurs carrières politiques. « Éradiquer le terrorisme » et défendre « la sécurité des citoyens israéliens » sont maintenant considérés, même par les Israéliens, comme de la simple propagande. Les rapports des Renseignements israéliens soumis au gouvernement israélien montrent que le Hezbollah est devenu encore plus fort après les attaques israéliennes de 2006 et que le Hamas est lui aussi devenu plus fort après l’attaque israélienne en 2008.

La Gaza appauvrie enseigne toutes les leçons. Olmert et Livni ont découvert que les crimes de guerre ne se traduisaient pas obligatoirement en bulletins de votes. Une leçon plus importante qui demande peut-être plus de temps pour être creusée est que la sécurité ne vient pas d’une oppression et d’un nettoyage ethnique, les deux piliers du sionisme. La sécurité vient de la justice. Israël est un État apartheid raciste et militarisé qui a créé la plus grande population de réfugiés toujours existant sur la terre (sept millions des douze millions de Palestiniens sont des réfugiés ou des déplacés).

La paix peut venir par la reconnaissance des torts et un engagement pour une justice réparatrice. Une fois réalisé le retour des réfugiés palestiniens (dont le million de Gaza) dans leurs foyers et sur leurs terres occupées en 1948, nous pouvons tous vivre ici dans un État démocratique laïc, quelle quelles que soient nos origines religieuses ou autres.

Je soupçonne que les attaques immorales et cruelles israéliennes contre Gaza vont hâter ce résultat incontournable.

(1) Anonymous a bloqué le site de l’AIPAC (c’est le site de la troisième colonne qui détruit l’économie américaine pour le bien du sionisme) http://www.aipac.org/.

Actions : actions en urgence dans le monde pour Gaza : https://docs.google.com/a/qumsiyeh….

(JPG) Restez humains

Pr Mazin Qumsiyeh

Site : http://qumsiyeh.org

Adresse courriel : mazin@qumsiyeh.org

16 novembre 2012 – http://popular-resistance.blogspot.fr/2012/11/gaza-redux.html] – traduction : Info-Palestine/JPP

 

La « hasbara », l’autre arme d’Israël


Extrait du compte twitter du premier ministrte israélien

Les batailles israélo-palestiniennes ne sont jamais uniquement militaires mais également médiatiques. La propagande, la hasbara, en hébreu, fait l’objet depuis longtemps d’un soin particulier de la part des autorités israéliennes qui procèdent généralement par une « politique de l’offre », la mise à disposition de la presse nationale et internationale d’une kyrielle d’experts militaires, de chercheurs, y compris via des reportages clé en main, dans le but de faire passer les éléments de langage israéliens. Les institutions gouvernementales (armée, ministère des affaires étrangères, qui a ouvert l’onglet Israel under Fire qui décrit un pays attaqué, ou compte twitter du premier ministre Benyamin Nétanyahou) et non gouvernementales (par exemple The Israel Project, qui reprend exactement la même thématique) sont alors en première ligne. Chaque expérience fait ensuite l’objet d’un retour critique (lire cet article du Haaretz sur l’analyse des ratées de l’offensive de 2008-2009 et de l’assaut contre le Navi Marmara).

La nouveauté de la campagne en cours tient à deux éléments. Le premier, le plus spectaculaire, est le recours à la virtuosité numérique avec le suivi, presque en temps réel, de l’assassinat de Ahmed Jabari via Twitter. Le second, plus stratégique est « l’humanisation » de l’opération israélienne avec l’accent mis sur les souffrances israéliennes pour contrecarrer le cliché des fantassins lourdement armés, des blindés et des avions de guerre opposés à un peuple de civils vivant dans le dénuement, alors que les groupes armés palestiniens disposent désormais, grâce à la « zone grise » qu’est devenu le Sinaï, de matériels bien plus meurtriers que par le passé.

Quel impact cette guerre médiatique peut-elle avoir réellement? Outre le fait qu’elle reste à la merci de la moindre bavure immédiatement répercutée (on se souvient à cet égard de la mort quasiment en direct à la télévision israélienne des trois filles du médecin palestinien Ezzedine Aboulaïch en janvier 2009), cette guerre se heurte au profond clivage que génère le conflit israélo-palestinien, l’une des rares questions internationales pour laquelle il existe des opinions très tranchées. On le voit en France où chaque accès de violence resserre les rangs des « pro » et des « anti » (lire la note consacré au livre de Marc Hecker) et où la hasabara ne prêche guère que les convertis.

À propos de Gilles Paris

Le conflit qui oppose Israéliens et Palestinien est au coeur des crises qui secouent le Proche et le Moyen Orient. Considéré comme central par les diplomates et les analystes, il est sans doute l’un des plus suivis par la presse internationale. Cette surmédiatisation, paradoxalement, constitue souvent un obstacle à sa compréhension. Les informations égrénées sur la situation à Gaza, comme en Cisjordanie, les raids, attaques et représailles masquent les processus politiques en cours, leurs enjeux, leurs succès comme leurs échecs. En décryptant régulièrement une actualité éclairée par les documents de références, qu’il s’agisse des textes, des portraits des principaux acteurs ou des dates clefs, Guerre ou paix se propose de rendre cette actualité plus lisible. Il vous permet de vous exprimer sur le Forum du Monde.fr consacré au Proche Orient.

Julien Salingue : Sur l’offensive en cours à Gaza


Propos recueillis par Gaël Cogné et publiés le 16 novembre 2012 sur le site FranceTVinfo

Francetv info : Quelles sont les raisons pour lesquelles Israël a lancé une offensive contre la bande de Gaza ?

Julien Salingue : Il y a deux considérations. Une qui relève de la politique intérieure, l’autre de politique extérieure. D’abord, ça devient de plus en plus une tradition en Israël : les campagnes électorales s’accompagnent d’une attaque. La dernière opération contre Gaza en 2008-2009 (« Plomb durci »), c’était aussi pendant une campagne. Le gouvernement de Benyamin Netanyahu est tenté d’être dans une confrontation militaire pour radicaliser la société israélienne. Ils savaient très bien que le Hamas ne manquerait pas de riposter. Ils comptent convaincre un certain nombre d’électeurs que la meilleure option demeure les plus radicaux, eux-mêmes.

Ensuite, on est à deux semaines d’un probable vote aux Nations unies sur le statut de la délégation palestienne pour son admission comme État nom membre. Israël n’en veut pas mais est minoritaire à l’ONU sur cette position. En lançant une confrontation militaire avec Gaza, il soude derrière lui une partie des hésitants tentés de ne pas vouloir se prononcer, pour ne pas donner l’impression de soutenir les Palestiniens contre Israël. Les réactions d’une partie de l’Union européenne montrent que cela fonctionne. Très nuancées, elles renvoient dos à dos le Hamas et Israël.

L’assassinat du chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari, porte-t-il un coup dur au mouvement ?

Au Hamas, Jaabari était un chef militaire, mais il jouait aussi un rôle politique central dans la bande de Gaza. Il était en charge depuis quelques années du maintien de l’ordre. Son rôle était d’assurer, si nécessaire, le calme aux frontières, aux points de contact avec Israël. Ce n’est pas un hasard si c’est lui qui, on l’a appris dans le quotidien israélien Haaretz, était en train d’élaborer une proposition de trêve avec Israël sous supervision égyptienne. On est loin de l’image qu’on a voulu nous présenter, celle d’un chef de groupes qui tirent des roquettes sur Israël. Finalement, ceux qui au Hamas défendent depuis plusieurs années le principe d’une solution politique et de négociations sont affaiblis.

Le Hamas va-t-il exploiter cette intervention pour renforcer son emprise sur Gaza ?

Il y a quelques mois, le Hamas a créé une force de trois cents hommes chargée de dissuader les autres groupes de tirer des roquettes sur Israël. Alors que le blocus, les bombardements et les incursions se poursuivaient, cette mesure n’était pas populaire. Une partie de la base du Hamas jugeait qu’il n’était pas assez ferme. En visant directement l’appareil militaire du Hamas, Israël donne l’impression à la population que le parti est loin d’avoir fait des compromis. En ce sens-là, ça peut servir le Hamas.

Après, cela peut aussi avoir un effet sur la scène politique intérieure palestinienne. Le Hamas sort renforcé vis-à-vis de l’autorité palestinienne de Ramallah. Depuis quelques jours, cette dernière peine à communiquer. En réalité, Mahmoud Abbas se retrouve un peu piégé. S’il condamne trop vivement l’intervention israélienne, s’il apporte trop ouvertement son soutien à la population de Gaza, il va apparaître comme soutenant le Hamas [son opposant politique]. Mais s’il ne le fait pas, il donne le sentiment qu’il privilégie les intérêts d’appareil à la population.

Du coup, les groupes jihadistes salafistes qui ont fait leur apparition ces dernières années s’en trouvent-ils affaiblis ?

Il est difficile de mesurer leur réalité. Mais ils se sont construits en expliquant que le Hamas était en train de devenir l’équivalent de l’Autorité palestinienne, qu’il n’allait pas assez loin. Par conséquent, dans la phase actuelle, ils perdent de leur aura car le Hamas s’est remis à participer de manière très visible au combat. En revanche, si le Hamas va vers la négociation d’une trêve ou d’un cessez-le-feu et que dans les semaines ou les mois à venir la situation de Gaza ne s’améliore pas, les groupes plus radicaux empocheront la mise.

Pendant longtemps, le régime d’Hosni Moubarak en Egypte s’est montré assez neutre vis-à-vis d’Israël. L’arrivée au pouvoir de l’islamiste des Frères musulmans (organisation proche du Hamas) Mohamed Morsi change-t-elle la donne ?

Ce qui s’est passé depuis deux jours montre assez nettement que les choses ont changé. On a eu les déclarations assez vives de Mohamed Morsi, le rappel de l’ambassadeur d’Egypte en Israël, l’ouverture de la frontière à Rafah pour permettre aux blessés palestiniens de sortir, la visite du Premier ministre égyptien aujourd’hui. Israël ne peut plus compter sur le régime égyptien pour faire taire toute contestation de la politique israélienne en Egypte et pour contribuer à l’isolement des Palestiniens. Pour l’instant, cela ne joue pas beaucoup sur la politique israélienne, mais cela peut, à moyen terme, peser.

Pensez-vous que l’opération va encore durer longtemps ? Y aura-t-il une opération terrestre ?

Difficile à dire. Avec le contexte électoral israélien, le gouvernement ne peut pas donner l’impression d’avancer à moitié. Est-ce que ça veut dire qu’il va entrer partiellement, totalement dans la bande de Gaza, qu’il va accroître la pression militaire ? Ce qui est sûr, c’est que ça ne va pas s’arrêter aujourd’hui. Ce qui va jouer, c’est en partie l’attitude du Hamas et les effets des tirs de roquettes. S’il y a d’autres morts côté israélien, ou d’autres roquettes qui tombent à côté de lieux symboliques, cela peut convaincre l’armée israélienne de pénétrer dans la bande de Gaza et de taper plus fort.

Gaza 2012 : un air désespérant de déjà vu


BAUDOUIN LOOS
gaza

Comme un air de déjà vu. Des peines déjà vues. Des morts, des blessés, des cris de désespoir. Le Proche-Orient semble condamné à répéter année après année les mêmes spirales sanglantes comme si, maudite par sa trop grande sainteté, cette terre ne pouvait engendrer que le malheur.

Gaza, donc. Une énième « escalade de la violence », comme il convient de dire. Qui a commencé ? Ceux qui sont victimes du blocus ou ceux qui l’organisent ? En tout cas, le gouvernement israélien invoque la légitime défense et a choisi d’« éliminer » Ahmad Jaabari, le chef de la branche armée du Hamas. Un acte dont personne au sommet de l’Etat israélien ne pouvait ignorer les conséquences : le Hamas, touché au cœur, allait répondre avec toute la vigueur dont il est capable. Et Israël, dans sa logique implacable, se devrait de répondre à la réponse avec une puissance plus grande encore.

Alors pourquoi prendre ce risque ? Le New York Times, peu suspect de cacher en son sein des plumes anti-israéliennes, expose ses doutes dans un éditorial : « Israël a le droit de se défendre, mais il est difficile de voir en quoi l’opération de mercredi (l’assassinat de Jaabari) pourrait être le moyen le plus efficace de servir ses intérêts à long terme. »

Le quotidien américain évoque les soupçons de certains commentateurs israéliens sur la connexion possible de l’opération avec les élections législatives anticipées qui doivent avoir lieu le 22 janvier prochain en Israël. Un rapprochement tentant, en effet. Mais qui serait alors un jeu bien dangereux : le Hamas vient de montrer pour la toute première fois depuis sa création en décembre 1987 qu’il était capable d’atteindre Tel-Aviv et Jérusalem avec ses roquettes de plus en plus sophistiquées. Une audace qui appelle en punition des « représailles » israéliennes viriles. Qui a dit « escalade » ?

Certes, après le fiasco médiatique de l’opération « Plomb durci » sur Gaza à l’hiver 2008-2009 et les 1.400 morts dont 300 mineurs d’âge, l’armée israélienne est sans doute chargée de minimiser au maximum les pertes civiles sur le territoire palestinien surpeuplé. Mais les dégâts collatéraux, dans ce contexte géographique confiné, restent la règle plutôt que l’exception.

Comme conclut le même texte du New York Times, il y a mieux à faire de la part d’Israël. Et notamment s’engager sérieusement à travailler à une paix durable avec le rival du Hamas, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Ce qui implique l’arrêt de la colonisation. Est-ce possible ?

source

Syrie : la guerre s’enlise et indiffère


MARTIN,PASCAL; AFP

Page 11

Vendredi 16 novembre 2012

Syrie L’opinion publique belge semble peu réceptive au drame. Pourquoi ?

La Syrie est-elle une guerre menacée d’oubli ? La question est posée alors que chaque jour amène son lot de violences, de morts et de réfugiés. Si aucun indicateur fiable ne permet de juger d’un éventuel désintérêt du public belge et occidental pour ce conflit, une certaine lassitude est de toute évidence en train de s’installer.

Et pourtant, les médias diffusent une information bien plus riche qu’il y a quelques mois, lorsque seuls l’Observatoire syrien des droits de l’homme et les réseaux sociaux attestaient de cette violence inouïe. Aux images captées par les portables s’ajoutent désormais les reportages des journaux et des télévisions présents en zone dangereuse.

Le manque d’empathie du public n’a pas échappé aux sections belges de certaines ONG. A la Croix-Rouge, Philippe Gruson note qu’une « catastrophe naturelle comme le tremblement de terre d’Haïti qui a tué 200.000 personnes en un claquement de doigt a suscité énormément de compassion, contrairement au conflit syrien qui n’en finit pas ». Chez Amnesty International, Philippe Hensmans évoque la règle du mort kilométrique : « A force de se répéter, les horreurs d’il y a quelques mois sont devenues normales ». Chez MSF, Hélène Lorinquer voit dans cette indifférence la conséquence du peu de place accordée par les médias à l’humanitaire, loin derrière la couverture militaire et politique. Une réalité sur laquelle MSF – qui compte quatre équipes sur le terrain – peut difficilement influer en ce moment, tant l’ONG doit s’astreindre à la discrétion pour travailler.

La longueur d’une guerre de 20 mois n’explique pas tout. Le public occidental se détourne du conflit syrien car il le comprend mal : « Les gens ont besoin de bons et de méchants, explique Philippe Hensmans. Or si la perception du début était qu’un peuple opprimé se bat contre un dictateur, le fait de voir apparaître des djihadistes dans l’opposition à Bachar el-Assad a pu brouiller les cartes. C’est oublier le massacre de Hama perpétré par son père Hafez en 1982, preuve que la guerre ne peut s’expliquer par les seuls faits immédiats ».

La dimension humanitaire du conflit ne serait pas suffisamment présente dans sa relation médiatique, on l’a dit. Ce n’est pas nécessairement vrai. En 2010, lors du tremblement de terre en Haïti, les victimes avaient rencontré une grande sollicitude chez nous. Mais quelques mois plus tard, lors d’un autre drame humanitaire, les ONG ont peiné à rassembler des dons pour les 21 millions de Pakistanais pris au piège de l’Indus. Parce que de confession musulmane ? « La question s’est posée, se souvient Philippe Gruson. Mais je crois qu’en réalité, Haïti est perçu par les gens comme un pays pauvre digne d’empathie, alors que le Pakistan est assimilé à la bombe atomique ou aux talibans ».

Enfin, la non-implication militaire des Etats occidentaux dans le conflit a des conséquences évidentes sur l’homme de la rue. Il est d’autant moins conscientisé que le travail des journalistes est moins prolixe en raison de l’absence de protection.

Face au conflit syrien, l’indifférence serait donc inévitable ? Les Suisses ont une alternative. Mardi, plus de 2,1 millions de francs de promesses de dons ont été rassemblés en 18 heures dans la Confédération. Ce « grand succès » est l’œuvre de la Chaîne du bonheur qui regroupe notamment Caritas, la Croix-Rouge, Terre des Hommes, Amnesty International et Solidar. Tony Burgener, le directeur de la Chaîne, explique qu’il a fallu beaucoup travailler l’opinion pour créer cette empathie. Un voyage de presse a été organisé pour rendre compte de l’afflux des réfugiés syriens. Ces images ont bousculé les Helvètes jusque-là peu sensibles au conflit. Mais les communes, les collectivités et les grandes entreprises suisses n’ont pas répondu à l’appel, alors qu’elles s’étaient montrées très généreuses lors du tremblement de terre en Haïti, et lors du tsunami en 2004. « Elles ont craint que leur geste ne passe pour politique, alors que nous sommes traditionnellement neutres et que cette neutralité nous permet a fortiori d’intervenir dans tel un cadre ».

En Belgique, un « Syriethon » n’est pas à l’ordre du jour. MSF s’apprête cependant à faire appel à ses donateurs, mais uniquement privés afin d’éviter toute interférence politique ou institutionnelle. « Quant à un appel général de fonds, il n’y en aura pas tant qu’il n’y aura pas davantage d’ONG à l’intérieur de la Syrie », dit Helène Lorinquer. Et comme ce drame se poursuit à huis clos…

LE CHIFFRE

39.000

Selon le dernier bilan présenté ce jeudi par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, les violences ont fait plus de 39.000 morts, en majorité des civils, depuis le début de la contestation contre le régime de Bachar al-Assad il y a 20 mois.

DIPLOMATIE

Paris veut accélérer le rythme

La France, première puissance occidentale à reconnaître la légitimité de la nouvelle Coalition de l’opposition syrienne, a tenté jeudi d’entraîner ses partenaires européens dans son sillage, mais certains d’entre eux se sont montrés, circonspects. Avant un Conseil des chefs de la diplomatie de l’Union européenne lundi à Bruxelles, les ministres français des

Affaires étrangères et de la Défense, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian, ont eu des discussions sur la crise syrienne et sur l’Europe de la Défense avec leurs homologues allemands, polonais, espagnols et italiens. Les dix ministres sont tombés d’accord pour saluer la nouvelle Coalition de l’opposition syrienne annoncée dimanche à Doha, mais la France fait partie des pays souhaitant aller « un peu plus vite ou un peu plus loin » dans l’aide à l’opposition, a précisé Laurent Fabius. Les divergences restent fortes sur la question des livraisons d’armes aux opposants. (afp)

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L’armée israélienne préparait intensivement l’offensive sur la bande de Gaza depuis 2009


DUMONT,SERGE

Page 3

Samedi 17 novembre 2012

TEL-AVIV

DE NOTRE CORRESPONDANT

Dix-neuf mille réservistes israéliens ont commencé à rejoindre leurs unités ce vendredi en vue d’une opération terrestre dans la bande de Gaza. Onze mille autres pourraient recevoir leur « Tzav 8 » (ordre de marche) dans les prochains jours. Tout dépendra de la situation sur le terrain. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le Premier ministre Binyamin Netanyahou et son ministre de la Défense Ehoud Barak ont convoqué le chef de l’état-major de Tsahal (l’armée), du Shabak (la Sûreté générale) et de l’Aman (les Renseignements militaires) pour une évaluation. Ceux-ci estiment que la première phase de l’opération « Pilier de défense » (la « liquidation » du chef de la branche armée du Hamas Ahmad Jaabari suivie de la destruction d’une grande partie des sites de lancement des roquettes de longue portée Farj) est achevée.

Quant à la deuxième phase (la « liquidation » d’une série de cadres miliaires du Hamas et du Djihad islamique), elle est en cours et son résultat décidera de l’invasion ou non de la bande de Gaza. En attendant, l’état-major se comporte comme si l’opération devait avoir lieu mais ses préparatifs ne datent pas de ses deux derniers jours.

Tout a commencé peu après la fin de l’opération « Plomb durci », l’occupation de l’enclave palestinienne en janvier 2009 au cours de laquelle 1.400 Palestiniens avaient été tués. Pour les analystes militaires israéliens, il semblait alors évident que la houdna (trêve) ne durerait pas et qu’il faudrait repasser un jour à l’action.

Le commandement de la force terrestre a alors élaboré une nouvelle doctrine visant à préparer une nouvelle opération en évitant les erreurs commises en 2009. Ce manuel confidentiel comprend une série de directives fort détaillées en matière de combat en milieu urbain et de techniques d’engagement. En outre, il traite du comportement des soldats à l’égard de la population.

Jusqu’en 2009, les unités spéciales de l’armée disposaient de dix-sept bases d’entraînement parmi lesquelles Tzei’ilim, la plus étendue située au milieu du désert du Néguev. Mais à partir de 2010, une dizaine de nouvelles facilités ont été construites par le corps d’ingénierie de combat. Certaines de bases ont été dotées d’un faux village palestinien et dans l’une d’entre elles, un quartier de la banlieue de Gaza a été reconstitué à l’identique.

A l’époque, le rapport de la commission Goldstone sur les crimes de guerre perpétrés durant la guerre de Gaza mobilisait l’attention de la communauté internationale et personne ne se risquait à envisager une nouvelle invasion de l’enclave palestinienne. Pourtant, vers mai-juin 2010, les commandos de l’armée ont mené leurs premiers entraînements dans la fausse banlieue de Gaza.

Les exercices comprenaient les techniques d’intrusion dans des maisons ou des hommes armés tiennent des civils en otage, le déminage de bâtiments ou de corps piégés, ainsi que les manières de ne pas être fait prisonnier. Il a d’ailleurs été conseillé aux soldats de se munir d’une grenade sur eux et de la dégoupiller s’ils sentaient qu’ils ne pourraient pas échapper à la capture. Ces exercices se sont répétés depuis deux ans. Avec des soldats en activité et des réservistes. Ils se sont affinés au fur et à mesure que l’Aman et le Shabak recueillaient des informations sur les organisations palestiniennes. Sur leurs filières d’approvisionnement en armes passant par le Soudan et, plus tard, sur les stocks pillés par des trafiquants dans les entrepôts de Mouammar Kadhafi.

Dans le même temps, l’Aman et le Shabak ont focalisé leurs efforts sur la branche armée du Hamas, surtout sur son chef, Ahmad Jaabari, qui semblait faire preuve de capacités exceptionnelles de commandement. Avant d’autoriser sa « liquidation » le 14 novembre, les responsables israéliens ont eu trois autres occasions de le faire mais ils y ont renoncé. Parce que le Hamas détenait alors le caporal Gilad Shalit et que ce dernier aurait sans doute été abattu en représailles, et parce que l’armée n’était pas encore prête à envahir Gaza.

Il y a environ deux mois, grâce à des renseignements très précis, une nouvelle opportunité d’en finir avec Jaabari s’est présentée à Israël, mais Netanyahou et Barak ont de nouveau reporté la décision en raison de la campagne électorale américaine. Ils se sont dit que la prochaine fois serait la bonne et ils ont tenu parole.

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Gaza : manifestation Avaaz ce lundi


Ce lundi 19 novembre, les dirigeants de l’Union européenne se réunissent pour adopter une position. Pour les inciter à  se tenir du bon côté de l’Histoire et de soutenir l’indépendance palestinienne, Avaaz va organiser une action spectaculaire pour remettre notre pétition: déployer un gigantesque drapeau Palestinien au milieu du rond point Schuman, juste en face de la salle de réunion des ministres à  Bruxelles.

Pouvez-vous venir au Rond Point Schuman ce lundi? Venez nous rejoindre pour délivrer les voix de membres d’Avaaz du monde entier:
Date: Lundi 19 novembre 2012 Lieu: Rond Point Schuman, Bruxelles Heure: 10:30h (cela devrait durer au maximum jusqu’à midi)
Merci de nous confirmer votre participation au plus tôt en cliquant sur ce lien

https://docs.google.com/a/avaaz.org/spreadsheet/viewform?formkey=dFQ1Q1VRSXMzanRCbHVUWXhCR0hqWGc6MQ#gid=1

Merci encore à tous pour votre soutien!