Réfugiés palestiniens, le mythe et la réalité


L’opinion de Gilles Paris

Safed

Chassé par les combats, Mahmoud Abbas avait quitté avec sa famille sa ville natale de Safed en Galilée pour la Syrie en mai 1948. Y sera-t-il enterré un jour? Probablement non si on en croit ses déclarations à la Deuxième chaîne israélienne, jeudi 1er novembre. Au cours de cet entretien, le président de l’Autorité palestinienne a tracé les limites de la Palestine qu’il appelle de ses voeux: c’est 1967 (Gaza et la Cisjordanie) avec, on l’imagine, des échanges de territoires. Logique avec lui-même, M. Abbas a exclu revenir à Safed autrement qu’en visite. L’opposition palestinienne, le Hamas en tête, a fustigé ce renoncement.

En la matière, il est pourtant acquis de longue date pour la direction d’un mouvement pourtant né dans les camps qu’une partie infime des réfugiés de 1948 serait autorisée à s’installer dans ce qui est devenu Israël dans le cadre d’un règlement de paix, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il ne faudrait pas de longues négociations pour solder ce dossier: pour définir ce nombre de privilégiés, fixer les indemnités versées aux autres, trouver des pays tiers pour une installation définitive (principalement dans le cas du Liban où les Palestiniens sont très mal intégrés, un héritage de la guerre civile.)

Les dernières discussions en date, en 2008, ont précisément achoppées sur ce nombre de « returnees » si on se réfère au récit du négociateur palestinien de l’époque, Ziyad Clot et il n’a jamais été question depuis Oslo, en 1993, sans que l’on se prononce sur le fond, que l’Autorité palestinienne consulte un jour les camps de Jordanie, de Syrie et du Liban sur le contenu de ses tractations avec les Israéliens.

L’initiative arabe de 2002, magistralement ignorée par Israël, ne disait pas autre chose quand elle évoquait « a just solution to the problem of Palestinian refugees to be agreed upon in accordance with the UN General Assembly Resolution No 194 », sans la moindre mention du « droit au retour » inscrit dans le discours palestinien depuis 1948 et qu’a toujours contesté Israël.

Prétendre trouver la paix en exigeant la réinstallation en Israël de centaines de milliers de réfugiés serait aussi hasardeux qu’imaginer les Palestiniens, après une telle concession, prêts à accepter l’indivisibilité de Jérusalem. Mais que les jusqu’au-boutistes des deux camps se rassurent, de tels marchés ne sont pas pour demain.

http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2012/11/03/refugies-palestiniens-le-mythe-et-la-realite/

Abbas largement critiqué sur les réseaux sociaux


 

Gaza, CPI

 

Les derniers propos graves du président de facto, Mahmoud Abbas, ont reçu une condamnation générale sur les sites populaires des réseaux sociaux de la part de différents écrivains et intellectuels de renom, arabes et palestiniens.

Le rédacteur en chef du journal Al-Quds Al-Arabi de Londres, Abdulbari Atwan, a qualifié Abbas sur sa page twitter de « danger pour les constantes palestiniennes ».

« Abbas n’a pas la capacité de défendre le droit des autres Palestiniens de revenir en Palestine alors que lui-même a abandonné son propre droit au retour dans sa ville natale de Safed… Cet homme est devenu une menace pour les constantes palestiniennes et doit partir » a déclaré Atwan.

L’écrivain politique saoudien, Hasan Al-Ajmi, a ajouté ses commentaires aux propos d’Atwan sur twitter en disant, « il a été dangereux pendant longtemps et il est

finalement pire que l’occupant. il est celui qui confère une légitimité à l’existence de l’occupant. Que Dieu soit avec toi, Palestine ».

Spécialiste en affaires israéliennes, Saleh Al-Naami a twitté ceci : « La gauche palestinienne, qui a boycoté la visite de l’émir du Qatar à Gaza sous le prétexte qu’il a des liens avec Israël, continue de siéger avec Abbas, alors qu’il a renoncé au droit au retour ».

 « Tous les dirigeants du Fatah sont conscients des dégâts provoqués par la concession sans détour d’Abbas sur le droit au retour, mais ils s’embarquent dans des interprétations grossièrement mensongères dans la crainte de perdre leurs privilèges financiers »  ajoute Naami.

 Le directeur de l’Institut de la pensée politique islamique à Londres, Azzam Al-Tamimi, a déclaré sur sa page que « Abbas n’a pas le pouvoir d’abandonner quoi que ce soit, et ses déclarations sont une sorte d’hallucination et n’ont aucune valeur, sauf qu’elles démontrent sa déviance et sa décadence ».

Journaliste pour le journal Palestine, Mohamed Yasin a déclaré sur sa page facebook que « ce que beaucoup de militants sur facebook ont dit contre Abbas après ses propos sur le droit au retour représente un procès du peuple et une condamnation irrévocable à son encontre qui le libèrent de ses fonctions. »

Dans un incident connexe, le bloc islamique des étudiants de l’université Birzeit (au nord de Ramallah) a organisé samedi après-midi une manifestation contre les propos d’Abbas sur le droit au retour et sur l’intifada (soulèvement) populaire.

Selon le journaliste du CPI (Centre palestinien d’information) à Ramallah, des dizaines d’étudiants de Birzeit se sont rassemblés à l’extérieur du conseil des étudiants brandissant des drapeaux palestiniens et des banderoles condamnant les propos antinationaux d’Abbas.



http://www.palestine-info.co.uk/en/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi1s7vPhP2Sa51qsd4u4jXmUHLgFX7kIEhN8EH8tkyiPSUX3tih7%2fWhMul%2bB2eYEnZfPZDW454fTVNPFcgaV29vIh4eU%2bzDzl45LADnYf1i7KP1Y%3d

Syrie : une nouvelle coalition pour l’opposition ?


Le Point.fr – Publié le 03/11/2012 à 16:06 – Modifié le 03/11/2012 à 16:24

Les cadres de l’opposition au régime de Bachar el-Assad se réunissent dimanche à Doha pour créer une nouvelle force politique.


Des figures de l’opposition syrienne vont proposer, lors d’une réunion cruciale dimanche à Doha, la création d’une nouvelle instance regroupant toutes les tendances politiques ainsi que la création à terme d’un gouvernement en exil. Cette conférence s’ouvre alors que Washington exerce une forte pression pour que la principale coalition de l’opposition, le Conseil national syrien (CNS), surmonte ses divisions et élargisse sa représentativité. Elle intervient également au moment où est évoquée la possible création d’un gouvernement en exil avec à sa tête un vétéran de l’opposition, l’ancien député Riad Seif, qui vit hors du pays.

Ce dernier s’est réuni cette semaine en Jordanie avec une vingtaine d’opposants, appartenant ou pas au CNS, dont des représentants des Kurdes, de la gauche et des Frères musulmans, pour « préparer » la conférence de Doha. Selon le porte-parole de l’ex-Premier ministre Riyad Hijab ayant fait défection et présent à la rencontre d’Amman, Mohammed al-Otri, Riad Seif doit présenter à cette occasion une « initiative nationale syrienne » qui « prévoit la création d’un nouvel organe politique de l’opposition qui représente toutes ses composantes ».

Soutien des Frères musulmans

Cette instance devrait regrouper « les 14 membres du bureau exécutif du CNS, trois du Conseil national kurde, des représentants locaux civils et militaires, des figures historiques de l’opposition et des dignitaires religieux (oulémas) ». « Il reste à déterminer si cet organe remplacera le CNS ou s’il constituera une nouvelle coalition », a noté Mohammed al-Otri, ajoutant que cela « conduira ensuite certainement à la formation d’un gouvernement ».

À Amman, les participants ont également convenu d’apporter « leur soutien à l’Armée syrienne libre [ASL, rebelles] et aux mouvements qui animent la révolution sur le terrain ». Et surtout, ils « posent le départ du président syrien Bachar el-Assad et de sa clique comme une condition sine qua non à tout dialogue pour trouver une issue autre que militaire (au conflit), si cela est encore possible ». De son côté, le régime, tout en se disant décidé à en finir avec les rebelles, affirme être en faveur d’un dialogue national, mais exclut, comme l’a répété samedi le quotidien As-Saoura, toute négociation avec le CNS qualifié de conseil « de mercenaires ». Les Frères musulmans syriens, nombreux au sein du CNS, ont annoncé par la voix de leur « numéro deux », Ali Sadr Eddine al-Bayanouni, soutenir « le principe » d’une coalition globale de l’opposition, mais en insistant sur la nécessité de maintenir le CNS et de ne « pas le remplacer par un nouvel organe ». Dans un communiqué, il souhaite aussi une « représentation des conseils militaires et révolutionnaires » au sein de cette nouvelle instance, ainsi qu’une meilleure représentation des différentes régions du pays.

Hillary Clinton accusée

Vendredi, le CNS avait vivement réagi aux propos de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton qui l’avait appelé à s’élargir, l’accusant de chercher à le remodeler pour l’amener à négocier avec le régime. Washington refuse notamment d’armer les rebelles à cause des divisions de l’opposition. Le CNS avait dénoncé des projets « visant à passer au-dessus du Conseil ou à créer des instances le remplaçant », les qualifiant de « tentative de nuire à la révolution syrienne en semant les germes de la division ». Georges Sabra, membre du CNS, avait rejeté l’idée d’un gouvernement d’exil. « À quoi servira un [tel] gouvernement ? Si c’est pour négocier avec le régime, nous n’en voulons pas. Ce gouvernement peut-il ouvrir des ambassades dans les pays occidentaux ? Le peuple syrien mérite plus qu’un nouveau groupe d’opposition ou une nouvelle adresse pour la correspondance de l’opposition », avait-il dit. Selon une ONG syrienne, plus de 36 000 personnes ont péri en Syrie depuis le début en mars 2011 d’une révolte populaire qui s’est militarisée face à la répression.

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Le peuple syrien fait les frais d’une névrose collective


02 novembre 2012 Par Les invités de Mediapart

Après un an et demi de répression en Syrie, «j’observe avec colère l’argumentaire de certains, à gauche comme à droite, visant à légitimer un non-engagement aux côtés du peuple syrien», écrit Marie Peltier. Cette historienne et chercheuse en Belgique s’indigne de l’indifférence de la communauté internationale.

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Depuis le début du soulèvement populaire en Syrie, au printemps 2011, j’observe avec circonspection – et aujourd’hui, au vu de la situation, avec colère – l’argumentaire de certains, à gauche comme à droite, visant à légitimer un non-engagement aux côtés du peuple syrien. Ces arguments, souvent contradictoires, mais désormais partagés par des personnes aux convictions politiques diamétralement opposées, ne manquent pas : l’Islamisme, l’Impérialisme, le Sionisme, le Capitalisme, le Conformisme, le (Néo)Colonialisme, le Droit-de-l’Hommisme, le Militarisme, l’Interventionnisme… La Pensée unique, le Grand Complot, le Mal. Celui auquel on ne peut se soumettre, quel que soit le prix.

Même s’il s’agit de la vie de millions de personnes.

Même si les informations collectées par les ONG et les journalistes sur le terrain sont sans appel quant à la répression, à la torture et aujourd’hui au massacre du peuple syrien par son propre gouvernement.

Même si cette violence à elle seule ne peut plus permettre depuis longtemps de justifier un quelconque soutien à un régime depuis longtemps aux abois.

Tout se passe comme si les postulats des uns et des autres les avaient résolument aveuglés, rendus incapables de reconnaitre une réalité dramatiquement simple : celle d’un peuple se battant pour sa liberté après plus de 40 ans de dictature et se faisant réprimer violemment depuis 19 mois, dans une indifférence internationale quasi-généralisée. Même si ce peuple, comme nous tous, est lui-même traversé par des tensions, des fractures, des contradictions.

Dans ce combat contre l’Ennemi Invisible, le cas syrien semble devenu une « cause » emblématique, rendant possible toutes les alliances et toutes les compromissions. L’on observe pantois la gauche laicarde faire des mamours à la droite identitaire et s’émouvoir soudainement du « sort des Chrétiens », tandis que l’on découvre cette même droite subitement férue de laïcité et pourfendeuse de la volonté hégémonique occidentale dont elle a pourtant été l’un des plus fidèles apôtres.

Cette dynamique serait anecdotique si elle n’était pas révélatrice d’un mal sociétal plus profond : celui d’une incapacité grandissante à exister dans le débat public autrement que sur le mode victimaire. La lutte pour nos convictions a progressivement basculé en une déresponsabilisation citoyenne où l’on ne s’exprime que pour dénoncer, au risque de toutes les contradictions. La cristallisation de nos positionnements autour d’objets idéologiques privilégiés nous a conduits à penser que la lutte contre l’Ennemi (forcément extérieur) justifie tous les moyens.

Si interroger nos combats obsessionnels semble si difficile, c’est bien que ceux-ci nous ouvrent une « voie royale » : celle de nous dédouaner de toute responsabilité et de tout questionnement sur nos propres lâchetés, nos propres complicités, nos propres incohérences. Le danger en effet ne vient pas de cet esprit critique revendiqué désormais comme le moteur sacro-saint de nos combats. Le problème est bien qu’au nom de notre « Anti-Conformisme », nous en venons à occulter l’exigence même de cette posture critique : l’application de cette démarche d’abord et avant tout sur un plan personnel, à notre propre égard.

Le glissement est dès lors lourd de conséquences : nous en venons à agir comme si nos combats idéologiques pouvaient faire fi d’une quelconque considération humaine. Nous revendiquons depuis un « lieu désincarné », au nom de nos positionnements géo-politiques, socio-économiques, religieux et autres, qui au lieu de servir l’humain, lui font écran. Comme si le cœur de nos  engagements pouvait se situer ailleurs que dans un désir d’œuvrer non d’abord pour des causes, mais avant tout pour des personnes, forcément à notre image : faibles, pleines de contradictions et d’incohérences, mais aspirant aussi à plus de respect, de justice, de liberté, d’écoute, de compréhension, de reconnaissance.

« Que celui qui combat les monstres prenne garde dans sa guerre à ne pas devenir un monstre lui-même. A force de plonger votre regard trop longtemps dans l’abime, c’est l’abime qui rentre en vous », disait Nietzche. Faisons le vœu que ce vain combat contre ces monstres extérieurs ne cautionne plus pour longtemps notre manque de fraternité et de solidarité vis-à-vis d’un peuple qui souffre sous nos yeux depuis bien trop longtemps…

Marie Peltier

Historienne, citoyenne belge, elle est l’auteur d’une étude parue en 2010 sur le poids mémoriel dans le dialogue interculturel (elle peut être consultée ici en format PDF).

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De l’Orient compliqué, je venais avec des idées simples


30 octobre 2012

Par

Aucun conflit ne déchire aujourd’hui l’opinion arabe (et au-delà) comme celui que traverse aujourd’hui la Syrie… Vingt mois après le déclenchement des premières manifestations, la situation sur le terrain, la nature des parties en présence et de leurs rapports de force, pour ne rien dire de l’avenir qu’on peut imaginer pour ce pays, tout cela reste aussi difficile à interpréter et source de conflits incroyablement douloureux, de déchirements sans fin.

Pour l’anecdote, si l’on ose un terme comme celui-ci par rapport à la multitude de drames que cela signifie dans la réalité de ceux qui vivent ces événements, on rappellera que la fameuse chanteuse Asala (voir ce billet), célèbre et célébrée pour avoir ouvertement pris parti pour les insurgés, est en procès contre un de ses frères lequel, lui, soutient le régime… Cela fait-elle de la vedette une nouvelle Antigone comme certains le diront rapidement, ou bien au contraire est-ce la preuve qu’elle a trahi les siens, aveuglée par on ne sait quelles promesses ? Ce n’est pas si facile à trancher, quoi qu’on en dise…

Loin des feux de la scène et des médias, le site Nawaat a publié le témoignage (original en arabe ici) d’une Syrienne réfugiée en Tunisie. Avec ses imperfections et même ses contradictions, il permet de percevoir le désarroi des militants syriens découvrant l’image de leur combat dans le pays dont le soulèvement a joué un rôle tellement important pour les autres pays arabes.

Loin des certitudes toutes faites (y compris en partie chez son auteure), il révèle combien ce qui se joue en Syrie sera de toute manière déterminant pour l’histoire de la région et pour l’idée politique arabe, et cela quelle que soit l’issue en Syrie.

Traduction par mes soins, sans coupe, d’un texte pas toujours très précis dans sa formulation mais dont la sincérité, qui ne saurait être mise en doute, ne peut manquer d’interroger…

Tu arrives à Tunis, fuyant l’oppression du régime, l’arrestation … ou même la guerre, Syrien non seulement par la citoyenneté mais mais aussi par les souvenirs, les espoirs et les rêves … Tu arrives “au berceau des révolutions”, fatigué, tu cherches quelqu’un qui te tendra la main…

Tu t’attends à ce que les Tunisiens, eux qui ont modifié le cours de l’histoire en renversant le régime qui les gouvernait, soient proches de toi, qu’ils te comprennent mieux que quiconque à l’heure où ta révolution en Syrie s’est transformée en guerre dont personne ne sait quand elle prendra fin. Tu te retrouves loin de chez toi, en exil, et tu imagines ton prochain rendez-vous avec la révolution…

Mais chaque jour, du type qui te vend les cigarettes au chauffeur de taxi en passant par tes amis, ce sont les mêmes questions qui reviennent, et les mêmes réponses. Tu as l’impression de répéter les mêmes choses comme une bande magnétique, comme un disque rayé, pour rien…

– Tu viens d’où ?
– De Syrie ..
La question suit immédiatement, sans même un temps de réflexion mais après avoir fait allusion au feuilleton Bab al-Hâra dans ses versions syrienne et tunisienne :
– Tu es avec Bachar el-Assad ou contre lui ?
– Je suis …. Je ne suis pas avec un assassin, quel qui soit !

Commencent alors les dialogues syro-tunisiens, avec leurs variantes en fonction des interlocuteurs, de leurs origines, de leurs expériences et des orientations [politiques] et aussi de leurs informations sur ce qui se passe en Syrie. Tout le monde dit que la situation n’y est pas claire, qu’on n’y comprend rien, mais tu te retrouves quand même dans différents milieux tunisiens où l’on parle de la Syrie — ce pays où tu es née et où tu as grandi et vécu toute ta vie — en présence de personnes qui parlent avec le ton de la plus grande certitude, celui de l’expert non seulement de la situation syrienne mais arabe. Cela varie en fonction des opinions politiques de tes interlocuteurs : la majorité de la gauche tunisienne — et je n’exagère pas — ne croit pas à la révolution syrienne, ne la reconnaît pas, à cause de ce qu’elle endure avec les islamistes et le parti au pouvoir Ennadha. Leur seule manière de se positionner c’est de demander : Vous avez envie que les islamistes vous gouvernent comme ils le font en Tunisie?

On répond toujours la même chose : la révolution, ce n’est pas quelque chose qui commence et qui s’arrête… Ceux qui ont été capables de renverser un régime répressif qui a fait tout ce qu’il a pu pour se maintenir pendant des décennies peuvent faire tomber n’importe quel gouvernement. La liberté d’expression des Tunisiens aujourd’hui rend possible un changement, une poursuite de ce qui a été commencé …

Mais ce ne sont que des mots si les Tunisiens, les Égyptiens, les Libyens, les Yéménites, les Syriens, si chaque être humain ne continue pas à lutter pour arriver à faire ce pays auquel tout le monde aspire. Sinon rien ne changera, si ce n’est que tu pourras dire autant de fois que tu le voudras : Je déteste les islamistes…

Quant aux nationalistes [arabes : 3urûbiyyin], ceux qui croient à l’unité arabe et à la primauté de la cause palestinienne déterminante pour le peuple arabe dans son ensemble, oublieux de ce qui s’est passé et de ce se passe dans leur pays et oublieux de l’exploitation éhontée par tous les gouvernements de la souffrance du peuple palestinien pour détourner l’attention des gens de leurs propres souffrances, leur réponse est en forme de question : Vous voulez qu’Israël réalise tous ses plans en occupant tous les pays arabes ? La chute du régime Assad, c’est la chute de la résistance et de l’opposition à l’ennemi israélien !

J’en rirais, et cela me rappelle combien le Maghreb et le Machrek sont distants, combien de fausses informations circulent, et que croient les gens. J’ai ainsi entendu quelqu’un dire que “les salafistes entrent en Syrie par la bande de Gaza”. ” Désolé mais vous avez jamais regardé une carte?

Vous n’avez pas remarqué qu’aujourd’hui Assad utilise tous les types d’armes, qu’il s’agisse d’armes légères ou d’hélicoptères, pour réprimer le soulèvement populaire alors qu’il n’a pas tiré une seule balle contre Israël en quarante ans? Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu déclarer la guerre à Israël ? Mobiliser 23 millions de Syriens plutôt que ses partisans pour réprimer l’opposition ? Au lieu de ces réunions de la Ligue arabe pour tenter de briser le blocus imposé à son peuple, Assad n’aurait-il pas pu mettre la Ligue arabe dans une situation telle que ses membres auraient dû unir leurs efforts pour se débarrasser de l’ennemi israélien ?

Dans l’équation tunisienne, il y a aussi les islamistes tunisiens qui ne soutiennent pas les révolutionnaires syriens mais qui aident leurs frères islamistes en Syrie. Et ici j’ai envie de demander à la gauche, aux nationalistes arabes et à la société civile [en Tunisie] : est-ce que ce n’est pas vous qui nous livrez aux islamistes ?

Bien sûr, je ne nie pas l’existence de militants tunisiens participant à l’action révolutionnaire en Syrie, non plus que les nombreuses tentatives tunisiennes pour aider les Syriens de toutes les manières possibles. Mais je m’étonne vraiment de cette réaction émotive si étrangère à la réalité, de ces positions si diverses chez les Tunisiens par rapport à l’assassinat alors qu’on pourrait penser que c’est une chose refusée par principe. Cette sensibilité, cette sympathie n’a plus rien à voir avec ce que ce que tu ressens en tant que Syrien, avec ce qui te fait souffrir. Tu rencontres des gens qui te disent : “Ne le prends pas mal mais j’aime Bachar.” Et si tu leur dis : “Mais tu aimes un assassin ?” Ils te répondent que cela vaut mieux que les islamistes ou qu’Israël !

C’est tout de même étrange de ne pas avoir d’autre choix que d’aimer un assassin, de le préférer à un autre tueur, d’oublier toute ton humanité, celle qui te fait aimer la vie et lutter pour mettre un terme aux machines de mort partout dans le monde !

Je demande à bien des Tunisiens qui aiment Bachar al-Assad : Avez-vous déjà vécu en Syrie? Avez-vous souffert de la répression du régime ? Avez-vous perdu un frère, un père, une mère, un ami ? L’armée d’Assad a-t-elle fait sauter vos maisons ? Comment pouvez-vous parler de la tragédie que vivent d’autres personnes en oubliant complètement leurs souffrances, en faisant semblant de croire qu’au moment où vous sirotez votre thé ou votre café en exprimant votre amour pour Bachar al-Assad, il est, lui, en train de tuer quotidiennement des centaines d’innocents ? Et vous continuez à dire : Ne le prends pas mal mais on l’aime ! Vous aimiez Ben Ali ?

Là, on a des réponses différentes. Il y en a qui vont dire : du temps de Ben Ali, il y avait la sécurité et les islamistes ne pouvaient pas seulement respirer. Certes, comme le dit la formule bien connue, “celui qui préfère la sécurité à la liberté ne mérite ni l’une ni l’autre!” Il faut bien accepter l’Autre, fut-il islamiste…

Et puis il y a ceux qui répondent : “Bien sur que non!” Vraiment, vous détestiez Ben Ali et vous aimez Bachar ? Ne sont-ils pas les deux côtés d’une même médaille ? Ce n’est pas si curieux si l’on pense à la position du gouvernement tunisien et à la façon dont il gère le dossier syrien : d’un côté il expulse l’ambassadeur syrien (inexistant dans les faits) et il ferme l’ambassade de Syrie en Tunisie en réponse aux exactions du régime à l’encontre de son peuple, de l’autre tout Syrien a besoin d’un visa, accordé ou refusé, pour entrer sur le territoire tunisien. Le président Marzouki lance une déclaration fracassante pour dire qu’il est prêt à accorder l’asile à Bachar al-Assad et à sa famille tandis que le gouvernement tunisien n’accorde pas ce doit aux réfugiés [syriens ] qui n’y ont qu’un droit de transit.

Autant de discussions qui se terminent toujours par un soupir à fendre l’âme et par l’unique phrase sur laquelle tout le monde est d’accord : “De toute façon, c’est le peuple qui trinque toujours !” Mais comment parler ainsi “du peuple”, comme si on n’en faisait pas soi-même partie ?

Bien sûr, chacun a le droit de penser ce qu’il veut et d’exprimer son point de vue. Mais comme je voudrais que cela se fasse toujours correctement, que la discussion ne soit pas conclue d’avance, que ce ne soit pas un tour pour rien faute d’accepter de changer de perspective…

Pour finir, me voici actuellement en Tunisie (en tant que pays de transit). Je publie cet article sur le site d’un pays dont je respecte le peuple, avec toutes ses différences. Si je m’exprime ainsi, c’est aussi parce que j’aime ce beau pays auquel je souhaite un lendemain meilleur, grâce à des lois vraiment humaines…

Rania Badri


 

« Dans les coulisses du Proche-Orient », un témoignage majeur


mercredi 31 octobre 2012, par Alain Gresh

Eric Rouleau a été, pendant des décennies, le plus illustre journaliste français sur le Proche-Orient. Il a couvert les guerres de 1967 et de 1973, a rencontré Gamal Abdel Nasser, Anouar El-Sadate, le roi Hussein de Jordanie, Yasser Arafat, David Ben Gourion, Moshe Dayan, Itzhak Rabin, Shimon Peres et tous les dirigeants qui ont compté dans l’histoire de cette région. Il s’est très tôt lié à Mustafa Barzani, le leader kurde irakien, et sera toujours sensible aux revendications de ce peuple.

Le livre qu’il publie aujourd’hui Dans les coulisses du Proche-Orient (1952-2012) (Fayard, 440 pages, 22 euros) est un témoignage majeur sur l’histoire de la région, notamment sur le tournant de la guerre de juin 1967 et ses conséquences à long terme. Pour tous ceux qui veulent comprendre, ce témoignage constitue une introduction claire et lumineuse à l’histoire contemporaine de cet Orient que l’on prétend si compliqué. Pour les jeunes, ce sera une découverte, pour les autres, une plongée dans des souvenirs parfois oubliés.

L’ouvrage, œuvre d’un journaliste qui a suivi au jour le jour la chronique de la région, contient de nombreuses révélations. Parmi d’autres, la manière dont les militaires israéliens, par un quasi coup d’Etat, ont imposé à leur gouvernement le déclenchement de la guerre contre l’Egypte le 5 juin 1967. Rouleau raconte aussi la mort de Nasser, la prise de pouvoir par Sadate et la façon dont ce dernier allait s’appuyer sur les Frères musulmans pour combattre la gauche et les marxistes.

Futur diplomate, Rouleau ne limita pas son rôle à celui d’observateur. A la fin des années 1960, il tenta, sans succès, d’organiser la visite de Nahum Goldman, ancien président du Congrès juif mondial au Caire. Ce dernier avait été invité par Nasser, mais le gouvernement israélien refusa de lui donner son feu vert. Les dirigeants israéliens n’ont jamais raté une occasion de rater une occasion de faire la paix…

J’ai écrit la préface de ce livre, dont voici quelques extraits :

« Exilé d’Egypte au début 1952, Elie Raffoul, qui deviendra Eric Rouleau, débarque à vingt-quatre ans, muni d’un léger bagage et d’une lourde expérience. Un an de chômage ne le décourage pas et il finit par trouver une place au service des écoutes arabes de l’AFP : à l’époque, les journaux ont peu de correspondants à l’étranger et peu de moyens de savoir ce qui s’y passe. Il faut donc se brancher sur les radios locales pour être tenu informé.

En octobre 1954, il arrache son premier scoop : il annonce que le président égyptien Gamal Abdel Nasser a échappé à un attentat imputé aux Frères musulmans. En 1955, il commence à collaborer au Monde, et c’est encore une fois l’Égypte et la crise qui se noue entre Nasser et l’Occident qui lui donne l’occasion de signer son premier papier en Une : “‘Le barrage d’Assouan sera quand même construit’, assure-t-on au Caire.” (Le Monde daté du 22-23 juillet 1956). Quelques jours plus tard, le 26 juillet au soir, il écoute pour l’AFP le discours de Nasser qui annonce, dans un énorme éclat de rire, surpris peut-être de sa propre audace, la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez, afin de financer la construction du haut barrage d’Assouan puisque les bailleurs occidentaux ne l’ont pas suivi. La direction de l’Agence, interloquée par une telle nouvelle – Nasser ne peut tout de même pas « oser » –, retient un temps l’information et ne se décide à la diffuser que quand la concurrence commence à le faire. »

(…)

« Il est aussi, signe du flair du bon journaliste, à chaque moment, au rendez- vous de l’histoire : au Caire en juin 1967, lors de l’attaque israélienne ; à Amman en 1970, pendant les massacres des Palestiniens par l’armée jordanienne ; au Caire à nouveau, le 28 septembre 1970, le jour où meurt, de manière totalement inattendue, le président Nasser ; à Nicosie en 1974, lors de la tentative de coup d’État contre le président, Mgr Makarios (la Chypre et la Grèce ont longtemps fait partie de son “empire” au Monde, dans une conception très britannique du Middle East, qui englobe la Grèce, Chypre et la Turquie dans un même ensemble).

Éric Rouleau est souvent reçu avec des honneurs exceptionnels, s’installant dans les plus grands hôtels où les responsables font antichambre pour le rencontrer, pour se confier, pour lui révéler leurs vérités, ce qui n’est pas sans attiser la jalousie de certains de ses confrères.

Un seul pays déroge à cette règle : Israël. Bien sûr, il a pu, comme il l’évoque ici, interviewer David Ben Gourion et Golda Meir, Moshe Dayan, Itzhak Rabin et Shimon Pérès. Mais Menahem Begin, le leader de la droite, le dénonce comme “un agent égyptien”, une opinion que partagerait l’establishment. À Paris, se souvient Jean Gueyras, “il était harcelé par l’ambassade d’Israël à travers des lettres quotidiennes de ‘lecteurs indignés’ adressées au directeur du Monde”. Pour les dirigeants de “l’État juif”, dans les années 1970, Éric est plus qu’un ennemi, un traître, habité par “la haine de soi”. Ils ne peuvent comprendre que, au contraire, l’homme est porteur d’une tradition juive que eux cherchent à enterrer, celle qui rejette le nationalisme étroit, celle qui est solidaire de tous les opprimés. Un de ses amis, Chehata Haroun, avocat juif égyptien qui a refusé de quitter l’Égypte jusqu’à sa mort, a fait inscrire sur sa tombe en guise d’épitaphe :

“Je suis Noir lorsque les Noirs sont opprimés.
Je suis juif lorsque les juifs sont opprimés
Je suis Palestinien lorsque les Palestiniens sont opprimés.”

Éric aime raconter son “retour” dans la maison natale, à Héliopolis, à la fin des années 1960. Avec sa femme Rosy, il sonne à la porte et est gentiment accueilli par les occupants, à qui il conte son histoire. Interloqué, il les voit éclater de rire : ce sont des Palestiniens qui occupent son domicile, et l’ironie de la situation leur saute tous aux yeux. Il se liera d’amitié avec ces déracinés, sans demeure et sans patrie, dont il se sent le voisin. »

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Tunisie : l’état d’urgence prolongé


jeudi 1er novembre 2012, par La Rédaction

« Le président de la République provisoire Moncef Marzouki a décidé mercredi de prolonger de trois mois l’état d’urgence à compter du 1er novembre 2012 », a indiqué l’agence officielle TAP.
L’état d’urgence, qui confère des pouvoirs d’intervention accrus aux forces de l’ordre et à l’armée, est en vigueur en Tunisie depuis janvier 2011 et la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali à l’issue d’une révolution. Depuis juillet, il n’était prolongé que par tranche d’un mois. Les autorités assuraient que cela témoignait d’une amélioration des conditions de sécurité.
Cette décision intervient au lendemain d’affrontements entre les forces de l’ordre et des militants islamistes radicaux qui avaient attaqué deux postes de la garde nationale dans un quartier de la banlieue de Tunis de La Manouba. Selon le bilan officiel, un assaillant a été tué par balle et deux agents ont été blessés. Une source policière interrogée par l’AFP et plusieurs médias tunisiens font cependant état de deux morts. Le gouvernement, dominé par les islamistes d’Ennahda, assure être déterminé à lutter contre ce type de violences, alors que l’opposition l’accuse de faire preuve de laxisme, voire de complaisance à l’égard des salafistes djihadistes.
Le ministère de l’Intérieur a averti mercredi que les forces de sécurité allaient recourir à « tous les outils permis par la loi », laissant entendre que des balles réelles seraient utilisées le cas échéant. Il a aussi affirmé avoir déployé de vastes renforts dans le quartier de Douar Hicher, où les violences ont eu lieu mardi. Cependant, sur le terrain, aucun dispositif de sécurité renforcé n’était visible dans la journée et des dizaines de personnes semblant appartenir à la mouvance salafiste, certaines armées de couteaux, étaient rassemblées dans les rues, selon une journaliste de l’AFP. Certains ont assuré se préparer à de nouveaux affrontements. « On ne va pas laisser le meurtre d’hier sans réaction », a affirmé l’un d’eux.
Un autre, âgé d’une vingtaine d’années, a reconnu que les violences avaient été déclenchées par l’interpellation de plusieurs salafistes, estimant : « Ce n’est pas une raison pour tirer dans la tête d’un Tunisien. » Ennahda, qui se pose en partisan d’un islamisme politique modéré, a pour sa part réagi à ces heurts de manière ambiguë. Il a appelé au « calme » et noté que « l’État a le droit de faire face à toute menace à la paix sociale » tout en disant « prier » pour « le citoyen tunisien » mort dans l’attaque des postes de police.
Les salafistes djihadistes, une branche rigoriste de l’islam sunnite, sont considérés comme responsables de nombreux coups d’éclat, certains sanglants, depuis la révolution de 2011. Les évènements de mardi sont les plus graves impliquant cette mouvance depuis l’attaque le 14 septembre de l’ambassade des États-Unis (quatre morts parmi les assaillants, des dizaines de blessés).
Une centaine de personnes suspectées d’avoir participé à ces heurts en représailles à un film islamophobe diffusé sur Internet ont été arrêtées depuis, mais leur chef présumé, Abou Iyadh, est toujours en fuite. La Tunisie peine à se stabiliser depuis la révolution. Des manifestations motivées politiquement, religieusement ou par des revendications économiques et sociales dégénèrent régulièrement en violences. Ainsi, le 18 octobre, un responsable du parti d’opposition Nidaa Tounès à Tataouine (sud) est mort en marge d’affrontements entre ses partisans et des manifestants proches des islamistes au pouvoir.

(01 Novembre 2012 – Avec les agences de presse)

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EN IMAGES. Syrie: l’acharnement du régime à pilonner le pays


Par LEXPRESS.fr, publié le 31/10/2012 à 14:32, mis à jour à 15:40

Une armée est normalement destinée à protéger le pays et la population d’une agression extérieure. En Syrie, 19 mois après le début de la contestation contre son régime, l’armée de Bachar el-Assad, qui ne parvient pas, malgré sa supériorité militaire, à reprendre le contrôle du pays, s’emploie à le réduire en poussière.

Demonstrators hold a huge opposition flag during a protest against Syria's President Bashar al-Assad at Kfr Suseh area in Damascus

Kfar Suseh, Damas. Encouragés par le départ de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte, les Syriens ont commencé à descendre dans la rue en mars 2011 pour réclamer des réformes. Le régime a répondu comme il en avait l’habitude: en emprisonnant et torturant les opposants et en tirant sur les manifestants.

Crédit photo : Reuters/Shaam News Network

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Syrie: attentats et raids aériens, désaccords internationaux persistants


Créé le 31-10-2012 à 08h01 – Mis à jour à 22h16

Des attentats meurtriers ont frappé mercredi la région de Damas et l’armée a multiplié ses frappes contre les bastions rebelles, sur fond de nouvelles divergences internationales sur les moyens de régler le conflit qui a fait plus de 36.000 morts en Syrie. (c) Afp

DAMAS (AFP) – Des attentats ont secoué la région de Damas mercredi et l’armée a multiplié ses frappes contre les bastions rebelles à travers la Syrie, sur fond de désaccords internationaux persistants sur les moyens de régler le conflit qui a fait 36.000 morts en près de 20 mois.

Le « bain de sang » continuera si l’Occident insiste sur un départ de Bachar al-Assad, a averti le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov après un entretien avec son homologue Laurent Fabius qui a admis une « différence d’appréciation » sur une présence du président syrien dans un processus de transition.

Les désaccords restent profonds entre d’un côté Russes, Chinois et Iraniens, des alliés du régime Assad, et de l’autre Occidentaux, Turcs et Arabes, qui appuient la rébellion et veulent un départ de M. Assad, dont la famille est au pouvoir en Syrie depuis quatre décennies.

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a d’ailleurs affirmé que son pays voulait « aider l’opposition à s’unir fermement pour résister au régime d’Assad », et à s’élargir au delà du Conseil national syrien (CNS), pour l’instant la principale coalition de l’opposition en exil.

Devant ces divisions qui bloquent toute action internationale concertée et toute résolution contraignante au Conseil de sécurité de l’ONU, régime et rebelles se disent déterminés à se battre jusqu’au bout.

Mercredi encore, 125 personnes ont péri dans les violences dont 45 civils et 46 soldats, selon un bilan provisoire de l’OSDH, alors que les morts se comptent tous les jours par dizaines.

Outre les raids aériens, les bombardements de l’artillerie du régime, les combats entre rebelles et soldats, les attentats se sont multipliés dans la région de Damas.

Au sud-est de la capitale, un attentat à la bombe à Sayeda Zeinab, important lieu de pèlerinage chiite, a fait 11 morts et 39 blessés, selon l’agence officielle Sana.

36.000 morts en moins de 20 mois

Au sud-ouest de la capitale, une attaque à la voiture piégée a secoué la localité de Maadamiyat tuant une personne selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). « De nombreuses ambulances se sont dirigées vers le lieu de l’attentat suivi de très violents combats », selon un habitant.

A son tour, l’aviation du régime a bombardé la banlieue est de la capitale, où les rebelles sont retranchés, au lendemain du premier raid d’un chasseur-bombardier sur Damas même, selon l’OSDH, une ONG basée au Royaume-Uni qui s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins sur place.

Des avions de combat ont aussi largué des bombes dans la province d’Idleb (nord-ouest), notamment sur Maaret al-Noomane, ville stratégique dont la prise par les rebelles leur a permis de bloquer l’envoi de renforts à l’armée à Alep.

Dans cette dernière ville ravagée par les combats, les rebelles ont pris position dans des usines et bâtiments à Leiramoun, quartier du nord-ouest, selon un industriel, alors que les familles du quartier limitrophe de Khalidiyé tenu par l’armée, ont fui à l’approche des combats selon un habitant.

Dans l’Est, l’aviation a bombardé la ville de Mohassen, une place forte des rebelles, a précisé l’OSDH.

Selon cette ONG, plus de 36.000 personnes ont péri dans le conflit déclenché par la répression brutale par le régime d’une contestation populaire lancée le 15 mars 2011. La répression a militarisé la révolte et les violences ont dévasté le pays, poussant à la fuite des centaines de milliers de Syriens.

Gouvernement en exil

Face aux appels persistants de la communauté internationale à unifier les rangs de l’opposition, plus de 150 opposants syriens, dont de nombreux membres du CNS et des chefs de l’Armée syrienne libre (ASL) ont préconisé la formation rapide d’un gouvernement en exil, lors d’une réunion à Silivri, en Turquie.

« La conférence s’est accordée sur la nécessité de mettre de côté nos différences idéologiques et de créer un gouvernement en exil », ont indiqué dans un communiqué les participants.

« Il prendra la forme d’un gouvernement de transition, afin d’obtenir un meilleur soutien politique de la part des pays arabes et de la communauté internationale à notre révolution », ont-ils ajouté.

Les Etats-Unis veulent une coalition ample de l’opposition avec « une structure dirigeante vouée à représenter et à protéger tous les Syriens », a déclaré Mme Clinton à Zagreb, en soulignant que « le CNS ne peut plus être considéré comme le dirigeant visible de l’opposition ».

Elle a fait état d' »informations inquiétantes sur des extrémistes qui tentent de détourner à leurs fins ce qui était jusqu’ici une révolution légitime contre un régime oppressif ». Une opposition forte pourrait « résister fortement aux efforts » de ces extrémistes, selon elle.

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