Egypte : Les Frères musulmans torturent…


Un papier de Delphine Minoui que le journal numérique du Soir.be publie cette après-midi en manchette.

Quand les Frères Musulmans donnent dans la torture

Correspondante au Caire, Delphine Minoui

D’une main déterminée, Mohammad El Garhi fait défiler, un à un, les clichés de la honte sur son téléphone portable. Visage ensanglanté, vêtements arrachés, regard sonné… Les portraits des victimes qu’il a photographiées dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 décembre, après s’être infiltré dans ce qu’il décrit comme une « cellule de torture improvisée », parlent d’eux-mêmes. « Les Frères Musulmans auront beau nié avoir arrêté et malmené les protestataires, c’est bien la preuve en grandeur réelle de leur brutalité », souffle-t-il. Cette nuit-là, le jeune reporter d’Al Masry al Youm, un quotidien arabophone proche de l’opposition égyptienne, a été dépêché aux abords du Palais présidentiel. La veille, un premier rassemblement de protestataires, venus manifester contre une Constitution dont ils dénoncent la coloration religieuse et les atteintes aux libertés, s’était déroulé dans le calme, sous le regard d’ailleurs souvent complice des policiers. Le Président issu de la Confrérie s’est-il senti en danger pour s’en remettre, dès le lendemain, à la violence de ses supporters ?

Il est environ 16h lorsque ces derniers rallient les alentours de l’énorme bâtisse blanche, au cœur du quartier huppé d’Héliopolis, en tentant de chasser violemment les manifestants. La tente des anti-Morsi vacille. Les insultes fusent. Des protestataires sont molestés. Cherchant à se défendre, les moins chanceux se retrouvent rapidement sous une pluie de bâtons. Tirés de force par leurs bourreaux, ils échouent dans un lieu secret, attenant à l’une des entrées du Palais, face à la mosquée Omar Ibn Abdel Aziz. Emboîtant le pas d’un collègue de Misr 25, la télévision pro- Frères, le journaliste égyptien parvient à y accéder vers 19h30. « A l’intérieur, j’ai pu dénombrer 15 membres de la Confrérie. Ces gens ne portent pas d’uniforme, mais j’ai pu les reconnaître à leur façon de parler et à leur allure. Ils étaient barbus pour la plupart, et particulièrement musclés. Epaulés par les forces anti-émeute, ils avaient divisé l’espace en deux cellules : celle de la torture et celle des interrogatoires », raconte Mohammad. A chaque nouvelle arrivée, le même manège se reproduit : les victimes – des dizaines selon le journaliste – sont jetées au sol, ruées de coups, et leurs biens personnels – carte d’identité, argent, téléphone – confisqués. Les questions fusent : Qui vous a payé pour manifester ? A quel mouvement appartenez-vous ? Celui de Sabbahi, d’El Baradei (deux grandes figures de l’opposition) ou bien le PND (l’ex parti de Moubarak) ? Pendant ce temps, les interrogateurs filment les réponses à bout de téléphone portable. Quand une victime refuse de se prêter au jeu, les coups redoublent de plus belle. « Regardez cet homme. Il n’arrêtait pas de leur répéter : « Je connais de nombreux cheikhs, je suis un bon musulman ». Mais ses bourreaux ne voulaient rien entendre. Pour eux, c’était un agent de l’Occident ! », poursuit Mohammad El-Garhi, en s’arrêtant sur une des photos. Avant d’ajouter, penaud : « Je n’en croyais pas mes yeux et mes oreilles : comment les Frères Musulmans, des victimes de l’ancien régime, pouvaient-ils s’être transformées si rapidement en bourreaux ? Et dire que j’ai voté pour Morsi. Aujourd’hui, je le regrette profondément…».

Détail encore plus troublant : dans son discours offensif, prononcé en direct à la télévision, dès le lendemain soir, le chef d’Etat islamique a fait référence aux « aveux » des « bandits » arrêtés pendant les troubles – une déclaration qui laisse entendre que les autorités étaient au courant de ces « cellules de torture ». « Au lieu de condamner ces détentions illégales et les abus commis à l’entrée du Palais, le président Morsi s’est insurgé contre ces victimes », déplore Joe Stork, de Human Rights Watch. Pire : cette nuit-là, les échanges de tirs et de coktails molotov entre pro et anti-Morsi ont fait, selon le Ministère de la Santé, au moins dix morts et plus de 700 blessés. Mais alors que l’affiliation politique des défunts – dont un copte – demeure incertaine, les Frères Musulmans ont eu vite fait d’en faire des islamistes de leur clan et de les ériger en « martyrs ».

« Je ne reconnais plus mon pays », se lamente Yehya Negm. Le visage parsemé d’égratignures et boursouflé par les coups, cet ancien diplomate de 42 ans est un miraculé. Ce fameux mercredi 5 décembre, il a vu la mort de près après avoir été roué de coups, en pleine foule, par les anti-Morsi. « Quand j’ai rejoint le cortège des protestataires, vers 16h, l’ambiance était calme et bon enfant. Quelques heures plus tard, ça a commencé à dégénérer quand les partisans du président sont arrivés. A 22h, mon groupe a été pris à partie. Ils étaient des dizaines, des centaines à me frapper au ventre, à la tête. Quand je me suis effondré au sol, ils ont commencé à m’écraser le crâne sous leurs bottes, avant de me traîner par terre sur une centaine de mètres. Une ambulance est passée par là, mais ils ont refusé de laisser son équipe me soigner. C’est à cet instant là que j’ai tourné de l’œil », raconte-t-il. Quand il reprend conscient, un peu plus tard, il réalise qu’on l’a enchaîné avec des ficelles en plastic à l’une des portes du Palais. Il n’est pas seul : une petite cinquantaine de personnes ont échoué comme lui, dans cet espace encerclé par des pro-Morsi en furie. « Ils me traitaient d’infidèle, de traite. Dans mon portefeuille, qu’ils avaient saisi, ils ont trouvé des dollars : la « preuve », pour eux, que j’étais un « espion de l’Occident». Quand je les ai suppliés de me rendre mon cellulaire, qu’ils avaient aussi confisqué, pour appeler ma famille, ils m’ont répondu : Oublie la ! ». La nuit sera longue et douloureuse. Ce n’est que le lendemain, aux alentours de 15h, qu’il retrouve enfin les siens, après que les pro-Morsi, sommés comme leurs adversaires d’évacuer les lieux sur ordre de l’armée, le transfère au poste de police. Aujourd’hui, Yahya se remet à peine de ses blessures « autant physiques que psychologiques », dit-il. Lui qui avait longtemps hésité à boycotter la Constitution a désormais bien l’intention de se rendre aux urnes ce samedi. « Je voterai « non », c’est décidé. Comment laisser passer une Constitution rédigée dans le sang ? », s’emporte-t-il.
DELPHINE MINOUI

Rassemblement demain devant l’Ambassade d’Israël


_.L’Association Belgo-Palestinienne vous convie

 

au  304èmerassemblement

pacifique  et   silencieux

Vendredi 14 décembre 2012

de 12h30 à 13h30 

 

 

FACE A L’AMBASSADE D’ISRAEL

40, avenue de l’Observatoire à Uccle

 

Soyons  nombreux

sans trompette ni calicots autres que les officiels et ceux reprenant le nom des associations partenaires à ce rassemblement

 

Soyons très nombreux

pour stigmatiser la non-application par Israël des résolutions des Nations Unies (dont la ES 10/15

condamnant la construction du mur) et de la IVème Convention de Genève

et demander la fin du blocus de Gaza

 

Prochains rassemblements en 2013  (deuxième vendredi du mois): en cours de demande d’autorisation

11 janvier, 8 février, 8 mars, 12 avril, 10 mai, 14 juin, 12 juillet, 9 août, 13 septembre, 11 octobre, 8 novembre,

                                                          

lundi 17 décembre : L’UE en Syrie: volonté sans pouvoir?


lundi 17 décembre 2012

18:30

A l’occasion de la sortie de son nouveau numéro, Eyes on Europe vous invite à sa conférence

L’UE en Syrie: volonté sans pouvoir?
De quels moyens de défense, humanitaires et économiques, l’UE dispose-t-elle pour agir?

Lundi 17 décembre, 18h30, salle H-1309

Modération: Barbara Delcourt, professeure de relations internationales à l’IEE et à la FSP

Intervenant-e-s: Pierre Piccinin, historien et politologue,
Inés Ayala Sender, députée européenne S&D
Sven Biscop, Institut royal des relations internationales d’Egmont

Un drink sera servi à la fin de la conférence et le nouveau numéro d’Eyes on Europe vous sera distribué.