Comment le Mali s’est effondré en moins d’un an


de Mediapart

14 janvier 2013 | Par Thomas Cantaloube

Il y a un an, presque jour pour jour, le Mali était considéré comme un parangon de stabilité en Afrique et, aux yeux des Occidentaux, presque comme un État modèle. Le président Amadou Toumani Touré (surnommé ATT), ancien soldat reconverti en défenseur de la démocratie, s’apprêtait à passer la main après deux mandats où il avait été élu à la régulière ; l’économie, même frappée par la crise des matières premières, se diversifiait, s’ouvrant notamment vers la Chine et les États-Unis.

Et puis soudain, le 17 janvier 2012, tout a basculé, avec des attaques, dans le nord du pays, de groupes rebelles touaregs qui mettent l’armée nationale en déroute. Un an plus tard, le Mali n’existe quasiment plus en tant que tel : partitionné territorialement, divisé politiquement, figé militairement et partiellement dépossédé de sa souveraineté par les États voisins et occidentaux, dont la France, qui intervient désormais militairement sur place. Il est devenu, dans le jargon diplomatico-universitaire anglo-saxon, un « failed state », un État en faillite. Comment en est-on arrivé là ?

suite de l’article ici

Une récré


                 0/20 à l’examen ?
>
> Cet étudiant a obtenu 0/20 sur cet examen…moi, je lui aurais mis 20/20
>  
> Q1.
  Dans quelle bataille Napoléon EST-IL mort ?
>        Sa dernière bataille
>  
> Q2.
  Où a été signée la déclaration d’indépendance ?
>        Au bas de la dernière la page
>  
> Q3.
  Dans quel état se trouve la rivière Rio-Grande ?
>        Liquide
>  
> Q4.
  Comment expliquer autant de divorces ?
>        Trop de mariages
>   
> Q5.
  Quelle EST la raison principale de l’échec scolaire ?
>        Les examens
>  
> Q6.
  Qu’est-ce que vous NE pouvez jamais manger au petit déjeuner ?
>        Un dîner ou un souper
>  
> Q7.
  Qu’est-ce qui ressemble Le plus à une demi-pomme ?
>         L’autre moitié
>  
> Q8.
  Si vous jetez une Pierre bleue dans la mer Rouge, que va-t-elle devenir ?
>        Humide…très humide
>   
> Q9.
  Comment un homme peut-IL rester huit jours sans dormir ?
>         En NE dormant que la nuit.
>
> Q10.
 Comment pouvez-vous soulever un éléphant avec une seule main ?
>         Impossible, le cas ne se presentera pas car ça n’existe pas, un éléphant ayant une seule main..
>  
> Q11.
 Si vous aviez trois pommes et quatre oranges dans une main, et quatre pommes et trois oranges dans l’autre,

qu’auriez-   vous ?
>         De grandes mains
>  
> Q12.
 Il a fallu 8 heures à 10 hommes pour construire un mur. Combien de temps faudrait-IL à quatre hommes

pour Le construire ?
>         Inutile, Le mur EST déjà construit.
>  
> Q13
. Comment peux-TU laisser tomber un œuf cru sur un Sol en béton sans Le fissurer ?
>         Pas de problème, les planchers de béton sont très difficiles à fissurer.
> Q14. Complète la phrase : « Certains hommes n’ont que ce qu’ils méritent… »
>          « …les autres sont célibataires ! »

Les viols poussent de nombreuses Syriennes à fuir leur pays


lundi 14 janvier 2013, par La Rédaction

Le viol est une des principales raisons qui pousse des femmes et des jeunes filles syriennes à fuir leur pays, plongé dans un conflit sanglant depuis bientôt 22 mois, selon l’organisation International Rescue Committee (IRC).
Le viol est un « phénomène important et inquiétant de la guerre civile en Syrie », estime l’IRC, ONG basée aux Etats-Unis, dans un rapport publié lundi et intitulé « Syrie : une crise régionale ».
« Au cours de trois enquêtes réalisées par l’IRC au Liban et en Jordanie, des Syriens ont cité le viol comme raison principale de leur fuite du pays avec leur famille », a indiqué l’ONG dans son rapport, appelant à agir d’urgence.
« Beaucoup de femmes et de filles ont raconté avoir été attaquées en public ou chez elles, en général par des hommes armés. Ces viols, parfois collectifs, se déroulent souvent sous les yeux de membres de la famille », selon l’IRC.
Des personnes interrogées par l’IRC ont également indiqué que dans certains cas, les victimes sont enlevées, torturées et tuées.
Les victimes qui survivent à ces attaques en parlent rarement, selon l’IRC, en raison « des normes sociales et du déshonneur que représente le viol pour les (victimes) et leur famille », précise l’IRC.
De nombreuses victimes interrogées par l’IRC ont également évoqué la peur de représailles de la part de leurs assaillants, et la crainte d’être tuées par des membres de leur famille pour laver l’affront, ou contraintes de se marier très jeunes « pour protéger leur honneur », selon le communiqué.
Mais les femmes qui fuient sont privées de suivi médical et de soutien psychologique, et font face à des « conditions de vie dangereuses dans les camps et à un haut niveau de violence domestique ».
Le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) a indiqué vendredi que le nombre de réfugiés syriens enregistrés dans les pays voisins et en Afrique du Nord avait augmenté de plus de 100.000 entre le 11 décembre et le 11 janvier, pour dépasser les 600.000.
L’ONU s’attend à ce que le nombre de réfugiés atteigne 1,1 million d’ici à juin prochain si la guerre civile se poursuit en Syrie. En Syrie même, plus de 2 millions de civils ont été déplacés.
L’IRC a appelé à « une augmentation urgente de (l’aide) de la communauté internationale » face à « un énorme désastre humanitaire », qui « très certainement va durer longtemps ».

source

Syrie: une solidarité à géométrie variable


 

Les Syriens n’ont pas eu de répit. 22 mois de guerre civile ont déjà fait plus de 60.000 morts. Le bain de sang continue, l’aide humanitaire a toujours du mal à être acheminée, et la solidarité dont témoignent les Européens est à géométrie variable. En tout cas largement insuffisante, regrette l’eurodéputée verte Hélène Flautre, qui appelle la France à jouer un rôle moteur, comme elle l’a fait au niveau politique, et à accueillir au moins autant de réfugiés que l’Allemagne ou la Suède.

 

Depuis le début du conflit en Syrie en mars 2011, plus de 60.000 personnes ont été tuées et, selon l’ONU,  le nombre de Syriens enregistrés comme réfugiés dans les pays voisins (notamment en Turquie, au  Liban et en Jordanie) et en Afrique du Nord a augmenté de plus de 100.000 en un mois, pour dépasser les 600.000 personnes. Une situation d’autant plus inquiétante qu’en dépit des précautions prises pour affronter l’hiver, « beaucoup de réfugiés hébergés ou non dans des camps sont confrontés au froid et à l’humidité », souligne le HCR, le Haut-commissariat de l’ONU aux réfugiés.

Les pays arabes remplissent leur mission de protection

A la frontière avec la Jordanie, beaucoup arrivent pieds nus, couverts de boue et de neige. Ils se retrouvent entassés avec leurs enfants dans des camps, ravagés par des pluies diluviennes. Désespérés, certains préfèrent retourner en Syrie.

Selon le HCR, la Jordanie, qui compte 176.600 réfugiés syriens, est prête à en accueillir jusqu’à 280.000. Environ 200.000 sont enregistrés au Liban, plus de 153.000 en Turquie, 69.000 en Irak, 13.000 en Egypte, et plus de 5.000 en Afrique du Nord.

L’ Europe ne doit pas rester une forteresse pour les Syriens

Pour l’eurodéputée Hélène Flautre, présidente de la délégation à la commission parlementaire mixte UE-Turquie, qui a visité plusieurs camps à la frontière turque, la  vraie réponse est évidemment politique, aussi bien pour régler la crise humanitaire que pour mettre enfin un terme au conflit . Mais en attendant, alors que les dernières négociations à Genève n’ont pas permis d’avancée significative, la priorité est d’acheminer l’aide de manière plus efficace, en s’appuyant sur les canaux locaux. Et « surtout », insiste la députée européenne du groupe des Verts, d' »accueillir les réfugiés chez nous en Europe ».  

Hélène Flautre explique que ce serait au bureau d’asile européen de faire la tournée des pays, d’évaluer leur capacité d’accueil et de le coordonner, d’harmoniser les divers statuts et assurer les aides, afin de mettre en place une véritable politique d’accueil européenne. Elle souligne que « la France est loin du compte », en comparaison avec des pays comme l’Allemagne ou la Suède.

L’Union doit sortir de l’illégalité

« Il faut que l’Union européenne sorte de l’illégalité », martèle Hélène Flautre, « qu’elle cesse d’empêcher les réfugiés syriens de se rendre sur le territoire européen, en érigeant des barrières et en déroulant des barbelés, comme par exemple à la frontière gréco-turque. Ce ne sont pas des migrants illégaux », insiste-t-elle, « ce sont des réfugiés, et à ce titre ils bénéficient automatiquement du droit de demander protection et asile à l’Union européenne ».

source

Syrie : « en prison, nous avions peur les uns des autres »


Citoyen syrien d’origine arménienne, Aram militait dans les rangs du Parti communiste, tendance Bureau politique dirigé par Riad Turk, quand il fut arrêté, en 1987, par les services de renseignements de Hafez el-Assad. Extrait de Treize ans dans les prisons syriennes (1/2).

Aram Karabet raconte son expérience dans les prisons syriennes.Aram Karabet raconte son expérience dans les prisons syriennes. Crédit Reuters

Le soir je voyais Abdel Mou‘in al-Rawi, frère musulman, un verre de thé à la main et une cigarette dans l’autre. Il sirotait son breuvage en écoutant Oum Kalthoum (1). Il me regardait de temps en temps, balançant la tête. La chanson lui faisait goûter sa douleur, sa brûlure intérieure. Il s’enivrait de nostalgie en pensant à son épouse, à ses enfants en bas âge quand il les avait quittés, qu’il n’avait pas revus depuis de longues années. Il jetait parfois des coups d’oeil autour de lui, vérifiant que personne de sa confrérie ne le remarquait. Il prenait des gorgées de thé, fumait, se perdait dans ses pensées. Mais si son regard tombait sur celui d’Ahmed Mansour, il modifiait aussitôt sa posture. Et quand ce dernier lui demandait : “Qu’est-ce que tu écoutes, Abou Mouss‘ab ?”, il retirait l’écouteur de son oreille et répondait : “Les nouvelles, j’écoute la BBC Londres.”
Puis il nous adressait un clin d’oeil, riant intérieurement d’avoir su éviter la réponse véritable (2).

Même en prison, nous avions peur les uns des autres. On craignait le regard d’autrui. On s’efforçait d’apparaître sous son meilleur jour pour éviter d’être critiqué ou offensé. La prison, comme n’importe quel autre lieu, répond à des conditions et à des critères inflexibles. Chaque prisonnier se doit de les remplir, sans quoi il n’accède à aucune reconnaissance de la part des autres. Dans un tel lieu, les valeurs que l’individu tient de sa société se trouvent renforcées. Plus l’individu saisit la hiérarchie sociale gravée dans l’inconscient collectif, mieux il est accueilli par les autres, et plus il suscite leur admiration. Je dis toujours que la prison, ce n’est pas seulement le geôlier et les murs sombres, c’est aussi les prisonniers eux-mêmes et les souffrances qu’ils s’infligent les uns aux autres.

Certains prisonniers s’essoufflent dès le début du parcours, dès la première gifle qui s’abat sur leur visage à l’interrogatoire. D’autres s’écroulent au milieu du chemin. Certains, sentant qu’ils s’épuisent, se délestent de leurs fardeaux sur le premier venu. Ils font porter aux autres leurs tourments, leurs crises psychologiques, leur tension nerveuse, leurs difficultés et leurs malheurs. Très souvent, du haut des escaliers, j’observais la séance de sport. Les hommes marchaient à un rythme très rapide, effectuaient des mouvements violents. Les bras se levaient et se rabattaient avec une extrême nervosité, accompagnés d’un cri sonore. L’écume montait aux lèvres.

[…]

En ce rude hiver de février 1988, on amena à Adra le camarade Abdel-Razzaq Abazid. Il était exténué, malade, atteint d’une inflammation pulmonaire
aiguë car on l’avait torturé en le plongeant longuement dans l’eau glacée en plein mois de janvier. Il toussait et gémissait. Un sifflement sortait en permanence de sa poitrine. Il essaya malgré tout de s’accrocher, de paraître normal, mais il souffrait. “J’ai mal dans la poitrine, j’ai besoin d’aller à l’hôpital”, disait-il. Mais nous restâmes tous de marbre devant sa maladie. On la considéra comme banale et passagère. Personne d’entre nous ne prit son état au sérieux, à l’exception de Khalaf Zarzour, qui se montra très solidaire. Il s’occupait de lui, de ses repas, de sa lessive, de tout ce dont il pouvait avoir besoin. Lorsque le malade descendait dans la cour, il s’asseyait dans un coin. Il ne pouvait pas bouger.

 

______________________________________________________________

1. Morte en 1975, Oum Kalthoum est toujours la plus célèbre diva égyptienne.
2. Il est mal vu, chez les Frères musulmans, de prendre trop de plaisir à écouter de la musique.

Treize ans dans les prisons syriennes, Aram Karabet, Actes Sud.

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/syrie-en-prison-avions-peur-uns-autres-aram-karabet-600674.html#lbjvOX3EVBF97uTt.99

LES CHANGEMENTS POLITIQUES DANS LE MONDE ARABE


Iyad m’écrit : J’ai parcouru l’article de ce Jeremy (prof d’université en Turquie), soit il touche bien par raconter n’importe quoi, ou bien il est complètement stupide. Continuer à parler des gangs armés après 22 mois de révolution et parler de l’islam comme étant à la solde des US, est soi le signe d’une mauvaise foi sans commune mesure ou bien d’une imbécilité sans bornes.

Je te fais part ci-dessous des extrait d’un discours de Jean Pierre Chevènement à propos des révolutions arabes. Une évolution intéressante dans la compréhension de ce changement majeur en cours.

Objet : LES CHANGEMENTS POLITIQUES DANS LE MONDE ARABE

Vous trouverez ci-dessous les deux derniers paragraphes d’un très long message de Jean Pierre Chevènement relatif à la révolution arabe.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le blog personnel de Jean Pierre Chevènement.

 

http://www.chevenement.fr/Les-changements-politiques-dans-le-monde-arabe_a1451.html

 

LES CHANGEMENTS POLITIQUES DANS LE MONDE ARABE

Intervention de Jean Pierre Chevènement devant l’académie des sciences morales et politiques

Lundi 3 Décembre 2012

Quelle grille d’interprétation faut-il retenir de « l’islamisme politique » ?

Le monde arabe est notre voisin. Il constitue une caisse de résonnance linguistique, culturelle, historique sans équivalent. Il est, qu’on le veuille ou non, le cœur du monde musulman de l’avenir duquel aucune grande puissance ne peut se désintéresser : Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Europe. Il y a une unité du monde arabe et en même temps le monde arabe est divers. L’Islam, au vingt et unième siècle, est au cœur du monde. Nul ne peut se désintéresser de son avenir. Et en son centre, répétons-le, il y a le monde arabe.

Selon une thèse que j’emprunte en partie à Pierre Brochand, l’Islam serait de fait la principale force de résistance à la globalisation libérale que portent l’essor des nouvelles technologies de la communication, la libération des flux de capitaux, de marchandises et de services, sans parler des flux migratoires et enfin la dynamique de l’hyper individualisme libéral. C’est surtout, selon moi, à ce dernier trait que l’Islam s’oppose le plus fortement (il ne s’oppose pas à la libération des capitaux) ni plus généralement au libéralisme économique. La dynamique hyper individualiste à quoi a abouti la civilisation occidentale n’est plus contrôlée. L’information circule à la vitesse de la lumière. Il y a un milliard cinq cent millions d’utilisateurs d’internet dans le monde et trois milliards cinq cent millions de portables. Cette révolution de l’information nourrit le consumérisme et l’hédonisme. La globalisation dévalorise tout ce qui est vertical (institutions et Etats) et donne l’illusion d’un monde enfin décloisonné, où l’individu est roi. Mais elle favorise aussi l’apparition de réseaux transnationaux (drogue, pornographie, criminalité, terrorisme) à la faveur des frustrations et des déséquilibres qu’elle entraine. Dans ce monde interconnecté, nous sommes tous des « voisins obligés ». Cette globalisation d’origine occidentale, et particulièrement celle de l’information, se heurtent à la réalité du monde non occidental, chacun, en son sein, réagissant avec ses propres moyens pour mettre à profit ses atouts spécifiques (délocalisations industrielles, rente pétrolière, trafic de drogue, piraterie et immigration clandestine) au risque de l’« anomie » (j’appelle ainsi l’absence de toute règle ouvrant la voie à un monde de plus en plus chaotique.

Samuel Huntington a inventé, en 1994, l’expression de « choc des civilisations » : il visait principalement l’Islam qui oppose à l’hyper individualisme libéral une réaction non étatique de même nature, qu’on peut qualifier d’« identitaire ».

Ses valeurs : primauté du groupe et de la famille patriarcale, hétéronomie absolue, confusion du public et du privé, du politique et du religieux et interdits sexuels l’opposent trait pour trait à l’hyper individualisme porté par la globalisation libérale. L’Islam apparaît de fait, dans le monde d’aujourd’hui, comme le porteur par excellence de la tradition. Il n’en est certainement pas le seul vecteur, mais il est à coup sûr le plus dynamique. Il me paraît nécessaire cependant de bien distinguer entre l’Islam qui est d’abord une religion, même si elle tend à régenter l’espace social tout entier (mais quelle religion n’en a-t-elle pas eu la tentation ?), et par ailleurs l’islamisme qui est une idéologie politique et qui tend à la conquête du pouvoir politique. Il est de fait qu’après l’effondrement du communisme, l’islamisme, dans certaines de ses variantes (iranienne notamment), peut aussi vouloir récupérer une fonction contestatrice (anti impérialisme et alter mondialisme). Il est important de ne pas figer l’Islam dans une sorte d’essentialisme. L’Islam n’est pas un bloc. En son sein, coexistent des courants très divers.

Plusieurs sensibilités s’y expriment, des courants modernistes (c’était largement le cas du nationalisme arabe) mais aussi des réactions d’auto défense par rapport à l’hyper individualisme libéral confondu avec l’Occident qu’on peut distinguer selon le niveau de dissidence qu’elles expriment, les réactions de rejet (djihadisme), les réactions de refus (islamisme politique) et les réactions de repli (islamisation des mœurs).

Le djihadisme préconise le retour à la lettre du coran et au califat originel, par la guerre à la fois contre l’occident et contre ses suppôts locaux (les régimes « mécréants »). L’événement fondateur est, pour les djihadistes, l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Mais le développement ultérieur du djihadisme renvoie à de graves crises d’identité, que ce soit en pays musulman ou dans les pays d’émigration, souvent, par défaut d’appartenance véritable des individus concernés. Les groupes djihadistes s’appuient sur un terreau beaucoup plus « porteur » que les groupuscules gauchistes des années 1970. C’est un terreau qu’il faut assécher si on veut pouvoir les réduire. Ils ne représentent d’ailleurs qu’une très petite minorité, chez des hommes jeunes, en pleine crise d’identité, mais la masse des musulmans, fondamentalement modérés, les rejette.

L’autodéfense musulmane peut prendre en pays d’Islam la forme du refus. C’est l’islamisme politique qui recherche non la confrontation globale avec l’Occident mais la prise de pouvoir dans un pays donné par la voie des élections, avec l’objectif d’y imposer la « charia ». L’islamisme politique est pragmatique. Il ne remet pas en cause le marché. Il est ouvert aux compromis. La question qui se pose est de savoir s’il peut accepter le pluralisme, l’alternance, une totale liberté de conscience, d’opinion, bref de démocratie et qu’on puisse ainsi parler de « démocratie musulmane » comme il y a eu, après 1945, en Europe, une « démocratie chrétienne », notamment en Italie et en Allemagne. Peut-il constituer un « détour » vers la démocratie ? Henry Laurens semble le penser : « Le pouvoir pourrait bien se révéler être un cadeau empoisonné pour les islamistes. Ne l’oubliez pas, l’exercice du pouvoir n’a pas encore commencé. Même en Tunisie, pour le moment, on est encore à l’étape de la Constituante. Nous venons d’entrer dans une nouvelle phase qui ne sera sûrement pas la dernière. Le moment arrive de la confrontation avec la réalité. Il va falloir se colleter avec les épines de la gestion quotidienne, maintenir l’ordre, assurer qu’il y ait des places dans les écoles, donner du travail aux jeunes. A tout cela, l’islam ne peut rien ».

Henry Laurens ajoute : « Il y aura des abcès de fixation, des crises dues aux tentatives de tester les nouveaux pouvoirs, comme cela se voit maintenant en Tunisie dans certaines universités à propos du port du niqab. Mais les courants majoritaires n’iront pas jusqu’à sacrifier l’économie. Les doctrines islamiques sont en général des doctrines solidaristes. Elles s’accommodent d’une médiocrité globale, mais où chacun a les moyens de vivre. … Rien n’empêche de penser que les islamistes d’ici à quelques années se seront délégitimés face à la pression des problèmes sociaux. Ils ont pu faire leur campagne électorale sur des thèmes identitaires, mais ils sont rattrapés maintenant par le problème beaucoup plus redoutable de l’emploi. Ils ne sont pas pour bouleverser les choses ou créer un monde nouveau. Nous ne sommes pas en 1789 ou en 1917. L’objectif de la « révolution » est de faire coïncider le pouvoir avec la société. Or, les sociétés musulmanes sont conservatrices. Elles ne remettent pas en question les circuits de l’économie. Les révolutions arabes se sont faites dans un espace conservateur et au nom du principe du réel. ».

Cette vision du grand orientaliste s’avèrera sans doute juste dans la longue durée mais les hommes politiques agissent à court et moyen termes. L’islamisme politique comporte des dérives potentielles qu’il serait imprudent de ne pas envisager : complaisance à l’égard du salafisme et par ce biais du djihadisme, perturbations géopolitiques majeures, irréversibilité des processus engagés, degré d’emprise sur la société, s’agissant notamment du statut de la femme, et cela d’autant plus que les courants modernistes sont divisés et ne fournissent pas d’alternative politique.

Il est une troisième forme de réaction des sociétés musulmanes à l’hyper individualisme libéral porté par l’Occident : c’est le repli, l’islamisation des mœurs, quelquefois encouragée par des gouvernements non-islamistes, mais dont il n’est pas aventuré de prédire qu’elle nourrira à terme l’islamisme politique et qui sera pénible voire insupportable aux Arabes qui n’ont pas la soumission au Coran comme dogme exclusif.

Il existe ainsi un savant dégradé de réactions défensives des sociétés musulmanes à la déferlante de l’hyper individualisme libéral. Mais il y a aussi des synthèses modernistes en gestation. La tentation est toujours grande de s’incliner devant le fait accompli. On l’a vu en d’autres temps. Pour ma part, je ne crois pas qu’il faille « jeter le bébé avec l’eau du bain ». L’idée républicaine est aussi, pour le monde arabe, « une idée toujours neuve ». C’est ce que nous dit par exemple Georges Corm du Liban et du Moyen-Orient, mais qu’on perçoit très bien aussi dans la société algérienne.

Quelle politique française vis-à-vis du monde arabe aujourd’hui ?

La France doit, selon moi, rester fidèle à une politique de principes : respect de l’autodétermination des peuples dans le cadre de la Charte des Nations-Unies, refus de l’« ingérence », dialogue des cultures et des nations. Naturellement, la République française repose sur des valeurs, mais ces valeurs ne s’exportent pas à la pointe des baïonnettes ou par missiles guidés avec précision. La démocratie, en particulier, n’est pas, comme l’a bien vu Jacques Berque, un article d’exportation. Elle doit prendre appui, pour se développer, soit sur la transformation de concepts ou d’institutions traditionnels pour relever les défis du présent, soit sur l’emprunt à l’étranger de concepts et d’outils que les sociétés veulent s’approprier par nécessité de survie, comme ce fut le cas au Japon, à l’ère Meiji. C’est dans leurs propres motivations que les peuples arabes doivent ainsi trouver le ressort qui les fera acteurs et maîtres de leur destin. Jacques Berque récuse l’idée d’une guerre des civilisations. Il préconise le dialogue et je ne crois pas trahir son esprit en disant qu’il manifesterait une certaine empathie pour les révolutions arabes tout en tenant bon sur ce que nous appelons « les valeurs des Lumières ». Le Prophète lui-même, dans la traduction du Coran qu’a donnée Jacques Berque, fait quarante-quatre fois appel à la « raison naturelle » et exhorte ses disciples à « rechercher le Savoir jusqu’en Chine », alors l’extrémité du monde connu. La notion anglo-saxonne du « soft power » mérite d’être revisitée : de quelles valeurs voulons-nous réellement donner l’exemple ? L’hyper individualisme libéral ? N’oublions pas que la Révolution française a mis le citoyen au-dessus de l’individu. Est-ce que les programmateurs de nos chaines télévisées se rappellent toujours que leurs émissions sont très regardées dans le monde arabe et particulièrement au Maghreb ?

Il me semble qu’une République française fidèle à ses valeurs d’égalité (ce qui manque le plus), de fraternité, de liberté d’esprit et qui ne ferait pas de la laïcité une arme contre les religions (ce qu’elle n’est pas et ne doit pas être), servirait utilement le dialogue avec le monde musulman.

La République ne se confond pas avec l’hyper individualisme et encore moins avec l’anarchie. La République est d’abord celle des citoyens. Elle implique des règles. Il y a un siècle et demi que Lacordaire énonçait déjà qu’« entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».

L’islamisme politique est à coup sûr un courant important dans le monde musulman d’aujourd’hui. Il comporte des versions traditionnelles (wahhabite, déobandie) ou plus modernes (les Frères musulmans). Nous n’avons aucune assurance sur sa réversibilité, tant qu’il n’a pas démontré son respect de la volonté populaire et des libertés publiques. Nous ne savons pas non plus le degré d’emprise qu’il exercera sur les sociétés qu’il parviendrait à dominer politiquement (s’agissant notamment du statut de la femme).

Pour autant, la France doit rester fidèle, selon moi, au principe de non-ingérence, sans pour autant cesser d’affirmer les valeurs républicaines qui sont, si je puis dire, dans son génome.

Nous devons reconnaitre les gouvernements issus des urnes, qu’ils nous plaisent ou non, et donc continuer à reconnaitre des Etats et non des régimes.

Mais on peut aller plus loin, par des alliances stratégiques, avec les pays qui nous sont les plus proches. C’est évidemment le cas de l’Algérie et du Maroc. Si la France veut avoir une politique arabe, et plus généralement vers le Sud, l’Algérie est la clé du Sud, comme l’avait remarqué le général de Gaulle (de même que la réconciliation franco-allemande fut le point de départ d’une politique européenne). Il y a, des deux côtés, des adversaires à cette réconciliation. Celle-ci peut seule ouvrir la voie d’un avenir commun car au plan économique, politique, humain, les convergences sont innombrables. A condition d’avoir une politique !

Quelle politique arabe pour la France ? Il faut instaurer la cohérence : on ne peut pas à la fois hystériser l’islam en France et proposer « l’union pour la Méditerranée », comme la tentation s’en est manifestée.

On ne peut pas soutenir l’islamisme politique dans le monde arabe en fermant les yeux sur ses dérives djihadistes et combattre ce même djihadisme en Asie (Afghanistan) ou en Afrique (Mali). On ne doit pas faire non plus comme si l’islamisme politique était le seul régime qui convenait chez eux aux peuples arabes et prôner en même temps l’intégration en France de nos compatriotes de tradition musulmane. Nous éprouvons certes quelques difficultés de transmission des valeurs républicaines. Mais ce n’est pas le problème de l’Islam. C’est le problème de la France !

La France doit rester fidèle à son héritage républicain, et ne pas se rallier à la vulgate de l’hyper individualisme libéral. Les valeurs républicaines sont souvent des valeurs héritées mais laïcisées. La France doit défendre les droits de l’Homme, certes, mais sans oublier ceux du Citoyen. Les seconds garantissent les premiers.

C’est ainsi, à bien y réfléchir, que la France rendra service à l’Occident lui-même. Elle rendra service aussi au monde musulman, en l’aidant à trouver le juste équilibre entre ce que Jacques Berque appelait « modernité » et « authenticité ».

Jean Pierre Chevènement

Syrie : la FIDH appelle le Conseil de Sécurité à prendre ses responsabilités et à saisir la CPI


 

12/01/2013 à 17h:30 Par Jeune Afrique

Le Conseil de Sécurité de l’ONU. © AFP

Dans une lettre qui sera adressée lundi 14 janvier 2012 au Président du Conseil de sécurité des Nationes unies (CSNU), la Suisse, soutenue par une cinquantaine d’États dont plusieurs membres du Conseil, demandera au CSNU de déférer immédiatement la situation des crimes commis en Syrie à la Procureure de la Cour pénale internationale (CPI).

« La communauté internationale n’a pas su depuis deux ans mettre un terme aux cycles de violence qui voient des crimes atroces commis tous les jours en Syrie. Il faut briser le cercle infernal qui voit les crimes se nourrir de l’impunité. L’initiative de la Suisse peut entraîner une dynamique dissuasive: elle doit être soutenue par le plus grand nombre d’Etats» a déclaré Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH.

Selon les dernières estimations des Nations unies, près de deux ans après les manifestations le conflit aurait fait plus de 60 000 victimes. La lettre initiée par la Suisse constate que le gouvernement de Bachar al-Assad n’a jamais répondu aux appels répétés de la communauté internationale à prendre des mesures pour traduire en justice les auteurs des crimes.

La FIDH (International Federation for Human Rights ) considère donc que la CPI a un rôle clé à jouer dans la résolution du conflit syrien et doit venir en complément des efforts de médiation internationale. « La paix en Syrie ne pourra être effective que si les principaux auteurs des crimes les plus graves – quels que soient leur camp – sont poursuivis en justice. L’avenir de la Syrie doit passer par une lutte déterminée contre l’impunité » a insisté Souhayr Belhassen.

« La CPI doit intervenir pour garantir que justice soit rendue aux victimes et que les auteurs des crimes les plus graves répondent de leurs actes. Une saisine de la CPI concernera tous les auteurs de crimes internationaux, qu’ils soient du côté du gouvernement ou des rebelles » a également déclaré Me Patrick Baudouin, Président d’honneur de la FIDH.

La FIDH appelle tous les Etats à se rallier à cette initiative suisse et appelle les 15 membres du Conseil de sécurité à adopter immédiatement une résolution pour saisir la CPI de la situation en Syrie.


Lire l’article sur Jeuneafrique.com : Syrie : la FIDH appelle le Conseil de Sécurité à prendre ses responsabilités et à saisir la CPI | Jeuneafrique.com – le premier site d’information et d’actualité sur l’Afrique

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