15 mars : Vague blanche pour la Syrie


  • Devant la Gare Centrale, Bruxelles
  • ActionSyrie vous invite à vous associer à la Vague Blanche pour la Syrie ce vendredi 15 mars 2013!Manifestation internationale à l’occasion des deux ans du début de la révolution syrienne !Le 15 mars prochain marquera les deux ans du début de la révolution syrienne.En deux ans, selon les Nations unies, plus de 70 000 personnes ont été tuées des dizaines de milliers d’autres sont blessées, disparues ou emprisonnées des milliers de Syriens sont victimes d’actes de torture, de mauvais traitements, de violences sexuelles, de pillages, des millions ont été déplacés à l’intérieur et des centaines de milliers sont réfugiés à l’extérieur.

    Pour dire « Stop » aux crimes contre les civils, pour réclamer que justice soit rendue en faveur des victimes, et faire savoir au peuple syrien qu’il n’est pas seul, nous lançons un appel à une manifestation internationale, en solidarité avec le peuple syrien se tiendra le 15 mars 2013 .

    “UNE VAGUE BLANCHE POUR LA SYRIE”

    Le principe en est simple : demander aux peuples du monde entier de s’unir au peuple syrien en manifestant à la même heure locale, de 19h à 19h30, un papier ou un tissu blanc à la main, le mot « Stop » écrit dessus.

    Se déclenchera ainsi au fil des fuseaux horaires et à travers le monde, une «ola» mondiale de protestation, une immense vague blanche, reprise au fil de la journée par les médias.

    http://www.facebook.com/pages/Vague-Blanche-pour-la-Syrie/148989415227675

    http://www.vagueblanchepourlasyrie.org/category/actualites/

« Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie »


SYRIE (Idlib) – Reportage et analyse (II) – Crise humanitaire pour une guerre oubliée : « Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie »

Publié par le 7 mars 2013 • Dans la catégorie Les dossiers de Grotius InternationalImprimer

Scène habituelle, depuis plusieurs mois : des familles entières se pressent en direction de la frontière turque ; charrettes, remorques tirées par des tracteurs, sur lesquelles s’entassent matelas, couvertures, chaises, valises et baluchons, des camionnettes bondées, tout un peuple fuit les bombardements et la guerre…

 

En traversant Atmeh, on aperçoit de longues files de tentes, sur le flanc de la montagne au pied de laquelle s’étend le village : les réfugiés sans passeport ne peuvent plus entrer en Turquie ; les autorités turques leur interdisent le passage. C’est le cas de la majorité des familles qui fuient les villages et les quartiers défavorisés des villes bombardées.

Ceux qui ont un passeport le peuvent. Mais ils ne sont plus admis dans les camps, surpeuplés, et doivent trouver par eux-mêmes de quoi subsister. Dans certaines agglomérations, comme à Hatay, des manifestations ont eu lieu : la population, dérangée par le flot de ces miséreux en quête d’une aide quelconque, a réclamé leur expulsion. Les forces de l’ordre les ont donc chassés des rues de la ville.

Aussi, les rebelles, l’Armée syrienne libre (ASL), et des notables syriens se sont cotisés pour monter des camps dans les villages frontaliers avec la Turquie.

À Atmeh, beaucoup de réfugiés proviennent d’Homs, de Hama et d’Alep. Mais la localisation de ces camps, en Syrie même, est très dangereuse car, si le régime bombarde les réfugiés, comme il l’a fait à plusieurs reprises des foules qui attendaient une distribution de pain (à Alep notamment –ce dont j’avais été témoin), l’hécatombe est garantie ; et les victimes se compteraient par centaines…

À la sortie du village, nous avons accompagné les miliciens du campement d’Abou Mahmoud. Son lieutenant, Kaies me raconte son histoire : comment il a été envoyé à Deraa avec son régiment, en mars 2011, alors qu’il faisait son service militaire ; les ordres qu’il a reçus, d’ouvrir le feu sur les manifestants ; comment il a alors déserté et rejoint l’ASL.

Combien de fois n’ai-je pas entendu cette même histoire, en Syrie ?

Il était sergent et, avec quatre de ses amis du même grade, il est sorti de la caserne, un matin, à l’aube. La sentinelle les a salués, sans rien leur demander. Ils ont pris le premier  autobus et ont rejoint leur village… et l’ASL.

Kaies est originaire de Hama. Brahim, un des miliciens que nous rencontrons, faisait son service militaire à Zabadani, près de Damas, également un fief de la rébellion.

Escorté par mes deux guides, nous avons parcouru tout le gouvernorat d’Idlid.

En représailles au soulèvement  de la population, l’aviation a pour ainsi dire rasé plusieurs des villages que nous traversons. Leurs habitants les ont tous abandonnés ; il n’en reste le plus souvent que des monceaux de ruines.

Tandis que nous progressons à travers la brume en direction de Taftanaz, sur la route qui longe l’aéroport assiégé par lesbrigades islamistes de Jabhet al-Nosra et  Ahrar al-Sham (l’aéroport tombera quelques jours après notre passage), trois obus nous surprennent, qui s’abattent et explosent dans un champ, soulevant des paquets de boue tout à côté de notre véhicule. C’est l’artillerie de l’aéroport qui bombarde la route. Tout tremblant, le chauffeur accélère et, tous feux éteints, nous filons en trombe dans la purée de poix, sans savoir si nous étions la cible de ces tirs ou si nous les avons croisés fortuitement.

La petite ville de Taftanaz n’a pas non plus échappé aux bombardements ; les deux tiers des habitations sont en ruines et, comme partout ailleurs dans le gouvernorat, la population a fui.

À pied, Kaeis et moi avançons au milieu des décombres ; pas une âme ne se manifeste. Les seuls bruits qui troublent le silence sont ceux des canalisations d’eau, crevées, des explosions, dont le vacarme nous parvient, depuis les environs de l’aéroport, assourdi, et celui d’un hélicoptère qui tourne au-dessus de Taftanaz, sans que nous puissions l’apercevoir derrière l’épais brouillard.

En chemin, nous abordons des miliciens désœuvrés. Ce sont des hommes de l’ASL.

C’est presqu’une constante, dans le gouvernorat : les quelques pelotons de l’ASL que j’y ai croisés, constitués de civils du quartier, quatre ou cinq hommes, guère plus, sont désormais assignés, ici, au maintien de l’ordre, là, à la surveillance d’un camp de réfugiés, plus loin, à verbaliser les habitants qui coupent les arbres dans les jardins publics ou le long des routes (c’est que l’hiver est là et que le gouvernorat n’est plus approvisionné en fuel : ceux qui ont fait le choix de ne pas s’enfuir doivent se chauffer ; mais les maigres ressources en bois de la campagne syrienne ne suffiront pas à traverser la mauvaise saison).

Le soleil ayant percé le brouillard, l’hélicoptère qui la survolait depuis le matin, bénéficiant désormais d’une bonne visibilité, a tiré plusieurs roquettes sur un immeuble encore occupé, qui s’est en partie effondré et dont une escouade de l’ASL essaie d’extirper les habitants coincés par les décombres.

Je filme la scène, lorsqu’un nouveau tir nous surprend. Le projectile est tombé dans la rue, à quelques vingt ou trente mètres de nous. Jeté au sol par le souffle de l’explosion, je me relève au milieu d’une pagaille dramatique, des blessés qui appellent, des morts, des cris de panique, des vivants qui cherchent à fuir et que je distingue à peine dans le nuage de poussière suffocant qui m’entoure : le quotidien des villageois du gouvernorat d’Idlib et de nombreuses autres régions de Syrie, depuis presqu’un an.

De Taftanaz, nous gagnons Binnesh, non loin de l’aéroport militaire, petite ville située sous le feu de l’artillerie de l’armée régulière, stationnée à cinq kilomètres de là, dans l’agglomération de Fuaa.

Après avoir parqué notre véhicule, nous progressons prudemment dans les rues désertes, en rasant  les façades des immeubles, tandis que les obus s’abattent ici et là, au hasard, sur le centre-ville.

Les Juifs ont tué moins de personnes à Gaza que Bashar en Syrie, me lance Kaies. Bashar bombarde les civils sans se soucier des victimes. Au moins, les Juifs, ils ciblent leurs objectifs. Bashar est plus cruel que les Juifs.

Les jours suivants, nous investiguons les villes et villages du gouvernorat : partout, des ruines ; des agglomérations vides de vie, dont les habitants ont essayé de se réfugier derrière la frontière turque, mais dont la plupart ont été refoulés et s’entassent dans les quelques camps de fortune que l’ASL a pu monter, tel celui de Qah, près d’Atmeh.

Plusieurs milliers de personnes y vivent désormais, sous des bâches de plastique, en guise de tentes, bien précaires abris, alors que l’hiver commence ; les enfants s’endorment difficilement dans le froid des longues nuits, qui commencent vers cinq heures, lorsque le soleil se couche –le camp n’est pas raccordé au réseau électrique. Beaucoup tombent malades.

Les files s’allongent devant le petit dispensaire où un seul médecin, un Syrien, assure la permanence quotidienne pour des centaines de patients, dans cette antenne de campagne fournie par Médecins du Monde. Le matériel et les médicaments font défaut et le praticien est débordé, découragé, impuissant. Il refusera de me recevoir. Encore une fois, je constate que l’indifférence dont commençait à témoigner les Syriens à l’égard des Occidentaux se mue peu à peu en haine.

L’ASL a réussi à dresser, à flanc de colline, quelques centaines de tentes, qui sont chacune partagée par plusieurs familles. Trois énormes citernes en pvc ont aussi été acheminées sur les lieux, où les réfugiés peuvent s’approvisionner en eau. L’eau est rationnée et glacée.

Le seul moyen de se réchauffer et de cuisiner, c’est d’allumer un feu. Le bois manque, ici aussi. Cette concentration de population ne permet pas à tous de s’en procurer. Il faut donc faire sans, le plus souvent.

Le camp ne possède pas de sanitaires, pas de toilettes… Et les pluies torrentielles de ces derniers jour ont changé en pataugeoires les abords des tentes et les chemins ; la boue est partout, une gadoue épaisse, dense, froide, faite de cette terre glaise presqu’orange, qui colle aux pattes. Des enfants tout crottés courent çà et là et fouillent les bennes à ordure qui débordent aux abords du camp.

Pas l’ombre d’une ONG dans le camp de réfugiés de Qah, exception faite du petit dispensaire. Pas la moindre présence des Nations Unies…

Plus tard, nous avons poussé vers le midi, traversant des petits villages et les sites archéologiques de l’époque byzantine, dont regorge la région, qui ajoutent la solennité de leurs ruines antiques à celles, misérables, des habitations détruites par les bombardements.

Pour gagner le sud du gouvernorat, nous avons emprunté la grande autoroute qui relie Damas et Alep. Elle était déserte. Nous nous y sommes engagés à une vingtaine de kilomètres au sud d’Alep et l’avons quittée à la hauteur de JaradaRuins. J’avoue avoir été un peu stressé, tout au long de ce bref périple, à l’idée que notre véhicule soit arrêté par une patrouille volante de l’armée régulière…

Nous nous sommes d’abord arrêtés dans la petite ville de KefarNubbol, sous le feu de l’artillerie gouvernementale qui tire de temps en temps une salve, au hasard. À KefarNubbol, nous avons été pris en charge par Raed, un commandant local de l’ASL, qui s’est proposé de nous emmener visualiser la situation à Maraat an-Nouman.

Je connaissais déjà la ville : j’y était passé en juillet 2011, au début des événements. C’était un des points chauds des troubles en Syrie (j’y avais constaté que le siège du parti Baath avait été incendié). Mais, tandis que nous roulions dans la ville martyrisée et nimbée de brouillard, je ne parvenais pas à la reconnaître.

Certaines rues m’ont rappelé le quartier martyr de Salaheddine, que j’ai décrit dans les Chroniques de la révolution syriennne, entre juillet et novembre 2012, lorsque je me trouvais à Alep.

Au centre-ville, un jardin public a été transformé en cimetière : entourées d’immeubles éventrés et de gravats, une centaine de tombes, fraîchement creusées, donnent à l’endroit un air d’apocalypse.

Raed nous emmène au-delà de la banlieue de Maraat an-Nouman ; nous traversons l’autoroute et progressons par les chemins de campagne, en direction de Wadi al-Deaf, une vallée où l’ASL fait face aux réguliers.

Abou Khaled nous y accueille. Il commande deux brigades de l’ASL, qui ont fusionné, les katibasShohada al-Ram et Liwa-Shohada.

Nous  suivons ses hommes, en partance pour la ligne de front, tandis que des obus d’artillerie tombent de temps en temps, ici et là, sur la bourgade. Nous avançons prudemment tout au long d’une longue rue déserte, jonchée de gravats, qui s’achève sur la rase campagne : de l’autre côté des prés, les bâtiments d’une grosse ferme abritent la tête de pont de l’armée régulière. Nous entrons dans un immeuble et escaladons les escaliers encombrés de blocs de béton et de plâtras. Les miliciens de l’ASL prennent position aux fenêtres ; et le jeu des snipers commence, de part et d’autre.

Les tirs d’obus s’intensifiant et se concentrant sur notre position, un repli s’impose. Nous reculons de deux rues ; l’occasion d’interroger les gars :

Moi, je n’étais pas dans l’Armée libre. Mais l’armée de Bashar a détruit ma maison et mon atelier. J’ai tout perdu. Ils ont tout volé, dans la maison. Alors, j’ai rejoint l’Armée libre pour me battre.

L’armée syrienne n’ose pas nous affronter. Alors, ils tirent sur les maisons, sur les civils,  sur les villes. Ils bombardent de loin. Ils visent les mosquées. Toutes les mosquées sont détruites, ici, à Maraat an-Nouman. Ils visent aussi tous les bâtiments publics, les écoles, les musées, les hôpitaux. À Maraat an-Nouman, il n’y a plus aucune infrastructure médicale. Il  y a quelques jours, les Shabihas qui étaient venus renforcer l’armée nous ont crié : « Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie. »

Quand on attaque l’armée syrienne, nous, on crie aux soldats de nous rejoindre. On leur dit qu’on ne les tuera pas, qu’ils doivent venir avec nous. Nous sommes le peuple syrien ; nous devons être ensemble. Mais c’est compliqué, pour eux. Chaque fois qu’un soldat quitte sa position et court vers nous pour rejoindre l’Armée libre, leurs snipers lui tirent dans le dos.

Dans cette katiba, trois des miliciens sont d’anciens militaires, des déserteurs. L’un d’eux vient de Homs ; il me montre ses papiers militaires. Le second m’explique que, « dans l’armée syrienne, les officiers affirment aux conscrits que les miliciens de l’Armée syrienne libre sont des terroristes et que, s’ils capturent un soldat de l’armée régulière ou si un soldat tente de les rejoindre, ils le violent, le frappe et lui font subir les pires horreurs ».

Les gars ne sont pas prêts de lâcher prise. Beaucoup ont tout perdu, parfois même leur famille : ilsn’ont plus rien à perdre et sont dorénavant prêts à tout. La guerre n’a pas encore dit son dernier mot.  La misère non plus.

Ainsi, le conflit s’enlise, tandis que les opinions publiques occidentales oublient la Syrie. Et leurs gouvernements aussi…

Janvier 2013

A propos de l’auteur

Pierre Piccinin da Prata est historien – politologue.

Syrie : « Notre rêve de révolution est devenu cauchemar »


Carole Vann | Infosud/Tribune des droits humains
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Manifestation le 8 mars à Alep contre le régime d’Assad (AP Photo/Aleppo Media Center AMC)

Fadwa Suleiman, en exil à Paris (DR)

Comédienne connue dans le monde arabe, la Syrienne Fadwa Suleiman a rejoint la contestation en participant fin 2011 aux manifestations pacifiques à Homs. Elle paie aujourd’hui le prix de l’exil. Sa nouvelle arme : l’écriture.

« C’était l’hiver dernier. Ce jour-là, personne n’osait sortir défiler car la révolution était violemment réprimée. Nous tournions en rond chez nous à Damas, j’ai proposé à mes amies : puisque nous ne pouvons manifester, sortons dessiner sur la place publique !

Nous sommes descendues dans les rues avec nos pinceaux et de la peinture, nous nous sommes mises à dessiner par terre sur d’immenses espaces. Les passants nous regardaient plutôt amusés.

Au bout d’un moment, des agents de la sécurité sont arrivés, ils étaient armés, ils nous ont ordonné de partir. Mais je me suis mise à leur répondre. Je voulais instaurer un dialogue, je voulais essayer de traverser cette barrière entre eux et nous, pour atteindre une partie plus vraie, plus intime.

Je leur ai proposé de peindre avec nous. Deux d’entre eux se sont prêtés au jeu. Mais leur chef est intervenu brutalement. Je ne me suis pas laisseé démonter, j’ai réussi à le convaincre de, lui aussi, prendre le pinceau, il a alors fait un dessin magnifique, très fin.

Nous étions ébahies. Il m’a expliqué que, depuis l’enfance, il était très doué pour les arts, qu’il regrettait de n’avoir pu continuer, et qu’il ne faisait son travail (d’agent de sécurité, chargé entre autres de la répression) que pour gagner sa vie. Ainsi, le meneur de cette bande armée qui terrorisait la population était là devant moi, doux, fragile, sensible. »

Oser tenir tête au régime de Bachar

Fadwa Suleiman a la beauté d’une héroïne de tragédie grecque. Le regard grave inscrit sur un visage pâle d’une grande douceur. Des cheveux noirs et courts en bataille, à la garçonne : elle s’est défaite de sa longue chevelure de jais fin 2011 lorsqu’elle est entrée dans la clandestinité à Homs.

La comédienne syrienne était déjà célèbre dans le monde arabe pour ses séries télévisées et pièces de théâtre. Aujourd’hui, elle est connue aussi en Occident comme « l’actrice alaouite – branche dérivée de l’islam chiite à laquelle appartient le clan Assad – qui a osé tenir tête au régime de Bachar ».

Une étiquette dont se défend farouchement la jeune femme :

« Je suis syrienne, résistante, comme tous ceux qui ont bravé la peur en descendant dans les rues manifester pour la paix.

Je m’étonne qu’on pense que je suis seule dans mon cas. Il y a plein de manifestants issus des minorités qui demandent les changements, seulement ils n’écrivent pas sur leur front : “Je suis alaouite ou kurde ou chrétien ou druze…” Ils s’affichent comme Syriens, résistants et contre les violences ! »

Majorité silencieuse

Encore et toujours, elle rappelle que le peuple ne veut pas la guerre. Mais cette majorité silencieuse (des millions de Syriens), qui n’est ni avec le régime ni avec l’opposition armée, n’est pas visible.

Déjà bien avant le début des soulèvements, ils travaillaient au changement au sein de cellules déstructurées. Journalistes, artistes, blogueurs, intellectuels, ils continuent d’œuvrer, de manière souterraine.

« Nous voulons une vraie révolution pacifique, nous voulons démanteler le régime et ses services secrets, stopper les haines confessionnelles alimentées par ce même régime, construire de nouvelles institutions et de nouvelles lois qui nous permettent de penser et nous exprimer librement. »

Face aux atrocités de la répression, Fadwa, comme bien d’autres, a décidé de ne pas se taire et de participer aux protestations, sans se cacher. Elle a aussi multiplié les vidéos en ligne, appelant ses compatriotes à se soulever pacifiquement et ne pas tomber dans le piège du confessionnalisme.

Ses armes, l’actrice les a choisies dès les premières heures de la révolution : la force tranquille de l’art, dans son sens le plus profond et le plus mystique. Cet art capable de transformer un ogre en agneau, une tyrannie en démocratie, des flèches empoisonnées et mortelles en fleurs enchanteresses et parfumées.

Dans les moments les plus terrifiants, lorsqu’elle menait les manifestations, cette conviction l’habitait et lui permettait de défier la peur. Sur ce point, elle n’a pas changé, même si ses autres certitudes sont quelque peu ébranlées par la réalité de l’exil dans laquelle elle a été jetée depuis une année.

« Là-bas, des actes héroïques s’écrivent »

C’est dans la grisaille de Paris qu’elle écrit « Le Passage », une ode lyrique, étrange, fébrile, dans laquelle dialoguent une jeune fille et une voix.

La première incarne la quête pour une révolution pacifique, tandis que la seconde la presse de prendre les armes, ou alors de se laisser séduire par les « petits avantages » de l’exil.

« Une voix : Ici, il y a la sécurité. Ici tu pourras créer, réfléchir, sans risquer d’être tuée. Tu pourras refaire du théâtre.

La jeune fille : Là-bas, il y a le théâtre, la vie. Là-bas, des actes héroïques s’écrivent. Là-bas, il y a la langue et les mots. Là-bas, la vérité est entière. Qui dit que la sécurité existe quelque part dans le monde ? La mort est partout… La mort est plus proche de nous que notre respiration. Je pleure un mort encore en vie. Bienheureux le mort-vivant. Bienheureux le vivant-vivant. Là-bas, les gens meurent pour revivre.
Là-bas, les gens meurent, tout simplement. Faut pas que tu meures !
Faut pas qu’ils meurent !
Tu voudrais coucher trois jours sur un trottoir ?
Oui, mais un trottoir à mémoire.
Tous les trottoirs possèdent une mémoire.
Mais la mémoire de mon trottoir me ressemble. »

Présentée dans plusieurs espaces culturels (Paris, Limoges, Avignon, Marseille), la pièce raconte son combat partagé avec nombre de Syriens qui l’ont soutenue et suivie. Elle dit aussi l’inquiétude, la peur, le doute et l’espoir et elle interroge sur le sens de la vie et de la mort.

« Le régime a voulu me désintégrer »

« Vous savez, je suis sortie de l’ombre malgré moi, j’en ai été la première surprise », raconte-t-elle en se roulant une cigarette sur les quais de la rade de Genève, où elle a été invitée comme membre du jury du Festival du film et forum international sur les droits Humains (FIFDH) qui s’achève dimanche (et dont Rue89 est partenaire).

« C’était à Homs, j’ai eu un tel choc en découvrant les destructions là-bas et l’état de misère des habitants. Là j’ai compris que la Syrie était en train de sombrer, que quelque chose ne serait plus jamais comme avant.

Et j’ai senti cet appel intérieur monter en moi, j’étais guidée par une puissance incroyable, qui me dépassait, je n’avais plus peur. Et tout d’un coup j’étais devenue une figure médiatique, un emblème.

Alors très vite, le régime a compris que je représentais un réel danger pour lui. Il a voulu me désintégrer, m’anéantir. »

Traquée par les services de sécurité, elle entre dans la clandestinité.

« Mais comme je m’opposais à toute violence armée, y compris celle de l’opposition, je suis devenue dérangeante pour toutes les fractions armées, dont les salafistes et les Frères musulmans. »

« Mon rêve est devenu cauchemar »

Commence une cabale contre elle. Traitée tour à tour d’agent israélien, de fille de mauvaises mœurs, de complice du régime, de collaboratrice des hommes de Hariri (Rafik Hariri, ex-Premier ministre libanais, assassiné en février 2005 dans un attentat-suicide au cœur de Beyrouth. Les soupçons se sont portés sur les services secrets syriens, ndlr).

En danger de mort – sa tête est mise à prix –, elle sort du pays à travers une filière secrète et trouve refuge à Paris.

« J’avais décidé de ne jamais quitter Homs, mais l’étau s’est resserré et le langage des armes a pris le dessus. Surtout, j’étais devenue un danger pour ceux qui me protégeaient. »

A présent, dans le froid, loin de ses proches, elle constate avec tristesse :

« Au lieu de participer à mon histoire sur place, je le fais sur papier, par procuration. Mon rêve, notre rêve, est devenu cauchemar. Tout ce que je craignais pour la Syrie est en train d’avoir lieu. On se trouve acculés à une intervention militaire. Ce n’est pas le choix du peuple. »

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
Tribune des droits humains

Publié initialement sur
Tribune des droits humains

Lettre ouverte au Secrétaire général du Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles


Lettre ouverte au Secrétaire général

 du

 Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles

Que s’est-il donc passé, Monsieur le Secrétaire général ?

C’est vrai ce qu’on peut lire dans la presse en ce moment ?

Que le coût de la remise en état du “Pathé-Palace” sera de 2,5 millions d’€ ?… Alors qu’un entrepreneur spécialisé s’engageait à le faire pour un million, il y a un an !

Que ces travaux qui attendent depuis mai 2004, ne débuteront pas avant un an et que le “Cinéma Palace” n’ouvrira ses portes que fin 2008, au mieux ?… Soit quatre ans de plus que ce qui était envisagé initialement !

Et si j’en crois votre interview d’il y a quelques mois dans le tram de TLB, le budget annuel de fonctionnement sera important… Alors que les responsables du “Consortium” (c’est le “petit nom” qu’ils s’étaient eux-mêmes donné) que vous aviez désignés pour la gestion du bâtiment, annonçaient qu’ils ne voulaient pas d’argent, seulement le bâtiment en état de marche, rien de plus !

Ça n’a pas l’air de baigner, non ?

On croyait pourtant que tout était bétonné quand, en avril 2004, vous avez proclamé que le projet présenté par le “Consortium” était le meilleur : ”Projet très réaliste et basé sur une analyse pertinente du cinéma en général, respectant totalement le cahier des charges, les recettes présentées sont prudemment estimées, la demande de subsides est réaliste… etc”

Un beau et gros bouquet de fleurs !

Un membre éminent du groupe élu déclarait même fièrement sur les antennes de la RTBF : “Nous étions les moins chers. Nous sommes bien heureux de recevoir le bâtiment et ne demandons pas d’argent !”

On n’attendait donc plus que l’ouverture de ce nouveau “Cinéma Palace”, après les quelques mois nécessaires pour la remise en état, bien entendu !

Et on a attendu, attendu…

Et aujourd’hui, plus d’un an après, vous nous dites qu’il faudra encore attendre au moins trois ans ?

Que s’est-il donc passé, Monsieur le Secrétaire général ?

Vous avez paumé votre calculette ?

Le disque dur de votre PC s’est scratché ?

Le Gouvernement a dépensé ses sous à autre chose et ne pourra rattraper le budget qu’en 2007 ?

Vous n’aviez pas bien lu le projet et ses conséquences concrètes ?

Elles étaient pourtant facilement déchiffrables dans les propositions budgétaires du “Consortium”.

Des dossiers se sont égarés dans les couloirs de votre Ministère ?

Si ça peut vous aider, je vous passerai copie de quelques-uns – assez curieux et intéressants – conservés dans mes archives.

Quand on pense que dès 2002 – c’est pas croyable comme le temps passe vite – vous avez fait le maximum pour que le “Pathé-Palace” soit attribué à “Cinéart” et consort.

Deux années de persévérance qui, il faut le reconnaître, n’ont pas toujours été faciles pour vous.

Il vous a d’abord fallu faire taire votre propre expert audiovisuel (moi-même) dont l’étude, demandée par le Directeur de Cabinet d’alors, et dont vous étiez informé en permanence avant tout le monde, aboutissait, après consultation de multiples spécialistes du cinéma (sans oublier vos propres services) à une conclusion qui n’allait pas dans le sens que vous vouliez.

Pensez donc ! Comme meilleur moyen de soutenir notre cinéma, cette étude proposait de créer, sous l’égide du Ministère (!), une “Maison de l’Image”, en collaboration avec l’ensemble des sociétés belges de production et de distribution… Et les organismes de cinéma des pays et régions de l’Union européenne.

En plus, le projet était soutenu par un bon paquet d’éminents professionnels, belges et étrangers.

Certains organismes européens envisageaient même d’investir financièrement en assumant le coût d’événements cinématographiques.

Dernier emmerdement : cette option avait été, dès août 2003, publiquement désignée par le Ministre Président de l’époque. Il voulait même que cette “Maison de l’Image” soit réalisée immédiatement après le départ du Théâtre National en juin 2004.

On aura tout vu : un projet  conçu par des gens “de gauche”, même pas membres du Parti, soutenu par des libéraux et des étrangers qu’on ne connaît même pas.

Je vous comprends, c’était assez emmerdant… Et, disons-le tout net : inadmissible !

Ça n’a pas été simple de vous débarrasser de votre expert indocile, mais – les astuces administratives ne sont pas faites pour les chiens, non ? – vous y êtes arrivé !

Fin 2003, les “compteurs” étaient remis à zéro.

Ouf !

Après ça, il a fallu créer un “Comité de sélection” qui aille dans le “bon sens”, avec vous-même comme Président (ça va de soi !) et concocter un “appel à propositions” praticable par le “Consortium”.

On ne se rend pas compte, mais c’est du boulot tout ça !

Ah! Il y a bien sûr eu quelques petits problèmes pour emporter la décision.

D’abord, il y avait les projets concurrents.

Mais pour les éliminer, la bonne vieille méthode des jugements lapidaires assénés sur un ton péremptoire est toujours efficace. Qui oserait douter de votre haute compétence et de celle de votre comité de sélection ? Qui oserait contester la pertinence de vos avis ?

En plus, la dialectique, ça vous connaît et pour évacuer les objections  vous ne craignez personne.

Petit dialogue imaginaire :

•   Le “Consortium” ne répond pas à plusieurs points, pourtant stipulés dans le cahier de charges ?

–  C’est nous qui décidons de la bonne lecture des textes officiels !

•   Des documents, légalement demandés, sont absents de son dossier de présentation ?

–  Sans importance !

•   Son projet ne fait aucune référence aux aspects européens et francophones, comme spécifié dans le 1er point

de l’appel à propositions ?

– Pas important non plus !

•   Il ne répond pas à certaines obligations, également exigées, comme la présentation d’un projet pédagogique ?

– Il s’est engagé à le faire plus tard !

•   Certaines propositions budgétaires sont visiblement bidon ?

–  C’est vous qui le dites. Moi, j’ai pas remarqué !

•   Certains membres du comité de sélection sont “en cheville” avec les promoteurs ?

–  Conflits d’intérêts ? Où ça ?

… Etc.

Il y a bien eu aussi quelques protestations. Toujours ces mauvais coucheurs qui sous prétexte d’éthique et de légalisme tentent d’empêcher les “arrangements”, pourtant tellement habituels dans notre beau pays de consensus.

Il y a même deux qui ont envisagé d’aller au Conseil d’Etat… Avec de très bonnes chances de gagner.

Mais quand ils se sont rendu compte que, s’ils faisaient ça, ils risquaient fort de pouvoir faire une croix sur leurs futures subventions et n’auraient sans doute plus un clou pour leurs prochains films… Ils ont préféré y renoncer.

Finalement, malgré le fait que vous considériez vous-même le projet comme un simple nouveau “Kladaradatsch” : “… un cinéma d’Art et Essai peu différencié de ceux qui existent déjà”… La décision est passée comme une lettre à la poste,

Votre constance était récompensée ! Tout allait bien dans le meilleur des mondes !

Silence dans les rangs ! Circulez, y a rien à voir ! Je te tiens, tu me tiens par la barbichette !

La routine, quoi !

Et puis… Bardaf, patatras !

Les réalités, ces conneries de réalités, sont revenues pointer leur nez quand il a fallu passer à la concrétisation et appliquer les structures et budgets proposés par le “Consortium”… Et acceptés par le Ministère !

La réunion de concertation a dû être assez cocasse.

N’y ayant pas été invité, je ne peux que me baser sur les propositions du dossier pour imaginer le dialogue :

•  Nous sommes donc d’accord concernant le budget de fonctionnement que vous avez proposé !

–        Minute ! Minute ! Bien sûr, on avait dit qu’on ne voulait pas d’argent, excepté un petit viatique de ± 100.000 € par an et, bien entendu, nos honoraires pour la conception de ce génial projet (150.000 € !).

On rigolait, c’était pour la promo ! Vous saviez quand même que ce budget ne tenait pas la route et qu’un

complexe de cinémas “art et essai” ne peut pas s’en sortir avec ça, non ?

•  Et concernant les recettes prévues pour le bar/restaurant ?

–        Faut avouer qu’on a un peu poussé – ne nous dites pas que vous ne l’aviez pas vu – en annonçant un chiffre d’affaires de plus d’un million d’€ par an. D’ailleurs un copain qui tient un restaurant dans le coin a bien rigolé quand il a su que nos estimations étaient “prudemment estimées” par vous !

… Et “grand merci” pour cette déclaration !

•  Mais pour la fréquentation, les chiffres mentionnés dans le cahier de charges sont corrects eux, non ?

–        Ben, là aussi faut avouer qu’on a un peu exagéré en annonçant que le “Cinéma Palace” attirerait rapidement 180.000 spectateurs par an (presque le double de l’Arenberg-Galeries) et générerait une recette d’environ un million d’€ !

Mais, relisez le dossier, on a seulement écrit que c’était un chiffre “prévisionnel” !

•  Il faudra monter une asbl ! Le Gouvernement n’est plus d’accord avec la création d’une société coopérative dans

laquelle le Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles ne pourrait siéger que de manière minoritaire.

–        Ah, bon ? Pourtant vous aviez justement exclu la “Maison de l’Image” parce que, notamment, elle proposait une asbl : “La structure asbl signifie qu’aucun profit n’est recherché et que le projet n’a aucune vocation commerciale“.

… Mais pas de problème, on s’arrangera !

•  Que va-t-il se passer avec l’Arenberg-Galeries qui ne se trouve qu’à quelques centaines de mètres de votre

complexe et propose également une programmation de films d’auteurs  ? Qu’allez-vous faire ?

–        C’est évident que la création du “Cinéma Palace” risque d’entraîner la faillite de l’Arenberg. Mais, rassurez-vous, “Cinéart” lui laissera quelques films du catalogue (ceux qu’on ne projettera pas chez nous) et on lui proposera aussi de collaborer à l’une ou l’autre manifestation.

Et puis, si l’Arenberg-Galeries devait fermer, on récupérerait son public, non ? Où est le problème ?

•  Comme nous n’aurons sans doute plus l’apport du sponsor qui proposait, pour le projet “Maison de l’Image”, un

investissement en projection numérique, le budget d’équipement audiovisuel sera important.

–        Ça, c’est pas notre problème ! Tout augmente si vite, n’est-ce pas !

•  Quelle sera la place des films de la Communauté Wallonie-Bruxelles ?

–        Réduite, évidemment !

C’est pas à vous qu’il faut expliquer que “Cinéart”, principal meneur de notre “Consortium”, est avant tout un

importateur de films étrangers !  Il n’y aura donc la place que pour quelques films autochtones !

C’est d’ailleurs pas à vous non plus qu’il faut apprendre qu’on ne produit, qu’une petite dizaine de longs-

métrages par an dans la Communauté, non ?

Mais rassurez-vous, on leur trouvera une “niche”… Et les apparences seront sauvegardées !

… Bref, on a du constater que la proposition de l’heureux élu ne tenait pas la route et que la Communauté Wallonie-Bruxelles allait devoir douiller !

On n’était pas sorti de l’auberge !

Mais, votre sens de la navigation à vue est bien connu.

Vous alliez certainement trouver les solutions pour que la boîte de Pandore reste fermée.

D’abord, et avant tout, appliquer vos leitmotivs préférés : “calmer le jeu”, “pas de vagues”, “profil bas”.

Pendant plus d’un an, on n’a quasiment plus parlé du projet !

Toujours ça de gagné !

Ensuite, comme tout passe par l’image – on en sait quelque chose dans certains appareils politiques qui vous sont proches – valoriser celle des promoteurs : octroi d’un subside de 50.000 € (plus 50.000 € du Pouvoir fédéral) pour une petite fête à Cannes en l’honneur du 30ème anniversaire de “Cinéart”… Sous le couvert d’une fête de la Communauté.

Très utile pour les “bonnes relations commerciales” de cette société privée avec ses fournisseurs étrangers… Pas évident pour la promotion de notre cinéma !

Personne n’a, apparemment, relevé le paradoxe.

Bien joué !

Enfin, en attendant de trouver une solution, occuper le terrain !

Poursuivre, comme vous le faites, la mise à disposition des parties utilisables du bâtiment à l’une ou l’autre manifestation (de préférence progressiste, c’est meilleur pour votre image).

Et comme ça, on aura l’impression que le “Cinéma Palace” fonctionne !

Continuez comme ça !

Ignorez les mauvais coucheurs qui parlent de déontologie et de démocratie !

Baratin tout ça !

Proclamez que ce sont de mauvais perdants ou qu’ils font le jeu de l’opposition réactionnaire (vous trouverez bien laquelle).

Ça marche à tous les coups !

Fusillez du regard les impudents qui oseraient poser des questions et demanderaient des comptes !

Clouez le bec à ces ingrats de cinéastes qui se réveilleraient et critiqueraient votre manière d’appliquer votre mission de service public !

Et n’oubliez pas de lancer d’autres initiatives pour maintenir le couvercle sur la marmite et “faire durer” !

Déjà deux ans de gagné !

D’ici 2008 ou 2009, beaucoup d’eau aura coulé dans le canal près de chez vous et d’ici là, le gouvernement actuel trouvera peut-être l’argent nécessaire pour le fonctionnement.

Faites gaffe quand même ! Evitez – ça fait mauvais genre – que ce “Cinéma Palace” ne devienne un petit  “Francorchamps culturel” ou un autre dossier du genre “Complexe Cinématographique Kihuy”, actuellement aux mains de la Justice et assez gênant pour votre camarade Mme Anne-Marie Lizin.

De toute façon, si Mesdames les Ministres Arena, Laanan et vous-même n’arrivez pas à trouver une porte de sortie, vous passerez la “patate chaude” au suivant.

Courage !

En traînant encore un peu, vous serez peut-être même à la retraite.

Ce ne sera plus votre problème !

Bien à vous

Rudi Barnet

(14/9/2005)

PS : Derrière cette protestation en forme de pamphlet, il y a surtout une profonde tristesse devant les pratiques “mandarinales” qui conduisent à ce genre de gâchis.

Aujourd’hui volontairement retiré des activités audiovisuelles de ce pays et collaborant exclusivement avec des professionnels et institutions étrangers, je garde le ferme espoir que ce bâtiment sera bientôt retiré au “Privé” – une asbl de façade n’abuse personne – et restitué aux professionnels du cinéma de la Communauté Wallonie-Bruxelles.

Ils en ont bien besoin.

J’espère qu’ainsi nos créateurs pourront développer les collaborations, indispensables pour leur futur, avec les cinéastes indépendants des pays et régions d’Europe.

Reconnaître ses torts ou ses erreurs et tenter de les réparer grandit l’homme.

Je vous souhaite sincèrement d’avoir cette envergure.

Maison de l’Image au Pathé-Palace


IN MEMORIAM
10e anniversaire des funérailles de la Maison de l’Image au Pathé-Palace

C’est fou comme le temps passe, non? Déjà dix ans qu’a débuté cette triste pantalonnade!

Pourtant, rien ne laissait prévoir un tel « sur place » quand le Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles, dont j’étais l’expert pour l’audiovisuel, lança une étude pour décider de la destination future du bâtiment du “Pathé-Palace” que le Théâtre National allait quitter en 2004.
Après analyse de la situation de la distribution cinématographique « art et essai » à Bruxelles et consultation de nombreux professionnels, le dossier “Maison de l’Image”, élaboré avec l’aide de spécialistes de l’audiovisuel, était remis aux responsables administratifs et politiques.
On était en 2003!

Depuis lors, on a assisté à une longue et pitoyable saga, truffée de manœuvres tortueuses, de déclarations doucereuses et de silences hypocrites… jusqu’à aujourd’hui.
Le contenu de la « Lettre ouverte au Secrétaire Général » de septembre 2005 , dénonçant les incohérences et irrégularités de ce dossier, n’a jamais été dénoncé ou contredit.
Cette lettre s’est, bien malheureusement, révélée prémonitoire. (voir le texte ici)


C’était pourtant un bien beau projet!
Son concept novateur – une sorte de « Maison de la Culture » dédiée au cinéma – répondait aux principales attentes des gens de l’image et offrait une vitrine internationale à notre cinéma.
Il multipliait notamment les possibilités de collaboration entre nos producteurs (Bruxellois, Flamands et Wallons) et ceux des pays de l’Union européenne.
Il proposait aussi un fonctionnement participatif, un soutien aux distributeurs et festivals belges, des activités pédagogiques, des expositions, des rencontres de coproduction, une vidéothèque publique des productions belges, un centre de recherche pour les cinéastes… etc.
De nombreux professionnels étrangers et certains organismes de l’Union européenne encourageaient cette initiative et s’étaient engagés à lui apporter leur collaboration, des associations demandaient à venir s’y installer, plusieurs pays offraient même de financer des événements pour la promotion de leur cinéma national, un important fabricant de matériel audiovisuel envisageait d’intervenir comme sponsor dans l’équipement technique des salles…
Bref, ce devait être une belle et forte « Maison » conçue pour être à la fois au service de notre cinéma, et, s’appuyant sur la position privilégiée de Bruxelles « capitale de l’Europe », profitable aux autres cinématographies du continent.
Le Ministre-Président de l’époque était enthousiaste et soutenait publiquement ce projet prometteur.
L’avenir semblait tracé : une fois les locaux remis en état après le départ du Théâtre National — un expert estimait alors le coût des travaux à un million d’Euros, montant semblable à celui engagé en 2001 pour les transformations en théâtre — et après les quelques mois nécessaires pour réunir l’équipe d’animation et préparer le programme d’activités, la « Maison de l’Image » allait pouvoir ouvrir ses portes.

Mais… C’était sans tenir compte du “dessous des cartes“.
Les concepteurs de la « Maison de l’Image » ignoraient que certains responsables de la Communauté française manoeuvraient en coulisse pour que le bâtiment soit attribué à une société de distribution qui leur était proche.
Alors?… Alors la machine partisane se mit en branle pour éliminer ce projet qui contrecarrait leur plan.
Le Secrétaire général du Ministère récupéra – « confisqua » est plus approprié – le dossier et négocia une « remise à zéro des compteurs » avec le Ministre-Président qui mit une sourdine à son soutien au projet « Maison » et accepta de lancer un appel d’offre en direction du secteur privé.
Le principal danger étant ainsi écarté, restait à bien s’organiser pour terminer le travail.
On appela à la rescousse quelques personnalités « glamour » pour renforcer l’entreprise chère aux amis et une « commission de sélection » concoctée et présidée par le Secrétaire général lui-même décidera, bien entendu, d’attribuer le Pathé-Palace au projet… prévu.
« Emballez! C’est pesé! »
On était au printemps 2004!

Depuis? Rien ne bouge!
… Et le magnifique immeuble classé « Art Nouveau » se dégrade un peu plus chaque année.
Cause principale de ce fiasco?
Comme en témoignent les archives, à la disposition de qui serait intéressé, le projet élu était « bidon »!
Il ne répondait pas, entre autres « lacunes », à plusieurs obligations, pourtant clairement stipulées dans le cahier de charges, et, surtout, présentait un budget de fonctionnement… absurde!
Les responsables de l’attribution avaient été informés de ces carences et infractions à la loi, mais ils décidèrent de ne pas en tenir compte… Choisirent donc délibérément de ne pas respecter leurs propres règles!
Sans doute espéraient-ils « rafistoler les choses » plus tard…discrètement.

Mais les failles du projet choisi étaient considérables et le trou financier… plus qu’appréciable.
Alors? De mois en mois, d’année en année, on reporta, on postposa, on ajourna… histoire sans doute d’occulter ce « petit arrangement entre amis » qui avait foiré.
Fin 2006, le projet initial subit même une véritable métamorphose.
Plus question de simple remise en état du bâtiment, c’est carrément un plan de modification architecturale que lança alors le Ministère : création de nouvelles salles, transformation d’espaces, etc.
Ainsi, les modalités de l’appel d’offre de 2004 devenaient obsolètes et cette refonte majeure du projet aurait du, logiquement et légalement, entraîner un nouvel appel à proposition.
Il n’en fut rien, évidemment… Pourquoi être logique et respecter les règles?
Après quelques autres épisodes assez vaudevillesques, 2012 voit le début de premiers travaux.
On chuchote que cette rénovation coûtera plus de neuf millions d’Euros… pour un bâtiment acheté cinq!

Que faire devant ce consternant gâchis?
Se plaindre? Se moquer? Se résigner? S’attrister?
Tourner le dos à cette médiocrité et, comme moi, passer à autre chose?
Aller accrocher un bouquet de chrysanthèmes à la grille de ce qui aurait pu être un bel instrument au service des cinéastes et des cultures, et qui deviendra au mieux, à une date indéterminée, un simple  mais coûteux complexe de cinéma, concurrent de celui des galeries St-Hubert ou de la place De Brouckère?

Dix longues années que, pour des motivations politiciennes et mercantiles, les gens de cinéma et de culture sont dépossédés d’un outil essentiel pour leur développement.
N’est-il pas grand temps de… s’indigner?

IN MEMORIAM de ce qui n’est plus qu’un « problème » pour des mandataires politiques bien plus concernés par leurs privilèges que par leur mission.
Mais pas d’inquiétude, dormez tranquille! La loi ne punit pas l’incompétence en matière culturelle, ni l’absence d’éthique.
Quant à la dignité de certains professionnels de l’audiovisuel…

Rudi Barnet

Coordinateur de Wallonie-Bruxelles Images (1983 à 1991 & 1993 à 1996)
Fondateur et animateur de EuroAim (Programme Media 1 de l’UE)
Co-fondateur de EFP (European Film Promotion)
Directeur du Festival de San Sebastian (1991 et 1992)
Expert pour l’Audiovisuel du Ministère de la Communauté Française (1996 à 2004)
Concepteur de « Wallimage »
Co-fondateur de « Cap Network »